Cathédrale Notre-Dame d'Amiens

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Cathédrale Notre-Dame d'Amiens
Ville Amiens
Pays France France
Région Picardie Picardie
Département Somme
Culte Catholique romain
Type Cathédrale
Rattaché à Diocèse d'Amiens (siège)
Début de la
construction
1220
Fin des travaux 1288
Style(s)
dominant(s)
Gothique
Classé(e) Monument historique (1862)
Patrimoine mondial (1981)
La partie la plus ancienne de l'édifice, la nef, haute de 42,3 mètres, vue depuis le triforium du chœur - Au fond la rosace flamboyante surmontant la tribune des grandes orgues.
La partie la plus ancienne de l'édifice, la nef, haute de 42,3 mètres, vue depuis le triforium du chœur - Au fond la rosace flamboyante surmontant la tribune des grandes orgues.
Façade occidentale de la cathédrale d'Amiens
Façade occidentale de la cathédrale d'Amiens

La cathédrale Notre-Dame d'Amiens est la plus vaste de France par ses volumes intérieurs (200 000 m3). Avec les cathédrales de Chartres et de Reims, elle est considérée comme l'archétype du style gothique classique, comprenant aussi des éléments des phases suivantes du style gothique, du gothique rayonnant (notamment le chevet) et du gothique flamboyant (notamment la grande rosace de la façade occidentale, la tour nord et les stalles). Sa longueur hors œuvre est de 145 mètres et sa hauteur sous voûte de 42,30 mètres (proche du maximum supportable pour cette architecture).

Monument Historique en France, depuis 1862, elle est inscrite depuis 1981 au patrimoine mondial de l'UNESCO[1].

Sommaire

[modifier] Histoire de la cathédrale

La cathédrale actuelle occupe un emplacement où plusieurs sanctuaires se sont succédé dont on sait peu de choses. Le premier édifice date de la fin du IIIe siècle, à l'époque gallo-romaine, et aux cours des neuf siècles suivants plusieurs cathédrales furent édifiées. Plusieurs fois des incendies les réduisirent en cendres. Tel fut le cas en 850, lors d'une invasion normande, puis en 1019, puis encore en 1107. Après ce sinistre une nouvelle église, romane, fut édifiée dont nous ne possédons aucun document permettant de déterminer ce qu'elle était.

Le 17 décembre 1206, un croisé picard nommé Wallon de Sarton, chanoine de Picquigny, qui lors du pillage de Constantinople par les croisés en 1204, avait réussi à subtiliser la sainte relique du crâne de saint Jean-Baptiste, ramèna celle-ci à Amiens où il fut reçu par l'évêque Richard de Gerberoy. Très rapidement la relique devint l'objet d'un important pèlerinage. De nombreux princes français et étrangers vinrent l'honorer. Mais la tête du saint attira surtout les gens atteints de surdité, de mutisme, de cécité et avant tout les gens atteints du mal saint-Jean, c'est-à-dire d'épilepsie. Cet afflux rendit fort vite la cathédrale romane trop petite.

En 1218, la foudre tomba sur la flèche de l'ancienne cathédrale, ce qui mit le feu aux charpentes. Le toit s'embrasa avec une rapidité stupéfiante et bientôt, ce fut l'édifice tout entier qui s'écroula dans les flammes. L'évêque Évrard de Fouilloy décida de reconstruire une nouvelle cathédrale, non seulement bien plus vaste et plus belle que la précédente, mais aussi inégalée parmi les autres sanctuaires de la chrétienté. Il fallait aussi que cette nouvelle cathédrale, par son programme iconographique soit un véritable livre de pierres, qui favoriserait l'enseignement de la religion auprès du peuple chrétien. On parlera plus tard de la Bible d'Amiens.

Et face à ce grand défi, comme architecte, il choisit Robert de Luzarches.

Les trois portails de la grande façade occidentale furent très rapidement édifiés. Ils datent des années 1220-1230 (premier tiers du XIIIe siècle.)
Les trois portails de la grande façade occidentale furent très rapidement édifiés. Ils datent des années 1220-1230 (premier tiers du XIIIe siècle.)

[modifier] Édification de la cathédrale actuelle (1220-1288)

Les travaux de construction débutèrent en 1220 et la pose de la première pierre se déroula dit-on dans l'allégresse. Peu auparavant on avait reculé l'enceinte de la ville dont la population avait fort augmenté. En 1190, les remparts avaient été reculés à l'est et peu après en 1193, au sud. Les bâtisseurs bénéficiaient de ce fait d'un espace agrandi à l'intérieur de la nouvelle enceinte (dite de Philippe-Auguste) et purent ainsi prévoir un sanctuaire de dimensions gigantesques (145 mètres de long sur 70 de large au transept). Il fallut cependant détruire l'église Saint-Firmin-le-Confesseur qui occupait l'emplacement prévu pour le bras nord du transept, ainsi que l'Hôtel-Dieu qui aurait empêché la construction de la tour nord de la façade principale. Contrairement à la règle habituelle, les travaux commencèrent par la nef. La cathédrale continua pense-t-on à utiliser provisoirement le chœur de l'ancienne église romane.

En ce début du XIIIe siècle, période du règne de Philippe-Auguste, Amiens vivait en pleine prospérité. La ville profitait de la proximité des Flandres dont l'activité drapière était florissante, ainsi que des foires de Champagne toutes proches. Mais c'était le commerce de la guède ou pastel des teinturiers, utilisée pour la teinture des draps et cultivée dans la région, qui assurait à la bourgeoisie amiénoise la base de sa fortune. Amiens en avait le quasi-monopole et l'évéché d'Amiens participait à la prospérité générale. Les généreux donateurs ne manquaient pas, et les ressources de l'évêché lui permettaient de financer ce chantier gigantesque.

Robert de Luzarches étant décédé en 1222, ainsi d'ailleurs que l'évêque Évrard de Fouilloy, le nouvel évêque, Geoffroy d'Eu, confia la suite des travaux à Thomas de Cormont. Les dons affluaient de tous côtés et le chantier avançait rapidement de ce fait. En 1228, les murs de la nef atteignaient déjà le niveau de la naissance des voûtes. Cette même année Renault de Cormont succéda à son père comme maître d'œuvre. La nef fut achevée vers 1230.

Vers 1236, à la mort de Geoffroy d'Eu, la grande façade s'élevait déjà jusqu'aux corniches situées au dessus de la rosace, et la base du transept était édifiée.

Le nouvel évêque Arnoult s'attela dès lors à l'édification du chœur, et on construisit les chapelles rayonnantes. Mais dès 1240, les travaux ralentirent, le budget étant épuisé. On put cependant terminer le déambulatoire, où Arnoult fut inhumé en 1247.

Le nouvel évêque, Gérard de Coucy se soucia fort peu des travaux, lesquels se réduisirent à peu de choses entre 1247 et 1258. Cette année-là vit un incendie ravager les chapelles absidiales. Ce sinistre eut pour effet de fouetter l'ardeur des bâtisseurs et des bienfaiteurs, et les travaux reprirent à bon rythme jusqu'en 1269, année où le chœur fut terminé. La cathédrale gothique était dès lors opérationnelle, bien que les tours ne soient pas terminées.

Près de deux décennies plus tard, l'évêque Guillaume de Mâcon fit encore élever une flèche (la première) et fit exécuter diverses petites modifications au niveau du chœur et du chevet. Ces travaux se terminèrent en 1288. Cette année là, le labyrinthe fut créé, toujours sous la direction de Renaud de Cormont. 1288 est la date retenue pour la fin de l'édification de la cathédrale. Les tours de la façade occidentale n'étaient toujours pas terminées. Au total cependant, l'édification avait été assez rapide puisque l'essentiel était fait. Cela donne à Notre-Dame d'Amiens une unité architecturale qui n'existe que rarement chez ses rivales.

Il est à noter que la construction de la cathédrale d'Amiens a été fort importante pour le développement de la rationalisation des chantiers médiévaux et la taille en série des pierres. Dès le début de la construction en effet, Robert de Luzarches avait conçu quatre types différents de pierres qui furent fabriquées en série.

Vue de la rosace ouest ou rosace de la mer, depuis le triforium du chœur - De style flamboyant, elle date du début du XVIe siècle.
Vue de la rosace ouest ou rosace de la mer, depuis le triforium du chœur - De style flamboyant, elle date du début du XVIe siècle.
Chapelle Notre-Dame du Puy située au croisement du double déambulatoire sud du chœur et du bras sud du transept. La statue de gauche, sainte Geneviève, fut transformée en déesse Raison durant la révolution
Chapelle Notre-Dame du Puy située au croisement du double déambulatoire sud du chœur et du bras sud du transept. La statue de gauche, sainte Geneviève, fut transformée en déesse Raison durant la révolution

[modifier] La cathédrale de 1288 à la fin du XIVe siècle

De 1290 à 1375, on construisit les chapelles latérales de la nef, non prévues dans le plan initial. Elles sont au nombre de onze, six au nord et cinq au sud, les plus anciennes à l'est, les dernières à l'ouest.

La tour sud de la cathédrale fut achevée en 1366 seulement. La tour nord posa quelques problèmes : en 1375, on dut construire une contre-butée à la tour nord, rendue nécessaire à cause de la déclivité du terrain. En 1385 se déroula en la cathédrale le mariage de Charles VI et d'Isabeau de Bavière. En 1402, le couronnement de la tour nord fut enfin réalisé.

[modifier] La cathédrale sauvée par Pierre Tarisel en 1498-99

En 1498, Pierre Tarisel était Maistre des ouvrages de maçonnerie. Il s'aperçoit qu'une catastrophe imminente se prépare et va causer l'écroulement de la cathédrale. A l'époque on n'avait pas oublié le désastre survenu en 1298 à la cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, dont le chœur qui s'élevait à 47 mètres s'était écroulé. Des travaux d'urgence sont nécessaires et sont effectués pour renforcer les arcs-boutants de la nef et du transept. De plus, les gros piliers de la croisée du transept boudent sous l'effet de la poussée des grandes arcades s'élevant à 42,3 mètres. Dans un éclair de génie, il va alors cercler presque tout l'édifice d'un chaînage de fer fabriqué en Espagne, le meilleur de l'époque. Ce chaînage court dans le triforium de la nef et des transepts, encerclant presque tout l'édifice. Il est toujours en place aujourd'hui. Il ne fallut guère plus d'un an pour régler le problème. La cathédrale fut ainsi, non seulement sauvée à l'époque d'une destruction certaine, mais aussi rendue bien plus robuste pour les siècles à venir.

[modifier] La cathédrale de 1500 à la Révolution

De 1508 à 1519 eut lieu la création des magnifiques stalles du chœur. Elles étaient au nombre de 120 à l'origine, il en reste 110 à ce jour.

En 1528, la flèche de la cathédrale ayant été détruite par la foudre, on procéda à l'édification d'une nouvelle, celle que nous connaissons aujourd'hui. Son sommet est à 112,70 mètres du sol.

La rosace occidentale, dont le sommet est situé à 42 mètres, fut refaite au XVIe siècle dans le style gothique flamboyant, cela sur ordre du maire de la ville.

Au XVIIIe siècle, on procéda à une refonte importante de la décoration du chœur. Ainsi le jubé, détruit en 1755, fut remplacé par une superbe grille "rocailles", œuvre de Jean Veyren d'après les plans de Michel-Ange Slodtz. Ce chef d'œuvre fut terminé en 1768. La clôture du chœur, du début du XVe siècle, fut en même temps détruite en grande partie. De superbes statues et une remarquable cathêdre baroque firent également leur apparition. Mais toutes ces innovations épuisaient le trésor, et de ce fait l'entretien de l'édifice était gravement négligé. Des réparations auraient du être faites au niveau des arcs-boutants du chœur, mais faute d'argent on laissa les choses s'aggraver.

À la révolution, Notre-Dame d'Amiens a fort peu souffert comparativement à bien d'autres sanctuaires français. Il y eut bien quelques fleurs de lys, quelques croix et même quelques statues supprimées (notamment les dosserets fleurdelysés des stalles). Mais ce fut très marginal. Les grandes et petites statues des différents portails ainsi que celles de la galerie des rois restèrent donc intactes.
La cathédrale fut transformée en Temple de la Raison et de la Vérité. On peut voir aujourd'hui la statue de sainte Geneviève convertie en déesse Raison, sur l'autel de la chapelle du Puy Notre-Dame, à gauche dans le croisillon sud du transept.

[modifier] De la Révolution à nos jours

Au XIXe siècle, Eugène Viollet-le-Duc, qui avait dressé un rapport alarmant sur l'état de la cathédrale, peu ou pas entretenue au cours du XVIIIe et du début du XIXe siècle, procéda à une restauration parfois controversée de l'édifice tout au long d'une période de 25 ans. Il y a en effet incorporé des éléments que le monument légué par le Moyen Âge n'avait jamais possédés. Il ajouta ainsi, au sommet de la grande façade, une galerie visant à réunir les deux tours : la Galerie des Sonneurs.

En juillet 1918, lors de la dernière offensive allemande à l'ouest, la cathédrale tomba sous le feu des troupes impériales allemande. Mais à la demande instante du pape Benoît XV, les allemands cessèrent de prendre le sanctuaire comme cible. La cathédrale fut ainsi sauvée. Peu après l'armée allemande recula au loin, et tout rentra dans l'ordre.

En mai 1940, lors des bombardements allemands qui affectèrent gravement la ville, la cathédrale fut également quasi miraculeusement épargnée.

[modifier] Dimensions

Plan initial de la cathédrale réalisé par Eugène Viollet-le-Duc. La cathédrale a peu changé depuis lors. On doit y ajouter les 11 chapelles latérales de la nef construites rigoureusement dans l'axe des 2 collatéraux extérieurs du chœur
Plan initial de la cathédrale réalisé par Eugène Viollet-le-Duc. La cathédrale a peu changé depuis lors. On doit y ajouter les 11 chapelles latérales de la nef[2] construites rigoureusement dans l'axe des 2 collatéraux extérieurs du chœur
Plan initial de la cathédrale avec échelle. Réalisé par G. Dehio et G. von Bezold.
Plan initial de la cathédrale avec échelle. Réalisé par G. Dehio et G. von Bezold.

Sources : [3] , [4] et [5]

  • longueur extérieure : 145 m
  • longueur intérieure : 133,50 m
  • profondeur du chœur y compris déambulatoire et chapelle axiale : 64 m
  • longueur de la nef : 54 m
  • largeur du vaisseau central de la nef : 14,60 m
  • largeur des bas-côtés de la nef : 8,65 m
  • largeur de la nef avec ses 2 bas-côtés : 32 m
  • hauteur sous voûte des bas-côtés de la nef : 19,7 m
  • hauteur des colonnes bordant la nef (chapiteaux inclus) : 13,85 m
  • distance entre les piles (d'ouest en est) : 5,2 m
  • largeur du transept sans ses 2 collatéraux : 14,25 m
  • largeur totale hors œuvre du transept : 29,30 m
  • longueur hors œuvre du transept : 70 m
  • longueur dans œuvre du transept : 62 m
  • hauteur sous voûte : 42,30 m
  • hauteur extérieure du faîte des toitures : 56 m
  • hauteur de la flèche : 112,70 m
  • hauteur de la tour nord : 68,19 m (même hauteur que les tours de Notre-Dame de Paris)
  • hauteur de la tour sud : 61,70 m (seulement six mètres de plus que le faîte du toit de l'édifice environ)
  • surface couverte : 7 700 m2
  • volume intérieur : environ 200 000 m3 (près du double de Notre-Dame de Paris, mais la moitié seulement du volume de la Cathédrale de Cologne qui fait 407 000 m3)
Façade occidentale 
  • largeur totale : 48,78 m
  • largeur du porche du portail du Beau-Dieu : 11,69 m
  • profondeur de ce porche : 5,52 m
  • largeur des deux porches latéraux : 6,27 m
  • profondeur de ces deux porches : 4,54 m
  • largeur des 2 arcs-boutant séparant ces 3 porches : 29,2 m

D'après le livre « Notre-Dame d'Amiens » publié en 1833 par Antoine Pierre Marie Gilbert [6], la hauteur totale depuis le pavé de l'église jusqu'au sommet de la flèche, y compris le coq, est de 128,64 m.

[modifier] Plan et élévation

La cathédrale est érigée sur un plan en forme de croix latine, avec une nef à bas-côtés, un transept à bas-côtés et un chœur qui comprend même cinq vaisseaux. Le déambulatoire est entouré de sept chapelles rayonnantes, dont la centrale, la chapelle d'axe, ressemble par son architecture à la Sainte-Chapelle de Paris, dont elle est contemporaine. L'élévation dans la nef est tripartite: grandes arcades, triforium et la claire-voie des fenêtres hautes. Les piliers qui supportent les arcades sont ronds et cantonnés par quatre colonnettes. Les voûtes à croisées d'ogives sont supportées par des colonnettes engagées. Les proportions sont très harmonieuses.

[modifier] L'extérieur de la cathédrale

La façade occidentale, ses trois portails, ses deux tours et sa rosace
La façade occidentale, ses trois portails, ses deux tours et sa rosace

[modifier] La façade occidentale et les tours

On observe une façade harmonique c'est-à-dire comportant 3 portails, 3 niveaux d'élévation et 2 tours. Les niveaux d'élévation sont le niveau des portails, celui de la galerie des rois surmontant un triforium formé d'une série d'arcades géminées, et celui de la rosace. Enfin au dessus s'élèvent les 2 tours (reliées au XIXe siècle par la galerie des Sonneurs ajoutée par Viollet-le-Duc).

Une différence est frappante entre la façade intérieure et la façade extérieure. En effet, la façade intérieure nous montre le premier projet de façade modifié par la suite, caché par l'orgue.

La partie supérieure du massif de la façade occidental y compris les tours n'a que 6 mètres de profondeur. La façade prend en compte la surélévation de la nef (4 mètres en plus) sur les grandes baies supérieures. La rosace refaite au XVIe siècle est de style gothique flamboyant typique.

Tout au dessus, une courtine, appelée Galerie des sonneurs, est surmontée par une seconde galerie composée de fines arcades ajourées. L'ensemble occupe l'espace entre les deux tours. Derrière ces galeries on trouve une terrasse appelée Chambre des musiciens.

Quatre contreforts très puissants divisent verticalement l'édifice et séparent les trois portails. Ils sont particulièrement saillants au niveau du rez-de-chaussée où ils séparent et encadrent solidement les portails. Ils sont destinés à assurer la stabilité, tant de la façade que des deux tours qu'elle supporte.
Ces contreforts se rétrécissent brutalement lors du passage du premier au deuxième niveau (celui du triforium supportant la galerie des rois), formant à cet endroit profonde marche. Le deuxième niveau de la façade se situe dès lors largement en retrait par rapport à l'étage inférieur des portails. Cette marche des 4 contreforts est ornée d'énormes et imposants pinacles très travaillés. La même disposition se reproduit lors du passage du niveau deux au niveau trois de la façade (rosace) et une nouvelle série de quatre gros pinacles occupent la deuxième marche des contreforts ainsi formée. Au total, la façade de la cathédrale apparait ainsi très décorée.

Une erreur technique réside dans la façade par le fait que des fuites ont été constatées : l'eau coulait des grandes galeries supérieures sur les porches ce qui posait des problèmes pour la sauvegarde des sculptures des portails entre autres.

[modifier] Les tours

Les tours sont en réalité des moitiés de tour et n'ont aucune ampleur. Elles ne permettent pas d'élancer le bâtiment ce qu'elles devraient faire. Ce rôle d'élancement est réalisé par la flèche du transept qui elle est visible depuis de nombreux endroits de la ville d'Amiens.

Les tours furent les dernières parties de l'édifice à être construites. Les deux tours, au lieu d’être élevées sur un plan carré comme toutes les tours des cathédrales de cette époque, sont rectangulaires, moitié moins épaisses que larges. Ce ne sont que des moitiés de tours dans toute leur hauteur, et les deux contreforts, qui devaient se trouver, latéralement, dans région médiane de ces tours, sont devenus contreforts d'angles. A l'origine de cette situation : un manque de ressources financières.

En 1240, l’évêque Arnoult avait poussé les travaux à une telle cadence que les fonds étaient épuisés. Il fallut suspendre la construction et amasser de nouvelles sommes. De plus en 1258, un incendie détruisit les charpentes des chapelles de l'abside. Ce désastre contribua encore à ralentir l'achèvement du chœur, de la façade et des tours. À Amiens, comme partout ailleurs, les populations montraient moins d'ardeur et d'enthousiasme à voir terminer le monument. On mit un temps assez long à recueillir les dons nécessaires à la continuation des travaux, et ces dons ne furent pas assez abondants pour permettre de déployer dans ce qui restait à construire toute la grandeur que l'on prévoyait initialement. En élevant la nef, de 1220 à 1228, on avait voulu achever, avant tout, le vaisseau, et on ne s’était pas préoccupé de la façade laissée en suspens. La porte centrale seule avait été percée et la rose supérieure ouverte. Ce ne fut qu'en 1238, lorsqu'une nouvelle impulsion fut donnée aux travaux par l'évêque Arnoult, que l'on songea à terminer la façade occidentale. Mais déjà, sans doute, on pressentait l'épuisement des ressources, si abondantes pendant le règne de Philippe-Auguste (mort en 1223), et les projets primitifs furent restreints.

La preuve la plus certaine de cette modification apportée au projet initial de Robert de Luzarches, c'est que les fondations existent sous le périmètre total des tours telles qu’elles auraient dû être. En d'autres mots la partie inférieure de la façade et la base des tours construite avant 1238 répond bien au plan initial. De cette façade primitive, il reste :

  • les deux pieds-droits de la porte centrale
  • l'entourage de la grande rose

Dès 1240, les nouvelles parties de la façade s'élèvent suivant le nouveau plan moins ambitieux :

  • les trois porches ainsi que les pinacles qui les surmontent (datés de 1240 environ)
  • la galerie ajourée et la galerie des rois (datés également de 1240)
  • l'étage inférieur des tours.

Quant aux parties supérieures de ces tours et à la galerie entre les deux, ce sont des constructions élevées au XIVe siècle et même au début du XVe. Elles sont construites largement en retrait par rapport à la base de la façade et des tours, ce qui leur donne une forme applatie d'ouest en est, c'est-à-dire un plan rectangulaire et non carré. Il est clair que de telles tours ne pouvaient s'élever très haut.

Les tours sont d'inégale hauteur. Leur dernier étage est de style et de décoration très différents. Tandis que le sommet de la tour sud est encore de style rayonnant, celui de la tour nord est un bel exemple de style gothique flamboyant. Elles sont toutes deux flanquées d'une petite tourelle quadrangulaire, nichée entre les deux contreforts latéraux et faisant corps avec la tour. Ces tourelles abritent chacune un escalier à vis permettant d'atteindre les premiers étages des tours, et sont surmontées d'un élégant toit pyramidal fort bien décoré.

Sur la face sud de la tour sud, au niveau du contrefort occidental, on peut voir un cadran solaire, surmonté de la statue d'un ange.

Face sud de la tour sud avec son cadran solaire
Face sud de la tour sud avec son cadran solaire
Le cadran solaire
Le cadran solaire
Le Portail du Jugement Dernier au centre de la façade occidentale de Notre-Dame d'Amiens
Le Portail du Jugement Dernier au centre de la façade occidentale de Notre-Dame d'Amiens
La statue du prophète Nahum, à l'angle sud du contrefort séparant le portail central du portail Saint-Firmin
La statue du prophète Nahum, à l'angle sud du contrefort séparant le portail central du portail Saint-Firmin

[modifier] Le portail du Jugement dernier

Les portails de la façade ouest sont, comme celui du transept sud, richement ornés de sculptures, qui présentent tout un programme théologique. Le grand portail central ou portail du Jugement dernier, encore appelé parfois portail du Beau Dieu, est entouré de deux autres portails plus petits : celui de la Mère-Dieu, à droite au sud, et celui de saint Firmin à gauche.

Le tympan au-dessus du grand portail est décoré d'une représentation du Jugement dernier, d'où son nom. Ce tympan est subdivisé en trois registres. Au niveau inférieur du tympan, les ressuscités sortent de leurs tombeaux au son de la trompette. Saint Michel et sa balance sont présents au milieu d'eux. Au registre intermédiaire, les damnés sont séparés des élus et se dirigent vers la gueule d'un monstre, le Léviathan. Au registre supérieur, le Christ sur son trône, les mains levées, est entouré de la Vierge et de Saint Jean qui intercèdent en faveur du salut des âmes, ainsi que d'anges qui portent les instruments de la Passion.

La représentation de l'enfer et du paradis se trouve dans les voussures du tympan. Au paradis, on voit d'abord les âmes recueillies dans le sein d'Abraham. Elles se dirigent ensuite vers une cité qui représente la Jérusalem céleste.

L'enfer tel que représenté est fort semblable à celui de Notre-Dame de Paris. On peut y voir une marmite et des cavaliers nus juchés sur des chevaux cabrés. Ils évoquent l'Apocalypse.

Au centre du portail central, au trumeau entre les deux vantaux de la porte, se trouve une statue du Christ sauveur, le « Beau-Dieu d'Amiens », magnifique statue du Christ. C'est l'une des statues les plus remarquables de la cathédrale. Il s'agit d'un Christ enseignant. Debout, vêtu d'une longue tunique, il a les pieds posés sur un dragon et un lion et tient de la main gauche un livre fermé, tout en bénissant de la main droite. Selon la légende, le sculpteur n'avait pas d'inspiration pour réaliser la statue. Dieu lui serait apparu en pleine nuit. Le lendemain matin, on retrouva le sculpteur mort, la statue du Beau Dieu à ses côtés.

Sur les piédroits des ébrasements se trouvent les grandes statues des douze apôtres entourés des quatre prophètes principaux. A la gauche du portail nous retrouvons successivemen de gauche à droite : les prophètes Daniel et Ézéchiel, suivis de Simon ou Jude, Philippe, Mathieu, Thomas, Jacques le Mineur et Paul. A droite la séquence est la suivante : Pierre, André, Jacques le Majeur, Jean, Simon ou Jude, Barthélémy, puis les prophètes Isaïe et Jérémie. A leur base, on peut voir une série de médaillons polylobés qui représentent les vices et les vertus.

Latéralement, du côté droit du portail, entre le portail du Jugement et celui de la Mère-Dieu, se trouvent d'autres séries de médaillons avec, entre autres, un Jonas recraché par la baleine.

Portail du Jugement Dernier : Le Beau Dieu du trumeau
Portail du Jugement Dernier : Le Beau Dieu du trumeau
Portail du Jugement Dernier : statues d'apôtres du piédroit de droite : de gauche à droite Pierre, André, Jacques le Majeur, Jean, Simon ou Jude, Barthélémy, puis les prophètes Isaïe et Jérémie.
Portail du Jugement Dernier : statues d'apôtres du piédroit de droite : de gauche à droite Pierre, André, Jacques le Majeur, Jean, Simon ou Jude, Barthélémy, puis les prophètes Isaïe et Jérémie.
Au centre de la photo : médaillon représentant Jonas recraché par la baleine
Au centre de la photo : médaillon représentant Jonas recraché par la baleine

[modifier] Le portail Saint-Firmin

Le portail septentrional est consacré à saint Firmin, lequel est représenté au trumeau. Le tympan du portail relate l'histoire de la découverte du corps du saint.

De chaque côté du portail se trouvent six grandes statues ; la plupart d'entre elles représentent des saints dont les reliques étaient exposés chaque année au-dessus du maître-autel. Sur le piédroit de gauche, on peut voir de gauche à droite sainte Ulphe, un ange déroulant une banderole, saint Acheul (martyr), saint Ache (martyr lui aussi), un ange et saint Honoré, ancien évêque de la ville. Du côté droit se trouvent successivement les statues de saint Firmin le confesseur (Firmin II évêque de la ville), saint Domice, saint Fuscien (martyr), saint Warlus et saint Luxor[7].

Les médaillons des soubassements, sculptés sous forme de quatre-feuilles, présentent un calendrier agraire qui établit une correspondance entre les signes du zodiaque et les travaux des mois.

Le portail Saint-Firmin vu depuis le centre de la façade
Le portail Saint-Firmin vu depuis le centre de la façade
Portail Saint-Firmin : 2 des grandes statues des piédroits de gauche : sainte Ulphe et un ange.
Portail Saint-Firmin : 2 des grandes statues des piédroits de gauche : sainte Ulphe et un ange.
Portail Saint-Firmin : les 4 grandes statues suivantes, à savoir saint Acheul, saint Ache, un ange et saint Honoré
Portail Saint-Firmin : les 4 grandes statues suivantes, à savoir saint Acheul, saint Ache, un ange et saint Honoré
La Vierge qui orne le portail de la Mère-Dieu écrasant le Mal. D'allure encore assez hiératique, elle date de la première moitié du XIIIe siècle
La Vierge qui orne le portail de la Mère-Dieu écrasant le Mal. D'allure encore assez hiératique, elle date de la première moitié du XIIIe siècle

[modifier] Le portail de la Mère-Dieu ou de la Vierge

Le portail méridional de la façade occidentale, appelé portail de la Mère-Dieu, est consacré à la Vierge. Au tympan, on trouve au registre inférieur une série de six personnages de l'Ancien testament, les ancêtres de la Vierge. La mort et l'assomption de la Vierge sont représentés au niveau du registre moyen, et enfin on assiste à son Couronnement au paradis, au registre supérieur[8].

Au trumeau se trouve une grande statue de la Vierge foulant le Mal, représenté sous la forme d'un animal fantastique griffu à tête humaine. Elle est figurée dans une attitude très statique, ce qui est la marque des statues inspirées du modèle chartrain. La base du trumeau comporte des bas-reliefs consacrés au péché originel, thème souvent associé à la Vierge et notamment au trumeau du portail de la Vierge de Notre-Dame de Paris, puisque c'est par elle qu'arrive le Christ-Rédempteur.

La troisième partie de ce bas-relief du paradis terrestre représente la tentation d'Adam et Éve et le péché originel. Le couple se trouve aux pieds de l'arbre de la connaissance du bien et du mal dont Dieu a défendu de consommer les fruits. Le diable a ici la forme d'un serpent ayant la tête d'une femme séduisante. Il s'agit en fait de Lilith, personnage biblique absente de la bible chrétienne, mais présente dans les écrits rabbiniques du Talmud de Babylone. D'après la tradition juive, Lilith était la première épouse d'Adam. Elle aurait refusé d'accepter la position inférieure lorsqu'ils faisaient l'amour. Elle quitte alors le paradis terrestre et bientôt réitère son refus de se soumettre mais à Dieu cette fois, lequel lui intimait l'ordre de le faire. Plus tard, ayant quitté la surface de la terre, cette femme perverse finit par devenir diablesse et favorite de Lucifer. Elle revint tenter le couple qu'elle jalousait, afin de les faire désobéir à Dieu et de les précipiter dans le malheur.

Portail de la Mère-Dieu : la naissance d'Eve
Portail de la Mère-Dieu : la naissance d'Eve
La tentation d'Adam et Éve - Détail du bas du trumeau du portail de la Mère-Dieu
La tentation d'Adam et Éve - Détail du bas du trumeau du portail de la Mère-Dieu

Les statues qui ornent les ébrasements des piédroits latéraux sont particulièrement remarquables : à droite, groupées deux à deux, elles représentent trois épisodes importants de la vie de la Vierge Marie : l'Annonciation, la Visitation et la Présentation de Jésus au Temple. A gauche, de l'extérieur vers l'intérieur, on trouve la reine de Saba, le roi Salomon, le roi Hérode puis les trois rois mages.

Portail de la Mère-Dieu : la présentation de Jésus au Temple par Marie. A droite Syméon
Portail de la Mère-Dieu : la présentation de Jésus au Temple par Marie. A droite Syméon
Portail de la Mère-Dieu : l'Annonciation - L'archange Gabriel et Marie
Portail de la Mère-Dieu : l'Annonciation - L'archange Gabriel et Marie

Les médaillons des soubassements contiennent des représentations d'épisodes de la vie du Christ.

[modifier] La Galerie des Rois et sa galerie basse

Les rois du centre de la galerie
Les rois du centre de la galerie
La rosace de la façade occidentale précédée de sa terrasse se situe juste au dessus de la Galerie des Rois.
La rosace de la façade occidentale précédée de sa terrasse se situe juste au dessus de la Galerie des Rois.

Sur la façade de Notre-Dame d'Amiens, immédiatement au-dessus des trois porches, se trouve une galerie de service couverte, richement décorée d'arcatures et de colonnettes. La galerie des Rois la surmonte, et celle-ci supporte une terrasse.

La galerie basse, intermédiaire entre la galerie des Rois et les gables des porches, est de fort belle facture et date de 1235 environ. Cette galerie basse, appelée communément "triforium" est praticable, comme d'ailleurs celle des Rois et la terrasse supérieure à celle des Rois. Toutes ces galeries communiquent avec les étages intérieurs des tours.

Derrière la galerie basse ou triforium s'ouvrent de grandes baies, qui éclairaient la nef centrale de la cathédrale, à travers une autre galerie intérieure (avant la pose de la tribune des grandes orgues).

Derrière la galerie des Rois s'ouvrent d'autres fenêtres plus courtes. Celles-ci donnent à l'intérieur de l'édifice sur une seconde galerie intérieure qui surmonte la galerie inférieure.

On remarque que les arcatures de la galerie inférieure portent sur des piles composées de trois colonnes groupées devant un pilastre. Sur ces piles reposent des arcs richement décorés de redans et d'animaux sculptés sur le devant des sommiers.

Une seule assise de pierre sépare la galerie basse ou triforium de celle des Rois.

Au dessus de cette dernière se trouve une terrasse découverte et dallée. Les eaux du dallage sont rejetées extérieurement par les têtes des longues gargouilles qui décorent le dessus de la Galerie des Rois.

Au dessus de cette dernière se trouve une terrasse découverte et dallée. Les eaux du dallage sont rejetées extérieurement par les têtes des gargouilles qui décorent le dessus de la Galerie des Rois et qui débouchent au niveau de la base des arcatures entourant la tête des Rois.

[modifier] Les statues de la Galerie des Rois

Elles sont au nombre de 22 et on ne sait pas avec certitude qui elles représentent. Elles datent de la première moitié du XIIIe siècle. La partie centrale de la façade compte huit énormes statues de 3,75 mètres, placées à 30 mètres de hauteur. En outre on en compte six sur chaque face occidentale de la base de chacune des tours, et deux encore placées à l'avant des contreforts centraux de la façade, contreforts qui divisent celle-ci en trois zones verticales.

Ces statues paraissent relativement mal proportionnées, dotées de têtes quelque peu trop grosses et de jambes trop courtes. On retrouve ce type de galerie à la cathédrale Notre-Dame de Reims, ainsi qu'à Notre-Dame de Paris (A Paris, les statues datent en fait du XIXe siècle).

[modifier] La rosace occidentale

De style gothique flamboyant, elle fut érigée au début du XVIe siècle sur ordre du maire de l'époque. On l'appelle aussi Rosace de la Mer. Située juste au dessus de la partie centrale de la Galerie des Rois, elle est précédée de la terrasse dont le dallage est doté des gargouilles qui pointent à l'extérieur au niveau de la tête des rois de la galerie. Elle est donc en retrait par rapport aux parties sous-jacentes de la façade.

Vue de l'extérieur, sa partie inférieure est masquée par le rebord de la balustrade de cette terrasse, rebord qui n'est autre que la partie supérieure des arcatures de la Galerie des Rois.

Porte Saint-Christophe du côté sud de la nef : statue de saint Christophe portant le petit Jésus sur ses épaules.
Porte Saint-Christophe du côté sud de la nef : statue de saint Christophe portant le petit Jésus sur ses épaules.

[modifier] La façade méridionale

A l'extrémité occidentale de cette façade, sous la tour sud, se trouve la porte Saint-Christophe flanquée d'une énorme statue de saint Christophe portant, suivant la légende, un minuscule petit Jésus sur ses épaules. Plusieurs autres statues jalonnent le chemin entre la tour sud et le porche du croisillon sud du transept :

  • sur la face extérieure de la Chapelle Notre-Dame de Foy, on peut admirer une représentation de l'Annonciation surmontée de saint Michel et de saint Raphaël.
  • Décorant le mur extérieur de la Chapelle de l'Assomption, ex-Chapelle Saint-Nicolas, on trouve un « waidier » et son épouse (waidier : marchand de guède en picard, la guède étant la plante avec laquelle on fabriquait la teinture bleu-pastel, plante à l'origine de la richesse d'Amiens). Au dessus : effigie de saint Nicolas debout, avec à ses pieds la marmite (fameuse en Picardie, dans le Nord, en Belgique et dans l'est de la France) où les trois enfants ont été mis à cuire par le méchant boucher.
  • puis une représentation de la Transfiguration
  • enfin une statue d'un évêque que l'on pense être Guillaume de Mâcon, puisque cette statue s'élève à l'arrière de la chapelle qu'il fit édifier durant les dernières années du XIIIe siècle.

[modifier] Le portail de la Vierge Dorée ou portail Saint-Honoré

Le portail du croisillon sud du transept, ou portail Saint-Honoré, est aussi appelé portail de la Vierge dorée, en raison de la statue qui orne son trumeau. Le tympan relate divers épisodes de la vie du saint, huitième évêque d'Amiens, qui vécut au VIe siècle.

Au registre inférieur, sculpté sur le linteau, on peut voir les adieux des apôtres à Jésus le jour de l'Ascension. Puis les quatre registres du tympan lui-même représentent, de bas en haut, le sacre de saint Honoré, des guérisons miraculeuses attribuées à ce dernier, une procession de reliques du saint, et au sommet la mort du christ en croix sur le Golgotha.

La face antérieure du trumeau est occupée par la statue de la Vierge Dorée, magnifique chef d'œuvre du XIIIe siècle. Datée de 1288, haute de 2,30 m, la statue originale, menacée par les intempéries, a été transférée à l'intérieur de la cathédrale en 1980 et remplacée par un moulage. La statue nous montre une Vierge couronnée et portant l'enfant Jésus, le regard posé vers lui avec douceur. La tête de la Vierge est surmontée d'un dais. Trois angelots souriants portent son nimbe. Elle est légèrement hanchée, le poids du corps portant sur une seule jambe.

A l'inverse des Vierges à l'Enfant antérieures, beaucoup plus hiératiques, cette statue est celle d'une jeune mère souriante qui joue avec son bébé et qui le berce. Elle inaugure une toute nouvelle sorte de représentations de la Vierge, elle est la première des Vierges hanchées qui ultérieurement seront fréquemment peintes ou sculptées. Quant à l'enfant Jésus, bébé assez joufflu, il semble jouer avec le monde comme avec le ballon qu'il a entre les mains.

La Vierge à l'Enfant du trumeau du portail de la Vierge Dorée ou portail Saint-Honoré. Statue datée de 1288.
La Vierge à l'Enfant du trumeau du portail de la Vierge Dorée ou portail Saint-Honoré. Statue datée de 1288.
Détail de la Vierge à l'Enfant du trumeau du portail de la Vierge Dorée : les trois angelots portent son nimbe.
Détail de la Vierge à l'Enfant du trumeau du portail de la Vierge Dorée : les trois angelots portent son nimbe.

[modifier] La façade septentrionale

Vue générale de la façade nord de la cathédrale
Vue générale de la façade nord de la cathédrale

Juste après le coin nord de la façade, la tour nord est soutenue par un puissant contrefort. Celui-ci est très riche en ornements, bien plus que le reste de cette façade nord. On peut y voir neuf très belles statues du XIVe siècle, réparties en trois groupes superposés. Le groupe inférieur présente les statues de la Vierge Marie, saint Jean-Baptiste et saint Firmin le martyr. Le groupe moyen : le roi Charles V de France, son fils le dauphin Charles futur Charles VI et Louis, duc de Touraine futur duc d'Orléans. Enfin le groupe le plus élevé nous montre le cardinal Jean de la Grange et deux personnages non identifiés.

A l'est de la tour nord, les façades des chapelles latérales de la nef sont, comme au sud, séparées par un trumeau décoré d'une statue. On y voit successivement saint Louis dont c'est l'une des plus anciennes représentations que nous possédons, Guillaume de Mâcon et sainte Agnès.

On remarque que les fenêtres hautes du chœur sont de structure assez différente de celles de la nef. Elles sont notamment surmontées d'un grand gable triangulaire qui dépasse latéralement le niveau de la galerie à balustrade qui longe la base de la toiture.

[modifier] La façade nord du transept et le portail de saint Firmin-le-Confesseur

La façade du bras nord du transept est nettement moins décorée que la façade du bras sud. Enserrée entre deux puissants contreforts latéraux, elle présente dans sa partie inférieure le portail dédié à saint Firmin-le-Confesseur. Celui-ci, encore appelé Firmin II, fut le troisième évêque d'Amiens et siégea pendant quarante ans dans la seconde moitié du IVe siècle.

Le portail comporte un linteau finement orné d'une décoration trèflée et un tympan non sculpté car occupé par une petite verrière. Au trumeau : statue d'un évêque. Il n'y a pas d'autres statues ou sculptures, ni sur les voussures, ni sur les piédroits de la porte, ni sur les ébrasements de celle-ci.
La moitié supérieure de cette façade est occupée par une énorme verrière comportant, au dessous, une claire-voie à cinq baies vitrées, puis une seconde claire-voie de dix lancettes partiellement masquée par une balustrade et surmontée d'une énorme rosace consolidée par des arcatures de pierre.
Au sommet de la façade se trouve une balustrade, mais pas de pignon en pierre et sculpté comme au sud : seulement un pignon d'ardoise, triangulaire, qui constitue l'extrémité nord du toit du transept.

Le contrefort d'angle gauche (situé à l'est) de la façade fait corps avec le contrefort extérieur de la face est du transept ainsi qu'avec une tourelle octogonale. Cet ensemble abrite un escalier à vis qui court depuis le rez-de-chaussée jusqu'à la base de la toiture du transept. Son trajet est marqué par une succession de meurtrières. Les sommets des deux contreforts latéraux sont coiffés chacun d'un petit toit pyramidal d'ardoise. Celui de gauche (oriental) abrite en fait l'extrémité supérieure de l'escalier.

La Rosace nord de Notre-Dame d'Amiens
La Rosace nord de Notre-Dame d'Amiens
Détail de la rosace nord
Détail de la rosace nord

[modifier] Le toit et les parties hautes de la cathédrale

Au centre, le félin à ailes de chauve-souris, juché au sommet d'un contrefort sur un piédestal soutenu par un sympathique corbeau, est une chimère et non pas une gargouille. En contrebas on voit plusieurs fort belles gargouilles situées au niveau de la partie déclive de la galerie qui court à gauche. (Chevet de la cathédrale)
Au centre, le félin à ailes de chauve-souris, juché au sommet d'un contrefort sur un piédestal soutenu par un sympathique corbeau, est une chimère et non pas une gargouille. En contrebas on voit plusieurs fort belles gargouilles situées au niveau de la partie déclive de la galerie qui court à gauche. (Chevet de la cathédrale)
Deux imposantes chimères du toit de la cathédrale. Celles-ci ont la forme d'oiseaux fort peu bienveillants. Ils ont le bec fermé et sont installés en position verticale. Seul leur regard s'oriente vers le bas, comme pour surveiller ce qui s'y déroule.
Deux imposantes chimères du toit de la cathédrale. Celles-ci ont la forme d'oiseaux fort peu bienveillants. Ils ont le bec fermé et sont installés en position verticale. Seul leur regard s'oriente vers le bas, comme pour surveiller ce qui s'y déroule.
Une belle série de "Rois Musiciens" trônent au sommet des contreforts de la chapelle axiale, au chevet de la cathédrale, juste derrière le chœur. Remarquez les superbes gargouilles en contrebas
Une belle série de "Rois Musiciens" trônent au sommet des contreforts de la chapelle axiale, au chevet de la cathédrale, juste derrière le chœur. Remarquez les superbes gargouilles en contrebas

Le toit de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens est fait d'ardoises à clous et le faîte qui culmine à 56 mètres est hérissé d'une crête de plomb. D'après une analyse dendrochronologique effectuée en 1988, la charpente du chœur daterait de l'an 1288, tandis que celle de la nef et du transept serait de 1311. La charpente, très légère est formée de fermes espacées de plus ou moins 3,75 mètres[9].

Les parties hautes de la cathédrale d'Amiens, bien plus que celles de Notre-Dame de Paris regorgent littéralement d'œuvres sculpturales médiévales souvent burlesques ou inquiétantes : gargouilles, chimères, rois musiciens ou autres encore.

[modifier] Gargouilles et chimères

Les gargouilles sont innombrables sur les parties hautes de Notre-Dame d'Amiens. Souvent très élancées elles constituent parfois de véritables morceaux de statuaire. Il importe de ne pas confondre gargouilles et chimères.

Les gargouilles ont été mises en place à l'extrémité des gouttières et des chéneaux pour évacuer l'eau de pluie des toitures et ne désignent que les extrémités des conduits d'écoulement des eaux. Elles dépassent dans le vide afin de rejeter les masses d'eau des averses le plus loin possible des murs de la cathédrale, lesquels ainsi ne s'abîment pas. Elles ont souvent la forme d'animaux fantastiques, la gueule perpétuellement ouverte et de ce fait souvent effrayants voire féroces. Leur position est généralement horizontale ou parfois inclinée, et se terminent toujours par une gueule tournée vers le bas et l'extérieur, afin de faciliter l'écoulement. Certaines ont des formes humaines. Toutes sont différentes, elles ont été créées par de nombreux artistes qui ont donné libre cours à leur imagination. Leur variété paraît presque infinie.

De fort belles gargouilles se trouvent notamment au niveau des grands arcs-boutants. Le système d'écoulement des eaux du toit de la cathédrale se termine par une canalisation sur le sommet des arcs-boutants puis par de longues gargouilles. Pour avoir une idée de leur utilité, il faut aller les voir fonctionner muni d'un bon parapluie un jour de forte pluie. Le spectacle est impressionnant.

Les chimères par contre sont simplement des statues fantastiques voire diaboliques et souvent grotesques. Elles ont une fonction purement décorative, non liée à un quelconque écoulement. Elles se présentent donc bien souvent la gueule fermée, tapies ou redressées et juchées sur des supports qui les surélèvent. On les retrouve dans les hauteurs de la cathédrale, juchées sur des balustrades ou au sommet des contreforts, où elles remplacent des pinacles, et ne se situent jamais aux endroits déclives de la couverture de l'édifice tels les planchers des galeries hautes. Leur rôle semblant être d'observer la ville, elles occupent des perchoirs. Elles ont la forme de démons, de monstres ou d'oiseaux fantastiques. Leur visage ou leur regard est orienté vers le bas, comme pour se repaître des turpitudes qui s'y déroulent.

[modifier] Les Rois Musiciens

À l'inverse des chimères, les Rois Musiciens sont des statues de personnages fort sympathiques disséminées sur l'ensemble des toitures de la cathédrale, et semblant jouer des airs à la gloire du Seigneur. On les retrouve notamment juste derrière les tours de la façade occidentale, autour de la dite Chambre des Musiciens, située sur les toits entre la Galerie des Sonneurs et l'extrémité occidentale des combles de la nef.

[modifier] La flèche

Elevée en 1288 par l'évêque Guillaume de Mâcon, la première flèche connut une fin tragique en 1528. Le 15 juillet un violent orage déclencha un incendie qui la détruisit totalement. Toute la ville s'étant mobilisée, les sauveteurs réussirent à empêcher l'incendie de se propager à l'ensemble des combles de la cathédrale, ce qui eût été catastrophique.

Rapidement, les dons affluèrent pour la reconstruction et même le roi François Ier aida en permettant que le bois nécessaire à l'édification de la nouvelle flèche soit prélevé en la forêt de Neuville-en-Hez qui était propriété royale.

Le travail, dont l'objet était d'élever une flèche en bois recouverte de plomb, fut confié à Louis Cardon de Cottenchy, secondé par un modeste charpentier de village, Simon Tanneau, responsable de l'édification de la flèche de bois. C'est Jean Pigard qui réalisa la flèche de plomb. Les travaux d'achevèrent en 1533 et il fallut encore une année pour dorer le plomb. Construite en bois de chêne et recouverte de plomb, c'est actuellement la plus ancienne flèche en bois connue.

Au total, 71 tonnes de plomb sont utilisées dans la flèche ; l'épaisseur moyenne de métal est de 3 millimètres. Sa base repose sur une plateforme située au dessus de l'endroit où se croisent les 4 grandes ogives de la croisée du transept. Dès sa naissance, elle est octogonale. La flèche, de toute grande qualité et authentique chef d'œuvre, possède une riche décoration, notamment de fleurs de lys, et une série de superbes statues, faites en plomb repoussé et de qualité exceptionnelle. La naissance de la flèche est constituée de deux étages octogonaux dont la base est entourée d'une balustrade. Les 8 statues, creuses, sont disposées au niveau de la balustrade du deuxième étage. Elles représentent successivement le Christ (disposé face à la nef), saint Paul, saint Firmin coiffé de sa mitre et qui se trouve face au nord, saint Jean l'Évangéliste, la Vierge couronnée portant l'enfant Jésus totalement dévêtu, saint Jean-Baptiste, saint Jacques le Majeur (orné de coquilles) et saint Pierre.

Ces magnifiques statues chrétiennes ne sont pas les seules à garnir la flèche. On y trouve aussi, comme un peu partout sur les toits de l'édifice, de superbes gargouilles et d'inquiétantes chimères. Toutes sont faites en plomb repoussé et remarquablement sculptées.

Vue de la flèche de Notre-Dame d'Amiens
Vue de la flèche de Notre-Dame d'Amiens
Dessin de la flèche par Viollet-le-Duc qui procéda à sa restauration
Dessin de la flèche par Viollet-le-Duc qui procéda à sa restauration

[modifier] Les arcs-boutants

[modifier] Les arcs-boutants de la nef

Les arcs-boutants de la nef de la cathédrale d'Amiens, élevée vers 1230, présentent une disposition analogue à celle du chœur de la cathédrale de Soissons dont ils semblent s'inspirer. Ils sont à double niveau et contrebuttent la partie supérieure de la nef. Ils s'appuient extérieurement sur de grandes culées assez massives. Leur tête (partie supérieure) vient s'appuyer contre des piles ou colonnes assez sveltes longeant le mur de la nef. Comme il se doit, le dernier claveau de chacun des deux arcs n'est pas engagé dans la pile et reste libre de glisser au cas où la voûte ferait un mouvement par suite d'un tassement des points d'appui verticaux, faute de quoi les arcs-boutants se briseraient.

Comme à Soissons, l'arc-boutant supérieur prend appui sur la partie de la pile de la nef située au-dessus du centre de poussée des voûtes, là ou s'exerce la partie supérieure de la poussée. Il en va de même de l'arc-boutant inférieur qui contrebutte la voûte au niveau de la partie inférieure de la poussée. L'ensemble de ces deux arcs-boutants assure une stabilité maximale aux voûtes de l'édifice.

À noter qu'à l'inverse de Soissons, le chaperon de l'arc-boutant supérieur sert de canal pour conduire les eaux des chéneaux du grand toit de l'édifice à l'extrémité inférieure de l'arc, d'où elles sont expulsées, au travers du sommet des culées, le plus loin possible par de longues gargouilles.

[modifier] Les arcs-boutants du chœur et du chevet

Les arcs-boutants du chœur contrebuttent la partie supérieure du chœur, mais sont forts différents de ceux de la nef. Ils sont à simple niveau, mais à double volée. Ils prennent appui extérieurement sur deux grandes culées assez fines. Ils furent construits vers 1260, soit plus ou moins trente ans après ceux de la nef.

Les arcs-boutants supérieurs, tels que décrits pour la nef, furent à cette époque remplacés par une construction à claire-voie, véritable aqueduc incliné qui maintenait les têtes des murs, mais d'une façon passive et sans pousser.

Mais ces arcs-boutants, trop peu chargés par ces aqueducs ajourés, purent se maintenir dans le rond-point, c'est-à-dire au chevet, là où ils n'avaient à contrebutter que la poussée d'une seule nervure de la voûte. Dans la partie parallèle du chœur, là où il fallait résister à la poussée combinée des arcs-doubleaux et des arcs-ogives, les arcs-boutants de ce type se soulevèrent, et au XVe siècle on dut placer, en contre-bas des arcs-boutants primitifs, de nouveaux arcs d'un plus grand rayon, pour neutraliser l'effet produit par la poussée des voûtes du chœur.

Les arcs-boutants de la nef de la cathédrale d'Amiens - Dessin de Viollet-le-Duc
Les arcs-boutants de la nef de la cathédrale d'Amiens - Dessin de Viollet-le-Duc
Dessin des arcs-boutants du chœur
Dessin des arcs-boutants du chœur
Détail des arcs-boutants du chœur
Détail des arcs-boutants du chœur

[modifier] L'intérieur de la cathédrale

Le triforium aveugle, les fenêtres hautes et les voûtes quadripartites de la nef. A l'avant-plan, les hautes colonnes des grandes arcades sont renforcées par quatre colonnettes engagées.
Le triforium aveugle, les fenêtres hautes et les voûtes quadripartites de la nef. A l'avant-plan, les hautes colonnes des grandes arcades sont renforcées par quatre colonnettes engagées.