Cantates du prix de Rome (Berlioz)

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Le compositeur français Hector Berlioz a concouru quatre fois pour le prix de Rome, qu'il a fini par remporter en 1830. Pour participer, il doit écrire une cantate sur un texte donné par le jury. Les efforts de Berlioz pour gagner ce prix sont décrits longuement dans ses mémoires. Il considère ce prix comme la première étape dans son combat contre le conservatisme musical représenté par le jury, qui est formé de compositeurs comme Cherubini, Boieldieu ou Berton. Le séjour de Berlioz en Italie à la suite de sa victoire a une grande influence sur certaines des œuvres postérieures comme Benvenuto Cellini ou Harold en Italie. Par la suite Berlioz détruit presque complètement les partitions de deux de ces cantates (Orphée et Sardanapale), mais réutilise la musique des quatre dans d'autres œuvres. Un regain d'intérêt apparait pour ces compositions dans la seconde moitié du XXe siècle, en particulier pour Cléopâtre, qui est devenue un classique pour les voix soprano et mezzo-soprano.

Le prix de Rome[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prix de Rome.

Le prix de Rome est une récompense qui permet aux compositeurs de passer une année d'étude à la villa Medicis à Rome. Le compositeur se voit également attribuer une pension de cinq ans. Le prix est décerné par le Conservatoire de Paris. Les postulants doivent présenter une fugue chorale comme preuve de leur talent de compositeur et les quatre candidats sélectionnés doivent écrire une cantate dramatique sur un texte choisi par les juges. Le jury de la dernière épreuve est composé de tous les membres musiciens de l'Institut ainsi que de deux membres non-musiciens. L'œuvre lauréate est donnée en concert à l'Institut, deux mois plus tard[1].

Les cantates[modifier | modifier le code]

Les quatre cantates sont :

La Mort d'Orphée[modifier | modifier le code]

La Mort d'Orphée (1827), pour ténor, chœurs et orchestre, texte de Berton. Berlioz échoue au concours.

Herminie[modifier | modifier le code]

Herminie (1828), pour soprano et orchestre, texte de Pierre-Ange Vieillard. Berlioz obtient le second prix.

  1. Récitatif : « Quel trouble te poursuit, malheureuse Herminie ! »
  2. Aria : « Ah ! si de la tendresse »
  3. Récitatif : « Que dis-je ? »
  4. Aria : « Arrête ! Arrête ! Cher Tancrède »
  5. Aria : « Venez ! Venez ! Terribles armes ! », et prière : « Dieu des chrétiens, toi que j'ignore »

Le thème du premier mouvement a ensuite été utilisé comme idée fixe dans la Symphonie fantastique en 1830[2].

Cléopâtre [modifier | modifier le code]

Cléopâtre : Scène lyrique, pour soprano solo et orchestre, appelée traditionnellement et par erreur La Mort de Cléopâtre, est composée en 1829 sur un texte de Pierre-Ange Vieillard. Le premier grand prix n'est pas attribué cette année-là et Berlioz n'obtient aucun prix.

CLÉOPÂTRE
C’en est donc fait ! ma honte est assurée.
Veuve d’Antoine et veuve de César,
Au pouvoir d’Octave livrée,
Je n’ai pu captiver son farouche regard.
J’étais vaincue, et suis déshonorée.
En vain, pour ranimer l’éclat de mes attraits,
J’ai profané le deuil d’un funeste veuvage ;
En vain, en vain, de l’art épuisant les secrets,
J’ai caché sous des fleurs les fers de l’esclavage;
Rien n’a pu du vainqueur désarmer les décrets.
À ses pieds j’ai traîné mes grandeurs opprimées.
Mes pleurs même ont coulé sur ses mains répandus,
Et la fille des Ptolémées
A subi l’affront des refus !
Ah ! qu’ils sont loin ces jours, tourment de ma mémoire,
Où sur le sein des mers, comparable à Vénus,
D’Antoine et de César réfléchissant la gloire,
J’apparus triomphante aux rives du Cydnus !
Actium m’a livrée au vainqueur qui me brave ;
Mon sceptre, mes trésors ont passé dans ses mains ;
Ma beauté me restait, et les mépris d’Octave
Pour me vaincre ont fait plus que le fer des Romains.
Ah! qu’ils sont loin ces jours (etc.)
Mes pleurs même ont coulé sur ses mains répandus,
J’ai subi l’affront des refus.
Moi !... qui du sein des mers, comparable à Vénus,
M’élançai triomphante aux rives du Cydnus !
Au comble des revers, qu’aurais-je encore à craindre ?
Reine coupable, que dis-tu ?
Du destin qui m’accable est-ce à moi de me plaindre ?
Ai-je pour l’accuser les droits de la vertu ?
J’ai d’un époux déshonoré la vie.
C’est par moi qu’aux Romains l’Égypte est asservie,
Et que d’Isis l’ancien culte est détruit.
Quel asile chercher ? Sans parents ! sans patrie !
Il n’en est plus pour moi que l’éternelle nuit !
Méditation
("How if when I am laid into the tomb..." Shakespeare)
Grands Pharaons, nobles Lagides,
Verrez-vous entrer sans courroux,
Pour dormir dans vos pyramides,
Une reine indigne de vous ?
Non !... non, de vos demeures funèbres
Je profanerais la splendeur !
Rois, encor au sein des ténèbres,
Vous me fuiriez avec horreur.
Du destin qui m'accable est-ce à moi de me plaindre ?
Ai-je pour l'accuser le droit de la vertu ?
Par moi nos dieux ont fui d'Alexandrie,
Et d'Isis le culte est détruit.
Grands Pharaons, nobles Lagides,
Vous me fuiriez avec horreur!
Du destin qui m'accable est-ce à moi de me plaindre ?
Ai-je pour l'accuser le droit de la vertu ?
Grands Pharaons, nobles Lagides,
Verrez-vous entrer sans courroux,
Pour dormir dans vos pyramides,
Une reine indigne de vous ?
Non, j'ai d'un époux déshonoré la vie.
Sa cendre est sous mes yeux, son ombre me poursuit.
C'est par moi qu'aux Romains l'Égypte est asservie.
Par moi nos dieux ont fui les murs d'Alexandrie,
Et d'Isis le culte est détruit.
Osiris proscrit ma couronne.
À Typhon je livre mes jours !
Contre l'horreur qui m'environne
Un vil reptile est mon recours.
Dieux du Nil... vous m'avez... trahie !
Octave... m'attend... à son char.
Cléopâtre en... quittant... la vie,
Redevient digne de... César !

Sardanapale[modifier | modifier le code]

Sardanapale (1830), pour ténor, chœurs et orchestre, texte de J.-F. Gail. Berlioz obtient le premier prix.

La fin de cette cantate met en scène un « incendie » (selon les mots du compositeur), menant à une « explosion finale ». La première exécution (le lauréat du concours se voyait en effet offrir un concert aux frais de l'Académie des beaux-arts) fut un échec : « Cinq cent mille malédictions sur les musiciens qui ne comptent pas leurs pauses !!! [...] Les violons et les basses continuent seuls leur impuissant trémolo ; point d’explosion ! un incendie qui s’éteint sans avoir éclaté, un effet ridicule au lieu de l’écroulement tant annoncé ; ridiculus mus ! »[1]

Enregistrements[modifier | modifier le code]

Les quatre cantates[modifier | modifier le code]

La Mort d'Orphée[modifier | modifier le code]

Herminie[modifier | modifier le code]

Cléopâtre[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b H. Berlioz, Mémoires.
  2. Michael Steinberg, The Symphony: A Listener's Guide, Oxford University Press, 1995, p. 61-66.

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]