Cagots

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Charpente église Saint-Girons Monein construite par les cagots.
Derniers Agotes, localité de Bozate (Navarre espagnole), au début du siècle, assemblage de photographies de 1900, domaine public
Sculpture de « cagot » de l’église Saint-Girons de Monein
Maisons de cagots dans le quartier Mailhòc (maillet de bois), Saint-Savins, Carte postale ancienne (1906). Cette maison aurait été démolie
À Saint-Léger-de-Balson (Gironde), la source Saint-Clair est « double », l'une pour les pèlerins, l'autre pour les cagots. (Fév. 2010.)
Porte des cagots (depuis murée) de l'église Saint-Martin de Moustey
Bagnères de Bigorre - l'adour et le quartier des cagots
Bénitier destiné aux Cagots, Cathédrale d'Oloron, Béarn
Porte cagots église Sauveterre de Béarn
Le château de Montaner, construit par les cagots, pour Gaston Fébus
Campan - La halle, construite par les cagots, classée monument historique


Les Cagot, au féminin cagote, dans le sud-ouest de la France, étaient aussi appelés Agotes, sur l'autre versant des Pyrénées, en Espagne. il s'agissait de termes dépréciatifs qui désignaient des groupes d'habitants frappés d'exclusion et de répulsion dans leurs villages surtout en Gascogne et de part et d'autre du Piémont pyrénéen, entre le XIIIe siècle et les temps modernes. La réputation des cagots est associée à la peur de la lèpre. Des populations similaires existaient en Bretagne (les caqueux, caquins ou caquous)

Localisation et désignation[modifier | modifier le code]

Les cagots sont présents en France en Gascogne (des portes de Toulouse[1], jusqu'au Pays basque, en Chalosse, dans le Béarn, et en Bigorre, et dans les vallées pyrénéennes), mais aussi dans le Nord de l'Espagne (Aragon, Navarre sud et nord, Pays basque et Asturies) où ils sont désignés par le terme Agotes[2]. Quoique réduits depuis des siècles à n'avoir de relations normales qu'entre eux, ils ne constituaient cependant pas un groupe en tant que tel, ils étaient au contraire disséminés, vivant par petits groupes de deux ou trois familles aux abords de presque toutes les villes ou villages des régions mentionnées[3]. Ces hameaux étaient appelés crestianies puis à partir du XVIe siècle cagoteries[4][5]. À l’échelle du Béarn par exemple, la répartition des cagots, souvent charpentiers, s’apparente à celle des autres artisans nombreux essentiellement dans le piémont. Loin de s’agglutiner en quelques points, les crestians s’éparpillent dans 137 villages et bourgs. En dehors des mon­tagnes, 35 à 40 % des communautés connaissent des cagots, surtout les plus importantes, à l’exclusion des très petits villages[6]. La toponymie et la topographie indiquent que les endroits où se trouvaient les cagots présentent des caractéristiques constantes ; ce sont des écarts, en dehors des murs, nommés « crestian » (et dérivés) ou « place » (les noms Laplace sont fréquents) à côté de points d'eau, lieux attribués pour vivre et surtout pratiquer leurs métiers.

Selon les lieux et les époques, les façons de désigner les cagots ont évolué.

Avant le XVIe siècle, Crestians et gésitains, des désignations liées à la religion et à la lèpre[modifier | modifier le code]

Les termes de « crestians », « chrestiaà » ou « christianus » sont apparus tout d'abord, dès l'an 1000 sur le cartulaire de l'abbaye de Lucq et dans les textes vers l'an 1300 et a peut-être été synonyme en gascon de « lépreux blancs » (on parle des « fontaines des crestians » pour les sources réservées aux léproseries. Les lépreux étaient quant à eux désignés sous le nom de pauperes Christi). On pensait donc à l'époque à un principe de précaution dicté par Dieu, d'où le terme de crestian.

Nombreux à Bordeaux, ils y sont appelés ladres qui signifiait lèpre en ancien français, terme aussi à rapprocher de ladrón signifiant voleur ou pillard en espagnol et donc synonyme de bagaude, duquel cagot pourrait être issu. Les chroniques les désignent souvent encore par les dénominations de capos, gaffos, tous termes de mépris qui signifiaient aussi lépreux. À cette même époque on les appelait aussi des noms de Lazare . D'ailleurs, dans certains textes du XVIe siècle, le terme cagot et ses équivalents sont employés comme des synonymes de « lépreux ». En béarnais, ce terme signifiait « lépreux blanc ». Les dénominations de Gahet (gahets, gahetz, gafets, gaffets) et de Gahouillet, forme pyrénéenne du castillan gajo lépreux, sont aussi utilisées. Lèpre désigne au Moyen Âge différentes maladies de peau mal définies : la lèpre rouge est presque toujours mortelle ; la lèpre blanche ou lèpre tuberculeuse présente des signes semblables, mais peut se stabiliser. Toutes les maladies de peau, donc visibles, étaient assimilées à une lèpre, une ladrerie, d'un mot hébreu rattaché à Lazare. Tous ces malades inspirent la peur de la contagion et sont isolés hors des villages. La seule et mauvaise connaissance des maladies de peau visibles, sous le terme générique de lèpre, induisait faussement que toutes ces maladies étaient transmissibles par le contact et se transmettaient dans les générations.

Le terme employé pour lèpre en Gascogne était lo mau de sent Lop (« le mal de saint Loup »), ou plus souvent lo malandrèr, (litt., « le mal-aller », lat. malandria, ), cf l'italien malandato, « mal fichu », et les mots français « malandrin » et « maladrerie » qui en découlent aussi. Le terme ladre (du nom Lazarus) est aussi employé[7]. On voit que l'assimilation de termes injurieux aux noms de la lèpre a été d'usage courant, et demeure.

Le terme de Gésitas, Gésites ou Gésitains est postérieur à 1517, date d'un célèbre procès suite à une pétition de Cagots aux États de Navarre. Cette pértition fut combattue par un certain Caxarmaut qui utilisa un texte de l'Ancien Testament où il est question d'un prince sauvé de la lèpre par le prophète Elisée, mais trahit par son valet Geizi. Ce dernier fut châtié sur place par le prophète qui lui donna la lèpre ôtée peu de temps avant à son maître. Caxarnaut voulait démontrer que la lèpre était incurable et d'origine divine[8]. Ce sont les textes officiels qui appellent les cagots les gézites, mot curieux et savant que le peuple n’adoptera pas et que l’on trouvera seulement dans la bouche ou sous la plume des lettrés[9].

Au fil des siècles, de nouvelles appellations pour désigner les cagots[modifier | modifier le code]

 Le nom de Cagot est apparu vers le XVIe siècle, lorsque la théorie des origines goths remplace celle des lépreux[8]. Au temps de la renaissance, le mot crestia ou crestian qui désignait les cagots au Moyen Âge est totalement abandonné dans la langue courante. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, en Armagnac, en Condomois, en Lomagne, le peuple les appelle capots, en Béarn cagots, en Pays basque et Navarre espagnole agots[9]. Les cagots sont aussi appelés agotasBordeaux, dans l'Agenais, et les Landes), agotz (Pays basque). Durant cette même période apparaissent aussi les appellations mèstres (maîtres dans le travail du bois) et charpentiers (les parlements, non sans difficulté, essaieront d’imposer l’usage de charpentier parce que les mots capot ou cagot sont ressentis comme une insulte)[9].

Les cagots étaient aussi appelés Canars[10], parce qu'ils devaient porter sur leurs habits une patte de canard pour se faire reconnaître[11]. Ils sont également nommés en Bigorre grauèrs ou cascarròts. Les cagots sont peut-être à rapprocher de ces parias qu'étaient les 'marrones' ou marruci (les Marrons) d'Auvergne et des Alpes [4] ainsi que des colliberts du Bas-Poitou[12], des capots ou gens des marais d'Anjou, ou des coquets de Vendée[13],

Une population réprouvée[modifier | modifier le code]

Les cagots vivant comme des proscrits et frappés de tabou, un nombre considérable d’interdictions dictées par la superstition pesaient sur eux : certaines étaient orales, mais d’autres étaient transcrites dans les « fors » (lois) de Navarre et du Béarn des XIIIe et XIVe siècles.

Interdits et obligations[modifier | modifier le code]

Les interdits pesant sur les cagots ne se cumulaient pas toujours. Il faut tenir compte des différences locales, de part et d'autre des Pyrénées, et des évolutions dans le temps (sur une très longue période de 800 ans) de la réalité des cagots.

Discriminations de lieu d'habitation[modifier | modifier le code]

Mis à l'écart, victimes d'une sorte de racisme populaire, fortement ancré localement, il leur était défendu, selon les lieux, sous les peines les plus sévères, d'habiter dans les villes et les villages. Ils vivaient dans des quartiers spéciaux, dans des hameaux ou villages isolés, souvent d’anciennes léproseries. Ces hameaux avaient leur fontaine, leur lavoir et souvent leur propre église et parfois un petit établissement hospitalier géré par un ordre religieux[8].

Obligation de porter un insigne et obligations vestimentaires[modifier | modifier le code]

Les cagots étaient tenus de porter un signe distinctif, généralement en forme de patte d'oie (pédauque) ou de canard, coupé dans du drap rouge et cousu sur leurs vêtements. Francisque Michel a fait apparaître que dans une des chansons anciennes (contre la cagoterie) qu'il compila et publia (Noces de Marguerite de Gourrigues, du XVIIe siècle), il semblait résulter que, outre la patte de canard qu'ils portaient sur la poitrine, les cagots avaient encore la cocarde rouge au chapeau[14]. À Marmande, en 1396, le règlement de la ville précise que les gahets devront porter, cousu sur leur vêtement de dessus, du côté gauche, un signe de tissu rouge, long d’une main et large de trois doigts[15].

Un arrêt du parlement de Bordeaux défendit aux cagots, sous peine du fouet, de paraître en public autrement que chaussés et habillés de rouge (comme les Cacous en Bretagne)[12].

En 1460, les États du Béarn demandèrent à Gaston IV de Foix de Béarn qu'il fût défendu de marcher pieds nus dans les rues sous peine d'avoir les pieds percés d'un fer, et qu'ils portassent sur leurs habits leur ancienne marque d'un pied d'oie ou de canard. Le prince ne répondit pas à cette demande[12]

Mais à la différence des lépreux, dont le grand signe a été la cliquette ou les cliquets ou crécelle ou tartavelle, le chercheur Yves Guy écrit que l'on peut facilement défier qui que ce soit de trouver une seule allusion à un Cagot s'annonçant par un instrument bruyant de ce type[16].

À Jurançon, devant la principale porte de leurs maisons, les cagots étaient forcés d'avoir une figure d'homme sculptée en pierre. Toutes ces sculptures ont été détruites par la suite avec le plus grand soin, on peut vraisemblablement penser qu'elles représentaient des cagots avec le signe[14].

Discriminations à l'église[modifier | modifier le code]

Les cagots ne se rendaient au village que pour leurs besoins les plus pressants et pour aller à l'église. Dans de nombreux cas, ils n'entraient que par une porte latérale, souvent plus petite, comme celle de l'église d'Arras-en-Lavedan ou de l'Abbaye de Saint-Savin-en-Lavedan (petite ouverture au ras du sol appelée « fenêtre des cagots »[17]) et ne prendre l'eau bénite qu'au bout d'un bâton. C’est aussi au bout d’une planchette que le curé leur tendait l’hostie lors de la messe. Parfois, ils avaient leur propre bénitier, simple pierre creusée incrustée dans un mur de l'église et sans grandes sculptures. Un certain nombre de bénitiers sur pied représentant des Atlantes ou des Maures sont faussement attribués au Cagots comme à Pierrefitte-Nestalas et à l'Abbaye de Saint-Savin-en-Lavedan[8].

Les sacrements même leur étaient interdits en certains endroits pour la même raison qu'aux animaux. Ils ne pouvaient recevoir le sacrement de l'Ordre, ni entrer dans la cité de Lourdes, que dans la journée et par une porte qui leur était réservée : la Capdet pourtet[8].

Discriminations liées à l'état civil[modifier | modifier le code]

La naissance dans une famille de cagots suffisait à établir pour le reste de la vie la condition de cagot. La marginalisation des cagots débutait au baptême célébré sans carillon et à la nuit tombée (la mention « Cagot » ou son synonyme érudit « Gézitain » était porté sur le registre paroissial) et se terminait après leur mort puisqu'ils avaient un cimetière à part[16]. Ils n’avaient pas de nom de famille ; seul un prénom suivi de la mention « crestians » ou « cagot » figurait sur leurs actes de baptême. Sur les registres des paroisses, comme sur les actes civils, leur nom était toujours accompagné de cette épithète flétrissante de cagot[18]. Ils n’étaient admis nulle part aux honneurs ou aux fonctions publiques. On ne leur permettait pas de faire à la guerre office de combattants, mais leurs services comme charpentiers étaient utilisés pendant les sièges. Il leur était interdit de porter aucune arme ni aucun outil de fer autre que ceux dont ils avaient besoin pour leurs métiers.

Les cagots ne pouvaient se marier qu’entre eux, car la famille qui les eût accueille se fût déshonorée[18]. Pas de dérogation à cette règle. Aussi, pour éviter la consanguinité, les cagots allaint chercher femme dans d’autres communautés de cagots plus ou moins proches[9], ou ils s’expatriaient à peu de distance, introduisant dans la communauté d’accueil leur nom patronymique, emprunté à leur communauté d’origine[9]. D’autre part, les villageois ne perdaient pas une occasion d'attaquer les cagots quand un mariage entre cagots avait lieu. Des cris, des chants injurieux, les accueillaient au passage, bien vite les beaux esprits du village composaient une chanson grossière, en forme de litanie, où tous les gens de la noce étaient compris et dont on accompagnait le cortège[18]. Souvent alors des rixes éclataient, le sang coulait, mais les parias, moins nombreux, avaient presque toujours le dessous[18].

Discriminations juridiques[modifier | modifier le code]

On ne les entendait en justice qu’à défaut d’autre témoignage, et il ne fallait pas moins de quatre ou même de sept cagots pour valoir un témoin ordinaire[18]. D'après l'ancien for de Béarn, il fallait la déposition de sept Cagots pour valoir un témoignage[12]. Toutefois, le pouvoir juridique des cagots n'était pas nul, les cagots n’étaient point serfs. Ils passèrent par exemple un contrat de gré à gré (voir infra) avec Gaston Fébus, dans l’église de Pau, en présence de témoins, et par devant notaire[19] où les cagots s'engageaient à la construction du château de Montaner contre une exonération de taille. 

Interdictions concernant les activités liés à la nourriture et à l'eau[modifier | modifier le code]

 Les interdits liés à aux croyances qu'ils pouvaient contaminer l'eau étaient nombreux : interdiction de venir boire aux fontaines, ils devaient prendre celle-ci à des fontaines qui leur étaient réservées. Interdiction de laver aux lavoirs communs (par exemple à Cauterets, ils ne pouvaient se baigner qu'après les autres habitants, et ne pénétrer que par une entrée dérobée donnant accès à des bains réservés aux seuls cagots)[8].

 Interdiction d’entretenir aucun bétail, si ce n’est un cochon pour leur provision et une bête de somme, — encore n’avaient-ils pas pour ces animaux la jouissance des biens communaux[18]. Ils ne pouvaient vendre le produit de leur exploitation aux gens du village[8] (interdiction de faire du commerce).

 Il était interdit aux cagots de labourer, de danser et de jouer avec leurs voisins[18]. Certains métiers leur étaient interdits, généralement ceux considérés comme susceptibles de transmettre la lèpre, comme ceux liés à la terre, au feu et à l’eau ; Ils n'étaient donc jamais cultivateurs. Ils ne devaient porter aucun objet tranchant, donc ni arme ni couteau.

En 1606, les États de Soule leur interdisent l'état de meunier[12]. Les règlements les plus anciens ne spécifient pas toujours que les cagots ne peuvent être que charpentiers, mais en revanche ils leur interdisent plusieurs autres professions, en particulier celles qui ont trait à l’alimentation. C’est ainsi que la coutume de Marmande (1396) défend aux gaffets de vendre du vin ou de faire du commerce dans les tavernes; ils ne pouvaient pas non plus vendre du porc, du mouton, ou autres animaux comestibles; il leur était interdit en outre d’extraire l’huile de noix. La coutume du Mas d’Agenais (1388) défendait de louer les gaffets pour les vendanges[19].

 Le clergé comme l’aristocratie justifient ces discriminations, parfois jusqu'en plein XVIIIe siècle, en dépit du fait que les cagots étaient chrétiens ; ils condamnent cependant les excès commis sur ces populations par les manants sur lesquels pesaient les corvées et la taille dont les cagots étaient à certaines époques et dans certaines régions exempts.

Statut fiscal des cagots[modifier | modifier le code]

Pour les années 1360 et 1365 par exemple, les cagots payaient des redevances pour leurs terres ou fiefs, ainsi que des taxes sur le revenu de celles-ci[19]. L'exemption de la taille ne fut pas uniforme. Au XVe siècle, dans la plupart des pays d'élection (les plus nombreux), la taille concernait les chefs de famille roturiers, elle était répartie arbitrairement d'après les signes apparents de richesse et en fonction des réseaux d'influence. Seules dans les régions correspondant à la "taille réelle" (dans la plupart des pays d'État), la taille[20] concernait les biens fonciers. L’Armagnac stricto sensu était, avec le Béarn, où les cagots atteignent aussi approximativement 2 % de la population, le seul pays où les cagots ont eu un statut fiscal à part[6]:

Le 6 décembre 1379 (la taille seigneuriale existait depuis environ 300 ans), les cagots (défendus par leurs procureurs) passèrent un traité avec Gaston Phoebus par lequel ils s’engageaient à exécuter toute la charpente du château de Montaner, ainsi que les ferrures nécessaires, le tout, à leurs frais; en revanche le prince leur accordait la remise de deux francs sur 1 imposition de chaque feu (les « feux » correspondaient aux foyers ou familles), les dispensait de la taille, et leur permettait de prendre le bois dans ses forêts. Les exemptions d’impôts dont il est ici question ne regardaient que les cagoteries existantes en 1379, et non celles à venir, ainsi qu’il est spécifié dans le For de 1551[19]. Ce privilège ne fut aboli qu’en 1707. On ignore si les cagoteries anciennes qui avaient été abandonnées en 1385 (Aydie, Montardon, Lagor, Laas) jouirent des bénéfices du traité de 1379, lorsque plus tard elles furent à nouveau occupées par les parias. Plusieurs des cagots qui figurent dans le dénombrement de 1385 semblent n’avoir pas eu à payer le droit de feu. La reconnaissance des cagots envers Gaston Fébus s’était manifestée deux ans plus tôt (1383) par un hommage au souverain, hommage où figurent quatre-vingt-dix-huit d’entre eux[19]. Après la mort de Gaston Fébus, la rénovation du fort, en 1398, exempte ces cagots selon les termes du contrat, pour leurs cagoteries, tout comme les ecclésiastiques pour leurs bénéfices[6] et en 1379, des serfs furent eux-aussi dispensés de corvées contre des versements en argent dont le produit fut affecté aux travaux du château de Montaner[21].

Dans les Landes et la Chalosse où la présence de cagots était « forte » , les cagots devaient acquitter un tarif de droits paroissiaux qui leur était propre[6].

Globalement, le nombre des questes des cagots levées dans les différentes recettes du comte d’Armagnac recoupe assez bien la fréquence de la toponymie cagot. On pourrait, a priori, penser que la queste ou emparanse (impôts), repose sur les chefs de famille. En réalité la situation est sans doute plus complexe.

Concernant le cens, l'exemple peut être donné des gahets de Bordeaux, charpentiers de leur état, qui étaient rassemblés dans un faubourg où ils formaient une sorte de communauté. Ils y avaient, au milieu des vignes, une chapelle particulière appelée de leur nom Saint-Nicolas-des-Gahets[22], et ils payaient pour le tout un cens annuel de 16 sous au chapitre de la cathédrale Saint-André. Il leur était interdit de toucher aux vivres des marchés ni d’entrer dans les boucheries, les tavernes et les boulangeries[23].

Les cagots étaient épargnés, sous les Albret, de la Gabelle en Béarn, Bigorre et Chalosse. Cette exemption, quand elle existait, a duré jusqu'au règne de Louis XIV date à laquelle on comptait encore 2500 cagots en Béarn. Ceux-ci rachetèrent alors, moyennant finance compensant les impôts dont ils étaient dispensés, leur « affranchissement » par ordonnance royale.

Métiers cagots[modifier | modifier le code]

On considérait au Moyen Âge que le fer ou le bois ne pouvaient pas transmettre la lèpre. Beaucoup de Cagots étaient donc charpentiers, menuisiers, bûcherons, sabotiers, tonneliers ou forgerons. Ces métiers dépendaient des régions où vivaient les cagots. Ceux-ci ne pouvaient exercer que le métier de charpentiers en Béarn, ou celui de bûcherons dans le Gers[16].

Cagots bâtisseurs[modifier | modifier le code]

Les cagots excellaient dans le travail du bois, ils ont participé à la construction de la charpente de nombreux édifices, dont certains sont des monuments historiques.

  • Au XIIIe siècle : C’est à des cagots du Béarn que l’on confie la construction de la charpente de Notre-Dame de Paris[3] [24].
  • 1379 : Sous la direction de Sicard de Lordat et de vingt-cinq maîtres maçons, les cagots construisirent le château de Pau[19]. Dans le Béarn, une liste des cagots ayant travaillé à la charpente du château de Montaner (engagement pis en 1379, réalisée en 1398) et le dénombrement général de la vicomté en 1385, permettent de faire pour cette époque une approximation du nombre de cagots entre 600 et 1000 personnes[25]. Pour le château de Montaner, le maître charpentier cagot Pierre Doat s’engagea pour les cagots à installer des fours pour y cuire 100 000 briques par an. Pour l’achèvement du donjon, et pour l’ossature des bâtiments à l’intérieur de l’enceinte, quatre-vingt-huit charpentiers cagots s’engagèrent à fournir toutes les pièces de bois nécessaires, taillées, avec leurs ferrures, à les poser, à recouvrir les charpentes du toit de lauzes livrées sur place[21].
  • 1396 : Berdot de Candau et Arnaud de Salafranque, sous la direction du chef des cagots de Lucq, Peyrolet, exécutèrent les réparations de l’église d’Ogenne[19];
  • 1404 et 1414 : Les cagots réparent le moulin de Navarrenx, sous la direction de Berduquet de Caresuran, architecte de valeur[19] .
  • 1464 : À Monein (qui comptait en 1385 environ 2300 habitants), la réalisation de la charpente remarquable de l’imposante église Saint-Girons a été confiée, aux cagots[26]. À l'origine pas un clou ne fut utilisé pour la construction de cette charpente par les cagots, signe de leur virtuosité. Mais comme dans les autres églises de la région, dans l'église Saint-Girons, un bénitier et une petite porte furent attribués à ces exclus de la sociétés[27].
  • Au xvie siècle les cagots travaillèrent aux abattoirs et au temple protestant de Pau[19].
  • 1597 : un incendie endommagea l'église de Campan, les cagots reconstruisirent la charpente.
  • 1694 : Le 19 novembre 1694, un autre incendie violent détruisit l'église de Campan, la halle et 70 maisons. Les cagots vont reconstruire l'église, ainsi que la halle de Campan, lieu d'un important marché aux bestiaux. l'église et la halle datent de cette époque. La halle, classée monument historique depuis le 14 mars 1927, est la plus ancienne des Hautes-Pyrénées.
  • On pourrait citer bien d’autres travaux encore, à Morlaas, à Loubieng, à Arzacq et ailleurs[19].

Règlements et pratiques[modifier | modifier le code]

En 1471, un règlement fait par un notaire d'Oloron spécifiait que les cagots devaient vivre de leur métier de charpentier ainsi qu’ils y étaient obligés par un usage ancien, de plus il leur interdisait les autres professions. Pour éviter que les prix de leurs travaux ne fussent majorés par suite de l’espèce de monopole dont ils jouissaient, le même règlement prenait soin de dire que le cagot de Moumour (pour lequel ce document avait été rédigé) serait dans l’obligation de fournir, avant tout, les commandes faites par les habitants de son village, moyennant un salaire raisonnable[19]. Concernant leur rémunération, les cagots qui refusaient de travailler sans être payés (de quelque façon que ce soit), furent accusés de refuser de travailler pour ceux qui n'avaient pas les moyens de les payer, et ne travailler que pour les riches, moyennant double salaire, « encore qu’ils ne restassent à l’ouvrage que la moitié du jour ». C’est pourquoi les États demandèrent qu’on forçât les cagots à travailler soit à la journée, soit à prix fait par-devant expert, et cela pour les pauvres comme pour les riches[19].

La plupart des cagots faisaient honnêtement et bien leur travail; Jean Darnal parlant du règlement de Police fait pour Bordeaux en 1555, disait en effet, à leur sujet, qu’ils étaient charpentiers et bons travailleurs[19]. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les cagots ont acquis une telle maîtrise dans le travail du bois qu’on les considérait comme des « maîtres » et, plus tard, on les appellera couramment « lous mèstres », lous mèstes, les maîtres, et ou « les charpentiers »[9] car ils étaient considérés comme des Maîtres dans le travail du bois, à qui l’on fait appel pour les ouvrages les plus difficiles ou les plus risqués[9].

Les cagots savaient aussi parti des ressources naturelles des lieux où ils vivaient. Par exemple, le saumon était devenu une manne financière pour le village de Navarrenx. Les cagots, habiles charpentiers pour certains, participèrent activement à l’élaboration de nombreux engins de pêche ; le crochet (ancêtre du rateau) le barau (filet tournant) les nasses, les coffres à moulin, etc.[28]

Mais lorsqu'en 1604 (sous Henri IV), les cagots de Nay, en particulier, se mêlèrent de vouloir vendre toutes sortes de marchandises, les États de Béarn réaffirmèrent que les cagots ne pouvaient avoir d'autres professions que charpentier et menuisier, métiers auxquels ils étaient assujettis par le For, et qu'il leur était interdit de s’adonner à aucun art mécanique et moins encore à la vente de marchandises »[19].

Compagnonnage[modifier | modifier le code]

Au retour de son pèlerinage à Compostelle, un Cagot pouvait s’inscrire comme Compagnon de Saint-Jacques à la confrérie des charpentiers de son village[8]. La relégation professionnelle des Cagots a pu générer le compagnonnage, comme le suggère René Descazeaux[réf. nécessaire], mais ultérieurement à la mise à l'écart, et principalement pour les métiers du bois. Certains, dont le Larousse, pensaient que les Gavots (compagnons du Devoir de liberté) étaient des descendants des cagots[29].

Les cagots[30]n'étaient acceptés que parmi les compagnons du Devoir de Liberté (l'une des différentes branches du compagnonnage, apparue en 1804 et regroupant tous les compagnons qui ne se reconnaissent pas dans le catholique « Saint devoir de Dieu » : loupsétrangersindiensgavots ).

Tous les cagots n'étaient pas des charpentiers[modifier | modifier le code]

Mais le chercheur Yves Guy, en prenant comme exemples les actes paroissiaux de familles de Saint-Savin, a réfuté l'affirmation selon laquelle "tous les cagots étaient des charpentiers". Pour lui, le mot "charpentier" était devenu une étiquette de substitution pour désigner les cagots[31].

Les autres professions exercées par les cagots le plus souvent furent celles de menuisier, vannier, de cordier et de tisserand. Les tisserands le plus souvent se voyaient contraints de travailler pour le dehors, les gens du pays ne leur donnant presque rien à faire sous prétexte que leur drap serait encagotté[18].

Dans les cas où les instruments de torture étaient en bois, ce qui était fréquent dans les bourgs et villages, il arrivait que les cagots fussent bourreaux, constructeurs de cercueils et fossoyeurs, fonctions n’améliorant pas leur image auprès des populations locales ni, de ce fait, leur sort. En 1607 (sous Henri IV), à Garos, les cagots refusèrent de faire les cercueils et les tréteaux pour les supporter; les jurats et députés de la ville firent alors une ordonnance par laquelle ils obligeaient les prévenus à exécuter ces funèbres travaux, à toute sommation, et cela moyennant un salaire fixe, que paierait le maître de la maison ou se serait produit le décès. Les cagots récalcitrants étaient passibles d’une "loi majeure"[19].

On retrouve aussi des cagots exerçant des professions telles que chirurgiens et on leur prête volontiers des dons de guérisseurs, car vivant près des forêts, ils avaient une bonne connaissance des plantes médicinales[8].

Les femmes étaient souvent sages-femmes ; jusqu’au XVe siècle, les cagotes eurent même la totale exclusivité de cette activité. Il faut dire que le pouvoir religieux considérait les sages-femmes en général comme des sorcières qui avaient accumulé des connaissances empiriques sur le corps, les plantes médicinales, la prévention et la guérison des maladie.

La profession exercée par les cagots les sauve de la misère et surtout les maintient dans une constante relation avec le reste de la population[9]. Et c’est cela sans doute qui permettra plus tard leur définitive réintégration[9]

Historique du phénomène des cagots[modifier | modifier le code]

Chronologie[modifier | modifier le code]

Le phénomène n'est pas attesté avant le XIe siècle ; ce fut une ordonnance de Louis XIV qui y mit fin ; le clergé persista à employer le terme durant une grande partie du XVIIIe siècle, mais dès ce moment, la distinction avait presque partout disparu. Le terme continua d'être utilisé, mais pour désigner tout autre chose. En revanche, en Navarre, et en Espagne, le phénomène survécut jusqu'en 1819, avec même des traces au XXe siècle.

Dates connues
  • 1000 : mention de « chrestiaas » dans le cartulaire de l'abbaye de Lucq.
  • 1070 : ils sont mentionnés comme « gafos » dans le fuero de Navarre rédigé pour Sancho Remíriz.
  • 1288 : première mention du terme « cagot »
  • 1379 : Signature par les cagots du Béarn (charpentiers) d'un contrat avec Gaston Fébus, où les cagots s'engageaient à la construction du château de Montaner contre une exonération de taille
  • 1464 : Réalisation de la charpente remarquable de l'église Saint-Girons par les cagots
  • 1514 : les agots en Navarre sont les premiers à se plaindre de leur sort au pape Léon X.
  • 1580 : les cagots, avec l'accord des Consuls et du Recteur, construisent eux-mêmes leur propre chapelle dédiée à Saint Sébastien dans la vallée de Campan.
  • 1611 : Sur requête desdits cagots, il fut procédé en Béarn à une enquête médicale ordonnée par le gouverneur de la province : cette expertise conclut à l'absence de toute trace de maladie[10].
  • Vers 1675 on renonça à inscrire sur les registres paroissiaux la qualité de cagot ou gesitain, après le nom des intéressés, on écrivit le mot charpentier
  • 1691 : violent incendie dans la vallée de Campan. L'église est détruite et sera remise en état, comme en 1597, par les cagots.
  • 1642 : dernier acte de baptême de la paroisse de Doazit (Landes) faisant état du terme de « gesitaing ».
  • Doazit 1692, Brassempouy 1694 : Dernière inhumation mentionnée dans le cimetière des chrestians de la paroisse
  • 1707 : Abolition du privilège issu de la construction du château de Montaner (exonération de la taille pour un certain nombre de cagoteries du Béarn)
  • 1723 : Arrêt du Parlement de Bordeaux faisant défense à toute personne du pays de labour d'injurier aucun particulier comme prétendus descendants de la race de Giezy, et de les traiter d'Agots, Cagots, Gahets ni Ladres, à peine de 500 livres d'amende ; ordonnant qu'ils seront admis dans les assemblées générales et particulières, aux charges municipales et honneurs de l'église, même pourront se placer aux galeries et autres lieux de ladite église où ils seront traités et reconnus comme les autres habitants des lieux, sans aucune distinction ; comme aussi que leurs enfants seront reçus dans les écoles et collèges des villes, bourgs et villages, et seront admis dans toutes les instructions chrétiennes indistinctement[32].
  • 1764 : dernier emploi du terme « charpentier » dans les registres paroissiaux de Saint-Savin, terme à peine voilé utilisé par le clergé de Saint-Savin pour désigner les cagots.
  • 1819 : loi abolissant la discrimination en Navarre. Un quartier de Madrid reste toutefois un ghetto cagot (Nuevo Baztán) d'où émigrent vers les États-Unis certains de leurs descendants. À Arizkun (Navarre), le quartier de Bozate serait resté habité par les descendants de cagots au début du XXe siècle.

Origines du phénomène[modifier | modifier le code]

Les raisons les plus diverses ont été données pour expliquer le phénomène. La documentation écrite concernant l'Aquitaine avant le XIe siècle étant presque inexistante, chacun y est allé de son hypothèse, en fonction des conceptions de chaque époque et de chaque auteur.

L'explication traditionnelle est qu'il s'agissait de familles lépreuses ou de descendants de lépreux. Mais le docteur Yves Guy du CNRS (France), auteur notamment du rapport « Sur les origines possibles de la ségrégation des Cagots », ayant eu à soigner des lépreux, nota le premier que la notion (encore acceptée à la fin du XIXe siècle) de « lèpre blanche » (héréditaire) est invalidée par l'étude contemporaine de cette maladie[33]. La caractérisation des cagots comme lépreux héréditaires est donc un fantasme collectif localisé à la région. Les cagots n'étaient pas lépreux, mais ils étaient désignés comme tels[10]. Et dès le XIIe siècle, avec le développement de la lecture de la bible en fonction de son sens moral et allégorique, les théologiens considéraient la lèpre comme la figure biblique du pêché généralisé[10]. La vision religieuse, sur un fond d'ignorance radicale de la nature réelle de la maladie et de terreur panique de la population devant ce fléau était capable de justifier la notion de lèpre héréditaire[10].

D'autres origines leur ont été prêtées : on les a ainsi fait descendre des Goths [34], des Sarrasins[35], des descendants des Vikings[36] installés à la période de leur première mention, et dans lesquels les templiers auraient pu trouver des charpentiers pour les constructions de certaines cathédrales[37] ou de Cathares.

L'hypothèse cathare est appuyée sur la supplique adressée en 1514 au pape Léon X par les cagots et agots issus de très nombreux villages situés au nord comme au sud des Pyrénées et qui, lassés des brimades dont ils continuaient à souffrir, firent appel à lui ; les requérants se plaignaient d'être encore et toujours l'objet de différentes exclusions et vexations « (…) parce que l'on dit que leurs ancêtres avaient prêté main forte au comte Raymond de Toulouse dans sa révolte contre la sainte Église romaine (…) »[38]. Les demandeurs se gardent bien de nier les faits imputés, se contentant de poursuivre ainsi : « (…) Ils supplient le Saint Père d'ordonner que, puisqu'ils n'ont trempé en rien dans la conduite de leurs aïeux, ils soient remis en possession de tout ce qu'on leur dénie (…) Car ils sont bons catholiques et fils soumis de sainte mère l'Église (…) ». De plus, le nom de « crestians », évoque assez précisément le nom que se donnaient les Cathares eux-mêmes : « bons crestians »[39]. En général, cette thèse est repoussée par les historiens (par exemple De Marca[réf. souhaitée] et Lardizábal[réf. souhaitée]) qui notent que les premiers cathares n'apparaissent en Languedoc qu'en 1170 et qu'il n'y a jamais eu en Gascogne d'Église cathare. Le catharisme organisé n'a en effet guère dépassé la rive droite de la Garonne, tandis que les cagots sont essentiellement présents dans les régions situées en rive gauche, en Bigorre, Béarn, Gascogne, Pays basque et même Navarre, au-delà des Pyrénées. Toutefois, pour expliquer leur présence sur la rive gauche de la Garonne, rien ne s'oppose à ce qu'un certain nombre de cathares [réf. souhaitée], chassés de Languedoc par les massacres et la répression, s'y soient réfugiés. Englobés ensuite sous le terme générique de « cagots », ils se seraient dit bons disciples de l'Église de Rome, à seule fin d'échapper à la vindicte ecclésiastique[40].

Une hypothèse sociale en fait par ailleurs des réprouvés pour cause de leur métier (charpentiers)[réf. souhaitée]. Mais les sources [réf. souhaitée] semblent indiquer que ce n'est pas l'association corporative qui a provoqué l'ostracisme et que ce sont au contraire les restrictions qui leur étaient imposées qui les ont conduit à adopter certains métiers.

Alain Guerreau, directeur de recherche au CNRS, a analysé les conditions qui ont permis qu'un groupe se trouve stigmatisé de cette manière[41]. Pour lui, c'est la réorganisation de la société féodale dans le sud-ouest de la France aux XIIe-XIIIe siècles, qui a créé, dans un contexte économique et politique figé, une catégorie d'exclus (fils cadets, sans terre) vivant à la marge. Les lépreux étant eux aussi rejetés de la société à la même époque, l'assimilation se serait maintenue par la suite, lorsque fut oubliée leur origine.

La lente lutte des cagots vers l'intégration[modifier | modifier le code]

La trace la plus ancienne de la lutte des cagots pour la liberté et la dignité apparut en Navarre. En 1514, les cagots s'adressent au pape Léon X, se plaignant de discriminations dans les églises. Léon X répondit par une bulle enjoignant de « les traiter avec bienveillance sur le même pied que les autres fidèles » et confia l'application de cette bulle au chanoine de Pampelune, Don Juan de Santa Maria. Mais la mise en pratique de ces dispositions à leur égard provoqua d'interminables procès, en dépit de l'appui de l'empereur Charles Quint, en 1524.

Pendant plus de trois siècles, le scénario fut le même : brimades se succédant à leur égard, procès gagnés par eux de plus en plus souvent, appui du haut clergé et des princes, mais résistance des autorités locales et du peuple.

Au XVIe siècle, on estime qu’ils représentaient environ dix pour cent de la population locale. À partir de cette époque, si les interdits demeuraient, l’isolement se relâcha, et au fil des siècles qui suivirent ils commencèrent peu à peu à s’intégrer dans la population de sorte que leurs noms de familles, désormais inscrits sur les registres paroissiaux, ne les distinguaient plus, puisque, avec un même patronyme dans une même paroisse certaines familles étaient cagotes et d’autres non. En fait, il est certain que la plupart des familles du sud-ouest de la France et de l’autre versant des Pyrénées en Espagne comptent au moins un ascendant cagot.

Malgré la position du Pape Léon X et de l'Empereur Charles Quint en leur faveur, ainsi que celle du Haut -clergé, la haine envers cette race maudite était toujours aussi grande dans la population rurale de connivence avec le Bas-clergé.

En 1683, un fait administratif bouleversera la donne, même si les attitudes n'évolueront que très lentement. Louis XIV et Colbert ayant besoin d'argent pour financer les guerres lointaines, l'Intendant de Béarn, M.Dubois du Baillet, devant la demande royale, d'imposer la Gabelle au Béarn, à la Bigorre et à la Chalosse jusqu'alors épargnés sous les Albret, proposa que l'on donne la possibilité aux Cagots d'acheter leur affranchissement ; l'instauration de la Gabelle pouvant provoquer des émeutes. L'idée fut acceptée et les Lettres Patentes distribuées. Les Cagots pouvaient devenir des citoyens à part entière et les interdits les frappant furent en partie supprimés (ordonnance de l'intendant de Bezons de 1696), avec l'aide de l'évêque de Tarbes, Mgr de Poudenx, et abolis en 1789. Le successeur de Mgr Poudenx, Mgr de la Romagère a ordonné prêtre, le premier Cagot, c'était en 1768. À la fin du XVIIIe siècle, leur intégration  au sein des communautés villageoises était pratiquement  établie, bien qu'encore rejetée par nombre de non-Cagots[8].

C’est la Révolution française qui leur permit de devenir définitivement citoyens à part entière, à la suite des Juifs et des Protestants qui l'étaient devenus grâce à l'édit de Versailles pris par Louis XVI en 1787 et enregistré en 1788.

En 1809, le sous- préfet d’Argelès répondait au ministre de l’Intérieur soucieux du bien être de ces exclus : Elle [la population cagote] s’est tellement fondue et mélangée par les alliances avec les autres communauté du pays que tous les caractères physiques et moraux , s’il en existe, ont entièrement disparu, et que ces familles ne sont plus distinguées que par l’ancienne tradition locale dont le souvenir s’efface chaque jour. »[8]

Au XIXe siècle, subsistaient essentiellement les injures, le terme « cagot » en constituant une, encore utilisée dans le sud-ouest de la France, sans qu’on ne sache plus aujourd’hui quelle en est l'origine.

En Espagne, en Navarre, la ségrégation qui a officiellement pris fin en 1819 lorsque le Parlement a interdit expressément la marginalisation des agotes a également mis longtemps à se résorber dans les mentalités, voire dans les faits. La localité de Bozate dans la commune d'Arizkun, située dans la vallée du Baztan en Navarre fut la dernière enclave connue des Agotes (du XIVe siècle au début du XXe siècle, porte à part à l'Église, espace à part dans le cimetière, pas de mariage à l'extérieur du groupe, ségrégation à l'école, etc.).

Mémoire[modifier | modifier le code]

Un Musée se trouve dans la localité de Bozate, en Espagne, créé par le sculpteur Xabier Santxotena[42], né en Arizkun (descendant d'Agotes). Pour ce dernier, les cagots provenaient des groupes d'une ancienne guilde, en France, dédiée à la construction de cathédrales. Selon Santxotena, l'exclusion des cagots viendrait du fait que ces groupes avait des idées religieuses différentes de l'orthodoxie catholique (ils incinéraient leurs morts, ils étaient contre la hiérarchie de l'église, etc)[43] . Si fait que, considérés comme hérétiques, les agotes avaient été par conséquent considérés comme porteurs d'une sorte de "lèpre spirituelle" symbolique. Le musée présente les œuvres du sculpteur (dans un parc) et une "casa Gorrienea", ouverte en 2003, montre la vie quotidienne de ces ancêtres cagots.

Le seul musée des cagots de France se trouve dans les Hautes-Pyrénées à Arreau[44]. Il est situé dans le château des Nestes, rue Saint-Exupère[45].

La toponymie sert également la Mémoire, des lieux existent encore, rappelant l'existence des cagots dans ces localités : rue des cagots (communes de Montgaillard et de Lourdes)[46], impasse des cagots (Laurède)[46], place des cagots (Roquefort)[46], place des capots (Saint-Girons), rue des Capots (communes de Mézin, Sos, Fic-Fezensac, Aire-sur-l'Adour, Eauze, Gondrin)[46], chemin des capots (Villeneuve-de-Marsan), ruelle des capots (Verine). À Aubiet, un lieu-dit (lotissement) s’appelle « les Mèstres ». C’est à cet endroit, dans un hameau, que les Cagots (les Mestres) d’Aubiet vivaient, sur la rive gauche de l’Arrats, séparés du village par la rivière. Dans ce dernier exemple, la découverte du nom du lieux a permis à des enseignants de découvrir l'histoire des cagots et de déclencher un travail pédagogique[47]. Des noms de lieu-dits évoquent aussi les cagots, comme Salazar (Villefranche-de-Lauragais), Saint-Lézé, Larrazet (Tarn-et-Garonne)[46]. Jusqu'au début du XXe siècle, plusieurs quartiers de cagots portaient encore le nom de Charpentier ; 

Un exemple de discrimination fondée sur la peur et sur les préjugés racistes[modifier | modifier le code]

Peur de la contagion[modifier | modifier le code]

L'histoire des cagots témoigne de la peur viscérale qu'éprouvaient les populations vis-à-vis de la lèpre, de la terreur que cette maladie inspirait, mais aussi et surtout des ravages que la peur opère, des fantasmes qu'elle suscite et des réactions qu'elle inspire, du rôle qu'elle joue dans la ségrégation d'une partie de la population.

Si leur sort peut être comparé à celui de groupes exclus dans de nombreuses sociétés (parias et poulichis en Inde ou burakumin du Japon), la particularité des cagots dans l'histoire des discriminations est d'être une relégation héréditaire et socio-économique vernaculaire, non justifiée par une structure religieuse ou politique à la différence des systèmes de caste, des ghettos juifs ou bannis. Elle ne vise ni à la disparition ni à la conversion : on n'a pas de trace de pogromes ou de bûchers destinés aux cagots pour leur seule qualité de faire partie de cette communauté. C'est un processus discriminant autour de la peur de la maladie impure et/ou généalogiquement transmise, dans une structure socio-économique d'exclusion sur le terroir villageois. Cette population, considérée comme physiquement différente, garda un statut spécifique dans la société médiévale d’abord et moderne ensuite, faisant parfois fonction de bouc émissaire pour conjurer la peur de la lèpre, maladie dont on ignorait l’origine et que l’on ne savait pas soigner.

Ce n'est qu'avec la progression du pouvoir central normalisateur que le phénomène disparaît pour le cas des cagots à la fin du XVIIe siècle. Mais la discrimination de sous-classes pour des motifs souvent artificiels, toujours tentée, reste pratiquée, même dans les sociétés les plus évoluées : ainsi notamment les gens du voyage sont localisés et traités parfois dans des conditions assez proches de celles des cagots. Il existe actuellement une léproserie à Tichilesti, en Roumanie, dans laquelle se trouvent des lépreux qui y logent avec leur descendance, on « les laisse » rendre de menus services.

Préjugés racistes[modifier | modifier le code]

Les préjugés s'appuyaient sur le type physique des cagots, décrits par certains[réf. souhaitée] documents comme tantôt petits et bruns au teint olivâtre, et tantôt grands aux yeux bleus (pourtant aucune origine ethnique homogène ou particulière n'apparaît clairement, et rien ne les distingue vraiment du reste de la population). Des médecins nommés par le Parlement de Toulouse, après expertise de 22 d’entre eux le 13 juin 1600, ne purent que conclure qu’ils étaient exempts de toute pathologie. Mais les préjugés demeuraient, attribuant à cette "race maudite"[3] un ensemble de caractéristiques physiques et de caractères abstraits. Ainsi les cagots étaient censés dégager une odeur désagréable, on disait les cagots nuisibles et maléfiques, les prétendant parfois sorciers, les accablant de nombre de maux et vices, les affublant de tares telles que l’absence de lobe aux oreilles, de pieds et de mains palmés, ou d’être goitreux. Certains de ces traits fantasmatiques sont relatifs aux séquelles physiques de la lèpre, tandis que le goitre était une maladie typique des populations montagnardes privées de nourriture iodée. Concernant l’arriération mentale en proportion de cette population, il n'est pas établi que ce pourcentage ait différé du reste de la population locale. Les populations du Moyen Âge, contrairement aux nôtres, ne discriminaient de toute façon pas sur ce critère.

Les préjugés liés au rapport des cagots à l'église catholique française ne sont par ailleurs pas absents, comme l'atteste ce quatrain de Ronsard de 1562, Remonstrance au peuple de la France, ou cagot est associé à Gots, Wisigoths, mais aussi Huguenots.

Je n'aime point ces noms qui sont finis en os,

Gots, cagots, austrogots, visgots et huguenots,

Ils me sont odieux comme peste, et je pense

Qu'ils sont prodigieux à l'empire de France.

Patronymes cagots[modifier | modifier le code]

Le premier Cagot béarnais dont nous connaissons le nom s’appelle Domengoo de Momas, d’Artiguelouve. Momas est un village béarnais. Le Cagot qui s’établissait dans la cagoterie d’un autre village pouvait garder comme additif (au nom de baptême) le nom du village d’origine…dont il était l’exclu[48].

Les cagots ont, en premier lieu, comme patronymes, des prénoms. Chez les cagots, cela paraît indiquer le baptême le jour de tel ou tel saint, dont on substitue le nom au nom oriental du catéchumène : Guillem (Guillaume) ; Bertran (Bertrand).; Baslia (Bastien) ; Arnaut (Arnaud)[49]. Ce qui paraît plus particulier, c’est l’abondance de diminutifs indiquant une moindre considération : Janiet (Petit Jean) ; Guilhaumet (Petit Guillaume) ; Peyrolet (Petit Pierre) ; et Bernadou (Petit Bernard) ; Lucalou (Petit Lucas), etc.[49].

Les noms d’objets : Tislès (paniers) ; Caplisteig (tête de panier) ; Tamboury (Tambourin), donné, parce qu'anciennement les cagots jouaient du tambour dit de basque, présomption d’origine espagnole ou mauresque[49].

Citons quelques appellations exclusivement cagotes : Berdot ; Blazy (Blaise) ; Estrabou, Doat et Douau, Feuga, Louncaubi et Mouncaubi; Menjou et Menjoulet[49].

Le paysan pyrénéen a, plus rarement que les provinciaux de langue d’oïl, des surnoms pour patronymes. En tout cas, ceux-ci sont tous portés par des descendants de cagots : Chibalet (petit cheval) ; Cournel (cornet, peut-être cornard) ; Joarï Soulel (Jean qui est seul) ; Pistole (pistole) ; Lachoune (parties génitales féminines); Matagrabe (tue boue, vainqueur de la boue, sans doute parce que sa cabane était bâtie sur un bourbier). On ne cédait pas aux cagots les meilleurs terrains et d’ailleurs, en général hors du village ; Lamoune (le singe) ; Mounau, Mounou (le singe, le petit singe) ; Testaroüye (tête rouge, le rouquin)[49].

Quelques noms de lieux leur sont spéciaux : Caussade (chaussée) ; Castagnède (châtaigneraie) ; Junca, Junqua (jonchaie) ; Tuya (endroit planté de bruyères et d’ajoncs). On remarquera ici les sites malsains ou isolés qu'indiquent ces mots, rappelant l’habitat de ces sortes de parias, toujours mis à part, jusqu'aux temps modernes[49].

Un nom de métier, réservé aux cagots, tisserand, est fréquent , en Béarn et en Bigorre : Tisné et le pluriel Tisnès.

Ce qui précède ne prouverait que le caractère distinct d’habitants du Sud-Ouest. Ne portant pas les mêmes noms que les autres, ils formaient donc incontestablement un groupe à part.

Mais il existe des noms de cagots très communs en Aragon et dans les pays de langue catalane, certains répandus dans la région de Valence et même en Castille. Plusieurs rappellent l’origine espagnole de ceux qui les portent. Antonio, Arraza et Darraza ; Berdolo ; Monico et Monicolo ; Oliva ; Rozès ; Ramonet et Ramonau ; Rotger[49].

Les mots s’altèrent plus ou moins prononcés par des gascons, mais on reconnaît les racines hispaniques. Les patronymes cagots : Chicouyou ; Chicoy (du castillan chico, petit, altéré en béarnais, chicou, on appelle les espagnols des chicous dans plusieurs régions des Basses-Pyrénées) ; Espagnac et Despagnat indiquent la provenance espagnole. Les noms de marranes, de morisques se retrouvent, quoique en petit nombre. Peut-être : Moura ; Boulan ; Boumata ; Bourjou ; Laouan sont-ils des altérations, d’anciens noms arabes[49].

Fusler et Miro ; Rey sont en général portés dans les Baléares par les chnetas, juifs convertis au xme siècle. On les trouve çà et là dans les Pyrénées[49].

Marrân et Marrant, nom cagot, rare il est vrai, est le mot espagnol marrano, juif converti et aussi porc.

Quant au nom de Gahet et de Gahouillet, c’est la forme pyrénéenne du castillan gajo lépreux. Il est incontestablement exclusif à des cagots. (La conversion du "f" et du "h" est fréquente.)

Étymologie de cagot[modifier | modifier le code]

De nombreuses hypothèses formulées sur l'origine du mot cagot sont fantaisistes. Le terme n'ayant reçu jusqu'à présent aucune explication réellement satisfaisante.

L'hypothèse d'une origine gotique a été proposée : elle affirme que cagot s'est formé par contraction de caas-goths et, sous les derniers Mérovingiens, acculés aux pieds des Pyrénées, ils reçurent des habitants le nom injurieux — y compris dans les documents en latin — de canes gothi (c'est-à-dire « chiens de Goths » [50]), dénomination injurieuse usitée dès 507 pour désigner les Goths à cause de leur attachement à l'arianisme, objet de scandale pour les catholiques. Selon cette hypothèse, cette race, vouée à la persécution des Francs après leur victoire à la bataille de Vouillé, en 507, où Clovis tua Alaric II, roi des Wisigoths, aurait été obligée de se cacher dans les plus secrets réduits des montagnes pour conserver ses habitudes religieuses. Elle y aurait, outre la consanguinité, contracté la lèpre et l'hypothyroïdie, maladies endémiques qui, conjuguées entre elles, auraient réduit cette race à un état pareil à celui des crétins (à rapprocher du « crétin des Alpes »). Lorsque, dans la suite, elle aurait abjuré l'arianisme pour se réunir à la communion romaine, la communauté des cagots aurait alors été regardée comme un ensemble de ladres et infects. Mais le terme de cagot n'apparaît — sous la forme cacor — qu'autour de 1300. En outre que signifie *caas ? Terme non identifié et inconnu en gotique. Quant à canes gothi, il ne peut rendre compte des plus anciennes attestations du nom du type cacor, cagot, où il n'existe aucune trace d'un [s], ni d'un [n].

Rabelais utilise dès 1535 le terme cagot en français et cela, dans un passage de Gargantua au sujet de l'abbaye de Thélème : une inscription sur la porte en interdit l'entrée aux « hypocrites, bigots, cagots ». Ces terme de bigots et de cagots liés dans une même phrase ne sont pas anodins : Got et Gode dans les langues germaniques désignant en effet Dieu, certains y voient un rapprochement à un jugement religieux basé sur une foi exagérée et hypocrite telle l’Académie Française qui dans son édition 1932-1935 donne comme définition à ce mot : « Celui, celle qui a une dévotion fausse ou mal entendue. » ou « Got », en langue germanique, signifiait Dieu ; et delà nous tirons les mots de bigot et cagot, pour dénoter ceux qui avec une trop grande superstition s’adonnent au service de Dieu. ». Étienne Pasquier[51] écrivait aussi au XVIe siècle : « Got en langue germanique et française signifiait Dieu, et de là nous tirons les mots de bigot et cagot ». Dans son édition de 1986, l'Académie lui accorde les deux sens : 1. Anciennement. Lépreux ; descendant de lépreux. 2. Personne qui a une dévotion hypocrite ou mal comprise. P. M. Quitard propose une autre hypothèse[52] : Court de Gebelin qui dérive ce mot de caco-deus, rapporté par Ducange. Caco, signifiant faux, serait devenu cagot, hypocrite ; et comme l'hypocrite a toujours le nom de Dieu à la bouche, et l'emploie à tout, il aurait été surnommé, chez les peuples qui appellent Dieu God, kakle-God, caquette-Dieu, et insensiblement cak-god et cagot.

Malgré la ressemblance avec les mot grec cacos « mauvais » et breton kakou qui signifie « lépreux, ladre », il faut sans doute préférer l'origine béarnaise cagot « lépreux blanc »[53]. Une autre hypothèse, est que le béarnais cagot représenterait la première personne de l'indicatif présent du verbe bas-latin cacare qui a évolué vers l'occitan cagar, (chier) [54]; « cagot » est effectivement une appellation dépréciative occasionnelle, celle plus neutre de crestian étant plus répandue, par exemple dans la toponymie. La prononciation n'est pas [ca'go] mais [ca'gòt] : comme le -òt est un diminutif occitan, cagòt peut se traduire littéralement par « crotte » ou « petit merdeux ». En fin de compte, le rapprochement avec le terme cacare > cagar n'est pas sûr. En tout cas, sur le plan sémantique, le mot désignait bien à l'origine des populations reculées des vallées pyrénéennes (peut-être affectées de la lèpre ou d'une autre maladie) et a été appliqué par dérision aux bigots[55]. Le mot cagot est peut-être le même que le mot cagou, dont la première mention littéraire date d'entre 1285 et 1323 sous la forme cacor « lépreux blanc » (archives de la Seine-Maritime, Chronique ms. anonyme de 1285 à 1323, no5 des Cartul., fo142 roet vods Mém. de la Société d'histoire de Paris, XI, 57 [1884]) ; 1321 cacos, pluriel (Chronique parisienne anonyme, ibidem), formes isolées. B. 1. 1426 cagou « idem » (Plouzané, Bretagne d'après Esn.)[56]. Son étymologie est tout autant obscure, peut-être un hypothétique *cacōsus « breneux », qui serait dérivé du latin cacare au moyen du suffixe -ōsus (-eux en français, -oux dans l'ouest)[56].

Sens dérivé[modifier | modifier le code]

Jusqu'au milieu du XXe siècle, cagot, utilisé comme une insulte, signifiait aussi bien « crétin » que « idiot du village », « bigot » ou « goitreux ». Beaucoup d'observateurs faisaient la confusion entre les Crétins et les Cagots,  du fait que ces derniers, contraints à l'endogamie, avaient parmi eux des individus qui semblaient avoir subi un arrêt de croissance. Mais ce n'était pas la généralité, et les Cagots observés par la société d'anthropologie de Paris en 1867 n'étaient atteints d'aucune difformité[8].

Le terme « cagot » a pris, à la suite de bigot et sans doute sous l'influence de sonorités communes, le sens de « personne dévote à l'excès » ; ceci proviendrait des efforts désespérés des cagots pour s'intégrer dans les communautés locales.

Attesté chez Rabelais, le mot a également eu la nuance d'hypocrisie, de religiosité affecté, préfiguration de « tartuffe ».

« Quoi ? je souffrirai, moi, qu'un cagot de critique
Vienne usurper céans un pouvoir tyrannique ? »

Molière, Le Tartuffe I, 1.

« Sénécal se rembrunit, comme les cagots amenés dans les réunions de plaisir. »

Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Antolini, P., 1991, Au-delà de la rivière. Les cagots : histoire d'une exclusion, Nathan (1989 en italien), ISBN 2091904309.
  • Bouillet, M.-N., et Chassang, A. (dir.), 1878, « Cagots », Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, 25e édition (Wikisource).
  • Cordier, E., 1866-1867, « Les Cagots des Pyrénées », Bulletin de la Société Ramond.
  • Descazeaux, R., 2002, Les Cagots, histoire d'un secret, Pau, Princi Néguer, ISBN 2846180849.
  • Fabre, M., 1987, Le Mystère des Cagots, race maudite des Pyrénées, Pau, MCT, ISBN 2905521619.
  • Fay, H.-M., 1910, Lépreux et Cagots du Sud-Ouest, Paris, 1910, reprint ICN, Pau, 2000, 784 p.
  • Guerreau, A. et Guy, Y., 1988, Les Cagots du Béarn. Recherches sur le développement inégal au sein du système féodal européen, Paris.
  • Jean-Emile Cabarrouy, 1995, Les cagots - Exclus et maudits des terres du sud. J&D Éditions, Biarritz;
  • Loubès, G., 1998, L'énigme des Cagots, éditions Sud Ouest, ISBN 2879012775.
  • Francisque Michel, L'Histoire des races maudites de la France et de l'Espagne, Paris, A. Franck,‎ 1847, 341 p. (lire en ligne) ; rééd. deux tomes, Ed. des Régionalismes, Cressé, 2010, ISBN 2846183198 & ISBN 2846185638.
  • Ricau, O., 1999, Histoire des Cagots, réédition Pau, Princi Néguer, ISBN 2905007818.
  • Jean-Jacques Rouch, Jean le cagot : Maudit en terre d'oc, Toulouse, Privat, coll. « Roman historique »,‎ 2012, 22 cm, 215 p. (ISBN 9782708959033)
  • Charpentier, L., 1971, Les Jacques et le mystère de Compostelle, Robert Laffont (éditions J'ai Lu) (pages 135-141), ISBN 2277513679.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un toponyme Chrestias existe à Colomiers.
  2. PAOLA ANTOLINI, Los Agotes. Historia de una exclusión,‎ 1995
  3. a, b et c Jean-Emile Cabarrouy, Les cagots, une race maudite dans le sud de la Gascogne : peut-on dire encore aujourd'hui que leur origine est une énigme ? "Exclus et maudits des terres du sud", J. & D. éditions,‎ 1995, 76 p.
  4. a et b Francisque Michel (1809-1887), target="_blank" Histoire des races maudites de la France et de l'Espagne, 1847 , p. 96
  5. « Paratge », sur http://paratge.wordpress.com (consulté le 2014/19/12)
  6. a, b, c et d François Beriac, « Une minorité marginale du Sud-Ouest : les Cagots », Persée, no 6-1,‎ 1987 (lire en ligne)
  7. Cf la hont deus Ladres, la « fontaine des lépreux » à Saint-Christau, vallée d'Aspe
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l « Les cadets, les cagots, les abbés laïques et les guides », sur www.patrimoines-lourdes-gavarnie.fr (consulté le 2014/14/12)
  9. a, b, c, d, e, f, g, h et i Gilbert Loubès, L’énigme des cagots, Bordeaux, Éditions Sud-Ouest,‎ 1995
  10. a, b, c, d et e Alain Guerreau (historien, directeur de recherche au CNRS) et Yves Guy (docteur en médecine, docteur ès science, directeur de recherche à l'INSERM), Les cagots du Béarn, Minerve,‎ 1988, 230 p., p. Chapitre premier
  11. Robert, Ulysse, Les signes d'infamie au moyen âge : Juifs, Sarrasins, hérétiques, lépreux, cagots et filles publiques, Paris, H. Champion,‎ 1891 (lire en ligne)
  12. a, b, c, d et e Jules Michelet, target="_blank" Histoire de France, Volume 1, p. 495
  13. Patois de Luçon où ce mot désigne également les « Gens du voyage »
  14. a et b Ulysse Robert, Les signes d'infamie au moyen âge : Juifs, Sarrasins, hérétiques, lépreux, cagots et filles publiques, H. Champion,‎ 1891 (lire en ligne)
  15. « Fonds Albert Ricaud, érudit marmandais », sur Archives du conseil général (consulté le 2014/21/12)
  16. a, b et c Yves Guy, « Sur les origines possibles de la ségrégation des Cagots », Centre d'Hémotypologie du C.N.R.S., C.H.U. Purpan et Institut pyrénéen d'Etudes anthropologiques, no Communication présentée à la séance de la Société française d'histoire de la médecine.,‎ 19 février 1983 (lire en ligne)
  17. « Léglise de Saint-Savin-en-Lavedan », sur http://patrimoines.midipyrenees.fr/ (consulté le 2014/14/12)
  18. a, b, c, d, e, f, g et h L. Louis-Lande, « Les cagots et leurs congénères », Revue des deux mondes,‎ 1878 (lire en ligne)
  19. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o Dr H.-M. Fay, Dr H.-Marcel, Histoire de la lèpre en France . I. Lépreux et cagots du Sud-Ouest, notes historiques, médicales, philologiques, suivies de documents, Paris, H. Champion,‎ 1910 ([ark:/12148/bpt6k57243705 lire en ligne])
  20. « plan des généralités françaises assujetties à la taille »
  21. a et b « Sa construction au XIVème », sur Les amis du château de Montaner (consulté le 2014/16/12)
  22. Cette chapelle devenue paroisse, la Chapelle Saint-Nicolas-de-Graves, a été détruite« Capera Gahets », sur http://www.pss-archi.eu/
  23. L. Louis-Lande, « Les Cagots et leurs congénères », Revue des Deux Mondes, no tome 25,‎ 1878 (lire en ligne)
  24. « Connaissez-vous les cagots ? », sur Bibliothèque de Bordeaux (consulté le 9 décembre 2014)
  25. « Les cagots : un mystère en Béarn », sur Site officiel de l’Office de tourisme de Lacq, Coeur de Béarn (consulté le 9 décembre 2014)
  26. « Monein », sur Site officiel de l’Office de tourisme de Lacq, Coeur de Béarn (consulté le 9 décembre 2014)
  27. « Église Saint-Girons de Monein », sur Paroisse Saint-Vincent des Baïses - Monein (consulté le 9 décembre 2014)
  28. « Cercle historique de l'Arribère », sur http://bearndesgaves.fr (consulté le 2014/20/12)
  29. Jean-Claude Bouleau, Frédérick Tristan, Encyclopédie du compagnonnage, Rocher,‎ 2000, 719 pages p.
  30. Musée du compagnonnage à Toulouse
  31. « Archives pyrénéennes : cagots » (consulté le 9 décembre 2014)
  32. Archives départementales de la Gironde« Inventaire des archives de la série C. », sur http://archives.gironde.fr/ (consulté le 2014/14/12)
  33. http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1983x017x001/HSMx1983x017x001x0085.pdf
  34. Par exemple le germaniste Pierre Bertaux
  35. L'historien Claude Larronde, comme Pierre de Marca, pense qu'« Il s'agit de descendants de Sarrasins qui restèrent en Gascogne après que Charles Martel eut défait Abdel-Rahman. Ils se convertirent et devinrent chrétiens. » ; Claude Larronde, Vic-Bigorre et son patrimoine, Société académique des Hautes-Pyrénées, 1998, p. 120.
  36. Joël Supéry, Le Secret de Vikings[réf. incomplète]
  37. Michel Lamy, Les Templiers, 2001[réf. incomplète]
  38. Loubès 1998, p. 26.
  39. Lafont, R., Duvernoy, J., Roquebert, M., Labal, P., Les Cathares en Occitanie, Fayard, 1982, p. 7.
  40. voir ci-dessus le passage cité de la supplique à Léon X [réf. incomplète]
  41. Les Cagots du Béarn. Recherches sur le développement inégal au sein du système féodal européen de Alain Guerreau et Yves Guy, éditions Minerve, Paris, 1988
  42. (es) « Xabier Santxotena Alsua », sur Wikipedia espagne (consulté le 2014/13/12)
  43. (es) « Le quartier Bozate », sur http://www.diariodenavarra.es (consulté le 2014/13/12)
  44. « Les cagots à Arreau », sur Les Hautes-Pyrénées et le village de Loucrup (consulté le 2014/12/12)
  45. « Musée des cagots », sur http://www.tourisme-midi-pyrenees.com/ (consulté le 2014/12/12)
  46. a, b, c, d et e « google maps », sur google maps
  47. « Les cagots d'Aubiet et ceux du Gers », sur OCCE (consulté le 2014/13/12)
  48. « Les habitants de la forêt », sur http://alainjb.lalanne.pagesperso-orange.fr/ (consulté le 2014/19/12)
  49. a, b, c, d, e, f, g, h et i J.H Probst-Biraben, professeur à la medersa de Constantine, Cagots des Pyrénées et Mudejares d'Espagne, Revue du Folklore Français,‎ 1932 (lire en ligne), pages 27 et 28
  50. Michel, Histoire des races maudites, I, p. 284
  51. Étienne Pasquier, Œuvres choisies, p. 101
  52. p. 1182-1183, Dictionnaire Étymologique, Historique et Anecdotique des Proverbes et des Locutions Proverbiales de la Langue Française. Paris, 1842, P. Bertrand, Libraire-éditeur.
  53. CNRTL (France) : étymologie de « cagot »
  54. mensuel CQFD, [1], mai 2011
  55. CNRTL (France), ibidem
  56. a et b http://www.cnrtl.fr/definition/cagou