Carlo Gozzi

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Carlo Gozzi

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Activités Écrivain, dramaturge
Naissance 13 décembre 1720
Venise
Décès 4 avril 1806 (à 85 ans)
Padoue
Genres Comédie, tragédie, fable, poésie

Œuvres principales

L'Amour des trois oranges (1761)
Turandot (1762)
L'Oiseau vert (1765)
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Le comte Carlo Gozzi, né le 13 décembre 1720 à Venise et mort le 4 avril 1806 à Padoue, est un écrivain et dramaturge italien.

Son frère, Gasparo Gozzi, est également connu comme écrivain.

Biographie[modifier | modifier le code]

D’une ancienne famille aristocratique vénitienne, les dettes de son père contraignent Gozzi à chercher un moyen de subvenir à ses propres besoins. Il s’engage, à l’âge de seize ans, dans l’armée et sert trois ans en Dalmatie.

Rentré à Venise, il se bâtit bientôt une réputation d’homme d’esprit grâce, notamment, à la publication de plusieurs pièces satiriques qui font de lui l’un des membres les plus distingués de la société savante et joyeuse des Granelleschi (les Ineptes). Cette société, attachée en principe à la convivialité et aux mots d’esprit, a de grandes ambitions littéraires et s’attache, tout particulièrement, à préserver la littérature toscane des influences étrangères.

Le déclin de la vieille comédie italienne, la commedia dell'arte en usage pendant plus de trois siècles dans toutes les parties de la Péninsule, au profit des drames de Pietro Chiari et les œuvres réalistes de Carlo Goldoni, imités du théâtre français, menace de ruiner les efforts de la société ; en 1757, Gozzi se porte à son secours en imaginant de mettre à la scène les contes féeriques tirés de vieux recueils populaires, tels que Lo Cunto del li Cunti. Il publie un poème satirique, La Tartana degli influssi per l’anno 1756, et, en 1761, une comédie, L’Amour des Trois oranges ou Analisi riflessiva della fiaba L’amore delle tre melarance, une parodie dans la manière de ses deux concurrents, fondée sur une intrigue féerique, où les masques font leur réapparition. Pour les jouer, il obtient les services de la compagnie de comédiens Sacchi, qui, à cause de la popularité des comédies de Chiari et de Goldoni - qui ne leur permet pas de montrer leurs talents particuliers - se trouvait sans emploi. Leur force satirique, aiguisée par une inimitié personnelle, fit de la pièce un extraordinaire succès. Son triomphe contraint Goldoni à chercher un emploi en France.

Frappé par l’effet qu’a produit sur le public l’introduction du surnaturel ou d’éléments mythiques qu’il avait simplement employé comme un moyen commode par ses possibilités satiriques, Gozzi crée finalement une série de neuf fables. Dans ses textes, il ne trace que l’intrigue, et laisse le dialogue à l’improvisation. Ses pièces ménagent souvent une place importante à la fantaisie et au fantastique. Ses œuvres restent celles d’un aristocrate cultivé dont les fables ont finalement été oubliées. Gozzi a écrit, pour le théâtre de Venise, dix comédies fiabesques ou Fables théâtrales. Outre L’Amour des trois oranges (1761), peuvent être énumérés les titres suivants : Le Corbeau, en cinq actes (1761) ; Le Roi Cerf, en trois actes (1762) ; Turandot, fable tragi-comique en cinq actes (1762) ; La Femme serpent (1762) ; La Zobéide (1763) ; Les Mendiants fortunés (1764) ; Le Monstre bleu (ou turquin), en cinq actes (1764)[1] ; L’Oiseau vert (1765) ; L’Abbé philosophique, en cinq actes, et Zéïm, roi des Génies (1765). La première de ces pièces est en prose ; toutes les autres sont en vers.

Vers la fin de sa vie, Gozzi écrit des tragédies dans lesquelles l’élément comique joue un rôle important. Toutefois, cette innovation paraît inacceptable aux yeux des critiques, et le dramaturge se tourne vers le drame espagnol, qui lui sert de modèle pour plusieurs pièces ; elles connaissent un succès mineur. Avec des ouvrages d’une conception inégale, Gozzi plut par l’esprit, la verve et l’habileté. Forcé de conserver les vieux types représentant les diverses nationalités italiennes : Pantalon le Vénitien, Tartaglia le Napolitain, Brighella le Bergamasque, etc., il leur donne des rôles de généraux, d’ambassadeurs, de ministres, où ils portent leur bonhomie habituelle, et sauvent les situations par leur gaieté. Parmi ces comédies, L’Amour des trois oranges est surtout remarquable comme protestation et satire littéraire. Turandot, princesse de la Chine, dont le sujet est étrange, mais non féerique, a été traduit par Schiller et souvent jouée en Allemagne avec le même succès qu’elle obtint à Venise au théâtre San-Samuel. L’accueil favorable fait à des compositions qui semblent le produit d’une littérature retournant à l'émerveillement de l'enfance s’explique par la réaction, dont Gozzi donne le signal, contre la comédie larmoyante ou commedia fiebile, importée de France en Italie, par Goldoni et Chiari.

Gozzi est encore auteur d’une vingtaine de comédies, la plupart d’imitation espagnole, empruntées à José de Cordova, Matos Fragoso, Calderón, Moreto y Cavana, Cañizares, Rojas, Tirso de Molina. L’une de ces pièces, La Vedova del Malabar, est tirée de la tragédie française de Lemierre. Les Œuvres de Gozzi comprennent en outre Marfisa bisarra, une composition romanesque en douze chants et en octaves, soi-disant tirée de la Chronique du pseudo-Turpin ; un poème moral et satirique de 700 vers intitulé : Astrazione ; une traduction en vers élégants, non rimés, des Satires de Boileau ; divers morceaux critiques ou académiques en vers ou en prose.

Influences[modifier | modifier le code]

Un peu oubliées dans sa patrie, les comédies fiabesques de Gozzi sont connues en France par la traduction de M. A. Royer de cinq d’entre elles : Le Corbeau, Le Roi Cerf, Turandot, en vers ; La Zobéide, L’Oiselet vert (Paris, 1865, in-12. Prisé de Goethe, Schlegel, Germaine de Staël, Sismondi et Schiller (qui a traduit Turandot), le théâtre de Gozzi connaît un immense retentissement parmi les romantiques allemands. E.T.A. Hoffmann le cite expressément comme un modèle dans La Princesse Brambilla.

Trois compositeurs ont puisé chez Gozzi le sujet de livrets d'opéra :

Œuvres[modifier | modifier le code]

Gozzi a donné lui-même une édition de ses Œuvres (Venise, 1772, 8 vol. in-8° ; supplément, 1791, 2 vol.), suivie d’une édition en 10 volumes (Venise, 1792). Il a également laissé de très intéressantes Mémoires inutiles.

  • La Tartane des influences pour l’année bissextile, 1756
  • Almanach, 1757
  • Les Sueurs d’Hyménée, 1759
  • L'Amour des trois oranges (L'Amore delle tre melarance), 1761
  • Le Corbeau, 1761
  • Deux Chants sur un Rapt de Jeunes Filles, 1761
  • Sur quelques maximes du génie et des mœurs, 1761
  • Le Roi Cerf (Re cervo), 1762
  • La Femme Serpent (La Donna serpente), 1762
  • Turandot, 1762
  • La Zobéide, 1763
  • Les Calamiteux fortunés (I pitocchi fortunati), 1764
  • Le Monstre turquin (Il Mostro turchino), 1764[2]
  • L'Oiseau vert (L'Augellino bel verde), 1765
  • Zaïm, Roi des Génies (Zeim, re de' geni), 1765
  • Il Fajel, tragedia / del Sig. d'Arnaud ; tradotta in versi sciolti dal Co. Carlo Gozzi, 1772
  • La Princesse Philosophe, 1772
  • Les Drogues d’Amour, 1774
  • La Marphyse bizarre, 1774
  • Mémoires inutiles (Memorie inutili), 1797
  • Œuvres anciennes et inédites (quatorze volumes), 1801-1803
  • Les Épouses reconquises, 1819

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antologia della critica goldoniana e gozziana, éd. Michele Bordin, Anna Scannapieco. Venedig 2009.
  • Mémoires inutiles de la vie de Carlo Gozzi écrits par lui-même et publiés par humilité, nouvelle traduction d’après l’édition vénitienne de 1797, par Pérette-Cécile Buffaria, Paris, 2010.
  • Carmelo Alberti (éd.), Carlo Gozzi, scrittore di teatro, Roma 1996.
  • Alfredo Bensicelli, La finzione del fiabesco. Studi sul teatro di Carlo Gozzi, Genua 1986.
  • Bodo Guthmüller, Wolfgang Osthoff (éd.), Carlo Gozzi. Letteratura e musica, Roma 1997.
  • Gérard Luciani, L’œuvre de Carlo Gozzi et les polémiques théâtrales contre les Lumières, dans Studies on Voltaire and the Eighteenth Century LXXXIX (1972), pp. 939–974.
  • Gérard Luciani, Carlo Gozzi : 1720-1806, l’homme et l’œuvre…, Paris, H. Champion, 1977.
  • Gérard Luciani, Carlo Gozzi, ou, L’enchanteur désenchanté, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2001 (ISBN 978-2-7061-1028-3).
  • Jean Starobinski, Ironie et mélancholie (I): Le théâtre de Carlo Gozzi, dans: Critiques 22 (1966), pp. 438-457.
  • Jörn Steigerwald, Serendipità oder Selbstaufklärung im Medium des Theaters : Carlo Gozzis 'Il re cervo' , dans: Das achtzehnte Jahrhundert 35.1, 2011, pp. 73–89.
  • Susanne Winter, Von illusionärer Wirklichkeit und wahrer Illusion. Zu Carlo Gozzis Fiabe teatrali, Frankfurt/Main 2007.
  • Friedrich Wolfzettel, Märchen, Aufklärung und ‚Antiaufklärung’: zu den ‚fiabe teatrali’ Carlo Gozzis dans: Aufklärung, éd. Roland Galle, Helmut Pfeiffer, München 2007, pp. 117–145.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gérard Luciani, Carlo Gozzi, ou L'enchanteur désenchanté, Presses universitaires de Grenoble,‎ 2001, 310 p.. C'est une comédie féérique renvoyant au merveilleux oriental
  2. Carlo Gozzi, Mémoires inutiles, Éditions Rencontre,‎ 1970, 501 p., « Œuvres de Carlo Gozzi », p. 31 (édition critique de Nino Frank).

Liens externes[modifier | modifier le code]