Caisse d'escompte

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Portrait de Turgot, administrateur des finances sous Louis XVI.

La Caisse d'escompte est un organisme financier français, apparu une première fois en 1767 sous Louis XV, dissout deux ans plus tard, réinstitué par Louis XVI en 1776 pour être définitivement dissout en 1793 sur ordre de la Convention nationale. Elle est considérée comme l'ancêtre de la Banque de France.

Sa mission[modifier | modifier le code]

Action au porteur de 300 livres émise par la Caisse d'escompte le 8 mai 1790.

La Caisse d'escompte est la résurgence d'une première Caisse, lancée en avril 1767 et placée sous la direction de Jean-Joseph de Laborde, alors banquier du roi, et qui fut liquidée en 1769[1].

Créée par arrêts du Conseil le 24 mars et 22 septembre 1776 avec l'appui de l'administrateur des finances Turgot par le banquier suisse Isaac Panchaud, théoricien de l’amortissement et admirateur de la révolution financière britannique, cette nouvelle Caisse d'escompte eut pour mission d'escompter les lettres de change et autres effets de commerce afin de faire baisser le taux d'intérêt du crédit commercial et de fluidifier les échanges. Elle réussit aussi cette mission par le biais d'une baisse du taux d'intérêt des emprunts publics, qu'elle s'est mise progressivement à racheter sur le marché, au prix d'un endettement conséquent.

La fondation de cette Caisse fait suite aussi aux difficultés de trésorerie et de fonds de roulement des compagnies des Indes, française et anglaise, avant et après la famine au Bengale de 1770, qui déclenche une grave crise financière et provoque une série de faillites en Europe.

De 1781 à 1783, et en 1791, l'administrateur principal en fut le banquier Étienne Delessert. L'un des grands promoteur du rôle de la Caisse à un niveau national fut Jacques Necker, qui dès 1783, tente de persuader Louis XVI d'en transformer les statuts sur le modèle de la Banque d'Angleterre.

Les actions de la Caisse d’escompte, cotées en Bourse, chutèrent en novembre 1783 de 5 000 à 3 000 livres, laissant supposer que la banqueroute était imminente. Le problème était seulement le manque d’espèces en circulation, qui empêchait la banque d’échanger ses propres effets de commerce contre des espèces par le biais de l'escompte. Les autorités financières, le Trésor en tête, réglèrent la crise en retirant de la circulation de nombreux billets et obtinrent du gouvernement l’autorisation de recapitaliser la Caisse, afin de faire remonter son capital à 15 millions, provoquant un rebond de l'action. Dès le mois d'avril 1789, l'idée de transformer les effets de la Caisse en papier ayant force de monnaie fait son chemin dans le cadre des États généraux. Alors administrateur principal de la Caisse[2], Lavoisier adresse à l'Assemblée nationale un bilan financier positif, en même temps qu'il plaide pour transformer celle-ci en institution nationale, projet bientôt soutenu par Mirabeau qui tente ainsi d'aller dans le sens de Jacques Necker, le Contrôleur général des finances. Au moment où l'idée de nationaliser les biens du clergé et la création de l'assignat émergent, Lavoisier se prononce également sur le rôle à donner à la Caisse d'Escompte en matière d'émission monétaire et sur le choix entre papier-monnaie et « papier représentatif des espèces »[3]. Le Comité des Finances, représenté par Pierre Samuel Dupont de Nemours, examine les comptes du Trésor Public et de la Caisse et accorde en janvier 1790 le remboursement par l’État d'un prêt consenti par celle-ci. Au cours de l'année 1790, le Trésor réduit considérablement les marges de manœuvre de la Caisse, en réduisant les effets d'escompte, créant un début de panique chez les commerçants.

Liquidée en 1793 après une série de procès, elle renaît de ses cendres sous le nom de Caisse des comptes courants en 1796, au moment de la vague de libéralisation bancaire mise en place par le Directoire.

Bilan[modifier | modifier le code]

La Caisse d'escompte fut le point de départ des grandes spéculations boursières sous Louis XVI.

Cependant, la Caisse d'escompte permit de lancer une politique d'emprunts publics à l'époque où l'armée et l'industrie se modernisaient. Jacques Necker y fit nommer de grands banquiers français et utilisa son réseau de contacts européens, ainsi que celui d'Isaac Panchaud, pour placer les emprunts dans l'Europe entière et faire baisser leur taux d'intérêt. Lors de la Guerre d'indépendance des États-Unis, la Caisse se mit à négocier les effets publics.

Elle rendit de réels services au commerce et permit aussi de réaliser les emprunts du contrôleur général des finances de Louis XVI, Charles Alexandre de Calonne. Son statut ambigu d'entreprise privée, chargée du bien public mais indépendante, fut cependant critiqué au moment de la Révolution. Elle fut mise en liquidation par la Convention en 1793, un siècle exactement après la création de la Banque d'Angleterre.

Il existait dans les années 1780 une confusion quant au statut des actions de la Nouvelle Compagnie des Indes, la Compagnie des Eaux de Paris, la Banque de Saint-Charles de Madrid et la Caisse d’escompte. Aucun de ces organismes ne pouvaient en définitive être considérés comme des entreprises privées : leur existence dépendait dans une certaine mesure de l’État. Ainsi, la Compagnie des Indes bénéficiait d’un monopole sur l’importation de tissus étrangers, tandis que 90 % des actions de la Compagnie des Eaux étaient entre les mains du gouvernement[4].

La Caisse d'escompte a été supprimée le 24 août 1793, et ne doit pas être confondue avec la Caisse d'escompte du commerce, qui naîtra, elle, en 1797.

De par son histoire, elle peut être considérée comme l'ancêtre de la Banque de France, de la direction du Trésor et de la Caisse des dépôts et consignations. Elle n'eut cependant jamais pouvoir d'émettre de la monnaie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. P. Harsin, Crédit public et Banque d’État en France au XVIIe et XVIIIe siècle, Paris, 1933, p. 170-221.
  2. « Lavoissier, financier » in Vie de Lavoisier, CNRS, en ligne.
  3. Adresse des actionnaires de la Caisse d'Escompte, à Nosseigneurs de l'Assemblée Nationale. Du 20 novembre 1789., Paris, Baudouin, [1789].
  4. Richard Whatmore et James Livesey, "Étienne Clavière, Jacques-Pierre Brissot et les fondations intellectuelles de la politique des girondins, § La dette et la République, Annales historiques de la Révolution française, juil. 2000.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]