Carmel d'Auschwitz

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Auschwitz, juin 2008 : la grande croix toujours en place devant le Block 11

50° 01′ 20″ N 19° 12′ 00″ E / 50.0222, 19.2 Le Carmel d'Auschwitz est une affaire qui, dans les années 1980-1990, provoque une crise grave dans les juifs et catholiques. En 1984, huit carmélites s'installent dans un bâtiment situé à l'intérieur du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau et classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Elles seront ensuite quatorze. Mises devant ce « fait accompli », plusieurs personnalités juives mais aussi catholiques s'élèvent contre cette « christianisation de la mémoire » de la Shoah. Après plusieurs années de discussions, les religieuses ajoutent une croix dans la cour du bâtiment, en 1988[1], à proximité du Block 11.

L'affaire du carmel d'Auschwitz dure près de dix ans, avant que les carmélites quittent les lieux en 1993, peu de temps avant le cinquantenaire de l'insurrection du ghetto de Varsovie.

Histoire[modifier | modifier le code]

En 1985, à l'occasion d'une collecte de fonds lancée par l'association Aide à l'Église en détresse, on apprend que des carmélites se sont installées dans les anciens locaux du théâtre d'Auschwitz. Le cardinal Albert Decourtray, primat des Gaules et personnalité connue du dialogue interreligieux avec les Juifs[2], exprime son incrédulité en espérant qu'il ne s'agit que d'une « rumeur » infondée. Aussitôt, par la voix de l'Alliance israélite universelle, les premières protestations s'élèvent contre la fondation de ce carmel dans l'enceinte d'Auschwitz : « Ni synagogue, ni église, ni temple, ni couvent, seul le silence », dit le président de l'AIU. Plus tard, Simone Veil déclarera à son tour : « Auschwitz n'appartient à personne[3]. »

Pour sa part, le pape Jean-Paul II se montre favorable au maintien du carmel[1]. Les représentants de la communauté juive, soutenus par plusieurs personnalités catholiques, souhaitent que le couvent soit déplacé hors de l'enceinte du camp. Toutefois, en 1986, le cardinal Jozef Glemp, primat de Pologne, dont dépend Auschwitz, oppose une fin de non-recevoir à cette demande.

Une conférence a lieu à Genève, en juillet 1986, réunissant des personnalités juives et catholiques, dont les cardinaux Franciszek Macharski, Jean-Marie Lustiger et Albert Decourtray, le grand-rabbin de France René-Samuel Sirat, et la présidente de l’UCEI (Union des communautés juives italiennes), Tullia Zevi. Dans une déclaration commune intitulée Zakhor, souviens-toi !, ces participants rappellent qu'Auschwitz-Birkenau est le lieu symbolique de la Solution finale. Ils suggèrent que les religieuses emménagent dans un centre d'information et de prière qui sera construit à l'extérieur du camp.

Toutefois, les carmélites refusent de quitter les lieux. En 1988, elles érigent dans la cour une croix de 7 mètres de haut. Cette croix datait de la première visite du pape Jean-Paul II en Pologne (1979). En outre, elles sous-louent le terrain, qui appartient à la municipalité d’Oświęcim, à une association qui engage diverses procédures afin de maintenir la croix en place.

La controverse s'envenime durant l'année 1989. En mai, 300 militantes sionistes manifestent devant le carmel pour réclamer sa fermeture. En juillet, une dizaine de juifs américains investissent la clôture du carmel. Ils sont chassés par des ouvriers polonais, aidés par les habitants du village. En août, le clergé polonais annonce que le nouveau couvent qui doit accueillir les religieuses, en bordure du camp, ne sera terminé que dans huit ans. Avec le soutien du cardinal Decourtray et de l’ensemble des organisations juives, Me Théo Klein, président du CRIF, en appelle alors au pape. Le cardinal Glemp demande la renégociation des accords de Genève sur le carmel. Le lendemain, les cardinaux Decourtray, Lustiger et Godfried Danneels signent un communiqué déclarant que « les engagements souscrits doivent être tenus ».

Il faudra attendre l'année 1993, soit au bout de dix ans, pour que les religieuses acceptent finalement de déménager, sur la demande de Jean-Paul II.

En 1998, cependant, des Polonais ajoutent entre 150 et 300 nouvelles croix sur les lieux, puis elles sont retirées en 1999[4]. Néanmoins, la grande croix de 7 mètres reste toujours en place.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Le carmel d'Auschwitz, site Akadem.
  2. Article sur le cardinal Decourtray, Le Nouvel Observateur, n° 1421, 1992.
  3. Entretien avec Simone Veil, L'Express, 18 août 1989.
  4. Archives de sciences sociales des religions, Geneviève Zubrzycki, The Crosses of Auschwitz, Chicago University Press, 2006.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Delpal, « Le Carmel et la Shoah : à propos du carmel d’Auschwitz », in Carmes et carmélites en France du XVIIe siècle à nos jours, Actes du colloque de Lyon, 25-26 septembre 1997, réunis par Bernard Hours, Cerf, 2001
  • Jean Dujardin, « Le Carmel d'Auschwitz », Nouvelle Revue théologique, 1989, vol. 111, Recension en ligne
  • Théo Klein et Jules Chancel, L'Affaire du carmel d'Auschwitz, éd. Jacques Bertoin, 1991, ISBN 2879490006
  • Germaine Ribière, « Réflexions à propos du carmel d'Auschwitz », Rencontre Chrétiens et Juifs, Paris, 1986, p. 15-18
  • Bernard Sucheky, « La christianisation de la Shoah », Esprit, n° 151, 1989 Recension en ligne

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]