Camp d'extermination de Jasenovac

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Camp d'extermination de Jasenovac
Logor Jasenovac.JPG
Le monument mémorial de Jasenovac
Présentation
Type Camp d'extermination
Gestion
Date de création Août 1941
Créé par État indépendant de Croatie
Date de fermeture Avril 1945
Fermé par Partisans yougoslaves
Victimes
Type de détenus Serbes, juifs, Roms, Croates
Nombre de détenus ~ 1 000 000
Morts ~ 100 000
Géographie
Pays Drapeau de la Croatie Croatie
Coordonnées 45° 16′ 54″ N 16° 56′ 06″ E / 45.281667, 16.93545° 16′ 54″ Nord 16° 56′ 06″ Est / 45.281667, 16.935  

Géolocalisation sur la carte : Croatie (administrative)

(Voir situation sur carte : Croatie (administrative))
Camp d'extermination de Jasenovac

Le camp de concentration de Jasenovac, surnommé l'« Auschwitz croate »[1], était un camp de concentration et un camp d'extermination créé par le régime des Oustachis dans l'État indépendant de Croatie[2] (NDH) pendant la Seconde Guerre mondiale. Il fut le seul camp d'extermination de la Seconde Guerre mondiale non géré par les nazis de sa construction jusqu'à sa destruction. Jasenovac fut le plus grand camp de Croatie et le troisième camp de la mort le plus productif après ceux d'Auschwitz et de Treblinka[1],[3],[4]. Le réseau des camps croates comprenait en tout 80 camps, tous mis en place et gérés par le régime oustachi[5].

Pour marquer la particularité du camp de concentration croate, en juillet 2010, le président israélien, Shimon Peres déclarera « Ce camp se distingue des autres à plus d'un titre. Tout d'abord parce que les victimes n'étaient pas nécessairement uniquement juives... Et il se distingue aussi par la façon dont on y tuait les gens, à l'aide de marteaux, de couteaux, de pierres », autant de manifestations d'un « pur sadisme »[6], a poursuivi le président israélien, qui a eu une grande partie de sa famille exterminée par les Allemands. Le premier point de cette déclaration est cependant assez incorrect puisque la plupart des camps de concentration allemands, eux aussi, n'exterminaient pas uniquement des juifs.

Un monument dessiné par l'architecte serbe Bogdan Bogdanović y a été construit à la mémoire des victimes. Tous les ans des représentants du gouvernement croate et serbe se rendent sur les lieux du camp, les uns pour demander pardon, les autres pour se souvenir.

Historique[modifier | modifier le code]

Localisation du camp en Croatie
Le couteau Srbosjek, ou « Coupe-Serbe », utilisé par les Oustachis pour égorger des prisonniers.

Le premier pays à mettre en place la Solution finale dans un camp fut l'État indépendant de Croatie[7]. En effet, les Juifs de l'État indépendant Croatie (y compris la Bosnie-Herzégovine qui était sous contrôle oustachi) furent parmi les premières victimes de la « solution finale » dans un espace clos. Des exterminations de Juifs avaient débuté en Union soviétique dans la même période, à savoir pendant l'été et l’automne de 1941, mais elles n'avaient pas encore eu lieu dans des camps[7]. Jasenovac fut le premier camp d'extermination en activité (Voir liste des camps de concentration oustachis).

Le camp de Jasenovac était constitué de cinq sites de détention créés entre août 1941 et février 1942 par les autorités de l'État indépendant de Croatie, au confluent des rivières Una et Sava. Il fut le plus grand en Croatie.

Dans ce camp furent déportés en majorité des Serbes (femmes et enfants compris), des Juifs et des Tziganes ainsi que des résistants aux nazis et aux Oustachis (des Serbes en particulier). Le camp no 1 est créé pour les Juifs et les Tziganes. Le camp no 2 est créé ensuite, pour les autres déportés. En novembre 1941, ces camps sont inondés par la Sava. Trois autres camps sont alors créés.

Jasenovac ne possédait pas de chambres à gaz ; les prisonniers y étaient tués par épuisement au travail, en les affamant, avec des armes à feu et des armes blanches ; les maladies qui y sévissaient ont également tué de nombreux prisonniers. Une partie des victimes fut enterrée alors qu'une autre fut brûlée dans des fours crématoires, aménagés dans une ancienne briqueterie. Certains d'entre eux étaient encore vivants quand les gardiens les y ont jetés, selon Edmond Paris.

Le camp était dirigé par le général oustachi Vjekoslav Luburić. Le garde Petar Brzica s'y illustra en coupant, en une nuit, la gorge de 1 360 Serbes et Juifs avec un couteau de boucher ce qui lui valut le titre de « Roi des coupe-gorges ».

Victimes[modifier | modifier le code]

Soldats croates sciant la tête d'un prisonnier serbe
Deux victimes du camp de Jasenovac
Prisonniers serbes dans les baraquements de Jasenovac
Arrivée d'un prisonnier Juif dans le camp

Les Oustachis ont tenté de convertir au catholicisme les Serbes ; ceux qui restaient chrétiens orthodoxes étaient exterminés avec les Juifs et les Tsiganes, comme tous ceux qui s'opposaient a eux, notamment les partisans résistant croates pro-yougoslave. Ils créèrent plusieurs camps de concentration, dont notamment celui de Jasenovac. Le ministre oustachi de la culture, Mile Budak, affirma lors d'un discours qu'un tiers des Serbes devaient être convertis, un tiers exterminés et un tiers chassés de l'État indépendant croate.

Le nombre exact de victimes, spécialement de victimes serbes n'est pas connu, seules des estimations existent, mais il est certain que plusieurs centaines de milliers de personnes furent tuées dans les camps de concentration et en dehors. Les livres d'histoires de la République fédérale socialiste de Yougoslavie parlaient de 1 700 000 victimes pour l'ensemble de la Yougoslavie, chiffre calculé en 1946 sur la base de la perte démographique de population (la différence entre le nombre actuel de personnes après la guerre et la population qu'aurait compté le territoire si la croissance démographique d'avant guerre s'était poursuivie). C'est le nombre qui fut utilisé par Edvard Kardelj et Moše Pijade pour la demande de réparation de guerre faite à l'Allemagne[8].

Une étude de la fin des années 1980 du Croate Vladimir Žerjavić et du Serbe Bogoljub Kočović, Gubici stanovnistva Jugoslavije u drugom svjetskom ratu, estime à 550 000 Serbes, 20 000 Croates, 90 000 Bosniaques, 60 000 Juifs, 50 000 Monténégrins et 30 000 Slovènes le nombre de victimes du régime oustachi[9],[8].

Serbes

Selon le dossier du président Roosevelt, en vue de la conférence de Téhéran 1943, 744 000 Serbes furent exterminés dont 600 000 exclusivement par les oustachis, le rapport précise qu'il ne tient pas compte des pertes militaires des résistants ni des pertes civiles dû au bombardement[10].

Les sources serbes officielles quant à elles estiment à 700 000 le nombre de Serbes exécutés par les oustachis[10].

Juifs

Sur les 35 000 Juifs vivant sur le territoire, seuls 20 % (environ 6 000) survécurent à la guerre[11]. Selon le démographe croate Vladimir Zerdajic, 19 800 Juifs ont été tués dans les camps croates, dont treize mille dans celui de Jasenovac[12]. Des milliers d'autres Juifs furent déportés vers les camps d'extermination nazis à partir de 1942, avec l'approbation du gouvernement croate, qui laisse également les dizaines de Croates juifs vivant en Allemagne être déportés[13].

Les victimes juives seraient, selon le dossier du président Roosevelt cité plus haut, de 63 200 victimes dont 24 000 hors de Yougoslavie dans les camps et de 39 000 en Yougoslavie[10].

Tsiganes

De même, on dénombra 40 000 Tsiganes de moins après la fin du conflit.

Jasenovac

Selon l'étude du Croate Vladimir Zerjavic, dont les résultats concordent avec ceux du Serbe Bogoljub Kocovic le nombre réel de victimes à Jasenovac est de 85 000, dont 50 000 Serbes, 13 000 Juifs, 12 000 Croates et 10 000 Tsiganes[14]. Le 20 avril 1998 lors du procès, en Croatie, du criminel de guerre Dinko Šakić, responsable du camp en 1944, l'acte d'accusation a retenu le chiffre de 50 000 victimes.

Selon le United States Holocaust Memorial Museum :

« Due to differing views and lack of documentation, estimates for the number of Serbian victims in Croatia range widely, from 25,000 to more than one million. The estimated number of Serbs killed in Jasenovac ranges from 25,000 to 700,000. The most reliable figures place the number of Serbs killed by the Ustaša between 330,000 and 390,000, with 45,000 to 52,000 Serbs murdered in Jasenovac. »
« À cause des différences de point de vue et du manque de sources, les estimations du nombre de victimes serbes en Croatie varient largement, de 25 000 à plus d'un million. Les estimations de Serbes tués à Jasenovac varient de 25 000 à 700 000. Les sources les plus fiables estiment que le nombre de Serbes tués par les Oustachis varie entre 330 000 et 390 000, dont 45 000 à 52 000 Serbes assassinés à Jasenovac » [15].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • V. Dedijer, The Yugoslav Auschwitz and the Vatican. The Croatian Massacre of the Serbs during World War II, Prometheus Books Buffalo-New York and Ahriman Verlag Freiburg Germany, 1992
  • Robert Fisk, « Cleansing Bosnia at the Camp called Jasenovac », The Independent, 15 août 1992
  • Zdenko Löwenthal (dir.), The Crime of the Fascist Occupant and their Collaborationnist against the Jews in Yugoslavia, Belgrade, 1957
  • Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, éd. Gallimard, 2006
  • Edmond Paris, Genocide in Satellite Croatia 1941-1945. A Record of Racial and Religious Persecutions and massacres, traduit depuis le français par Louis Perkins, American Institute for Balkan Affaires, Chicago 1961

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Jour de commémoration des victimes du génocide commis pendant la Seconde Guerre mondiale », sur Radio Srbija (consulté le 5 mai 2010)
  2. http://www.ushmm.org/wlc/fr/article.php?ModuleId=197
  3. « La guerre au jour le jour, tous les articles », sur la-guerre-au-jour-le-jour.over-blog.com (consulté le 5 mai 2010)
  4. « Dusan T. Batakovic : Le génocide dans l'état indépendant croate de 1941 à 1945 », sur www.jerusalim.org (consulté le 5 mai 2010)
  5. http://levif.rnews.be/fr/news/belga-generique/la-croatie-commemore-les-victimes-de-l-auschwitz-croate/article-1194991891505.htm
  6. http://fr.ejpress.org/article/37782
  7. a et b « La Shoa en Croatie par le professeur Ivo Goldstein », sur www.shalom-magazine.com (consulté le 5 mai 2010)
  8. a et b (en) John R. Lampe, Yugoslavia as History: Twice there was a Country, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 28 mars 2000, 487 p. (ISBN 0521774012)
  9. (fr) Catherine Lutard, Géopolitique de la Serbie-Monténégro, éditions Complexe (ISBN 978-2870276471 et 2870276478), page 43
  10. a, b et c (fr) Catherine Lutard, Géopolitique de la Serbie-Monténégro, éditions Complexe (ISBN 2870276478), page 42
  11. Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d'Europe, éd. Gallimard, 2006, tome II, pp. 1317 et 1331.
  12. Josip Kolanovic, « La Shoah en Croatie. Documents et perspectives de recherche », dans Jacques Fredj (dir.), Les Archives de la Shoah, éd. de L'Harmattan, 1998
  13. Raul Hilberg, op. cit.
  14. Le Monde du 06.10.99 et du 16.03.99
  15. (en) « Holocaust era in Croatia : Jasenovac 1941 à 1945, », sur Site du United States Holocaust Memorial Museum (consulté le 5 mai 2010)

Liens externes[modifier | modifier le code]