Catherine Willoughby de Eresby

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Catherine Willoughby
Catherine Willoughby, dessin de Hans Holbein le Jeune
Catherine Willoughby, dessin de Hans Holbein le Jeune

Titre Baronne Willoughby de Eresby
(1526 - 1580)
Autre titre Duchesse de Suffolk
Prédécesseur William Willoughby
Successeur Peregrine Bertie
Biographie
Dynastie Willoughby
de Salinas
Naissance 22 mars 1519
Parham Old Hall, Suffolk
Décès 19 septembre 1580 (à 61 ans)
Grimsthorpe Castle, Lincolnshire
Père William Willoughby (11e baron Willoughby de Eresby)
Mère Maria de Salinas
Conjoint Charles Brandon (1er duc de Suffolk)
Enfants Henry Brandon (2e duc de Suffolk)
Charles Brandon (3e duc de Suffolk)
Susan Bertie
Peregrine Bertie

Catherine Willoughby, duchesse de Suffolk, suo jure 12e baronne Willoughby de Eresby (née le 22 mars 151919 septembre 1580), est une aristocrate anglaise de la cour des rois Henri VIII, Édouard VI et de la reine Élisabeth Ire. Elle fut la quatrième épouse du duc de Suffolk, qui avait été son tuteur légal après son mariage à Marie d'Angleterre, la sœur cadette de Henri VIII. Son second époux fut Richard Bertie, son cousin. À la mort de Charles Brandon en 1545, le bruit courut que le roi Henri, encore marié à Catherine Parr, envisageait de divorcer pour épouser Catherine.

Ouvertement favorable à la Réforme anglaise, elle prit l'exil sous le règne de reine Marie, d'abord à Wesel puis dans la République des Deux Nations.

Famille[modifier | modifier le code]

Catherine Willoughby, née à Parham Old Hall dans le Suffolk, le 22 mars 1519, et baptisée dans l'église locale quatre jours plus tard[1], était la fille de William Willoughby par sa deuxième épouse, Maria de Salinas. La première femme de Lord Willoughby, Mary Hussey, fille de William Hussey, Chief Justice of the King's Bench, étant morte sans enfants en 1512, le baron épousa en juin 1516 Maria de Salinas, fille de Don Martin de Salinas et de Dona Josepha Gonzales de Salas. Maria de Salinas était une dame de compagnie et l'une des plus proches amies de la reine consort Catherine d'Aragon[2].Le Chef de la Maison de Salinas en Castille etait Don Juan de Salinas Sanchez de Velasco, Mayorazgo de la Casa de Salinas en 1517, Senor de la Casa de la Vinuela, Pariente Mayor de Vizcaya dont le successeur est en 2013, Don Rodrigo de Villamor Salinas, Duc de Salinas de Rosio et Mayorazgo de la Casa de Salinas. Le roi se félicitait qu'un de ses courtisans épouse lui aussi une espagnole, et il alla jusqu'à baptiser l'un de ses navires de guerre la Mary Willoughby. Il paraît clair que le choix du prénom de la fille de Lord Willoughby, Catherine, était un hommage à la reine, mais l'amitié de Maria de Salinas envers Catherine d'Aragon n'empêcha pas Catherine Willoughby d'être persécutée pour sa foi par la suite.

Catherine avait deux frères, Henry et Francis, morts prématurément[1].

Ses débuts à la cour[modifier | modifier le code]

Selon l'historienne britannique C. Goff, Catherine passa sans doute ses premières années à Parham, car sa mère était sans cesse à la cour auprès de la reine, Catherine d'Aragon[1]. Catherine n'avait encore que sept ans lorsque le 14 octobre 1526, Lord Willoughby mourut à Hertford dans le Suffolk[3]. En tant que fille unique, Catherine hérita du titre de baronne. Son père détenait quelque trente manoirs dans le Lincolnshire, et à peu près autant dans les duchés de Norfolk et de Suffolk, toutes ces propriétés représentant une rente annuelle de 900 £[4] ce qui faisait de la fillette « l'une des plus grosses héritières de sa génération[5]. » Mais cet héritage lui fut disputé de nombreuses années, la polémique portant sur la liste des propriétés destinées aux parents masculins ; la succession se trouva d'ailleurs compliquée par un codicille que Lord Willoughby avait dressé avant de partir en Picardie rejoindre l'armée anglaise pour la campagne de 1523[6]. En 1527 un oncle de Catherine, Sir Christopher Willoughby, accusa sa belle-sœur, Maria de Salinas, d'avoir soustrait des documents attestant de ses droits sur plusieurs domaines, et ainsi de l'avoir dépossédé d'une partie de ses propres biens[7].

À la mort de son père, Catherine devint pupille du roi, qui revendit cette charge le 1er mars 1528[8] à son beau-frère, Charles Brandon. Devenu tuteur légal, le duc de Suffolk prit d'emblée en main la querelle de succession en expédiant une lettre de remontrances au Cardinal Wolsey, et cette intervention mit un terme aux exigences de Christopher Willoughby : ce dernier écrivit à Wolsey que la colère du Cardinal « lui était plus douloureuse que la mort[9] ».

Catherine aurait été d'abord fiancée à Henry Brandon (†1534), fils de Charles Brandon et de Marie Tudor[10]. Celle-ci mourut à Westhorpe, dans le Suffolk, le 25 juin 1533, et le 21 juillet la jeune Catherine était l'une des pleureuses à ses funérailles[11]. Dès 1531, le bruit courait à la cour d'Anne Boleyn, que le duc de Suffolk avait lui-même des vues sur Catherine[4], et six semaines après la mort de sa troisième femme, l’ambassadeur impérial, Eustace Chapuys, confiait à Charles Quint[12] :

« Dimanche prochain, le duc de Suffolk épousera la fille d'une dame espagnole du nom de Lady Willoughby. Elle était promise au fils du duc, mais ce dernier n'a que dix ans, et bien qu'il ne vaille pas la peine d'écrire à Votre Majesté pour l'informer de cela, la chose est d'une telle nouveauté que je la mentionne. »

Bien que Suffolk fût alors âgé de 49 ans et Catherine de seulement 14, le ménage s'avéra solide[13]. L’héritage Willoughby ne devait être attribué que sous le règne de la reine Élisabeth Ire, mais Suffolk parvint à contraindre Christopher Willoughby de lui abandonner la possession de certaines terres, ce qui fit de lui le plus grand propriétaire foncier du Lincolnshire. En tant que tel, il joua un rôle important dans l'apaisement des rébellions du Lincolnshire en 1536[14], et se fit construire une imposante résidence à Grimsthorpe[4], dont Catherine hérita à la mort d’Élisabeth de Vere, comtesse douairière d’Oxford[15].

Suffolk et sa jeune duchesse eurent deux fils, Henry Brandon[16], né le 18 septembre 1534, et Charles Brandon, né le 15 mars 1535[17]. Son mariage fit entrer Catherine dans la famille royale, car par testament Henri VIII avait rangé les enfants de sa sœur Marie au second rang de succession au trône après ses propres enfants. Ce furent le duc et la duchesse de Suffolk que le roi chargea d'accueillir officiellement sa nouvelle épouse, Anne de Clèves, à son arrivée en Angleterre en 1539, et encore en 1541 ils arrangèrent les détails d'un voyage royal pour le roi et une nouvelle reine, Catherine Howard. Ce voyage devait rester dans les mémoires pour l’adultère de Catherine avec un courtisan, Thomas Culpeper, et cela bien que la résidence du duc au château de Grimsthorpe fût « l'une des rares étapes... où Catherine Howard ne se fût pas signalée par son inconduite[18]. »

Miniature de Catherine Willoughby par Hans Holbein le Jeune.

Sa personnalité et ses convictions religieuses[modifier | modifier le code]

Réputée pour son sens de la répartie, ses plaisanteries mordantes, et sa passion pour le Savoir, la duchesse de Suffolk s'imposa dans les dernières années du règne d'Henri VIII comme l'un des principaux partisans de la Réforme anglaise. Elle devint l’amie de l'ultime épouse du roi, Catherine Parr, surtout après la mort du duc de Suffolk en 1545, et exerça sur elle une profonde influence religieuse. En 1546, comme les professions de foi de la reine devenaient controversées, le roi ordonna son arrestation, quoique fît sa femme pour l'amadouer. Un jour, la duchesse de Suffolk donna un banquet à l'issue duquel elle déclara que l’évêque Gardiner était l'homme qu'elle détestait le plus. Elle appela son épagneul « Gardiner », déchaînant l'hilarité des courtisans chaque fois qu'elle appelait l'animal[19]. Des années plus tard, sous le règne d’Édouard VI, alors que Gardiner était emprisonné, on rapporte qu'elle déclara « Les agneaux se sont réjouis quand on a enfermé le loup[19]. »

Le duc de Suffolk mourut le 22 août 1545[20], et le bruit courut que le roi envisageait de faire de la duchesse (qui n’était encore âgée que d'une vingtaine d'année) sa septième épouse[21]. En février 1546, Van der Delft écrivait : « J'hésite à me faire l'écho des rumeurs touchant un changement de reine. Certains l'attribuent à la stérilité de la reine actuelle, d'autres disent qu'il n'y aura pas de changement avant la fin de la guerre. On parle beaucoup de Madame Suffolk et elle est en grande faveur ; mais le roi ne manifeste aucun changement dans son comportement envers la reine, bien qu'on dise qu'elle soit fâchée de la rumeur[22]. » Pourtant l'amitié des deux Catherine tint bon, et à la mort d’Henri VIII en 1547, la duchesse subventionna l'édition d'un des livres de Catherine Parr, The Lamentation of a Sinner. Elle devint la mécène de John Day, le premier éditeur de livres religieux d'Angleterre ; Day imprima de nombreux livres portant les armoiries de la duchesse de Suffolk à partir de 1548. Dès 1550, la duchesse participa à la création d'église du Refuge pour les protestants, principalement des Pays-Bas espagnols, qui fuyaient les persécutions sur le Continent.

Conséquences de la mort d’Henri VIII[modifier | modifier le code]

Lorsque Catherine Parr mourut en couches, la duchesse de Suffolk s'occupa de sa fille, Marie Seymour. Mais la lettre où la duchesse demande à William Cecil des subsides pour l'entretien de la princesse est le dernier document où l'enfant soit mentionné. Des années plus tard, la duchesse devint aussi tutrice d'une de ses petites nièces de la famille Brandon, Marie Grey, lorsque celle-ci fut arrêtée pour s'être mariée sans approbation royale.

En 1551, les deux fils de la duchesse, alors étudiants de Cambridge, moururent l'un et l'autre à une heure d'intervalle de la suette. Quatre mois plus tard, alors qu'elle tentait de se remettre de ce drame personnel, Catherine écrivait à Sir William Cecil : « En vérité je considère que ce dernier châtiment de Dieu (et clairement le plus dur et le plus amer) n'est pas le moindre de ses bienfaits, et cela d'autant plus que je n'ai jamais été si bien instruite par quiconque avant de reconnaître sa puissance, son amour, et sa clémence, ainsi que ma propre misère, et cette condition dépravée que sans lui j’endurerais ici-bas[23] » En se consolant de son malheur, cruelle mise à l'épreuve de sa foi, Catherine entama une nouvelle vie. Désormais elle fit de Hugh Latimer son chapelain[4]. Elle se remaria par amour avec Richard Bertie (25 décembre 1516 – 9 avril 1582), un homme de sa suite partageant ses convictions religieuses, et quoiqu'on continuât à l'appeler la duchesse de Suffolk, ses efforts pour faire reconnaître son mari comme Lord Willoughby de Eresby demeurèrent vains. En 1555, sous le règne de la reine Marie, les Berties tombèrent sous le coup des Persécutions Mariales et durent s'exiler sur le Continent. On peut lire le récit des persécutions que Stephen Gardiner, l’évêque de Winchester et Lord Chancellor, exerça à leur encontre ainsi que leur errance à travers le royaume dans l’édition de 1570 des Actes et Monuments, sur la foi probable du propre témoignage de Richard Bertie lui-même. À leur retour en Angleterre, ils retrouvèrent le château de Catherine, Grimsthorpe dans le Lincolnshire, ainsi que leur rang à la cour. De Richard Bertie, Catherine eut Peregrine Bertie, qui épousa Mary de Vere, l'unique sœur de sang de Edward de Vere, ainsi que Susan Bertie, qui épousa d'abord Reginald Grey, puis, Sir John Wingfield, un neveu de Bess de Hardwick.

Hommages littéraires[modifier | modifier le code]

L’exil de Catherine et de Richard Bertie tissent la trame d'une balade de Thomas Deloney, The Dutchess of Suffolk's Calamity, publiée avant 1607, ainsi que celle d'un drame de Thomas Drue, The Life of the Duchess of Suffolk (1624). Le remariage de Catherine avec l'un de ses domestiques et sa persécution est aussi l'une des clefs de la tragédie La Duchesse d'Amalfi de John Webster.

  • Dans la série historique Les Tudors, son personnage est interprété par Rebekah Wainwright mais elle y est appelée Catherine Brooke, et sa biographie a été librement adaptée.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Goff 1930, p. 9.
  2. Goff 1930, p. 2-3.
  3. Goff 1930, p. 13.
  4. a, b, c et d Wabuda 2004.
  5. Harris 2002, p. 66.
  6. Goff 1930, p. 15.
  7. Goff 1930, p. 10, 15-16.
  8. Susan Wabuda date l'acquisition de la charge de Suffolk de février 1529.
  9. Goff 1930, p. 17-18.
  10. Goff 1930, p. 23-4.
  11. Goff 1930, p. 20.
  12. Goff 1930, p. 23 : On Sunday next the Duke of Suffolk will be married to the daughter of a Spanish lady named Lady Willoughby. She was promised to the Duke's son, but he is only ten years old, & although it is not worth writing to your Majesty, the novelty of the case made me mention it.
  13. Goff 1930, p. 28.
  14. Goff 1930, p. 61, 83.
  15. Goff 1930, p. 7, 85.
  16. Goff 1930, p. 37.
  17. Goff 1930, p. 48.
  18. Anthony Martienssen, Queen Katherine Parr
  19. a et b Anthony Martienssen, Queen Katherine Parr, p. 195.
  20. Richardson 2011, p. 299.
  21. Cf. The Mistresses of Henry VIII de Kelly Hart.
  22. « I hesitate to report there are rumours of a new queen. Some attribute it to the sterility of the present Queen, while others say that there will be no change during the present war. Madame Suffolk is much talked about and is in great favour; but the King shows no alteration in his behaviour to the Queen, although she is said to be annoyed by the rumour ». Texte extrait des Letters and Papers from the Reign of Henry VIII de Francis van der Delft, ambassadeur Impérial, vol. 21, Ire partie, n°1027;
  23. « Truly I take this [God's] last (and to the first sight most sharp and bitter) punishment not for the least of his benefits, in as much as I have never been so well taught by any other before to know his power, his love, and mercy, my own wickedness, and that wretched state that without him I should endure here ». Cité d'après Harris 2002, p. 109.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Further reading[modifier | modifier le code]

  • My Lady Suffolk: A Portrait of Catherine Willoughby, Duchess of Suffolk, Evelyn Read (1963) ASIN B000JE85OK
  • Queen Katherine Parr, Anthony Martienssen, McGraw-Hill Book Company, New York 1973
  • Women, Reform and Community in Early Modern England: Katherine Willoughby, Duchess of Suffolk, and Lincolnshire's Godly Aristocracy, 1519-1580: 19 (Studies in Modern British Religious History), Melissa Franklin Harkrider
  • The Mistresses of Henry VIII, Kelly Hart