Requin nerveux

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Carcharhinus cautus

Requin nerveux

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Carcharhinus cautus

Classification
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Chondrichthyes
Sous-classe Elasmobranchii
Super-ordre Euselachii
Ordre Carcharhiniformes
Famille Carcharhinidae
Genre Carcharhinus

Nom binominal

Carcharhinus cautus
(Whitley, 1945)

Synonymes

  • Galeolamna greyi cauta Whitley, 1945

Répartition géographique

alt=Description de l'image Carcharhinus_cautus_distmap.png.


Statut de conservation UICN

DD  : Données insuffisantes

Le Requin nerveux (Carcharhinus cautus) est une espèce de requin de la famille des Carcharhinidae, qui doit son nom à son comportement très timide à l'égard des humains. Il est commun dans les eaux côtières peu profondes au large du nord de l'Australie, de la Papouasie Nouvelle-Guinéeet des îles Salomon. C'est un petit requin brunâtre ou grisâtre mesurant entre 1 et 1,3 m de long. Il a un museau court et émoussé, des yeux ovales et une seconde nageoire dorsale relativement grande. La bordure antérieure de la plupart des nageoires est finement marqué de noir, et le lobe inférieur de la nageoire de caudale a une extrémité noire.

Les petits poissons osseux sont les proies préférées du Requin nerveux, mais il peut également consommer des crustacés, des mollusques et des serpents. Il est vivipare, et l'embryon en développement se nourri via une connexion placentaire. Les détails de son cycle de vie dépendent fortement des latitudes sous lesquelles il vit, comme la saison de reproduction et la durée de la gestation. Les femelles donnent naissance à entre 1 et 6 petits tous les ans ou tous les deux ans. Le Requin nerveux est inoffensif, et est une prise accessoire des pêcheurs dans les filets et les chaluts. L'Union internationale pour la protection de la nature (UICN) manque de données pour attribuer un statut de sauvegarde à l'espèce, à l'exception des eaux australiennes où ses populations semblent en bonne santé et ont été classé comme de préoccupation mineure.

Description[modifier | modifier le code]

Le requin nerveux a un corps fusiforme et un museau court et large, largement arrondi. Le bord antérieur de chaque narine est prolongé par un mince lobe en forme de mamelon. Les yeux modérément grands sont de ovales horizontalement et équipés de membranes nictitantes. La bouche ne présente pas de sillons visibles dans ses coins et contient 25 à 30 rangées de dents sur la mâchoire supérieure et 23 à 28 sur la mâchoire inférieure. Les dents supérieures sont étroites et anguleuse, avec des bords grossièrement dentelés. Les dents du bas sont plus minces et dressées, avec des dentelures plus fines. Les cinq paires de fentes branchiales sont de longueur moyenne[1],[2].

Les nageoires pectorales sont modérément longues, étroites et pointues. La première nageoire dorsale prend naissance au niveau des extrémités arrière libres des nageoires pectorales. Elle est grande et falciforme avec un sommet pointu. La deuxième nageoire dorsale est positionnée en face de la nageoire anale et est relativement large et haute. Il n'y a pas de crête entre les nageoires dorsales. Une entaille en forme de croissant est présente sur la queue caudal juste avant l'origine du lobe supérieur de la nageoire caudale. Cette dernière est asymétrique, avec un lobe inférieur solide et un lobe supérieur plus long et portant une encoche près de son extrémité[1],[2]. Les denticules cutanées se chevauchent et portent trois arêtes horizontales (cinq pour les plus grands individus) se terminant par dents marginales[3]. Cette espèce est de couleur bronze à gris dessus et blanc en dessous, avec une bande blanche sur le flanc. Une fine ligne noire court le long de la bordure antérieure des nageoires dorsales, pectorales et du lobe supérieur de la nageoire caudale, ainsi que le long de la bordure postérieure de la nageoire caudale. Le lobe inférieur de la nageoire caudale et parfois les nageoires pectorales sont également marqués de noir à leur extrémité[1]. Le Requin nerveux atteint généralement une taille comprise entre 1,0 et 1,3 m, avec un maximum d'1,5 m[3]. Les femelles atteignent des tailles plus importantes que les mâles[4].

Biologie et écologie[modifier | modifier le code]

Le serpent Cerberus rynchops est parfois consommé par le Requin nerveux.

Le régime alimentaire du Requin nerveux se compose principalement de petits poissons téléostéens (comme les Atherinidae, Sillaginidae, labres et Terapontidae). Les crustacés (comme les crevettes, les crabes et les squilles) et les mollusques (principalement des céphalopodes, mais aussi des bivalves et des gastéropodes) constituent des sources alimentaires secondaires[5],[6]. Ce requin est également connu pour de temps en temps consommer des serpents semi-aquatiques comme Cerberus rynchops et Fordonia leucobalia[7]. Le Requin nerveux peut être parasité par la myxosporidie Kudoa carcharhini[8].

Comme les autres requins de la famille des Carcharhinidae, le Requin gris de récif est vivipare ; après que les embryons en développement aient épuisés leur réserve en vitellus, le sac vitellin vide se développe en une connexion avec le placenta qui permet à l'embryon d'être nourri par sa mère. Chaque femelle a un seul ovaire fonctionnel, celui du côté droit, et deux utérus. Le mâle mord les flancs de la femelle comme prélude à l'accouplement. Après l'accouplement, la femelle stocke le sperme pendant environ quatre semaines avant la fécondation. Dans le port de Darwin, l'accouplement a lieu de janvier à mars et les mises bas en octobre et novembre, après une période de gestation de huit à neuf mois. À Shark Bay, l'accouplement a lieu à partir de fin octobre jusqu'à début novembre et les mises bas à la même époque l'année suivante, après une période de gestation de 11 mois. Cette évolution plus lente des embryons reflète probablement les températures plus froides de la Shark Bay[4],[9].

Les femelles mettent bas tous les ans dans le port de Darwin et tous les deux ans à Shark Bay. La taille de la portée varie de un à six et n'est pas corrélée avec la taille de la femelle. Les nouveau-nés sont relativement grands, mesurant 35 à 40 cm de long, et dans les zones de reproduction aux eaux peu profondes comme Herald Bight à Shark Bay. Le taux de croissance des jeunes est élevé pour un requin ; les mâles et les femelles atteignent la maturité sexuelle à environ 84 et 91 cm respectivement dans le port de Darwin, et à respectivement 91 et 101 cm à Shark Bay. L'âge de la maturité est d'environ quatre ans pour les mâles et six ans pour les femelles. La durée de vie maximale de ce requin est d'au moins 12 ans pour les mâles et 16 ans pour les femelles[4],[9].

Distribution et habitat[modifier | modifier le code]

Le Requin nerveux vit sur les plateaux continentaux et insulaires au large du nord de l'Australie de Shark Bay à l'ouest à la baie de Moreton à l'est, ainsi qu'au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et dans les îles Salomon[1]. Il fait partie des requins les plus courants du port de Darwin, du Golfe de Carpentaria et de Shark Bay[1]. Cette espèce vit généralement dans les eaux côtières peu profondes, à une profondeur d'au moins 45 m[3]. Il semble préférer les zones de mangrove au fond boueux et sableux et évite les zones couvertes d'herbiers denses[10],[11].

Taxonomie et phylogénie[modifier | modifier le code]

L'ichtyologiste australien Gilbert Percy Whitley a décrit pour la première fois le Requin nerveux comme une sous-espèce de Galeolamna greyi (synonyme de Carcharhinus obscurus, le Requin requiem de sable), dans un numéro de la revue scientifique Australian Zoologist de 1945. Il lui donne le nom cauta, signifiant « prudent » en Latin, du fait de sa nature inquiète quand il est confronté à l'Homme[12]. D'autres auteurs ont plus tard reconnu ce requin comme une espèce à part entière, le plaçant dans le genre Carcharhinus. Le spécimen type est une peau naturalisée de 92 cm et sa dent, capturée à Shark Bay, en Australie-Occidentale[2].

S'appuyant sur des données morphologiques, Jack Garrick suggèrent en 1982 que le Requin nerveux est proche du Requin à pointes noires (C. melanopterus)[13]. Leonard Compagno en 1988 regroupe ces deux espèces avec le Requin nez noir (C. acronotus), le Requin cuivre (C. brachyurus), le Requin soyeux (C. falciformis) et le Requin de nuit (C. signatus)[14]. La parenté entre le Requin nerveux et le Requin à pointes noires est confirmée dans une étude phylogénétique de 1992 menée par Shane Lavery et s'appuyant sur l'analyse des allozymes[15], et une nouvelle fois par les travaux en 2011 de Ximena Vélez-Zuazoa et Ingi Agnarsson, basés sur l'ADN nucléique et mitochondrial[16].

Relations avec l'Homme[modifier | modifier le code]

Timide et difficile à approcher, le Requin nerveux est inoffensif pour l'homme[2]. Il est parfois commercialisé pour sa chair[1]. Cette espèce est susceptible d'être capturée accidentellement dans les filets maillants côtiers, tels que ceux destinés à la pêche du barramundi (Lates calcarifer) au large du Nord de l'Australie. Il peut également être pris dans les chaluts à crevettes. La population de requins nerveux australiens ne semble pas être menacée par les activités de la pêche, et l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) a évalué comme étant de préoccupation mineure. On ne dispose pas de données sur l'impact de la pêche ailleurs dans son aire de répartition, et l'UICN y a donc inscrit l'espèce comme données insuffisantes[10].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f P.R. Last et J.D. Stevens, Sharks and Rays of Australia, Harvard University Press,‎ 2009 (ISBN 0-674-03411-2), p. 256–257
  2. a, b, c et d L.J.V. Compagno, Sharks of the World: An Annotated and Illustrated Catalogue of Shark Species Known to Date, Food and Agricultural Organization of the United Nations,‎ 1984 (ISBN 92-5-101384-5), p. 468–469
  3. a, b et c M. Voigt et D. Weber, Field Guide for Sharks of the Genus Carcharhinus, Verlag Dr. Friedrich Pfeil,‎ 2011 (ISBN 978-3-89937-132-1), p. 56–57
  4. a, b et c W.T. White, N.G. Hall et I.C. Potter, « Size and age compositions and reproductive biology of the nervous shark Carcharhinus cautus in a large subtropical embayment, including an analysis of growth during pre- and postnatal life », Marine Biology, vol. 141, no 6,‎ décembre 2002, p. 1153–1164 (lire en ligne)
  5. J.P. Salini, S.J.M. Blaber et D.T. Brewer, « Diets of sharks from estuaries and adjacent waters of the north-eastern Gulf of Carpentaria, Australia », Australian Journal of Freshwater and Marine Research, vol. 43,‎ 1992, p. 87–96 (lire en ligne)
  6. W.T. White, M.E. Platell et I.C. Potter, « Comparisons between the diets of four abundant species of elasmobranchs in a subtropical embayment: implications for resource partitioning », Marine Biology, vol. 144, no 3,‎ mars 2004, p. 439–448 (DOI 10.1007/s00227-003-1218-1, lire en ligne)
  7. J.M. Lyle et G.J. Timms, « Predation on Aquatic Snakes by Sharks from Northern Australia », Copeia, vol. 1987, no 3,‎ 5 août 1987, p. 802–803 (JSTOR 1445681)
  8. R.J. Gleeson, M.B. Bennett et R.D. Adlard, « First taxonomic description of multivalvulidan myxosporean parasites from elasmobranchs: Kudoa hemiscylli n.sp. and Kudoa carcharhini n.sp. (Myxosporea: Multivalvulidae) », Parasitology, vol. 137, no 13,‎ November 2010, p. 1885–1898 (DOI 10.1017/S0031182010000855, lire en ligne)
  9. a et b J.M. Lyle, « Observations on the biology of Carcharhinus cautus (Whitley), C. melanopterus (Quoy & Gaimard) and C. fitzroyensis (Whitley) from Northern Australia », Australian Journal of Marine and Freshwater Research, vol. 38, no 6,‎ 1987, p. 701–710 (lire en ligne)
  10. a et b Référence UICN : espèce num {{{1}}} (en)
  11. W.T. White et I.C. Potter, « Habitat partitioning among four elasmobranch species in nearshore, shallow waters of a subtropical embayment in Western Australia », Marine Biology, vol. 145, no 5,‎ octobre 2004, p. 1023–1032 (DOI 10.1007/s00227-004-1386-7, lire en ligne)
  12. G.P. Whitley, « New sharks and fishes from Western Australia, Part 2 », Australian Zoologist, vol. 11, no 1,‎ 11 juin 1945, p. 1-42
  13. J.A.F. Garrick, Sharks of the genus Carcharhinus, NOAA Technical Report, NMFS,‎ 1982
  14. L.J.V. Compagno, Sharks of the Order Carcharhiniformes, Princeton University Press,‎ 1988 (ISBN 0-691-08453-X), p. 319–320
  15. S. Lavery, « Electrophoretic analysis of phylogenetic relationships among Australian carcharhinid sharks », Australian Journal of Marine and Freshwater Research, vol. 43, no 1,‎ 1992, p. 97–108 (DOI 10.1071/MF9920097, lire en ligne)
  16. X. Vélez-Zuazoa et I. Agnarsson, « Shark tales: A molecular species-level phylogeny of sharks (Selachimorpha, Chondrichthyes) », Molecular Phylogenetics and Evolution, vol. 58, no 2,‎ février 2011, p. 207–217 (DOI 10.1016/j.ympev.2010.11.018, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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