Camp de Salaspils

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Photographie du camp de Salaspils au début de sa phase de construction

Le camp de Salaspils, en allemand Polizeigefängnis und Arbeitserziehungslager Kurtenhof (prison de police et camp de redressement par le travail Kurtenhof[1]) est un camp de travail situé au nord de la ville de Salaspils, à dix-huit kilomètres au sud-est de Riga en Lettonie, que les Allemands firent fonctionner d'octobre 1941 à la fin de l'été 1944.

Officiellement, ce camp n'était pas classé comme un camp de concentration, bien qu'Himmler ait brièvement considéré en 1943 la question de l'agrandir encore dans ce but. Le camp aurait alors été placé sous l'administration de la Reichssicherheitshauptamt (office central de la sécurité du Reich). Il s'agissait d'un camp constitué de deux entités: la première autour d'un petit camp de travail destiné aux prisonniers soviétiques et aux prisonniers politiques originaires des pays baltes, de Bohême, du sud de l'Allemagne et de l'Autriche. Quelques juifs y furent aussi détenus. La deuxième entité fonctionna à partir de 1942 et fut destiné aux populations civiles soviétiques originaires de régions favorables aux partisans, parmi lesquelles plus d'un tiers de juifs. Environ cinquante mille personnes soviétiques y trouvèrent la mort.

Historique[modifier | modifier le code]

Camp de prisonniers de guerre et prisonniers politiques[modifier | modifier le code]

Le SturmbannführerSS Rudolf Lange ordonne la construction de ce camp à l'automne 1941, mais c'est l'Obersturmführer SS Gerhard Maywald qui mène le projet à exécution. Le camp de Salaspils est terminé en octobre 1941 pour détenir d'abord des prisonniers soviétiques emprisonnés depuis juillet 1941 au stalag 350/Z de Riga. Ce sont ces prisonniers de guerre qui construisent eux-mêmes les baraquements de planche et l'ensemble du camp comprenant un quarantaine de baraques. S'y ajoutent rapidement des déportés de Bohême et quelques juifs qui sont destinés au camp de Jungfernhof. L'encadrement est constitué d'officiers SS allemands et de gardiens de camp et policiers lettons. Il est dirigé au début par l'Allemand Richard Nickels, puis par Kurt Krause.

Le camp est bien placé sur la ligne de chemin de fer Riga-Dünaburg. Les premiers arrivages de juifs qui proviennent d'Allemagne et doivent être destinés à la région de Minsk en octobre 1941 ne peuvent être déportés à Kurtenhof, qui n'est pas encore prêt, mais le sont au ghetto de Riga et au camp de concentration de Jungfernhof à trois kilomètres de Riga qui fonctionna de décembre 1941 à mars 1942.

Presque un millier de juifs sont directement amenés du ghetto de Riga pour agrandir le camp à la mi-janvier et retournent ensuite au ghetto. Un grand nombre meurt de froid et de faim. Il est décidé quelques semaines plus tard en février d'agrandir encore le camp pour une capacité de quinze mille détenus. Ce deuxième camp est construit à deux kilomètres du premier (dont le noyau est le Stalag 350/Z) et couvre une surface de trente hectares. La structure du camp change donc à partir de mai 1942, lorsque ce sont des civils soviétiques qui commencent à arriver.

Les conditions de froid, de faim et d'épidémie provoquent un taux de mortalité particulièrement élevé chez les prisonniers de guerre soviétiques et les prisonniers politiques. À la fin de 1942 s'y trouvent en majorité des prisonniers politiques qui proviennent directement des interrogatoires de police sans aucun procès, et seulement une douzaine de juifs. Il y a environ deux mille détenus en tout dans cette partie du camp.

La plupart proviennent des régions baltes, ce sont des Lettons soupçonnés d'être partisans des Soviétiques, des vieux-croyants russes, des instituteurs baltes ou russes, des communistes, des résistants de diverses nationalités, etc.

Camp d'extermination de population civile soviétique[modifier | modifier le code]

La structure du camp change complètement en mai 1942 et surtout au début de l'année 1943 (entre février et avril 1943), lorsque des civils soviétiques venus des campagnes et des villes considérées comme zones favorables aux partisans commencent à arriver dans ce camp de transit. Il en est ainsi par exemple des populations raflées au cours de l'opération Winterzauber menée par Jeckeln à la limite de la Biélorussie et de la Russie. Deux mille deux cent quatre-vingt-huit déportés commencent à arriver au premier trimestre 1943 auxquels il faut ajouter les deux mille prisonniers de guerre et politiques arrivés depuis la fin 1941. Fin mars, ils sont douze mille. Les enfants de moins de six ans sont séparés de leur mère et meurent dans des baraques à part au bout de deux ou trois jours de faim ou de froid.

Il y a également parmi eux plus d'un millier d'enfants ou jeunes adolescents qui ont été séparés de leurs familles et qui sont considérés comme enfants des rues, la plupart sont destinés au camp de redressement de Litzmannstadt (Lodz), où beaucoup trouvent la mort.

Selon les archives, ce sont douze mille enfants (dont la moitié d'origine juive) qui ont trouvé la mort dans ce camp, et certains des suites d'expériences médicales effectuées par le docteur Meisner. La plupart des civils meurent de typhoïde, de froid, de faim et de mauvais traitements.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Le mémorial aujourd'hui

La république socialiste soviétique de Lettonie a fait édifier en 1967 un mémorial de pierre à l'emplacement du camp avec de grandes statues et des blocs de pierre dans un parc entretenu au milieu de la forêt de pins.

L'État letton a toujours nié l'existence de ce camp comme camp d'extermination et n'a jamais publié de statistiques fiables sur ce camp.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Nom d'un ancien domaine agricole seigneurial situé au nord de Salaspils

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Andrej Angrick et Peter Klein: „Endlösung“ in Riga. Ausbeutung und Vernichtung 1941–1944. Darmstadt 2006, ISBN 3-534-19149-8.
  • (de) Franziska Jahn: Salaspils. In: Wolfgang Benz, Barbara Distel: Der Ort des Terrors. Band 9. München 2009, ISBN 978-3-406-57238-8, S. 548–558.
  • (ru) Латвия под игом нацизма (fr: La Lettonie sous le joug du régime nazi). Éditions Europa, Moscou 2006, avec recueil de documents historiques