Canal de la mer Morte

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Le canal de la mer Morte ou Canal de Paix est un canal dont le percement est projeté, à partir de la Mer Rouge ou de la Méditerranée vers la Mer Morte en profitant du dénivelé de 400 mètres entre les niveaux des deux mers. Le flux d'eau transitant par le canal pourrait contribuer à inverser l'abaissement du niveau de la Mer Morte observé au cours des dernières années. Le canal serait également utilisé pour produire de l'énergie hydroélectrique grâce à la différence de niveau, voire en exploitant l'énergie liée à la différence de salinité (gradient de salinité). Une activité de dessalement d'eau par osmose inverse pourrait aussi y être associée[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'idée a été proposée initialement par William Allen (amiral) en 1855 dans un ouvrage appelé in The Dead Sea - A new route to India (La Mer Morte, une nouvelle route vers l'Inde). À cette époque, on ne savait pas que le niveau de la Mer Morte était au-dessous de celui de la Méditerranée et Allen a proposé ce canal comme une alternative au canal de Suez. Plus tard, plusieurs ingénieurs et hommes politiques ont repris l'idée entre eux, dont Theodor Herzl dans sa nouvelle de 1902 Altneuland[2]. La plupart des premiers projets utilisaient la rive Est (East bank) du Jourdain, mais une forme modifiée, utilisant la rive Ouest (West bank), a été proposée après la séparation de la Transjordanie de la Palestine mandataire.

Ce n’est qu’en 1975 que les ingénieurs allemands Wendt et Kelm ont réalisé pour la première fois une étude de faisabilité exhaustive à destination d'un public[3] de spécialistes avertis visant à décrire la dépression de la Mer Morte en vue de produire de l'énergie électrique.

esquisse sur l'étude du projet

Après des recherches approfondies, Wendt et Kelm se sont mis d'accord sur une galerie en charge orientée en direction est-ouest qui relie la Méditerranée à la Mer Morte. L'entrée se situe à la ville israélienne d'Ashdod, l'écoulement se termine plus loin dans l'encaissement d'une vallée orientée vers l'ouest sur l'escarpement de la rive ouest de la Mer Morte. Ces points matérialisent la liaison la plus courte entre les mers et se trouvent en retrait du fossé tectonique. L'installation se divise en un canal gravitaire à surface libre de 7 km, une galerie en charge de 65 km et un réservoir de retenue de 3 km. La centrale hydroélectrique par eau de mer à haute pression est une construction souterraine dans l'escarpement. Le diamètre de la galerie en charge est de 8 m ; il est calculé d'après le taux d'évaporation de la Mer Morte. Le canal gravitaire à surface libre et le réservoir de retenue interagissent d'après le principe des vases communicants. II arrive automatiquement dans le réservoir de retenue autant d'eau de mer de la Méditerranée que requis par l'état de charge de la centrale hydroélectrique à eau de mer. Le niveau d'eau de la Mer Morte est régulé par le biais de la galerie de dérivation. D'après les considérations de 1975, le débit maximal est de 300 MWe.

Avant d'être précipitée dans les turbines, l'eau de la Méditerranée stockée artificiellement peut être utilisée comme liquide de refroidissement ou eau industrielle, par exemple pour une centrale thermique. La chaleur résiduelle peut permettre d'exploiter une usine de dessalement. Les problèmes annexes sont avancés dans l'étude parmi d'autres possibilités. Après élaboration d'un schéma de réseau préliminaire, l'avancée de la galerie en charge durera 6 ans et la durée d'ensemble du projet avec prise en compte de chacune des étapes de planification, de construction et d'exécution de l'ouvrage portera sur 12 ans. C'est un projet s'élevant à des milliards et doté d'une portée économique, technique et écologique.

Le projet[modifier | modifier le code]

À la suite d'une réunion entre les trois pays en 2005, c’est un autre projet qui est considéré. La nouveauté du projet est qu’il ne compte plus relier la Mer Morte à la Méditerranée, mais à la Mer Rouge (Golfe d'Aqaba). Le Red Sea-Dead Sea Conveyance (RSDSC) est un chantier de 180 km de long, aujourd’hui plus précisément estimé à 10 milliards de dollars [4] et qui alimenterait la Mer Morte à hauteur de 2000 millions de m³ d’eau par an. 1200 millions de m³ se jetteraient directement dans la Mer Morte, alors que les 800 millions de m³ restant seraient traités dans une usine de dessalement de grande envergure [5]. De plus, la différence de dénivelé de 417 m [6] permet la construction d’une centrale électrique qui produirait entre 150 et 250 millions de watts et qui alimenterait entre autres l’usine de dessalement. Cet apport en ressources et énergie soutiendrait un développement intense, signe de richesse et d’emplois pour la région et sa population.

Une coopération stable entre les trois acteurs locaux - Israël, Palestine et Jordanie - est requise afin de mener à bien ce projet. Non seulement pour trouver un arrangement sur les modalités de construction et de partage de l’usufruit, mais également pour que la Banque mondiale confirme son engagement. Cette dernière a d’ailleurs lancé une étude de faisabilité en 2009, réalisée par un cabinet indépendant d’ingénieurs français, Coyne et Bellier. Cette étude a coûté 16 millions de dollars et prend en compte de multiples facteurs : les modalités de construction du canal ainsi que sa forme à ciel ouvert ou souterraine. À la difficulté de la simple faisabilité s’ajoute le défi de proposer un tracé qui limiterait les accrochages politiques[7]. Un accord a finalement été trouvé[8].

Impacts[modifier | modifier le code]

L’agence en charge de l’étude de faisabilité a rendu un rapport positif avec toutefois quelques réserves qui semblent surmontables pour la Banque Mondiale. Ces quelques points sur lesquels la prudence reste de mise sont repris dans une autre sous-étude du cabinet français qui souligne les conséquences environnementales incertaines dues au mélange entre les eaux de la Mer rouge et de la Mer Morte. La différence de salinité et de composition chimique ouvre la porte à divers scénarios; la mer Morte pourrait changer de consistance, d’aspect et même de couleur[7]. Le canal se trouvant dans une région sismique, en cas de rupture ou attentat, les nappes phréatiques courraient un risque de pollution[7]. La dernière sous-étude concerne la construction de l’usine de dessalement et de production hydroélectrique. En plus des contraintes techniques, une facette politique s’y mêle quant à la répartition des ressources d’eau dessalée et à l’électricité produite. Il n’empêche que suivant ses conclusions, la Banque Mondiale déclare le projet réalisable.

Perspectives de développement et intérêts économiques[modifier | modifier le code]

Mis à part ces trois acteurs régionaux et la Banque mondiale, d’autres acteurs internationaux sont concernés, comme l’Italie, la Grèce, et surtout la France qui en 2008, sous Sarkozy, soutenait fortement le projet dans l’optique qu’il serait une étape charnière dans le processus de paix au Proche Orient. Mais il semble également que des intérêts économiques attirent les différents États à investir dans un projet rentable. La mise en place d’une telle infrastructure requiert des entreprises et corps de métiers spécialisés dans de nombreux secteurs. De plus, sous Sarkozy, les politiques françaises voyaient la paix aller de pair avec le développement entier de la région qui se verrait apparentée à la petite sœur d’un Dubaï[9].

Critique des ONG[modifier | modifier le code]

Certaines ONG comme « Les Amis de la Terre en Israël » (Branche israélienne de Friends of the Earth in Middle East (FOEME), émettent des craintes quant à l’abus des entreprises internationales qui seraient susceptibles de sauter sur l’opportunité économique. D’autres ONG pensent que le prix de l’eau désalinisée serait financièrement inabordable pour les populations locales[4]. M. Meyer, membre de la Branche Jordanienne de Foeme, s’inquiète de l’impact environnemental d’un brusque développement économique qui dégraderait l’équilibre de la Vallée d’Arava[10].


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dead Sea Power Project Quote: "…Outflow of Med seawater from the turbines would be released in such a way as to accomplish laminar flow at very low velocities to prevent mixing with the Dead Sea water…", Main page: Dead Sea Power Project Quote: "…Desalination plants can be placed on the Jordanian and Israeli sides of the Dead Sea…The environmental and other needs are urgent. DSPP can be planned within two years, and constructed within seven years…".
  2. Dans la traduction en hébreu de Nahum Sokolow, Book 4, chapter III [1]: "האדיר במפעליו, התעלה המחברת את הים התיכון עם ים המלח, עם ההשתמשות בהבדל רום השטח, כבר היה מוצע לפני אז"
  3. Herbert Wendt et Wieland Kelm: "Depressionskraftwerk am Toten Meer - eine Projektstudie" (NdT: « Centrale électrique à dépression - Une étude de faisabilité ») dans le magazine spécialisé allemand Wasserwirtschaft (NdT: « Gestion des eaux »), 65e année, Cahier 3/1975.
  4. a et b Laurent Zecchini, « Un canal pharaonique pour sauver la mer Morte de l'assèchement », sur LeMonde.fr,‎ 2013 (consulté le 04/05/2013)
  5. (en) Red sea-Dead sea Water Conveyance Study Program Feasability Study,‎ 2010 (lire en ligne)
  6. Sébastien Boussois, Sauver la Mer Morte : Un enjeu pour la paix au Proche-Orient, Armand Colin,‎ 2012, 189 p. (ISBN 978-2-200-28046-8), p.122
  7. a, b et c Sébastien Boussois, Ressusciter la Mer Morte ou passer du spectre de la guerre de l'eau au concept d'hydrodiplomatie,‎ 2013 (lire en ligne)
  8. http://www.futura-sciences.com/magazines/environnement/infos/actu/d/developpement-durable-mer-rouge-viendra-secours-mer-morte-50916/
  9. Sébastien Boussois, Sauver la Mer Morte : Un enjeu pour la paix au Proche-Orient, Armand Colin,‎ 2012, 189 p. (ISBN 978-2-200-28046-8), p.126-128
  10. Sébastien Boussois, Sauver la Mer Morte : Un enjeu pour la paix au Proche-Orient, Armand Colin,‎ 2012, 189 p. (ISBN 978-2-200-28046-8), p.128