Carnets d'Hitler

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En 1983, le magazine allemand Stern publia des extraits de carnets attribués à Adolf Hitler. Ces documents lui avaient été vendus à prix d’or par le journaliste Gerd Heidemann, qui prétendait les avoir découverts en Allemagne de l’Est, dissimulés chez un certain Dr Fischer. Ils auraient été récupérés dans l’épave d’un avion près de Dresde. Des experts de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, parmi lesquels Gerhard Weinberg et Hugh Trevor-Roper, les déclarèrent authentiques avant même qu’ils soient examinés par des scientifiques. Pourtant, en l’espace de deux semaines, leur examen révéla qu’il s’agissait de faux grossiers, fabriqués avec du papier et de l’encre moderne et truffés d’erreurs historiques. Ces carnets apocryphes, largement inspirés d’un recueil de discours du Führer, avaient en fait été écrits par Konrad Kujau, qui fut arrêté avec Heidemann pour escroquerie et condamné en 1985 à 42 mois de prison. Cette affaire a inspiré plusieurs fictions, dont le roman de Robert Harris, Selling Hitler, adapté à la télévision britannique en 1991 et le film Schtonk!.

Historique[modifier | modifier le code]

Les Carnets d'Adolf Hitler, ainsi que de faux manuscrits de Mein Kampf ou encore des tableaux attribués au dictateur nazi, ont été les œuvres du faussaire allemand Konrad Kujau.

Surnommé Dr Fischer par le journaliste allemand Gerd Heidemann, Konrad Kujau († 2000) avait réussi, courant 1982, à constamment alimenter l'hebdomadaire Stern en faux carnets de notes consignant les pensées du Führer. Ces faux, assez grossiers (éléments matériels datant des années 1950 ou ultérieures, telle l'encre, anachronismes et erreurs historiques factuelles), étaient supposées provenir clandestinement de la République démocratique allemande, l'ex-Allemagne de l'Est. Selon Konrad Kujau, un militaire de l'armée de la RDA, devenu depuis général dans les Douanes, avait trouvé, en 1945, des carnets intimes d'Adolf Hitler. Il les aurait conservé dans une grange et parvenait à les faire passer à l'Ouest (en République fédérale d'Allemagne) dissimulés dans des pianos.

Le magazine Stern commença à publier les textes de ces carnets dans son édition datée du 25 avril 1983. Ils avaient été acquis par le truchement d'un journaliste spécialisé en histoire du nazisme, Gerd Heidemann, supposé les détenir d'un mystérieux Dr Fischer. G. Heidemann, qui se vantait d'avoir restauré le yacht du ministre nazi Hermann Göring, et d'y recevoir d'anciens dignitaires ou fonctionnaires ou militaires nazis, était d'autant plus crédible qu'il était persuadé de l'authenticité des documents. Plusieurs experts ou spécialistes allaient le conforter dans sa naïveté. Ainsi Hugh Trevor-Roper (Lord Dacre), historien britannique, avait exclu qu'un faux cohérent couvrant 35 années de la vie d'un homme soit réalisable. David Irving, qui avait fourni les Archives fédérales allemandes en documents authentiques, les considéra vrais avant de se raviser bruyamment. Magnus Linklater, coauteur de Hoax (livre consacré à la fausse autobiographie du magnat de la presse Howard Hugues, vendue au magazine Life par Clifford Irving), allait en approuver la publication (contre 400 000 USD) par le Sunday Times (et couvrir l'affaire de la publication par le Times). Le Stern admettra avoir réglé neuf millions de marks pour acquérir les droits de publication. Au total, l'affaire aura coûté à l'éditeur allemand près de 19 millions de marks (près de 10 millions d'euros). Ce n'était pas la première fois que le Stern avait rétribué fortement G. Heidemann, lequel avait persuadé la rédaction en chef de l'aider à retrouver Martin Bormann, un proche d'Adolf Hitler.

Lord Dacre, historien britannique ayant authentifié les documents, allait, deux jours après avoir proclamé dans le Times qu'ils étaient de toute première importance, se raviser. Et ce en pleine conférence de presse de la direction du magazine Stern qui présentait les documents à la presse internationale, le 25 avril 1983. Lord Dacre, historien renommé, était aussi l'un des directeurs et actionnaires de Times Newspapers Ltd, et il s'était ravisé. Sans contester formellement l'authenticité des 62 carnets, qui couvraient la période 1932-1945, et contenaient des allégations diverses comme celle d'une paix séparée entre l'Allemagne et le Royaume-Uni après l'évacuation de Dunkerque (voulue supposément non humiliante par Adolf Hitler), Lord Dacre (Hugh Trevor-Roper, Baron Dacre of Glanton, 1914-2003), auteur de The Last Days of Hitler et des Carnets de Goebbels, professeur d'histoire à Oxford puis à Cambridge, avait d'abord authentifié les documents en compagnie de deux autres experts, Eberhard Jäckel (de l'université de Stuttgart), et Gerhard Ludwig Weinberg (professeur d'histoire de diverses universités américaines). G. Weinberg avait émis un avis mitigé pour le compte de l'hebdomadaire Newsweek, estimant qu'une expertise approfondie s'imposait.

Le Dr Julius Grant, un chimiste, allait rapidement déterminer que le papier, l'encre, la colle et la couleur du sceau avaient été fabriqués postérieurement à 1945. G. Heidemann et K. Kujau furent condamnés à quatre ans et demi de détention. G. Heidemann était à l'époque, selon ses propres dires ultérieurs à l'affaire, un agent double au service de la Stasi, les services secrets et la police politique de l'ex-RDA. Mais le véritable instigateur de l'affaire était bien K. Kujau dont le frère, portier de gare, avait joué le rôle du général des Douanes est-allemandes.

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