Catholicisme au Viêt Nam

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Le Christ de Vũng Tàu a été construit entre 1974 et 1993.

Le catholicisme est présent au Viêt Nam depuis le XVIIe siècle. Selon le Catholic Hierarchy Catalog, 5 658 000 de catholiques vivent au Viêt Nam, soit 6,87 % de la population[1]. L'Église catholique est une union d'églises locales, ou diocèses, en étroite communion avec « l'Église universelle » et le pape. Le catholicisme au Viêt Nam n'est donc pas organisé comme une église nationale, mais est représenté par l'ensemble des vingt-six diocèses, répartis en trois provinces ecclésiastiques. Il existe en outre une instance de concertation entre les évêques des différents diocèses vietnamiens : la conférence des évêques catholiques du Viêt Nam.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Des missionnaires jésuites, français ou portugais, parcourent la région au XVIIe siècle, dont le fameux jésuite français, Alexandre de Rhodes. Celui-ci ouvre une église à Hanoï en 1627. En 1645, les chrétiens en Cochinchine et au Tonkin sont déjà au nombre de 190 000[2], nombre restant stable, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. C'est en 1644 qu'est exécuté le premier martyr du Viêt Nam (en Cochinchine), André de Phú Yên. En 1824, l'empereur Minh Mang, surnommé le « Néron annamite » et successeur de son demi-frère qui fut baptisé, inaugure une période de persécution atteignant son paroxysme en 1835 avec le martyre du père Marchand.

L'Église catholique au Viêt Nam a été implantée d'un point de vue institutionnel, à l'époque de l'Empire d'Annam, par des prêtres de la Société des Missions étrangères de Paris, depuis Mgr Pallu, au Tonkin, qui a poursuivi son œuvre pendant la période de colonisation en Cochinchine, dans le Tonkin et en Annam, devenant l'Indochine française, jusqu'au milieu du XXe siècle. Les principales cathédrales du pays ont été construites par les Français. D'autres congrégations, comme les dominicains espagnols, évangélisent également le pays. Le sanctuaire de Notre-Dame de La Vang, devient symbole de la résistance religieuse, pendant les différentes vagues de persécution du XIXe siècle (sous l'empereur Tu Duc notamment) et celles du XXe siècle (sous le régime vietminh).

Avant les Français au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Tandis que les missions commerciales européennes se mulitplient en Extrême-Orient, l'empereur Minh Mang se refuse à ouvrir son pays au commerce et interdit le christianisme diffusé en marge depuis deux siècles. En 1825, l'empereur déclare que « la religion perverse des Européens corrompt le cœur des hommes. »[3] La persécution est déclenchée après la mort du maréchal Lê Van Duyêt, gouverneur du Gia Dinh, et protecteur des chrétiens. L'édit impérial date du 6 janvier 1833. Les premiers à être condamnés sont un prêtre tonkinois, Pierre Tuy, et un missionnaire français, Isidore Gagelin. Joseph Marchand est condamné au supplice des cent plaies en 1835. De 1833 à 1838, nombre de missionnaires dominicains espagnols et français des Missions étrangères de Paris sont exécutés par torture. Thiêu Tri libère en 1845 certains missionnaires (comme Mgr Lefèbvre) sous la menace d'une flotille française, mais la persécution recommence en 1847. Des populations entières de villageois fuient d'une région à l'autre.

L'empereur Tu Duc en particulier refuse toute ouverture de l'Empire d'Annam pourtant conseillée par certains de ses mandarins à l'instar des Chinois qui avaient ouvert cinq ports de commerce à la suite de la guerre de l'Opium. Enfermé dans son palais de la Cité Interdite de Hué, il signe une suite de décrets qui condamne à mort tous les chrétiens. En 1856, le navire français Le Catinat bombarde Tourane, puis c'est l'échec de la mission française de Charles de Montigny à la cour de Hué. Prenant prétexte de l'ampleur des persécutions (en fait ses raisons de défense des droits de l'Homme - comme on dirait aujourd'hui - masquent des intérêts commerciaux des puissances européennes), Napoléon III fait envoyer un corps expéditionnaire de trois mille hommes, ce qui aboutit à la prise de Tourane (aujourd'hui Da Nang) par Rigault de Genouilly le 1er septembre 1858, puis ensuite au protectorat français. La liberté de culte des chrétiens est en principe garantie désormais.

Sous la période française[modifier | modifier le code]

Petite église paroissiale du temps de l'Indochine française dans la province d'An Giang (delta du Mékong)
Vue de la mission catholique à Hanoï dans les années 1880 (Missions étrangères de Paris)

Tandis que la Cochinchine voit se développer les missions des Missions étrangères de Paris qui ouvrent le chemin à des congrégations enseignantes et hospitalières: Sœurs de Saint-Paul de Chartres, Filles de la Charité, Frères des écoles chrétiennes, etc. La seconde expédition du Tonkin de 1882-1884, lancée par Jules Ferry, entraîne une vague de persécution en 1885 dans le nord qui frappe des dizaines de milliers de chrétiens. Cependant à partir de 1880, les lois laïques s'appliquent à la colonie et la métropole n'envoie plus de subventions, ni pour les écoles, ni pour les hôpitaux. Ce sont aux congrégations d'assurer entièrement par elles-mêmes leur subsistance. La Cochinchine, l'Annam et le Tonkin (auxquels s'ajoutent le futur Laos et le Cambodge) forment les trois provinces du protectorat à l'intérieur de l'Indochine française les plus actives du point de vue des missions et de leurs œuvres sociales. Elles sont divisées en plusieurs vicariats apostoliques, avec un évêque à Saïgon (cathédrale Notre-Dame de Saïgon), à Hué, à Hanoï (cathédrale Saint-Joseph de Hanoï), à Bac Ninh, à Quy Nhon, etc. et plusieurs préfectures apostoliques.

En 1885, le nombre des chrétiens se chiffre à 540 000 pour 300 prêtres vietnamiens et 176 missionnaires français (en majorité des Missions étrangères de Paris) ou espagnols. Plusieurs congrégations enseignantes ou contemplatives viennent y fonder de nouvelles maisons (trappistes, bénédictins, carmélites, franciscains et franciscaines, etc.) Des congrégations autochtones se développent (Amantes de la Croix).

En 1924 les vicariats et les préfectures apostoliques prennent le nom de leur siège: ainsi par exemple le vicariat apostolique de Cochinchine occidentale devient vicariat apostolique de Saïgon, ou celui du Tonkin méridional, devient celui de Bac Ninh.

Il y a en 1945 une majorité de prêtres vietnamiens, 1 400, pour 330 prêtres missionnaires européens, pour une population d'1 800 000 catholiques sur près de vingt millions d'habitants dont 40 000 Français coloniaux. Cinq mille religieuses sont vietnamiennes et près de 400 européennes[4].

Après 1945[modifier | modifier le code]

Le premier évêque vietnamien a été Jean-Baptiste Nguyễn Bá Tòng, consacré en 1933. Pie XI souhaite une indigénisation massive de la hiérarchie, mais elle n'a surtout lieu qu'après l'indépendance. Les Japonais suppriment le protectorat français en mars 1945. Hô Chi Minh s'empare du nord du pays quelques mois plus tard, descendant de plus en plus vers le sud. En 1946, les Français envoient des troupes. C'est la guerre d'Indochine qui a lieu jusqu'en 1954 avec la chute de Dien Bien Phu.

Le nord du pays entre dans une période de persécution qui dure une trentaine d'années.

Après les accords de Genève du 21 juillet 1954, 800 000 Vietnamiens du Nord fuient vers le Sud Viêt Nam dont 600 000 catholiques[5]. Il ne reste plus que 400 000 catholiques au Nord. Tous les prêtres du Nord sont incarcérés ou interdits de ministère (soit 375 prêtres), sauf trois prêtres. Les missionnaires étrangers sont expulsés ou se réfugient au Sud.

Les vicariats apostoliques sont supprimés en novembre 1960 et érigés en diocèses par Jean XXIII. La guerre du Vietnam avec les Américains commence avec une intensité de plus en plus importante pour se terminer avec le chute de Saïgon en 1975. C'est l'époque des boat-people: un grand nombre d'entre eux fuit aux États-Unis, au Canada, en Australie ou dans certains pays d'Europe, parmi eux, de nombreux catholiques.

Après l'invasion du Sud Viêt Nam par le Vietminh, tous les séminaires sont fermés en 1975. Un premier séminaire ouvre en 1986, contrôlé par le gouvernement, ne permettant l'entrée de nouveaux séminaristes qu'une fois tous les six ans[6] sur autorisation des autorités locales.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Pâques dans une église vietnamienne

Mgr François-Xavier Nguyên Văn Thuân, emprisonné de 1975 à 1988, a été nommé cardinal en 2001.

Des délégations officielles du Vatican sont venues au Viêt Nam presque tous les ans depuis 1990 pour rencontrer les autorités gouvernementales et visiter des diocèses, ce qu'ils ne pouvaient faire auparavant.

En mars 2007, Thaddée Nguyễn Văn Lý (né en 1946), un prêtre dissident catholique, a été condamné par une cour d’Hué à huit ans de prison. Nguyen, qui avait passé quatorze des vingt-quatre dernières années en prison, était accusé d’être un des fondateurs du mouvement pour la démocratie Bloc 8406 et un membre du parti du progrès du Viêt Nam.

Le 16 septembre 2007, pour le cinquième anniversaire de la mort du cardinal Nguyễn Văn Thuận, l’Église catholique a commencé sa procédure de béatification. Les catholiques au Viêt Nam en ont reçu positivement la nouvelle.

En décembre 2007, des milliers des catholiques sont allés en cortège à l’ancienne nonciature apostolique à Hanoï, confisquée par le gouvernement communiste en 1959, et y ont prié deux fois pour une restitution à l'Église. Le gouvernement du Viêt Nam en a fait une bibliothèque publique et aménagé un petit parc en février 2008.

En 2011, l'Église du Viêt Nam compte 1 500 séminaristes dans sept grands séminaires et 80 000 jeunes laïcs engagés dans la catéchèse[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Statistiques par pays, site Catholic Hierarchy
  2. Élisabeth Dufourcq, Les aventurières de Dieu, Paris, Perrin, 2de édition 2009, p. 289
  3. Alain Ruscio, Viet Nam: l'histoire, la terre, les hommes, Paris, L'Harmattan, 1989, p. 101
  4. Pierre Brocheux, Histoire du Vietnam contemporain, Fayard, 2011
  5. Ruscio, op. cité, p. 103
  6. Actualités des Missions étrangères de Paris, agence FIDES, 12 novembre 2011
  7. Déclaration du Père Joseph Do Manh Hung, vice-recteur du grand-séminaire d'Hô-Chi-Minh-Ville (ex-Saïgon), à l'agence FIDES en novembre 2011

Voir aussi[modifier | modifier le code]