Caraïbes (peuple)

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Famille d’Amérindiens caraïbe, telle qu’imaginée par John Gabriel Stedman en 1818

Les Kalinagos, Caraïbes, Karibs ou Caribes, sont des populations amérindiennes originaires du nord du Venezuela ayant migré vers les îles des Caraïbes vers la fin du IXe siècle de notre ère[1]. Le nom international de « Caraïbes » leur a été définitivement attribué après l'arrivée des Européens dans le Nouveau Monde. De ce fait ce peuple préfère l’appellation Kalinago plus proche de leur nom originel tel qu'il a été enregistré par le prêtre missionnaire français Raymond Breton au début du XVIIe siècle, les hommes s'appelaient eux-mêmes Callinago et les femmes Calliponam.

Les Caraïbes ont nommé l'actuelle Dominique Wai`tukubuli qui signifie « Grand est son corps » et « Hairoun », non traduit, l'île de Saint-Vincent[2]. Ils donneront leur nom à la mer de l'Amérique centrale, devenue la mer des Caraïbes.

Suite au premier contact avec les Amérindiens, Christophe Colomb note dans son journal qu'on lui a rapporté l'existence : « Des hommes avec un seul œil, d'autres ayant des museaux de chien, se nourrissant de chair humaine : sitôt qu'ils capturaient un ennemi, ils le décapitaient, buvaient son sang et ils lui coupaient la nature ». Il semble que ce soit le résultat de l'imagination des Européens

« "Cannibale" a pour origine un terme arawak, caniba, déformation de cariba, mot par lequel les Indiens Carib des Petites Antilles s'auto-désignaient. Dans leur bouche et dans leur langue, le mot signifiait, semble-t-il, "hardi", "homme courageux". En revanche, pour les Arawaks de Cuba, (Grandes Antilles), victimes des incursions répétées et sanglantes de leurs ennemis Carib, qui ne cessaient de remonter d'île en île, toujours plus au nord, le terme de cariba comportait une connotation extrêmement négative. C'est cette dernière qui prévalut, dans le discours prétendument factuel de Colomb, infléchissant d'emblée l'image du Carib, insensiblement transformé en redoutable et pittoresque cannibale. (Natalie Noyaret) »[3].

La désignation des Caraïbes dans la langue arawak, cariba, a par ailleurs été transposée, via l'espagnol, dans de nombreuses langues européennes, par exemple le français, donnant l'adjectif et substantif « cannibale ».

Relations avec les Européens[modifier | modifier le code]

Lorsque Christophe Colomb arrive sur l'île de Cuba en 1492, ses habitants sont déjà au nombre de 120 000. Ils sont de différentes nations, mais les Taïnos et les Caribes dominent en nombre.

Diego Velázquez de Cuéllar et ses hommes se lancent dans la conquête et le pillage du territoire. Ils s’approprient les terres, réduisent les Karibs en esclavage et accaparent l’or. En moins de dix ans, de 1511 à 1520 la population de l'île est décimée, résistant mal aux nouvelles maladies, aux guerres et au travail imposé par les Conquistadores espagnols.

Caraïbes et Arawaks[modifier | modifier le code]

Il était jusqu'à très récemment, couramment admis que les Arawaks avaient été exterminés par les Caraïbes. Cependant il semble que cette affirmation ne soit plus aussi nettement acceptée.

Thèse de l'absence d'extermination[modifier | modifier le code]

Gravure faite pour un ouvrage de Charles Edwin Taylor 1888).

Les enjeux économiques de la colonisation expliquent en grande partie que se soit forgée une histoire largement légendaire où des populations « caraïbes », terme qui pourrait venir de l'espagnol et ayant donné lieu à notre mot cannibale, sauvages mangeurs d'hommes, auraient exterminé d'hypothétiques populations arawaks pacifiques enlevant et réduisant en esclavage leurs femmes.

De nombreux travaux récents tendent à démontrer que ce schéma a souvent été évoqué dans l'histoire pour justifier l'extermination d'un peuple par un autre. Il s'agit en quelque sorte d'une auto-justification : certes les européens ont exterminé les « Caraïbes », mais ce n'est qu'un juste retour des choses, ces populations étant censées avoir fait de même avec leurs prédécesseurs.

Ce schéma se retrouve toujours plus ou moins développé par les chroniqueurs et perdure jusque dans de très sérieux ouvrages récents et est encore enseigné dans les écoles. Il n'est pas lieu ici d'entrer dans les détails de la discussion de ces problèmes. Il faut simplement remarquer que la polysémie des termes Arawaks et caraïbes, recouvrant aussi bien des populations amazoniennes, des familles linguistiques et les protagonistes du "pseudo" drame des chroniqueurs, fait que les archéologues évitent de les employer pour se cantonner aux caractérisations purement archéologiques des différentes cultures mises en évidence dans les Antilles.

Thèse de l'extermination[modifier | modifier le code]

Cette thèse, longtemps indiscutée, définit deux peuples : les Arawaks et les Caraïbes. Les premiers qui constituent un peuple de marins définissent une société peu belliqueuse et qui nous a légué de nombreuses poteries très ouvragées. Les seconds constituent un peuple aux aptitudes guerrières plus grandes qui par une politique d'expansion a exterminé le peuple arawak, en consommant la chair des vaincus et prenant comme femmes les veuves de ces derniers. En l'absence de tradition écrite, il est impossible de se fier à d'autres sources que celles des premiers explorateurs-colons. Les éléments plaidant en faveur de cette thèse sont :

  • Existence de deux langues, l'une parlée par les femmes et considérée comme 100 % arawak et celle des hommes, mélange de caraïbe et d'arawak.
  • Existence avérée de deux familles culturelles différentes (tradition de poteries très différentes).
  • Écrits des premiers colons et notamment l’Anonyme de Carpentras qui livre un des récits les plus crédibles sur les petites Antilles avant l’installation des puissances coloniales.

Thèse intermédiaire[modifier | modifier le code]

Si l'existence de deux « peuples » différenciés ne peut être totalement acceptée (les notions de caraïbes et Arawaks sont des termes polysémiques selon l'interlocuteur qui les emploie), les vestiges archéologiques mettent en évidence, notamment par le style des poteries au moins trois styles archéologiques dont les deux derniers pourraient être appliqués aux termes Arawaks et caraïbes. L'histoire humaine étant riche en épisodes d'élimination de peuples par d'autres, il est possible qu'une vague ait pu chasser la précédente. Cependant, cette élimination a très bien pu se faire de façon culturelle sans prépondérance guerrière.

La différence linguistique hommes-femmes peut également s'expliquer par des contacts plus approfondis de la gent masculine avec d'autres tribus. Ainsi l'hybride linguistique parlé par les hommes (structure grammaticale arawak avec du vocabulaire caraïbe) pourrait s'apparenter à un sabir.

Enfin il est certain que les traditions guerrières alliés à l'anthropophagie rituelle pratiquée par les Caraïbes ont contribué à créer l'image du sauvage propre à promouvoir le bien-fondé de la colonisation. D'après des historiens dont Deidre Rose, l'origine de cette prétendue anthropophagie serait liée au rituel aux morts, des ossements étaient conservés dans les maisons.

Population actuelle[modifier | modifier le code]

Grâce au relief de la Dominique, le peuple Caraïbe put se cacher des forces européennes. De nos jours, au nord-est de l'île, ils disposent d'un petit territoire de 15 km², donné par la Couronne britannique en 1903. Il ne subsiste plus qu'environ 3 000 Caraïbes. En juillet 2003, ils ont fêté la journée du centenaire de leur territoire (100 Years of Territory). Ils élisent leur propre chef, qui était en 2009 Garnet Joseph[4]. Ils seraient les derniers représentants du peuple originel, cependant des mariages sont célébrés avec la population locale.

Il existe également quelques centaines de Caraïbes à Trinidad et un nombre indéterminé à Saint-Vincent. D'autres communautés existent en Amérique du Sud, au Venezuela, en Colombie, au Brésil, en Guyane française, au Guyana et au Suriname.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom Caraïbe signifiait à l'origine « guerrier ».

Déformations du nom[modifier | modifier le code]

Le nom « Caraïbe » a fait beaucoup de chemin. Ce nom, originellement « Cariba », a subi maintes modifications:

  • Cariba
  • Caliba
  • Caniba
  • Cannibale
  • Calina
  • Calinago
  • Kalinago

C'est la déformation de leur nom qui a donné, dans la langue française, le terme « cannibale », car ce peuple d'après les Européens mangeait de la chair humaine.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joseph Rennard, Les Caraïbes, la Guadeloupe, 1635-1656 : histoire des vingt premières années de la colonisation de la Guadeloupe d’après les relations de R. P. Breton, Paris, Librairie Générale et Internationale,‎ 1929 (lire en ligne)
  • R. Brard, Le dernier Caraïbe, Bordeaux, chez les principaux libraires,‎ 1849, 331 p. (lire en ligne)
  • Lucien Adam, Grammaire Caraïbe composée par Raymond Breton : suivie du catéchisme caraïbe, Paris, Maisonneuve et Cie,‎ 1877, 54 p. (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ile en Ile, « Chronologie précolombienne », sur lehman.cuny.edu, Ile en Ile,‎ 1999-2009 (consulté le 18 août 2011).
  2. Ile en Ile, « The original names of Caribbean/West Indian regions », sur lehman.cuny.edu, Ile en Ile,‎ 1999-2009 (consulté le 18 août 2011).
  3. Natalie Noyaret, Le vampirisme et ses formes dans les lettres et les arts. Actes de la double Journée d'étude « Des confluences et conflits, le vampirisme et ses formes dans les lettres et les arts », Université de Nantes, 16-17 janvier 2009, organisée par le Centre de recherche sur les conflits d'interprétation, CERCI ; textes réunis et présentés par Nathalie Noyaret : XVe ‑ XXIe siècle : 1492-2009, Paris, L'Harmattant,‎ 2009. p. 41.(notice BnF no FRBNF420112222).
  4. The Carib Indians sur http://www.avirtualdominica.com