Camille Papin Tissot

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Camille Tissot Papin

Camille Papin Tissot (15 octobre 1868 à Brest, France - 2 octobre 1917 à Arcachon, France) est un officier de marine français. Précurseur de la télégraphie sans fil, il établit les premières liaisons radios opérationnelles françaises en mer.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les origines familiales[modifier | modifier le code]

Camille Tissot est né à Brest le 15 octobre 1868 au 43 rue Saint-Yves, dans une famille bourgeoise et protestante, d’un père officier de marine et d’une mère d’origine Brestoise.

Son père, Pierre louis Tissot, est né à Vauvert dans le Gard le 1er avril 1823, commence sa carrière comme aide mécanicien dans la Marine nationale en 1842.

Le 3 novembre 1866, Pierre Louis Tissot a 44 ans, il est lieutenant de vaisseau et chevalier de la Légion d'honneur quand il épouse à Brest Adeline Alexandrine Gérardin, âgée alors de 35 ans, née à Brest le 10 novembre 1831. Bretonne sur six générations au moins, avec des racines se trouvant essentiellement à Brest dans le quartier Saint Pierre-Quilbignon, elle provient d’une famille aisée dans laquelle elle a pu faire des études.

Le 9 avril 1867 nait Chilarète Tissot le premier enfant du couple Tissot, mais le petit garçon meurt subitement deux ans plus tard. Camille Tissot a alors tout juste un an et demi.

Le couple Tissot aura ensuite une fille Esther Adèle Tissot, née le 1er avril 1872. Les deux enfants seront essentiellement élevés par leur mère, car leur père, en activité, est souvent à la mer.

La carrière militaire du marin-savant[modifier | modifier le code]

Recommandé par son père, Camille Tissot entre à l'École navale, à Brest en 1884, il n’est alors âgé que de 16 ans.

Il fait ses classes sur le navire école Le Borda[note 1] jusqu’en 1886. Il est ensuite affecté au port de Brest.

Dans les premières années de sa carrière dans la marine, il voyage beaucoup puisqu’en 1887 il embarque successivement sur le navire-école Iphigénie, sur le Nive, sur le Bretagne, sur le Magellan, puis en 1888, sur le cuirassé Océan. Camille Tissot gardera un bel album photo souvenir de ses différentes expéditions et de ses expériences maritimes.

En 1890, il embarque sur le croiseur à barbettes Primauguet, puis sur le Calédonien ; pour finir il est affecté sur le croiseur Coetlogon, duquel il met définitivement sac à terre le 23 janvier 1891. Sur proposition de sa hiérarchie, et volontaire pour ce poste, il accepte d’occuper provisoirement une des chaires de Physique et Chimie de l'École navale, rendue vacante par l'absence de son titulaire.

Il restera en fait 21 ans professeur à l'École navale [1].

La passion des sciences lui ayant été transmise par son père, il obtient sans effort les grades de Licencié ès-sciences physiques et licencié ès-sciences mathématiques pendant son service actif. C’est aussi en qualité d'officier professeur à l'École navale qu'il se consacre à l'étude des oscillations électriques et de leur application dans le domaine maritime, il fait d'ailleurs participer ses élèves-officiers à ses expérimentations.

Son côté passionné et quelque peu original lui vaut une caricature en ombre baille que l’on peut admirer aujourd’hui encore sur les murs du hall tradition du musée de l’École navale.

Suivant l’exemple paternel, Camille Tissot acquiert progressivement ses grades au cours de ses diverses affectations :

Cette dernière promotion, exceptionnelle pour un marin n'ayant pratiquement pas navigué, est due à l'importance des travaux menés par Tissot pour la Marine nationale.

L'homme, ses amours et convictions[modifier | modifier le code]

En 1894, Camille Tissot tombe très amoureux de Jeanne Emma Stapfer, jeune femme de 20 ans dont la famille d’origine alsacienne était venu s’installer à Brest dans les années 1870 pour échapper au régime allemand. Il l’épouse le 3 septembre de la même année, et, à cette occasion, il adopte à la demande de son beau-père la religion catholique. Mais, en réalité, Tissot, qui signe le télégramme d’annonce de son mariage par « salut et fraternité » est socialiste et athée, et la religion lui importe peu. Parmi les invités à son mariage figurent ses amis Albert Turpain et Marcel Cachin, parlementaire très engagé et futur fondateur du Parti communiste français en 1920.

Jeanne dira plus tard à ses petites-filles « … qu’il considérait que la religion est surtout utile au peuple … ».

Du mariage de Camille et Jeanne naît Camille Jeanne, le 26 juin 1896, unique enfant du couple Tissot. Camille Tissot adore sa fille qu’il surnomme Tototte, pour autant, fidèle à ses convictions, c’est sans compter sur la présence de son père que la jeune fille fait sa première communion.

Ses travaux[modifier | modifier le code]

En 1902 : depuis le phare du Stiff, la station radiotélégraphique à cohéreur a une portée de 80 kilomètres.
Article de Camille Tissot, accompagné d'une dédicace à Maurice Jeance, paru dans le n° 57 de juillet 2006 du bulletin de la Société des électriciens
Poste à écouteur de faible impédance.
  • Dès l’année 1896, alors que les travaux de Lodge et de Marconi concernant la TSF sont encore très peu connus, Tissot reprend les théories de Hertz et les expériences d'Édouard Branly et d'Alexandre Popov pour poursuivre, sur le « Borda », des recherches parallèles et indépendantes. Il construit lui-même son matériel de TSF avec l’aide d’Édouard Branly et du constructeur Eugène Ducretet pour qui il mettra au point des appareils.
  • Le 3 août 1898, en présence du ministre de la Marine, il établit la première liaison radio opérationnelle française en mer : 1 800 mètres entre le « Borda » et le sémaphore du Parc aux Ducs à Brest. Convaincu, le Ministre prescrit le 6 août au port de Brest, de financer à Tissot l’achat de matériel pour lui permettre de poursuivre ses essais.
  • En 1898 également, il établit le contact radio entre l’île d’Ouessant et le Phare de Trézien sur le continent, créant, de fait, la première station de TSF qui ait été installée en France[2]. Cette station deviendra Ouessant TSF, indicatif FFU (station Française Fixe de Ushant), active jusqu’en 1943 puis déplacée au Conquet après la guerre.
  • Avec ces appareils, Camille Tissot monte en 1899 une grande campagne d’essais et assure des communications par ondes hertziennes, d’abord entre différents points de la rade de Brest et l’église Saint Martin, puis jusqu’à l’île Vierge (Plouguerneau) et le Stiff (Ouessant).
  • En 1899, Tissot publie au bulletin des travaux des officiers un rapport d’un intérêt historique remarquable, dans lequel il décrit ses travaux et expériences à travers la rade de Brest. Il émet des réserves, à plusieurs reprises, sur la qualité de certains travaux de Marconi. À l‘époque de l’écriture de ce rapport, la TSF en tant que moyen opérationnel de communication n’a même pas 18 mois.
  • À partir de 1905, Tissot fait des études très approfondies sur la détection des signaux radio. Les archives de Tissot et ses cahiers d’expériences laissent penser qu’il est celui qui a poussé le plus loin les essais dans ce domaine en France. C'est à la suite de ces travaux que Maurice Jeance et Victor Colin améliorent durant plusieurs années l'émetteur des ondes radio. Ils emploient le moyen exposé en 1892 par Elihu Thomson, c’est-à-dire l’arc électrique et utilisent l'émetteur à arc, dit Arc de Poulsen dû à l'inventeur danois éponyme Valdemar Poulsen en 1903[4],[5],[6].
  • En 1907, suite à ces essais, Tissot démontre la possibilité d’utiliser la TSF pour transmettre un signal horaire et régler les chronomètres des navires en mer.
  • Il saisit le 22 janvier 1908, le Bureau des longitudes d’une proposition de création du service journalier d’émission de ces signaux depuis la tour Eiffel. Ce bureau procède à l’installation de ce service à partir du 23 mai 1910. Ce système sera ensuite étendu à la transmission des longitudes.
  • En 1907, Tissot conçoit, avec F. Pellin, un récepteur à galène sans réglage fastidieux pour recevoir ces signaux à bord des navires de commerce.
  • En 1911, son expertise technique est demandée par un comité d’industriels français mené par E. Girardeau, durant la série de procès qui opposent Marconi et l’industrie Française de la TSF : la Société Française Radioélectrique et la Compagnie Générale Radioélectrique. À l'occasion de ces procès, Tissot et Ferrié chercheront notamment à démontrer certaines failles du brevet 77777 de Marconi, mais aussi l'antériorité d'expériences de certains savants français, comme Eugène Ducretet. Marconi gagne le procès en première instance contre la SFR et la CGR, mais cette décision de justice qui donnait le droit à Marconi de demander le remplacement du matériel français par du matériel de la Wireless Company, ne sera jamais appliquée en France, puisqu'en 1914, Marconi se voit débouté définitivement de sa demande.
  • Durant la guerre, Tissot fait plusieurs séjours à Bizerte, pour équiper en radio des cargos charbonniers utilisés par l’armée, et travaille en même temps sur l’écoute des bruits rayonnés par les sous-marins dans la mer.
  • Le capitaine de frégate Tissot meurt brutalement en octobre 1917, de maladie.

Autres publications[modifier | modifier le code]

  • Plusieurs publications et ouvrages décrivent les travaux de Camille Tissot :
    • C'est à Camille Tissot que revient le mérite des premières réalisations qui furent faites dans notre marine, et son nom doit être placé à côté de ceux du général Ferrié et d'André Blondel, ainsi que de celui de René Mesny, plus tard venu dans les mêmes recherches, dans la liste des savants français qui ont créé la TSF en France sa mort prématurée a été une très grande perte pour notre pays et pour la science. Eugène Giboin[7].
    • M. Tissot ne s’est pas contenté de faire, au sujet des phénomènes mis en cause dans la TSF, des études systématiques qui sont de beaucoup les plus complètes qui aient été faites touchant cette intéressante application des ondes électriques : il a encore doté nos escadres de tout un matériel des mieux étudiés qui leur a permis peu à peu, et cela dès 1898, d’accroître la portée des communications. Aujourd’hui en 1909 tous les navires de guerre munis des dispositifs étudiés par M. Tissot peuvent communiquer à 300 km. En 1906, le cuirassé « Bruix » a pu même communiquer avec Port Vendres, à une distance de 500 km. Albert Turpain[8].

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Résonance de l'antenne

Il a lui-même écrit trois ouvrages très détaillés et clairs :

  • Mémoire de thèse de doctorat sur la résonance des antennes (1905).
  • Traité sur les oscillations électriques (1906)
  • Manuel de TSF théorique et pratique (1912), réédité jusqu’en 1932 (6e édition).

Il est aussi l’auteur de nombreux articles de vulgarisation de la TSF dans des revues scientifiques internationales, et donnera de très nombreuses conférences sur le sujet.

Bien que n’en étant pas membre, il intervient régulièrement devant l’Académie des sciences[9], et certaines de ces interventions sont de véritables brevets d’invention.

Il reçoit plusieurs prix et récompenses de cette Académie.

Ses travaux lui ont valu d’être appelé à participer au Comité de TSF scientifique, comité dont il fut l’un des membres les plus compétents et écoutés. Il était aussi membre de plusieurs autres sociétés scientifiques à travers le monde.

Il est incontestablement un des inventeurs de la TSF, oublié par l’histoire comme d’autres savants aussi désintéressés que lui, tels Eugène Ducretet ou bien encore Albert Turpain.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Borda ex-Valmy (1864-1890)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Officiers et anciens élèves
  2. Camille Tissot précurseur Brestois
  3. Arrêté du 7 octobre 1904 Le Ministre du Commerce de l'Industrie et des Postes et Télégraphes arrête : La station radiotélégraphique d'Ouessant est ouverte à partir du 10 octobre 1904 à l'échange des correspondances privées avec les navires en mer.
  4. La revue électrique, 1909, p. 18 [lire en ligne]
  5. La Nature : Revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l'industrie, 1914, p. 91 [lire en ligne]
  6. Gaston Émile Petit, Léon Bouthillon, La télégraphie sans fil, la téléphonie sans fil,p. 64 [lire en ligne]
  7. Le développement de la TSF dans la Marine nationale de 1897 à 1939 (Académie de Marine - 1951)
  8. Manuel de télégraphie sans fil - 1909
  9. Sur l'emploi de détecteurs sensibles d'oscillations électriques basés sur les phénomènes thermo-électriques, présentée devant l'Académie des Sciences le 6juillet 1908

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]