Campagne des îles Aléoutiennes

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Campagne des îles Aléoutiennes
Troupes américaines ravitaillant Attu en mai 1943.
Troupes américaines ravitaillant Attu en mai 1943.
Informations générales
Date 3 juin 1942 - 15 août 1943
Lieu îles Aléoutiennes, Alaska, États-Unis, océan Pacifique nord
Issue Victoire alliée
Belligérants
États-Unis États-Unis
Drapeau du Canada Canada
Drapeau : Japon Empire du Japon
Commandants
Drapeau des États-Unis Thomas C. Kinkaid
Drapeau des États-Unis Francis W. Rockwell
Drapeau des États-Unis Albert E. Brown
Drapeau des États-Unis Archibald V. Arnold
Drapeau des États-Unis Simon Bolivar Buckner, Jr.
Drapeau du Canada Harry W. Foster
Drapeau du Canada George R. Pearkes
Drapeau : Japon Boshiro Hosogaya
Drapeau : Japon Kakuji Kakuta
Drapeau : Japon Yasuyo Yamasaki
Forces en présence
144 000 hommes 8 500 hommes
Pertes
1 481 soldats tués, 255 avions, 22 vaisseaux de guerre 4 350 soldats, 7 vaisseaux de guerre
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Batailles et opérations de la Guerre du Pacifique

Chine · Indochine française (1940) · Guerre franco‑thaïlandaise · Eaux australiennes · Nauru · Pearl Harbor · Atoll de Wake · Hong Kong · Philippines (1) · Invasion japonaise de la Thaïlande · Malaisie ·Ceylan · Bataan · Singapour · Indes orientales néerlandaises · Bornéo (1)  · Birmanie · Nouvelle-Guinée · Timor · Java · Mer de Java · Détroit de la Sonde · Îles Salomon · Australie · Taungû · Île Christmas · Yenangyaung · Mer de Corail · Corregidor · Midway · Îles Aléoutiennes · Komandorski · Attu  · Îles Gilbert et Marshall · U-Go · Kohima  · Imphal · Peleliu · Angaur · Tinian · Guam · Opération Forager · Saipan · Mer des Philippines · Philippines (2) · Morotai · Leyte · Golfe de Leyte (navale) · Singapour (air) · Cabanatuan · Luçon · Manille · Kita · Iwo-Jima · Indochine française (1945) · Okinawa · Opération Ten-Gō · Bornéo (2) · Détroit de Malacca · Bombardements navals sur le Japon · Invasion soviétique de la Mandchourie (Kouriles) · Bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki · Capitulation du Japon


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Coordonnées 52° 05′ 51″ N 173° 30′ 04″ O / 52.097594444444, -173.5012 ()52° 05′ 51″ Nord 173° 30′ 04″ Ouest / 52.097594444444, -173.5012 ()  

Géolocalisation sur la carte : Alaska

(Voir situation sur carte : Alaska)
 Différences entre dessin et blasonnement : Campagne des îles Aléoutiennes.

La campagne des îles Aléoutiennes est l'ensemble des combats menées sur et autour des îles Aléoutiennes (archipel s'étirant en arc au sud-ouest de l'Alaska) lors de la guerre du Pacifique de la Seconde Guerre mondiale entre 1942 et 1943.

Des petites forces japonaises occupèrent les îles d'Attu et Kiska à l'extrémité occidentale des Aléoutiennes en juin 1942 mais l'éloignement des îles et les difficultés liées aux conditions météorologiques et au terrain font qu'il fallut près d'un an à d'importantes forces américaines pour les en déloger. L'importance stratégique de ces îles tenaient au contrôle des routes du grand cercle Pacifique qu'elles permettaient (pour illustration, aujourd'hui, les vols intercontinentaux entre Los Angeles et Tokyo passent au-dessus des Aléoutiennes). Ce contrôle des voies de transport du Pacifique est la raison pour laquelle le général Billy Mitchell déclara au Congrès américain en 1935 « Je crois que dans l'avenir, celui qui détient l'Alaska tiendra le monde. Je pense que c'est la plus importante place stratégique dans le monde. » Les Japonais estimèrent que le contrôle des Aléoutiennes préviendrait une éventuelle attaque américaine à travers le Pacifique Nord. De même, les États-Unis craignaient que les îles ne soient utilisées comme base de départ pour lancer des attaques aériennes contre la côte Ouest des États-Unis.

Cette campagne est quelquefois appelée « la bataille oubliée » car elle resta dans l'ombre de la bataille de Guadalcanal qui se déroulait simultanément. Dans le passé, la plupart des historiens occidentaux considéraient que cette invasion japonaise n'était qu'une diversion ou une feinte durant la bataille de Midway pour éloigner la flotte américaine du Pacifique de Pearl Harbor, et elle avait d'ailleurs été lancée sous le même commandement d'Isoroku Yamamoto. Cependant, les historiens Jonathan Parshall et Anthony Tully s'opposèrent à cette interprétation, statuant que les Japonais avaient envahi les Aléoutiennes pour protéger le flanc nord de leur empire et ne l'avaient pas organisé comme une diversion[1].

La campagne des îles Aléoutiennes est l'une des rares opérations du second conflit mondial à s'être déroulée en Amérique du Nord, avec des combats sur le sol même des États-Unis.

Attaque japonaise[modifier | modifier le code]

Attaque japonaise sur Dutch Harbor.

Le , l'aéronavale japonaise attaque Dutch Harbor sur Unalaska utilisant des bombardiers Nakajima B5N depuis les porte-avions Jun'yō et Ryūjō. Dans le mauvais temps, seulement la moitié des bombardiers trouvent leur cible et peu de dégâts sont faits.

Les invasions de l'île de Kiska le et de l'Attu le lendemain ne rencontrent que peu de résistance de la part de la population locale. La plupart des Aléoutes avaient été préalablement évacués et internés de force dans des camps du Sud-Est de l'Alaska par le gouvernement fédéral américain.

Réponse américaine[modifier | modifier le code]

Un Kittyhawk Mk.1A du Squadron 118 de la RCAF ; Dartmouth, Nouvelle-Écosse transféré à l'île Annette dans les Aléoutiennes à la mi-1942.
Un P-40E des Aleutians Tigers en 1943.

En , les États-Unis créaient une base aérienne sur l'île Adak et commencent à bombarder les positions japonaises sur Kiska. C'est lors d'une de ces attaques, le , que le Squadron Leader Kenneth Boomer du 111e escadron de la RCAF abattit un A6M2-N Rufe japonais devenant ainsi le premier pilote de chasse canadien à abattre un appareil ennemi au-dessus de l'Amérique du Nord.

Bataille des îles Komandorski[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille des îles Komandorski.

Une force de l'US Navy composée de croiseurs et de destroyers sous les ordres du contre-amiral Charles "Soc" McMorris eut pour mission d'empêcher le passage des convois japonais de ravitaillement. Après l'engagement naval significatif connu sous le nom de bataille des îles Komandorski, les Japonais abandonnèrent leurs tentatives de ravitaillement des Aléoutiennes par navires de surface, utilisant alors des sous-marins, plus sûrs mais de capacité moindre.

Reconquête d'Attu[modifier | modifier le code]

Carte de la capture d'Attu
Article détaillé : Bataille d'Attu.

Le , l'opération pour reprendre Attu débute. Parmi les forces américaines se trouvaient un groupe d'indigènes alaskans connu sous le nom de Castner's Cutthroats. Une pénurie de chalands de débarquement, des plages impraticables et un équipement qui ne fonctionne pas dans les conditions météorologiques épouvantables de la région rendent très difficile l'acheminement de forces pour contrer les Japonais. De nombreux soldats souffrent d'engelures parce que les fournitures essentielles n'ont pas pu être débarquées, ou si elles l'ont été, n'ont pu être transportées à l'endroit où l'on en avait besoin car les véhicules ne fonctionnait pas dans la toundra. Les défenseurs japonais sous le commandement du colonel Yasuyo Yamasaki n'a pas essayé d'empêcher les débarquements, mais plutôt creusé dans le sol des tranchées au-dessus de la côte causant de sanglants combats. 3929 soldats américains furent blessés dont 579 tués et 1148 blessés[pas clair]. 1200 eurent de graves blessures liées au froid, 614 succombèrent de maladie, et 318 sont morts de diverses causes, principalement des pièges japonais ou de tirs amis.

Le 29 mai, les dernières forces japonaises, repliés dans une poche côtière lancèrent une attaque soudaine près de Massacre Bay, dans l'une des plus importantes attaques suicides de la campagne du Pacifique. la charge menée par le colonel Yamasaki, perça les lignes américaines assez profondément pour engager le combat contre les troupes de la ligne arrière, sous le choc. Après de furieux combats rapprochés, souvent au corps à corps, les Japonais furent presque tous tués ou préférèrent se suicider, seuls 28 prisonniers dont aucun officier, furent faits. Les équipes américaines chargées d'enterrer les corps comptabilisèrent 2351 Japonais tués, mais on pense que plusieurs centaines furent ensevelis par les bombardements au cours de la bataille. La vie des soldats japonais est racontée dans le journal intime de leur médecin Paul Nobuo Tatsuguchi.

Reconquête de Kiska[modifier | modifier le code]

Le 7 août 1943, après de nombreux raids, une force d'invasion de 34 426 hommes débarquent finalement sur Kiska. Les Castner's Cutthroats faisaient partie des forces américaines débarquées, mais le gros des troupes était composé de la 7e division d'infanterie américaine et de 5300 soldats canadiens venant de la 13e brigade de la 6e division d'infanterie canadienne. Les forces canadiennes comprenaient aussi la composante canadienne de la First Special Service Force, aussi connue sous le nom de la "Devil's Brigade".

Mais les forces Alliées trouvèrent l'île abandonnée. Dans le brouillard, les Japonais avait réussi à retirer leurs troupes le 28 juillet sans que les Alliés ne s'en aperçoivent. L'US Army Air Forces avaient bombardé des positions abandonnées depuis plus d'une semaine. Un jour avant le retrait, des navires de l'US Navy avaient engagé le combat dans une bataille peu concluante et peut-être sans aucun sens connue comme la bataille des Pépins (battle of the Pips).

Bien que les Alliés n'aient pas combattu, leurs pertes lors de l'invasion de Kiska s'élevèrent quand même à 313 hommes, toutes dues aux tirs amis, aux pièges laissés par les Japonais, aux maladies ou gelures dues au froid. Comme Attu, Kiska offrait en effet un environnement très hostile.

Suites et conséquences[modifier | modifier le code]

Bien que des plans existaient pour attaquer le nord du Japon, ils ne furent pas mis à exécution. Plus de 1 500 sorties aériennes furent menées contre les Kouriles jusqu'à la fin de la guerre, dont la base japonaise de Paramushiro, mobilisant 500 avions japonais et 41 000 hommes au sol.

Cette bataille fut aussi la première fois où des conscrits canadiens furent envoyés dans des zones de combat durant la Seconde Guerre mondiale. Alors que le gouvernement s'était engagé à ne pas envoyer d'appelés outre-mer, le fait que les Aléoutiennes soient en Amérique du Nord permit au gouvernement de les déployer. Il y eut des cas de désertion avant que la brigade ne s'embarque pour les Aléoutiennes. Fin 1944, le gouvernement canadien changea sa politique et envoya 16 000 conscrits en Europe prendre part aux combats[2].

La bataille marqua aussi le premier engagement du First Special Service Force.

Des troupes américaines marchent à travers la neige et la glace durant la bataille d'Attu en mai 1943

Vétérans[modifier | modifier le code]

John Huston réalisa en 1943 un film Report from the Aleutians.

Un film documentaire fut réalisé en 2006, Red White Black & Blue sur deux vétérans de la bataille d'Attu, Bill Jones et Andy Petrus. Réalisé par Tom Putnam, il fut présenté en avant-première au festival international du film de Locarno en 2006.

Charlton Heston y fut basé en tant que radio-opérateur et mitrailleur sur un bombardier B-25 de l'US Air Force.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Jonathan Parshall et Anthony Tully, Shattered Sword: The Untold Story of the Battle of Midway, Famille Dulles, Potomac Books,‎ 2005, 1e éd., poche (ISBN 978-1-57488-924-6)
  2. (en) C. P. Stacey et Canada. Dept. of National Defence. General Staff., The Canadian Army, 1939-1945; an official historical summary, Ottawa, E. Cloutier, King's Printer,‎ 1948 (OCLC 2144853)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • (en) Jeff Dickrell, Center of the Storm: The Bombing of Dutch Harbor and the Experience of Patrol Wing Four in the Aleutians, Summer 1942, Missoula, Montana, Pictorial Histories Publishing Co., Inc.,‎ 2001 (ISBN 978-1-57510-092-0, OCLC 50242148, LCCN 2001135881)
  • (en) Leonard Feinberg, Where the Williwaw Blows: The Aleutian Islands-World War II, Boulder, Pilgrims' Process,‎ 1992 (ISBN 978-0-9710609-8-2, OCLC 57146667, LCCN 2002117132)
  • (en) Brian Garfield, The Thousand-Mile War: World War II in Alaska and the Aleutians, Fairbanks, University of Alaska Press,‎ 1995 (1re éd. 1969), poche (ISBN 978-0-912006-83-3, OCLC 33358488, LCCN 95039358)
  • (en) Donald M. Goldstein et Katherine V. Dillon, The Williwaw War: The Arkansas National Guard in the Aleutians in World War, Fayettville, University of Arkansas Press,‎ 1992 (ISBN 978-1-55728-242-2, OCLC 24912734, LCCN 91042730)
  • (en) Otis Hays, Alaska's Hidden Wars: Secret Campaigns on the North Pacific Rim, Fairbanks, University of Alaska Press,‎ 2004, poche (ISBN 978-1-889963-64-8, LCCN 2003020076)
  • (en) John A. Lorelli, The Battle of the Komandorski Islands, Annapolis, United States Naval Institute,‎ 1984, relié (ISBN 978-0-87021-093-8, OCLC 10824413, LCCN 84000975)
  • (en) Samuel Eliot Morison, Aleutians, Gilberts and Marshalls, June 1942-April 1944, vol. 7 of History of United States Naval Operations in World War II, Champaign, University of Illinois Press,‎ 2001 (1re éd. 1951) (ISBN 978-0-316-58305-3, OCLC 7288530)
  • (en) Jonathan Parshall et Tully, Anthony, Shattered Sword: The Untold Story of the Battle of Midway, Dulles, Virginia, Potomac Books,‎ 2005, relié (ISBN 978-1-57488-923-9, OCLC 60373935, LCCN 2005011629)
  • (en) Galen Roger Perras, Stepping Stones to Nowhere, The Aleutian Islands, Alaska, and American Military Strategy, 1867 - 1945, Vancouver, University of British Columbia Press,‎ 2003 (ISBN 978-1-59114-836-4, OCLC 53015264, LCCN 2002114070)
  • (en) Gregory J. W. Urwin, The Capture of Attu: A World War II Battle as Told by the Men Who Fought There, Lincoln, Bison Books,‎ 2000, 1e éd., poche (ISBN 978-0-8032-9557-5, LCCN 99058662)
  • (en) Ralph Wetterhahn, The Last Flight of Bomber 31: Harrowing Tales of American and Japanese Pilots Who Fought World War II's Arctic Air Campaign, New York, Da Capo Press,‎ 2004, 1e éd. (ISBN 978-0-7867-1360-8, LCCN 2005297569)
  • Zaloga, Steven J (2007). Japanese Tanks 1939-45. Osprey; ISBN 978-1-84603-091-8.

Liens externes[modifier | modifier le code]

En anglais

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