Pacification du Maroc

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Étape de la pacification du Maroc

La « pacification[1] » du Maroc, appelée aussi campagne du Maroc, est une conquête militaire et politique française amorcée sous la responsabilité de Hubert Lyautey, alors général, et pendant le règne de Moulay Abdelaziz : dès 1904 dans les confins algéro-marocains[2] ou dès 1907, si l'on prend comme point de départ l'occupation d'Oujda et du territoire des Bni Snassen[3]. Elle s'est poursuivie jusqu'en 1934[2],[3] (bataille de Bougafer, dernier bastion de la rébellion dans le Haut Atlas), et ce, en considération du sultan chérifien[2] suite au traité de Fès de 1912 organisant le Protectorat français dans l'Empire chérifien, après lequel Lyautey devint rapidement le premier résident général au Maroc. « Aucune tribu n'est venue à nous sans avoir été préalablement vaincue par les armes », a avancé par écrit le général Augustin Guillaume en faisant allusion à 340 tribus, au caractère « sans fin » de cette pacification et à la perte, dans l'armée française, de 60 000 hommes[2]. La phase la plus aiguë de cette période fut la guerre du Rif.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le Sultan Moulay Hafid, Mohammed el Mokri, Mohamed Ben Bouchta El Baghdadi, Si Kaddour ben Ghabrit, le général Lyautey et le général Moinier, 8 août 1912.
Propagande coloniale : « La France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation, la richesse et la paix. »

L’État marocain a cessé d’exister depuis que la conférence de Madrid de 1880 a placé le royaume sous contrôle international. Militairement, le pays s’est effondré dès 1844, au lendemain de la bataille d’Isly perdue face à la France qui depuis cherche à étendre sa domination sur le pays. Elle se heurte aux ambitions concurrentes d'autres puissances européennes, à la volonté d’indépendance du sultanat et aux résistances des populations.

Le 31 mars 1905 survient le « coup de Tanger ». Cette initiative de l'empereur d'Allemagne Guillaume II va précipiter la mainmise de la France sur l'Empire Chérifien;ce qui permet à la France de rallier à ses ambitions l'Angleterre et l'Italie, la Conférence d'Algésiras plaçait l'économie marocaine sous le contrôle franco-espagnol et enfin le Coup d'Agadir qui voit l'Allemagne laisser le champ libre à Paris ouvre une voie diplomatique et géopolitique. Les divisions internes au sultanat entre Abd al-Aziz du Maroc et Abd al-Hafid bénéficient à l'ingérence étrangère. Le Traité de Fès le 30 mars 1912 est le préambule de la présence légitime française au Maroc sous la forme d'un protectorat.

À cette date, la France occupe déjà l'est du Maroc d'Oujda à Figuig jusque Guercif et Tafilalet à l’intérieur du Maroc[4], et la côte atlantique, de Mogador à Rabat jusqu'aux plaines du Gharb (nord-ouest) outre une série de postes échelonnés entre Rabat et Fès et les confins algéro-marocains considérés comme base arrière de l'avancée des troupes coloniales.

Déroulement et étapes[modifier | modifier le code]

Déclenchement[modifier | modifier le code]

État de l'occupation du Maroc en 1913. La bande grisée indique la limite extrême, à l'Est et à l'Ouest, de notre action militaire jusqu'à ce jour.--Entre les deux bandes, les régions du Moyen Atlas du Grand Atlas et du Petit Atlas sont encore insoumises.--Au Nord s'étend la zone espagnole.

Depuis la signature du traité d'Algésiras, des sentiments anti-français sont alimentés discrètement par le sultan Moulay Abdelaziz au sein des villes marocaines. Celui-ci est soutenu par les puissances hostiles à la France notamment par le Reich. En mars 1907, le docteur Émile Mauchamp fut assassiné à Marrakech, soupçonné par la population d'être un agent à la solde de la France. En représailles, les Français chargent la division d'Oran du général Hubert Lyautey d'occuper Oujda et la Chaouïa. D'autres troubles émaillèrent l'année 1907 notamment avec les émeutes de Casablanca qui ne purent être évitées malgré les avertissements de Jean-Claude-Lazare Malpertuy, consul de France dans cette ville.

Cigalou News International " (CNI) - 7 août 1907 – Suite à l'insurrection de Casablanca du 30 juillet qui a fait une dizaine de morts parmi les ouvriers de la voie ferrée sur le vieux port, des milliers de guerriers Chaouis, proches, semble-t-il, du cheick Ma El Aïnin dit le sultan bleu Ahmed al-Hiba, ont investi la ville . Face à la défaillance de ses services de renseignement la France, surprise, a envoyé, dans l'urgence, sa flotte militaire notamment celle basée en Algérie .Le 5 août les consulats de France, de Suède, et du Portugal étant assiégés le croiseur GALILÉE, le cuirassier GLOIRE et le croiseur FORBIN bombardent la Kasbah faisant de nombreuses victimes parmi les "[rebelles]" et la population. Ce jour 7 août les troupes débarquées du général Drude et les fusiliers- marins du contre amiral PHILIBERT ont réussi, après des combats acharnés, à reprendre le contrôle de ville. Selon des observateurs avisés et des sources diplomatiques sures une "Révolution " paraît avoir débuté au Maroc…Certains craignent que ce ne soit le début d'une longue Guerre

Avec la complicité de Thami El Glaoui (Pacha de Marrakech) et aidé par des financements étrangers, Abd al-Hafid se proclame alors sultan du Maroc et destitue son frère aîné Moulay Abdelaziz accusé d'être trop conciliant avec les Européens. En 1911, Abd al-Hafid, qui contrôle de plus en plus mal l'intérieur du pays se retrouve assiégé à Fès par des soulèvements populaires et sollicite l'aide française. Le général Moinier, qui en 23 juin mis en déroute Maa El Ainine à bout de force épuisé : Ahmed al-Hiba fils de Ma El Aïnin avait entreprit une marche sur Fès à la tète des hommes au voile bleu à la rescousse du sultan Moulay Hafid en difficulté, Moinier à la tête d'une armée de 23 000 hommes, libère le sultan . La situation est irréversible et aboutit à la convention de Fès du 30 mars 1912 qui fit du Maroc un protectorat français. Moulay Abd al-Hafid abdique en faveur de Moulay Youssef.

Sous la conduite de Lyautey, devenu résident général, après l'établissement du protectorat français sur le Maroc (1912), l'armée française lutte contre les tribus berbères insoumises qui échappaient (bled Siba) à l'autorité Makhzen, dans le cadre de la pacification du Maroc. Le colonel Charles Mangin est l'un des principaux acteurs de cette guerre coloniale. Il mène l'offensive contre les tribus rebelle du Moyen Atlas, il cherche à s'emparer des plateaux du Tadla et de Beni Mellal, qu'il considère comme une ressource importante en nourriture pour les colons, et à contraindre les tribus Zayanes- Khénifra - à se réfugier dans les montagnes afin de les empêcher d'intervenir dans la lutte. Charles Mangin adopta une stratégie consistant à isoler le contingent des Zayanes du théâtre des opérations militaires avec l'avancée des troupes venant de Taza-Meknès et de Casablanca-Tadla, l'étau se resserre sur les Zayanis qui intervenaient en dehors de leur territoire:

L'offensive est appuyée par l'artillerie du 1er régiment d’artillerie de montagne, débarquée à Casablanca le 13 septembre 1913. L'armée française emploie toute la panoplie des nouvelles armes à sa disposition : mitrailleuse, artillerie, aviation...

Les bastions de la résistance tombent les unes après les autres : Médiouna, le 27 septembre ; Oued Zem le 14 novembre, Tadla, Beni Mellal (Sidi Ali ben Brahim du 27 au 29 avril). El Kssiba tombe aussi le 8 avril 1914, devant les forces du colonel Gueydon de Dives, malgré les attaques des chefs résistants des Ouirra Mouha Ou Saïd Ouirra de la bourgade d'El ksiba et Mouha ou Hammou Zayanile roi des montagnes. La défaite des rebelles, avec 400 morts, le 10 juin devant Khénifra, puis la prise de la ville le 13 juin, semble avoir marqué la défaite de la rébellion. Les tribus Zayanes, bien qu'engagées n'ont pu empêcher, Mangin d'atteindre ses objectifs, et la prise de Tadla ainsi que de Bejaad, les laissent isolées au sein de leurs montagnes. "Notre offensive a vivement impressionné les tribus de la montagne" déclare le colonel Mangin et il félicite les hommes du 1er régiment d’artillerie de montagne, par ce télégramme :

« no 139 - Bravo! Toute ma satisfaction[5] :

  • Primo - pour la vigueur du coup et le brillant succès ;
  • Secundo - pour ne pas vous être laissé entraîner et avoir compris qu'il fallait rejeter Mouha Ou Hammou Zayani dans le pays Zayane sans y pénétrer ;
  • Tertio - pour avoir repris à dechra Braska une position vous permettant aussi bien de vérifier et provoquer soumission que vous porter sur tout autre objectif qu'il y aurait à briser. Mes félicitations aux vaillants troupiers qui ont fourni un tel effort ».

Cependant la campagne est marquée par de nombreuses exactions des troupes coloniales : prises d'otage, marches forcées, distribution de pains de sucre piégés. Mangin s'y distingue et gagne le surnom de boucher. Un médecin-capitaine français écrira de la résistance dans le Moyen-Atlas qu'« elle atteint les limites de l'invraisemblance »[réf. nécessaire].

Étapes de la pacification[modifier | modifier le code]

Les négociations Franco-espagnoles avait abouti au traité de proclamation du protectorat, une œuvre d'occupation et de pacification s'accomplit considérablement, Le processus avait évolué principalement en trois phases suivant les conditions de géographie physique du Maroc réparties en plaines, zones montagneuse et la steppe, dans cette perspective les militaires adoptèrent la stratégie dite de « jonction » organisée sous forme de colonne dotées d'armements modernes avec couverture aérienne.

Période 1907-1910[modifier | modifier le code]

Capitaine Grasset : ''El Hajj Hammou Caïd des Oulad Harriz, fils de l'ancien gouverneur de Casablanca, Il conçut le projet de créer avec l'aide des tribus de la Chaouia, une résistance farouche et des troubles graves dirigées contre les étrangers et les collaborateurs, Les Chaouia révoltes contre le Makhzen riches des sommes considérables qu'ils auraient du lui payer comme impôts, avaient accru rapidement leur puissance militaire par l'achat de munition, de chevaux et de fusils a tir rapide, très mal disposés envers les chrétiens, ils considérant les français comme les ennemis de leur religion, surtout lorsqu'ils virent le commencement des travaux du port(dont la cause du massacre du 30 juillet 9 ouvriers européens furent tué par les indigènes) Aiguisées par les prédictions du cheikh Ma El Aïnin, excité par les appels au Jihad pressant d'El Hajj Hammou, fiers de leur force et leur indépendance, cavaliers brillants et infatigables, tireurs habiles, ils brûlaient du désir de reprendre Casablanca et de chasser les européens de leur pays." Extrait de son livre : A Travers la Chaouia 1911.

Capitaine Grasset : " Durant cette campagne commencé en août 1907 et qui ainsi dura 1 ans, 6.000 puis 10.000 et puis 15.000 soldats français furent déployés pour venir a bout de cette résistance farouche, pendant laquelle l'ennemi nous a résisté et combattu sans trêve ni repos, il n'a pas été livré moins de 29 combats dont plusieurs ont présenté les caractères et les dangers de ceux d'une guerre européenne, malgré le grand nombre de nos pertes, mais l'honneur de la France exigeait de pénibles sacrifices et son drapeau pu à la fin, être porté victorieusement au milieu d'un peuple justement réputé pour sa bravoure. Malgré la faiblesse de leur armement et l'avantage que nous donnait le terrain (plaines) qui a facilité la tâche a nos canons sophistiqués et nos mitrailleuses, aussi bien les vaillantes troupes des tribus qui ont combattu dans la Chaouia ont montré aux nations civilisées qu'elles n'avaient rien perdu des qualités militaires des troupes d'autrefois." Extrait de son livre À Travers la Chaouia, 1911.

" Nous prions ici le grand historien et archéologue français-marocain Mr R.Letan de bien nous excuser de reprendre quelques bouquets de ses écrits dans différents sites .. "Il faudrait faire le détail des massacres coloniaux en particulier français pour un peu "rabaisser le caquet" des "bonnes consciences républicaines" Pour ma part historien de la période du protectorat du [Maroc], je peux citer(entre autres massacres souvent illustrés en cartes postales à cette époque deux cas que j'ai plus spécialement étudiés. La conquête du Maroc a véritablement commencé par une bonne année de bataille dans le triangle Casablanca, Settat et El Jadida (Province de la Chaouia. Le débarquement du mois d’août 1907 à Casablanca devait se faire par un accord entre le consulat de France et l'autorité locale c'était sans compter avec l'impatience des [militaires] qui à partir des [croiseurs] en rade bombardèrent la ville ou plus de 1500 habitants furent massacrés. Un an après le général Albert d'Amade concluait la conquête de la Chaouia par une razzia des troupeaux de toute la région des M'Dakras (et surtout vers les Mzabes et les Aachaches) l'incendie des douars et le refoulement des populations dans un ravin (M'garto)où pendant une journée les canons de 75 les bombardèrent. Vers 17 heures, le général ordonna "Sonnez la retraite nous en avons assez tué pour aujourd'hui". On a parlé de 2000 victimes, mais comment le savoir?Le silence officiel a toujours occulté prudemment cette période de son histoire."

Période 1912-1914[modifier | modifier le code]

Le Maroc actuel est l’œuvre de Lyautey nommé résident général en avril 1912 malgré les instructions des autorités coloniales d’évacuer l’intérieur du pays et de conserver que les villes côtières. Sa première action militaire était de rétablir l'ordre à Fes, suite aux émeutes du 17 avril 1912, en outre l'abdication du sultan Moulay Hafid et la succession de Moulay Youssef donnèrent une allure à l'enracinement d'un État aux structures modernes.

Charles Mangin est affecté au Maroc et participe à plusieurs colonnes dans la région de Marrakech où il s’empare de Kasba Tadla en avril 1913. Il défait Ahmed al-Hiba surnommé le « sultan bleu » qui avait occupé Marrakech à la tête de 10 000 rebelles lors de la bataille de Sidi Bou Othmane le 6 septembre 1912. Cette période est caractérisée par la soumission d'une grande partie des tribus de la Chaouia et du Moyen Atlas après de sanglants combats menés par Charles Mangin. La rébellion des Zayanes est chassée vers les montagnes.

Période 1914-1916[modifier | modifier le code]

16 mai 1914 - Les généraux Lyautey, Gouraud, qui deviendra commandant de la ville de Fès, et Baumgarten viennent de se rejoindre élaborent leur marche sur Taza, avec la participation du sous lieutenant Alphonse Juin(1888-1967). La politique dite de jonction de colonnes avait réussi d'atteindre son objectif escompté (liaison entre le Maroc occidental et oriental). L'engagement du 4e Tirailleurs Marocains (troupes revenues au Maroc à l'été 1915 après avoir servi sur les fronts franco allemands) était déterminant aux combats du Moyen Atlas notamment sur l'axe Meknès -Timahdite-Khénifra de 1915 à 1917).

Période 1921-1926[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre du Rif.

En 1921, les tribus rifaines de la chaîne de montagnes du nord du Maroc se soulèvent contre le Protectorat espagnol du Maroc et remportent plusieurs victoires spectaculaires en particulier à Anoual. Après une période de neutralité, la France rejoint l'Espagne pour lutter contre la République du Rif. L'alliance Franco-Espagnole contraint le chef rifain, Abdelkrim, à la capitulation le 30 mai 1926.

En 1920, la prise de Khénifra par F. Berger met fin au danger des Zayans ou bloc des Zayanes selon l’expression du général Lyautey, qui sont de rudes montagnards, guerriers fameux, cruels, braves jusqu'à la témérité et que ni les Carthaginois, ni les Romains, ni les Arabes, ni les grands sultans du Maroc n'ont jamais réduits. Le dernier chef de cette intraitable tribu de Berbères fut tué et avec lui s'est évanoui le grand rêve berbère et la liberté des Zayans, cet épisode crucial s'est soldé par la défaite des derniers combattants et par la soumission de Hassan ben Mohammed Amahzoune fils de Mouha Ou Hammou. Ce légendaire chef amazigh trouva la mort en 1921 dans des circonstances obscures.

Période 1932-1934[modifier | modifier le code]

Blindés français à Goulmima, années 1930

Après avoir nettoyé le Moyen Atlas des éléments subversifs, la France avait les mains libres pour pacifier le Haut Atlas des derniers foyers insurrectionnels, une opération militaire complexe vu la difficulté géophysique du terrain. Dans ce cadre, certaines dates sont prises pour repères.

  • En 1932 se déroule la bataille de Tazizaoute.
  • En 1932, Belkacem N’Gadi — chef, autant redouté pour sa cruauté que par sa bravoure, originaire des Ouleds sidi belkasem Azaroual des Angad, tribu de la région à l’Ouest d’Oujda — est chassé de Tafilalet par le général Henri Giraud.
  • De 13 février 1933 à 1934, la bataille de Bougafer et la soumission d'Assou Oubasslam, événement qui marque la fin de la dissidence du Haut Atlas. Les militaires ayant participé sont les généraux Despass, Tarrit, Georges Spillmann, Chardon et le général Catroux.
  • De leur coté les Ait Hdidou ont infligé la dernière défaite à la troupe coloniale avant la fin de cette guerre de pacification (1934) ;il s'agit de la bataille de Msedrid (Msdrid) le 1er mai 1933.
  • La campagne de l’Anti-Atlas, 20 février - 10 mars 1934[6]

Le gouvernement d'Édouard Daladier est inquiet de la situation en Allemagne à partir de 1933. Il désire achever la Pacification du Maroc, pour rapatrier le maximum de troupes en métropole. La campagne de l’Anti-Atlas se veut la dernière, elle doit empêcher toute fuite d'opposants au Maroc espagnol. Les tribus de cette région comportent 40.000 guerriers et connaissent les procédés des groupes mobiles qu'elles savent contrer par leur grande mobilité.

Le Général [[Général Antoine Jules Joseph Huré (11 Février 1873 - Décembre 1949) était un officier de l'armée française et ingénieur réputé pour son service au Maroc.|Antoine Huré]] (en)]] décide de favoriser la surprise tactique en s'appuyant sur le mouvement et la vitesse. Les qualités des troupes motorisées et de l'aviation sont utilisées au maximum et l'état-major suit l'évolution des combats par liaisons radios. La concentration de troupes la plus importante depuis la guerre du Rif est à disposition, soit 35 000 hommes, 500 véhicules dont une centaine de blindés, 10 500 montures et 8 escadrilles ou une centaine d'avions, principalement des Potez 25 TOE[7].

L'ensemble comporte deux groupes d’opérations ou GO. Le GO ouest du Général Georges Catroux comprend 3 groupements formés d’infanterie légère, d’escadrons de cavalerie à cheval, d’artillerie tractée et de compagnies de chars. Le GO est du Général Henri Giraud bénéficie du gros des moyens, avec deux groupements. Le groupement du colonel Maratuech est identique au GO ouest. Le groupement du colonel Trinquet[8] concentre la majorité des unités motorisées. Il bénéficie d'un appui constant de l'aviation, qui assure l'éclairage et attaque les objectifs d'opportunités à la bombe et la mitrailleuse.

Le groupement Trinquet déstabilise les arrières ennemis par des manœuvres de débordement de plus de 200 kilomètres. Les unités motorisées devancent toute tentative d'offensive ou de fuite. Les tribus de l'Anti-Atlas se rendent en masse sous l'effet des mouvements d'encerclement, le GO ouest et le groupement Maratuech réalisant la prise de contrôle du terrain. Les troupes du Général Huré réussissent en trois semaines à maîtriser 200 000 personnes sur 30,000 km2 de terrains montagneux et saisissent 25 000 fusils.

Ce résultat est obtenu par une manœuvre inter-armes où les qualités de vitesse et d'élongation des unités motorisées et des escadrilles d'aviation provoquent la dislocation de l'ennemi. Cette campagne, dont les enseignements ne seront pas ou peu analysés par l'état-major français, est comparée[9] à la Bataille de France de 1940, où une force beaucoup plus manœuvrière déstabilise totalement l'armée française.

  • Le général Giraud, commandant des Confins algéro-marocains, créés provisoirement en février 1934, met fin à la dissidence du Sud.

Pertes[modifier | modifier le code]

La pacification du Maroc de 1907 à 1934, coûta officiellement à l'armée française 8 628 tués à l'ennemi (622 officiers) et 15 000 blessés auxquels s'ajoutent plus de 12 000 goumiers marocains ayant combattu aux cotés de l'armée française. Du coté des Marocains ayant résisté à l'occupation française, on denombre plus de 100 000 morts[10].

Selon Daniel Rivet, « C'est une guerre de trente ans qui fait au bas mot une centaine de milliers de victimes, bien plus si l'on ajoute l'énorme hémorragie des tribus rifaines en 1925  »[11]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sophie Dulucq (dir.), Jean-François Klein (dir.) et Benjamin Stora (dir.), Les Mots de la colonisation, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, coll. « Les mots de »,‎ 2007, 128 p. (ISBN 9782858168934, OCLC 470835970, notice BnF no FRBNF41227893, lire en ligne), « Pacification », p. 87

    « Lors de l'occupation du Maroc, le terme de pacification finit par se substituer totalement à celui de conquête. »

  2. a, b, c et d AFP/Abdelhak Senna, « Maroc : Les cent ans du traité de Fès », sur www.lexpress.fr, L'Express,‎ 30 mars 2012 (consulté le 22 avril 2013) : « Pierre Vermeren [historien] revient sur cette page d'histoire. »
  3. a et b Hammou Belghazi et Centre de la traduction, de la documentation, de l'édition et de la communication (réalisation et suivi), Taḍa chez les Zemmour : Instances, puissance, évanescence, Rabat, Institut royal de la culture amazighe, coll. « Publications de l'Institut royal de la culture amazighe / Études et thèses » (no 4),‎ 2008 (1re éd. 2008), 327 p. (ISBN 9954280049, lire en ligne), p. 190
  4. cette zone est considérée par Lyautey comme province d'Oran, en 1908 il était commandement de la région d’Oran
  5. Extrait du Journal des marches et opérations de la 2e batterie du 1er Régiment d’Artillerie de Montagne pour la période du 6 septembre 1912 au 16 octobre 1913 écrit par Charles Mangin à Kasba Tadla, le 13 juin 1913
  6. Comité scientifique international pour la rédaction d'une Histoire générale de l'Afrique, L'Afrique sous domination coloniale, 1880-1935, Histoire générale de l'Afrique, Unesco, 1987, ISBN 978-92-3-201713-0, p. 130-131 ; Jean-Paul Mahuault, L'épopée marocaine de la Légion étrangère, 1903-1934, ou, Trente années au Maroc, Editions L'Harmattan, 2005, ISBN 2-7475-8057-1, p. 183 à 227 ; Abraham Lahnite, La politique berbère du protectorat français au Maroc, 1912-1956 : L'application du Traité de Fez dans la région de Souss, Editions L'Harmattan, 2011, ISBN 978-2-296-54982-1, p.20-21 ; Thibault de Lacoste Lareymondie, La campagne de l’Anti-Atlas occidental: similitudes tactiques entre l’armée française de 1934 et la Wehrmacht de 1940 autour du renouveau de la guerre de mouvement, Cahiers du CESAT no 28, juin 2012 - [1] ; Thibault de Lacoste Lareymondie, La campagne de l’Anti-Atlas occidental - [2] ; Stéphane Ferrard, Maroc 1934. Un sous-groupement oublié in EBRC. Tout viendra à point pour qui saura attendre, Défense & Sécurité Internationale, no 94, juillet-août 2013, p.84 ; Ouarzazate au temps du protectorat - 1934. Anti-Atlas [3]
  7. Pierre Daillier, Terre d'affrontements: le sud-tunisien, la ligne Mareth et son étrange destin, Nouvelles Editions Latines, 1985, ISBN 2-7233-0274-1, p. 34  ; Pierre Cortet, Christophe Cony, Lucien Morareau, Le Potez 25, Editions Lela Presse, 1996, p. 100.
  8. Maurice Trinquet, 1879-1941 ; Pierre Gourinard, Dossier : l'Armée d'Afrique. Les troupes sahariennes, note (4), textes extraits de L'Algérianiste, no 19, 15 septembre 1982 [4]
  9. Thibault de Lacoste Lareymondie, La campagne de l’Anti-Atlas occidental: similitudes tactiques entre l’armée française de 1934 et la Wehrmacht de 1940 autour du renouveau de la guerre de mouvement, Cahiers du CESAT no 28, juin 2012
  10. Moshe Gershovich, French Military Rule in Morocco: Colonialism and its Consequences, Routledge, 2012, p.74
  11. Daniel Rivet, Histoire du Maroc, Fayard, 2012, p.324

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • [6] "souvenirs de l'épopée marocaine" du général Theveney
  • La pacification du Maroc Le Lt-colonel TH. Delaye, Éditeur:Berger-Levrault (Paris)1952
  • Abes, M, Les izayanes d’Oulmès, Archives Berbères, 1915.
  • Aspignon, R, Étude sur les coutumes des tribus zayanes, éd. Moynier, 1946, Casa.
  • Basset, A, La littérature berbère, La Pléiade, 1955.
  • Ben Daoud, O i, Notes sur le pays zayan, archives berbères, 1917.
  • Berger, F, Moha Ouhammou le zayani, éd. Atlas, 1929.
  • Bernie, G, Moha Ohammou, guerrier berbère, éd. Gautey, Casa, 1945.
  • Bourdon, G, Les Journées de Casablanca, éd. Pierre Lafitte, Paris, 1908.
  • Chafik, M, Trente trois siècle de l’histoire des Imazighen, Boukili éd. 2000(3e éd.).
  • Chafik, M, La poésie amazighe et la résistance armée dans le Moyen Atlas et l’Est du Haut Atlas, revue de l’Académie du Royaume, no4, 1987.
  • Camps, G, Berbères aux marges de l’histoire, éd. Espérides, 1980
  • Grasset (capitaine), À travers la Chaouïa avec le corps de débarquement de Casablanca 1907-1908, éd. Hachette 1911.
  • Guennoun, S, La montagne berbère, ou les Ait Oumalou, éd.Oumnia, Rabat, 1933
  • Guennoun, S, La voix des monts, Mœurs de guerres berbères, éd. Oumnia, Rabat, 1934.
  • Guillaume, A, (Général), Les Berbères marocains et la pacification de l’Atlas Central (1912-1933), Julliard, 1946
  • Houel, C, Mes aventures marocaines, éd. Maroc-Demain.
  • Eugène Aubin (préf. Jean-François Durand), Le Maroc dans la tourmente : 1902-1903 [« Le Maroc aujourd'hui »] (1re éd. 1904, rééd. 2004 et 2009) [détail des éditions] [présentations]
  • Augustin Bernard : La France au Maroc /http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1917_num_26_139_8683
  • À la conquête du Maroc Sud avec la colonne Mangin, 1912-1913 /Éditeur Plon-Nourrit et Cie, 1914
  • Général d'Amade: Campagne de 1908-1909 en Chaouia. Rapport du général d'Amade. Éditeur Chapelet et Cie, 1911.
  • [7] Le fellah marocain: l'exemple /ahess_0395-2649_1980_num_35_3_282670_t1_0822_0000_001]d'une tribu berbère, les Beni M'Tir
  • [8] Charles-André Julien, Le Maroc face aux impérialismes, 1415-1956
  • [9] Encyclopédie berbère
  • [10] Pacification des Zayans: Le drame d'Elhri
  • [11] Dr F. Weisgerber. Casablanca et les Châouïa en 1900. Préface du général d'Amade, avec un plan de Casablanca et une carte des Châouïa, des reproductions d'aquarelles de E. W. Soudan et de photographies de l'auteur et de G. L. Tricot]
  • À Travers la Chaouia (1907-1908) Capitaine Grasset 118e régiment d’infanterie
  • Weisgerber : Bulletin du Comité du Maroc

Liens externes[modifier | modifier le code]

Galerie photo[modifier | modifier le code]