Carence en iode

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L'iode est un oligo-élément essentiel à la vie humaine. On appelle le défaut d'absorption régulier et les troubles qu'il occasionne carence en iode. En 2007, près de deux milliards de personnes, dont un tiers d'âge scolaire, ont un déficit en iode[1], ce qui en fait un des problèmes majeurs de santé publique. L'une des façons de lutter contre cela est l'ajout d'iode dans le sel de consommation.

Besoins journaliers[modifier | modifier le code]

On estime les besoins journaliers chez l'adulte d'environ 150 µg, davantage chez la femme enceinte (entre 200 et 290µg). L'essentiel de l'iode est d'origine maritime. Du fait des précipitations, il se retrouve de manière inégale dans les terres, et donc, dans les différentes plantes consommées[2]. La source de l'iode alimentaire dans les pays européens et aux États-Unis se trouve principalement dans les poissons, fruits de mer et algues[2]. L'iode est absorbé sous forme d'ions au niveau de l'estomac et du duodénum, les ions les mieux absorbés étant les ions iodures. Il est stocké principalement dans la thyroïde et excrété dans les urines.

L'iode sert exclusivement à fabriquer les hormones thyroïdiennes, dont la thyroxine et la triiodothyronine.

Troubles[modifier | modifier le code]

Les habitants de certaines régions du globe, en particulier les terres profondes éloignées des mers, les régions montagneuses, n'ont en général pas une alimentation suffisamment riche en iode.

L'absence d'iode provoque une turgescence de la thyroïde, qui se manifeste par un goitre. La carence en iode entraine un retard de croissance et divers troubles mentaux. Le risque est également chez le fœtus, notamment sur le développement cérébral.

Populations à risque[modifier | modifier le code]

Populations montagnardes[modifier | modifier le code]

Les populations montagnardes n'ont jamais pu se procurer aisément du sel de mer en raison de son prix. Les cas de difformité et de nanisme étaient donc fréquents parmi les populations paysannes alpines. Dans les Alpes, la population isolée des vallées était beaucoup plus souvent atteinte de désordres liés à la carence en iode. Du reste, Diderot est le premier à consigner le nom de « crétin » dans son encyclopédie raisonnée des sciences, des arts et des métiers (1754). L'expression « crétin des Alpes » est usuelle. Le crétinisme est une forme de débilité mentale et de dégénérescence physique en rapport avec une insuffisance thyroïdienne.

Chine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Carence en iode en Chine.

Belgique[modifier | modifier le code]

En Belgique, le Conseil Supérieur de la Santé a publié en 2014 un avis "Stratégies visant à augmenter l’apport iodé en Belgique, évaluation et recommandations" dans lequel on apprend que le statut iodé de la population belge est sous contrôle. Seules les femmes qui désirent un enfant ou qui sont enceintes devraient prendre un complément alimentaire iodé et/ou utiliser un sel de cuisine iodé à teneur modérée en iode (10 à 15 mg/kg)[3]. Les recommandations belges sont donc :

  • Continuer à informer de manière cohérente et non alarmiste (à l’initiative et sous le

contrôle des Autorités de santé) les professionnels de la santé et le public sur le statut iodé actuel en Belgique.

  • Attention particulières des professionnels de la Santé aux femmes qui désirent ou qui portent un enfant afin de garantir, via une consommation d'aliments riches en iode, l'utilisation de sel de cuisine iodé et/ou des compléments alimentaires, un apport journalier complémentaire compris entre 150 et 200 ug d'iode.
  • Garantir l'accessibilité au sel iodé via une diminution de son prix (au même niveau que le sel classique) et un étiquetage correct de sa teneur modérée en iode (10 à 15 mg/kg).
  • éviter toute introduction non contrôlée d'iode (secteur agro-alimentaire, horeca, etc.) mais, renforcer les programmes existants d'enrichissement du pain en sel iodé.
  • Continuer le monitoring régulier du statut iodé au cours du temps.

Compléments nutritionnel en iode[modifier | modifier le code]

Pour éviter les carences en iode, qui altèrent le système hormonal, mais aussi le développement de l'enfant[4],[5], il est souvent ajouté de l'iode au sel de cuisine (sel iodé) et parfois au lait (au Royaume-Uni notamment). Cet ajout provient de recherches faites aux États-Unis au début du XXe siècle sur les liens entre « goître endémique » et carences en iode. L'enrichissemnet en iode du sel de table a été recommandé et mis en œuvre aux Etats-Unis après la première guerre mondiale, durant les décennies 1920 et 1930[6].
En 1955, la carence en iode semblaient avoir été éliminée aux États-Unis grâce à l'utilisation domestique du sel de table (Salt Institute, 2008, cité par l'EPA[7]).

Cependant ensuite, dans les années 1970 - et pour des raisons mal comprises (une des explications pourrait être les régimes sans sel ou peut-être des polluants de l'eau perturbateurs de l'acquisition de l'iode par la thyroïde tels que les perchlorates) - une nouvelle tendance au manque d'iode a été observée via les enquêtes épidémiologiques NHANES. Ces dernières montrent que le taux d'américains des États-Unis touchés par cette carence (définie par l'OMS comme une teneur en iode urinaire inférieure à 100µg/L) a augmenté de 1971-1974 à 1988-1994[8]. Ce recul semble s'être ensuite stabilisé de 1988 à 1994 selon l'enquête NHANES 2001-2002 (Hollowell et al, 1998 ; Caldwell et al 2005 cité par l'EPA[7]) ; La teneur médiane (320 µg/L) était supérieures à 100µg/L en 1971-1974 (NHANES I), pour passer à 145 µg/L en 1988-1994 (NHANES III) et à 168 µg/L dans l'enquête NHANES 2001-2002. Dans tous les cas, les femmes étaient à peu près deux fois plus nombreuses que les hommes à être touchées par ce déficit en iode. Selon Hollowell et al. (1998) cité par l'EPA[7], aux états unis « seuls » 2,6 % de la population (1,6 % chez les hommes et 3,5 % chez les femmes) étaient en 1971 - 1974 carencés avec des teneurs urinaires en iode de moins de 50 ug/L d'iode, mais le nombre de personnes carencées a plus que quadruplé, passant à 11,7 % en 1988-1994 (8,1 % des hommes et 15,1 % chez les femmes). Lors de l'étude NHANES 2001-2002, la concentration urinaire médiane était de 167,8 pour la population totale, 11 % des personnes testées présentaient encore des concentrations inférieures à 50 UI µg/L (6,7 % chez les hommes et de 15,3 % chez les femmes) (Caldwell et al. 2005 cités par l'EPA[7]), ce qui montre une stabilisation, mais non une situation satisfaisante (plus de 15 % des femmes sous 50µg/L et 36,6 % des femmes sous le seuil OMS des 100µg/L, seuil OMS) (Caldwell et al, 2005 cités par l'EPA[7]).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Iodine deficiency—way to go yet, Lancet, 2008; 372:88
  2. a et b Zimmermann MB, Jooste PL, Pandav CS, Iodine-deficiency disorders, Lancet, 2008;372:1251-1262
  3. « Stratégies visant à augmenter l’apport iodé en Belgique, évaluation et recommandations », AVIS DU CONSEIL SUPERIEUR DE LA SANTE N° 8913, Conseil Supérieur de la Santé,‎ mai 2014 (consulté le 13 juin 2014).
  4. Bleichrodt N, Born MP. 1994 A metaanalysis of research on iodine and its relationship to cognitive development. In: Stanbury JB, ed. The damaged brain of iodine deficiency: cognitive, behavioral, neuromotor, and educative aspects. New York: Cognizant Communication Corp.; 195–200.
  5. Glinoer D, DeMayer P, Delange F, et al. 1995 A randomized trial for the treatment of mild iodine deficiency during pregnancy: maternal and neonatal effects. J Clin Endocrinol Metab. 80:258–269.
  6. Marine D, Kimball OP. (1922) The prevention of simple goiter. Am J Med Sci. 163:34–39.
  7. a, b, c, d et e EPA, Comment-response summary report ; Peer Review of Drinking Water Health Advisory for Perchlorate Contract No. EP-C-07-021 Work Assignment No. 1-06 Prepared for: U.S. Environmental Protection Agency Office of Water Office of Science and Technology Health and Ecological Criteria Division 301 Constitution Ave, N.W. Washington, D.C. 2004
  8. Joseph G. Hollowell & al., Iodine Nutrition in the United States. Trends and Public Health Implications: Iodine Excretion Data from National Health and Nutrition Examination Surveys I and III (1971–1974 and 1988–1994) ; JCEM, oct. 1998; 83 (10): 3401 (résumé)

Voir aussi[modifier | modifier le code]