Campagne d'Allemagne (1945)

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Invasion alliée de l'Allemagne
Soldats américains progressant à Wernberg le 22 avril 1945.
Soldats américains progressant à Wernberg le 22 avril 1945.
Informations générales
Date 8 février-8 mai 1945
Lieu Allemagne occidentale, Autriche
Issue Victoire des Alliés
Belligérants
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau du Canada Canada
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de la France France
Drapeau de la Pologne Armée polonaise de l'Ouest
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Commandants
Drapeau des États-Unis Dwight D. Eisenhower

Drapeau du Royaume-Uni Bernard Montgomery
Drapeau du Royaume-Uni Arthur Tedder
Drapeau des États-Unis Omar N. Bradley
Drapeau des États-Unis Jacob Devers

Drapeau de l'Allemagne Adolf Hitler

Drapeau de l'Allemagne Albert Kesselring
Drapeau de l'Allemagne Gerd von Rundstedt
Drapeau de l'Allemagne Walther Model
Drapeau de l'Allemagne Paul Hausser
Drapeau de l'Allemagne Johannes Blaskowitz
Drapeau de l'Allemagne Heinrich Himmler

Forces en présence
Drapeau des États-Unis 4 500 000 hommes
(90 divisions)
Drapeau de l'Allemagne 1 000 000 hommes
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Front d'Europe de l'Ouest

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Front d’Europe de l’Est


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Bataille de l’Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise


Théâtre américain

La campagne d'Allemagne de 1945 désigne l'ensemble des opérations militaires de la fin de la Seconde Guerre mondiale menées par les Alliés occidentaux (anglo-américains pour l'essentiel). Après avoir franchi le Rhin, les Alliés s'engouffrent dans toute la moitié occidentale de l'Allemagne, de la mer Baltique au nord jusqu'à l'Autriche au sud.

Du fait de l'étendue du front, l'historiographie militaire américaine a baptisé cette campagne la « campagne d'Europe centrale » (en anglais : Central Europe Campaign).

Les opérations prennent fin le 8 mai 1945, date marquant la capitulation nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, conjointement avec la prise de Berlin par les Soviétiques sur le front de l'Est. L'Allemagne sera alors divisée entre les 4 grandes puissances alliées : la France, le Royaume-Uni, les États-Unis et l'URSS.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Théâtre des opérations en Europe centrale, du 28 mars au 7 mai 1945.

Au début de l'année 1945, le cours de la guerre devient définitivement favorable aux forces alliées en Europe. Sur le Front de l'Ouest, à la fin janvier, les Alliés ont contenu la contre-offensive des Ardennes. L'échec de la dernière offensive majeure des nazis à l'ouest achève d'épuiser les forces allemandes, les laissant mal armées pour résister aux assauts finaux des Alliés en Europe. Des pertes supplémentaires en Rhénanie finissent d'affaiblir la Wehrmacht, qui ne peut plus aligner que des éléments épars pour défendre la rive orientale du Rhin. Sur le front de l'Est, la rupture du front de la Vistule et les échecs de la Wehrmacht en Hongrie contribuent à acculer davantage le Reich.

Ainsi, les succès soviétiques de l'hiver 1944-1945 incitent les responsables militaires du Reich à mettre en défense l'Oder, dernier grand obstacle naturel à l'Est de Berlin : l'un des proches de Hitler à l'OKW se montre favorable à la concentration de tous les moyens disponibles de la Wehrmacht sur le front oriental[1]. Dix-huit divisions, ainsi qu'une majeure partie de l'armement lourd (blindés et artillerie lourde) et des moyens aériens[2], sont ainsi prélevées des fronts occidentaux et méridionaux pour être envoyée sur le front de l'Oder[1].

Forces en présence[modifier | modifier le code]

Forces alliées[modifier | modifier le code]

Dans les premières semaines de 1945, le commandant suprême des Forces alliées, le général Eisenhower, dispose de 73 divisions sous son commandement dans l’Europe du Nord-Ouest : quarante-neuf divisions d’infanterie, vingt divisions blindées et quatre divisions aéroportées. 49 de ces divisions sont américaines, 12 britanniques, 8 françaises, 3 canadiennes et 1 polonaise. 7 autres divisions américaines débarquent en Europe dans le courant de février[3], parallèlement à un renforcement des divisions des autres puissances alliées et, au moment où commence l’assaut sur l’Allemagne, Eisenhower peut compter sur un total de 90 divisions complètes, parmi lesquelles 25 divisions blindées.

Le front allié le long du Rhin s’étire sur près de 720 kilomètres de l’embouchure du Rhin aux Pays-Bas jusqu’à la frontière suisse au sud[4].

Les troupes alliées le long du front sont organisées en trois groupes d’armées. Au nord, de la mer du Nord jusqu’à une quinzaine de kilomètres du nord de Cologne, c’est le 21e groupe d'armées britannique qui tient le front, sous le commandement du maréchal Montgomery. Au sein de ce groupe d’armée, la 1re armée canadienne — aux ordres du général Crerar — assure le flanc gauche de Montgomery, la 2e armée britannique de Dempsey est au centre et la 9e armée américaine dirigée par le général Simpson tient le sud.

Touchant la 9e armée, le 12e groupe d'armées américain, sous l’autorité du général Bradley, tient le front jusqu’à un point situé à quelque 25 kilomètres au sud du Main. Bradley dispose de deux armées des États-Unis, la 1re aux ordres de Hodges sur sa gauche (au nord) et la 3e armée de Patton sur sa droite (au sud). Complétant le front allié au sud et jusqu’à la frontière suisse se trouve le 6e groupe d’armées américain sous les ordres du général Jacob L. Devers, composé au nord de la septième armée des États-Unis — commandée par le général Patch — et de la première armée française du général de Tassigny sur le flanc sud[5].

Forces allemandes[modifier | modifier le code]

Sur leur ligne de front, les Alliés font face aux troupes de l’Oberbefehlshaber West du generalfeldmarschall Albert Kesselring, lequel a succédé, le 10 mars, au général Gerd von Rundstedt. Kesselring arrive sur le front de l’Ouest auréolé de la résistance opiniâtre qu’il a opposé aux Alliés en Italie ; toutefois, il ne dispose pas à l’ouest de l’Allemagne des ressources nécessaires à une défense organisée et cohérente.

Le mois précédent, la Wehrmacht aligne sur le front Ouest, malgré les ponctions opérées pour la défense de Berlin, 462 000 soldats, soit 59 divisions sous équipées[6], ou encore 1 quart des unités de l'armée de terre allemande à cette date[2]. Ces divisions comptent nominalement 8 000 soldats, mais cette capacité militaire doit nécessairement être réduite de moitié, en raison de l’inexpérience des hommes qui les composent[7]. Les hommes qui les composent sont exténués, trop jeunes, et surtout totalement dépourvus d'artillerie lourde et de blindés[2]. L'âpreté des combats à l'Ouest du Rhin, à laquelle s'ajoutent les effets des désertions et des redditions, contribue à amputer ces forces des trois quart de leurs effectifs au cours des mois de février et de mars : 350 000 soldats (dont 60 000 tués) sont ainsi perdus pour la Wehrmacht à l'Ouest du Rhin. Une petite partie des pertes est compensée par l'appel à la Volkssturm et par des unités de marins et d'aviateurs constitués à la hâte, mais la présence de ces soldats, inexpérimentés, n'est pas en mesure de compenser les pertes essuyées[8].

Par ailleurs, comme l'ensemble des soldats allemands à ce stade de la guerre, les soldats stationnés sur le front de l'Ouest connaissent une crise de moral[9], mais demeurent encore fortement soumis à leur hiérarchie[10]. Cette crise de moral se manifeste non seulement par une hâte de voir la fin des combats[9] mais aussi par une désaffection de plus en plus affirmée des soldats à l'égard de Hitler[11]. Cette crise de moral voit aussi la volatilisation d'unités complètes face à un détachement alliés, la reddition massive de membres du Volkssturm, le refus de monter au combat ou encore le caractère massif des désertions[12].

Au cours des combats qu’elle a livrés à l’ouest du Rhin lors des deux premiers mois de 1945, l’armée allemande s’est vue réduite, sur le front de l’Ouest, à une force de seulement vingt-six divisions réparties en trois groupes d’armées (H, B et G). Presqu’aucun renfort n’est à attendre en raison du fait que le haut commandement allemand concentre toutes ses ressources à l’est, face aux Soviétiques — des chercheurs estiment qu’en avril 1945, on compte 214 divisions allemandes sur le front de l’Est[13].

Au fil des jours, de plus en plus d'unités allemandes abandonnent le front, rendant sa cohésion de plus en plus problématique dans le cadre d'un conflit perçu comme de plus en plus vain[12]. Pour tenter de s'opposer à ces désertions, Kesselring, nouvellement nommé, met en place une unité motorisée spécialement chargée de ramener sur le front ces soldats et encourage le développement des cours martiales mobiles[10], tandis que ses subordonnés rivalisent d'inventivité pour maintenir leurs hommes sur le front[14]. Mais toutes les contre mesures destinées à maintenir le front se révèlent totalement inefficaces devant les succès des alliés[15] : dans la poche de la Ruhr, des unités entières désertent le groupe d'armées de Model, qui ne peut que constater son impuissance devant l'ampleur du phénomène[15].

Le 21 mars, le quartier général du groupe d'armées H (en allemand : Heeresgruppe H) prend le nom de quartier général du Nord-Ouest ; le général Ernst Busch en prend le commandement, laissant à l’ancien chef du groupe d’armées H — Johannes Blaskowitz — la tête des troupes allemandes isolées aux Pays-Bas (la 25e armée). À Busch et à sa 1re armée parachutiste revient la charge de former l’aile droite de la défense allemande. Au centre du front, protégeant la région de la Ruhr, Kesselring peut s’appuyer sur Walther Model qui dirige le groupe d'armées B (que composent la 15e armée et la 5e armée blindée) et, au sud, sur le groupe d'armées G de Paul Hausser (composé des 7e, 1re et 19e armées)[13],[16].

La conquête d'un Reich aux abois[modifier | modifier le code]

La propagande allemande à l'Ouest durant la campagne[modifier | modifier le code]

Au mois de mars 1945, Martin Bormann, constatant l'effondrement du moral de la population dans les Gaue occidentaux du Reich, met en place une grande action de propagande à destination des populations de ces Gaue[17] : il préconise, en accord avec Goebbels, une nouvelle orientation dans la propagande de guerre du Reich[18]. Ainsi, de nouvelles consignes doivent aboutir à la mise en avant d'une vision plus réaliste de la situation du Reich au début du printemps 1945, mais les avantages du Reich doivent être mis en valeur par les propagandistes chargés de la diffusion de ces nouveaux discours : ces derniers doivent en effet mettre en valeur les réserves dont dispose encore le Reich à ce stade du conflit, les armes miracles, dont le Panzerfaust constitue la première manifestation, ainsi que les supposés points faibles des troupes mises en lignes à l'Ouest face à la Wehrmacht ; notamment l'extrême extension des lignes de front et de ravitaillement alliées[18]. Est également prévu un argumentaire en cas de contradiction, quels que soient les thèmes abordés[19]. Mais, ces argumentaires et ces thèmes de propagande laissent de marbre la population et les soldats, à l'exception des membres du NSDAP et des fanatiques[18]. Dès le 11 mars, Goebbels note l'échec de ces actions auprès de la population et préconise l'emploi de « mesures brutales » pour maintenir le front et l'arrière dans le conflit[9].

L'attitude et le rôle du NSDAP à l'Ouest durant cette phase du conflit[modifier | modifier le code]

Devant faire face à un discrédit de plus en plus important depuis l'automne précédent[20], discrédit renforcé par l'abandon par les responsables du NSDAP des populations des régions envahies, à l'Est comme à l'Ouest[21], les cadres du NSDAP sont dans le même temps, tenus par Bormann, dans le flot de directives dont il abreuve l'organisation du NSDAP, à une attitude exemplaire face aux troupes alliées qui se rapprochent des frontières du Reich[22]. À l'image des circulaires contemporaines de Himmler, l'ensemble de ces directives insistent toutes sur la nécessité de participer au ratissage des zones encore contrôlées par le Reich, afin de renvoyer au front les soldats déserteurs ou débandés dont le nombre augmente au fil des jours[23].

Devant l'avancée des troupes alliées vers l'Est, les responsables du parti adoptent des attitudes différentes face à la dégradation de la situation militaire. Ils continuent de tenter de mettre en applications les abondantes circulaires envoyées par Bormann[24], « paperasse inutile », selon Goebbels[24], dont l'expédition continue d'être assurée par un service de courriers à moto[24], d'envoyer des rapports à Bormann, et de prôner, sous l'impulsion de ce dernier, une résistance implacable[25].

Cependant, ce sont les différentes stratégies mises en place par les autorités d'une ville, maire, commandant des troupes stationnées dans la ville, ou plus simplement groupe de citoyens influents, ainsi que la présence ou non d'unités combatives dans la ville ou à proximité, qui déterminent en réalité les capacités du responsable local du parti à faire appliquer ou non les directives de résistance à outrance[26]. Le maire de Stuttgart, par exemple, persuadé par des notables locaux, engage, avec le soutien du commandant local de la Wehrmacht, mais en dépit des consignes du Gauleiter Wilhelm Murr, des pourparlers avec les troupes françaises, qui aboutissent à la reddition de la ville le 22 avril 1945 [27], tandis que la ville de Lahr est farouchement défendue par la SS, dont les hommes tiennent une journée devant les troupes françaises, en dépit de manifestations de femmes[28].

En Bavière, inspirés par les circulaires de Bormann[22], et par les directives du 15 février 1945, signée du ministre de la justice, Otto Georg Thierack, instituant les cours martiales spéciales, et du 9 mars 1945, instituant les cours martiales mobiles[29], les responsables du Parti continuent d'appliquer des mesures d'une extrême sévérité à l'égard de celles et ceux qui souhaitent mettre fin à la guerre : Le Gauleiter de Bayreuth, Ludwig Ruckdeschel, multiplie les brutalités, alliées aux déclarations les plus extrémistes : il fait ainsi pendre un membre du chapitre de la cathédrale de Ratisbonne, qui avait participé à une manifestation organisée en réaction à son allocution radiodiffusée, dans laquelle il exposait sa volonté de défendre la ville jusqu'au bout[30]. De Munich, le Gauleiter Paul Giesler se retourne contre les vieux adversaires du régimes, faisant exécuter d'anciens militants socialistes et communistes, ordonnant une répression extrêmement violente à l'encontre des soldats qui avaient lancé une tentative de coup d'État en Bavière[31].

La mise en place de la terreur par les responsables du parti concerne également l'armée, à l'Est comme à l'Ouest. Ainsi, encouragé par Jodl Kesselring, à peine installé à la place de Runstedt, sollicite l'appui des Gauleiter pour insuffler aux soldats et aux civils la volonté fanatique de combattre[32].

Mais le NSDAP ne se borne pas, à cette étape du conflit, à amplifier la répression et à accentuer la terreur à destination des ennemis réels ou supposés du régime, ils participe également pleinement à la propagande destinée aux unités engagées sur le front : les responsables de la propagande du Reich mettent en place des unités de 1 500 responsables du partis, pour participer à l'effort de propagande à destination des unités du front[33].

Si le parti, encouragé par Goebbels et Bormann, tente d'allumer des contrefeux, il doit aussi faire face, comme à l'Est, à un discrédit total, voire à la haine de la population; tout ce qui rappelle le Reich est systématiquement rejeté par la population, un membre du SD note ainsi, le 15 mars 1945, que les habitants des secteurs encore tenus par les troupes allemandes à l'Ouest du Rhin ont enlevé l'iconographie du régime de leur voisinage[34].

Les civils durant cette campagne[modifier | modifier le code]

Conformément aux directives de Hitler, les civils doivent faire l'objet de mesures d'évacuation des régions envahies par les unités alliées[35]. Cependant, devant les objections de Speer et des Gauleiter en poste dans les Gaue occidentaux, cet ordre n'est pas appliqué[35], que ce soit dans les Gaue rhénans ou en Bavière, comme le constate Karl Wahl, Gauleiter de Souabe[36].

Au fil des semaines, en dépit des exhortations à la résistance, de la terreur qui se tourne maintenant contre les Allemands, les civils manifestent de diverses manières leur opposition à la prolongation du conflit : drapeaux blancs aux fenêtres, exhortations aux soldats à cesser de se battre[34], courageuses actions isolées[37]. Mais, dans certains cas, en Rhénanie, notamment, des habitants de certaines villes et villages, minoritaires, se livrent à un certains nombre de sabotage de faible importance, coupant les fils électriques, les câbles téléphoniques[34] Ces attitudes sont régulièrement rapportées à Bormann et à Goebbels, impuissants face à ces symptômes de dissolution du régime[36].

Déroulement de la campagne[modifier | modifier le code]

Chars légers américains à Cobourg le 25 avril 1945.
La partition de l'Allemagne en zones d'occupation alliées :

Février 1945[modifier | modifier le code]

L'invasion de l'Allemagne est préparée par les opérations Veritable, Lumberjack, Grenade et Undertone qui permettent de sécuriser la rive occidentale du Rhin et de nettoyer les fortifications de la ligne Siegfried (Westwall), parsemées de casemates et de tranchées ainsi que par d'autres obstacles. Ainsi, le 8 février, les américains déclenchent une offensive, qui, même si elle doit affronter une forte résistance de la part des unités allemandes, ces dernières mettant à profit la configuration particulière du champ de bataille pour résister pieds à pieds[7].


Mars-avril 1945[modifier | modifier le code]

Le 2 mars, le Rhin, à hauteur de Düsseldorf, constitue la limite de l'avance alliée, mais le contrôle d'une portion de plus en plus large de la rive occidentale de de ce fleuve contribue à accélérer la chute de la production militaire du Reich, l'approvisionnement en charbon et en acier de la Ruhr à destination des autres centres de production de guerre du Reich étant rendue précaire[7].

Le 5 mars, les troupes alliées attaquent les troupes allemandes qui tiennent les rives occidentales du Rhin dans les environs de Cologne, dans l'espoir de disposer des ponts encore intacts de la ville[7].

Durant la première moitié du mois de mars, les Alliés repoussent les troupes allemands des territoires qu'elles tiennent encore sur la rive gauche du Rhin, menant la conquête du bassin de la Sarre, en dépit de la volonté du nouveau commandant en chef Kesselring, de défendre pieds à pieds ce bassin industriel[38].

À la mi-mars 1945, les Alliés atteignent le Rhin sur la quasi-totalité du front, après s'être emparés du dernier pont intact sur le Rhin, près de Remagen, ayant même pu établir une petite tête de pont sur la rive orientale du fleuve. Les pertes allemandes au cours des mois de février et mars 1945 sont évaluées à quelque 400 000 hommes, y compris 280 000 prisonniers de guerre[39]. Face à cette tête de pont rapidement renforcée, les troupes allemandes tentent de multiples attaques, mais toutes se révèlent vaines, n'aboutissant qu'à rendre inaptes au combats les réserves employées dans ces contrattaques[7]. Ce franchissement ne constitue pas le seul opéré par les alliés en mars 1945 : le 22 mars, une tête de pont est conquise par les Britanniques à Wesel, en aval de Cologne, puis, le lendemain, les troupes américaines se créent une autre tête de pont à Oppenheim[38].

Déployées dans le cadre de l'opération Varsity et de l'opération Plunder, les forces alliées parviennent à sécuriser la rive orientale du Rhin et encerclent les Allemands dans la poche de la Ruhr, lors de laquelle environ 300 000 soldats de la Wehrmacht seront faits prisonniers. Ce mouvement en tenaille enveloppe alors la région industrielle de la Ruhr, anéantissant du même coup le cœur du complexe militaro-industriel allemand[40] : ravitaillés par air, dépourvus d'artillerie lourde, les hommes qui composent les unités encerclés sont incapables d'une longue résistance[41].

Dans les autres régions du Reich menacées par l'avance des troupes des alliés occidentaux, la résistance est variable d'une ville à l'autre : Gotha, Weimar, Göttingen, Karlsruhe ou Stuttgart[42] se rendent aux troupes alliées sans combat, tandis que le commandant de la place de Magdebourg et le Gauleiter de Nuremberg tentent de résister[15].

La plus importante opération du Special Air Service (SAS), Archway, est exécutée afin d'appuyer la progression des Alliés.

Du 1er au 4 avril 1945, les Américains attaquent Cassel dans le land de Hesse, faisant 5 400 prisonniers de guerre de la Wehrmacht. Parallèlement à la prise de la ville, la 1re armée française, soutenue par la 3e et 7e armée américaines lancent une offensive dans le sud de l'Allemagne. Nuremberg, ville symbolique du Troisième Reich défendue par 7 000 soldats de la Wehrmacht, est prise le 20 avril. La Première Armée Française du général de Lattre de Tassigny, qui a franchi le Rhin de vive force à Gemmersheim le 19 mars, puis s'est emparé de Karlsruhe, Freudenstadt et Stuttgart, fonce sur Ulm où le 2e Cuirassiers hisse les couleurs françaises, comme en 1805, malgré la colère des Américains. La Première Armée termine la guerre en Autriche à Sankt-Anton. Quant à son chef, le général de Lattre, il signe l'acte de capitulation de l'Allemagne nazie le 9 mai à Berlin à 00h20 sur ordre du général de Gaulle.

Dès lors, et suite à l'offensive soviétique sur Berlin, les Alliés stoppent leur progression en Allemagne en vertu de la conférence de Yalta.

Conséquences[modifier | modifier le code]

L'invasion alliée, conjointement avec la prise de Berlin par les Soviétiques, mène inéluctablement à la chute du Troisième Reich et à la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, dont les actes de capitulation seront signés le 8 mai 1945. Le gouvernement de Flensbourg, mis en place par l'amiral Karl Dönitz après le suicide d'Adolf Hitler tombera le 23 mai 1945 et l'Allemagne sera alors administrée par le Conseil de contrôle allié, assurant ainsi l'ensemble des compétences d'un gouvernement allemand. Ce sera le début du processus de dénazification.

L'Allemagne sera alors divisée en 4 zones d'occupation : la zone française, la zone britannique, la zone américaine et la zone soviétique à partir de juillet 1945. Celles-ci formeront la République fédérale allemande (RFA) et la République démocratique allemande (RDA) en 1949. Berlin sera par ailleurs divisée deux zones, respectivement sous contrôle occidental et soviétique : Berlin-Ouest et Berlin-Est.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b La Fin, p. 273
  2. a, b et c La Fin, p. 330
  3. Hastings 2005, p. 465
  4. Bedessem 1996, p. 3
  5. Bedessem 1996, p. 3-6
  6. La Fin, p. 400
  7. a, b, c, d et e La Fin, p. 331
  8. La Fin, p. 333
  9. a, b et c La Fin, p. 337.
  10. a et b La Fin, p. 341
  11. La Fin, p. 339
  12. a et b La Fin, p. 338
  13. a et b Keegan 2005, p. 182
  14. La Fin, p. 342
  15. a, b et c La Fin, p. 385
  16. Marcus Wendel, « Heer », Axis History Factbook
  17. La Fin, p. 334
  18. a, b et c La Fin, p. 335
  19. La Fin, p. 336
  20. La Fin, p. 285
  21. La Fin, p. 97
  22. a et b La Fin, p. 287
  23. La Fin, p. 289
  24. a, b et c La Fin, p. 408
  25. La Fin, p. 413
  26. La Fin, p. 416
  27. La Fin, p. 417
  28. La Fin, p. 418
  29. La Fin, p. 297
  30. La Fin, p. 438
  31. La Fin, p. 439
  32. La Fin, p. 343
  33. La Fin, p. 293
  34. a, b et c La Fin, p. 340
  35. a et b La Fin, p. 371
  36. a et b La Fin, p. 406
  37. La Fin, p. 26
  38. a et b La Fin, p. 332
  39. Zaloga et Dennis 2006, p. 88
  40. Bedessem 1996, p. 6
  41. La Fin, p. 383
  42. La Fin, p. 386

Annexes[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Western Allied invasion of Germany » (voir la liste des auteurs)

  • (en) Steve Zaloga et Peter Dennis, Remagen 1945 : endgame against the Third Reich, Osprey Publishing,‎ 2006 (ISBN 1-84603-249-0).
  • (en) Max Hastings, Armageddon : The Battle for Germany, 1944–1945, Vintage,‎ 2005 (ISBN 0-375-71422-7).
  • (en) John Keegan, The Times Atlas of the Second World War, Times Books,‎ 2005 (ISBN 0-7230-0317-3).
  • Ian Kershaw, La Fin, Allemagne, 1944-1945, Paris, Éditions du Seuil,‎ 2002, 665 p. (ISBN 978-2-02-080301-4)
  • (en) Edward M. Bedessem, Central Europe, 22 March – 11 May 1945, Washington, US Army Center of Military History, coll. « CMH Online bookshelves : The U.S. Army Campaigns of World War II »,‎ 1996 (ISBN 0-16-048136-8, lire en ligne)
  • Jean-Pierre Béneytou, De Lattre et la campagne d'Allemagne, Éditions Lavauzelle, Panazol, 2013,

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]