Cagots

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Cagot, au féminin cagote, (ils sont dénommés aussi cacous en Bretagne) est le terme dépréciatif qui désigne des groupes d'habitants frappés de répulsion et de mépris dans leurs villages surtout en Gascogne et de part et d'autre du Piémont pyrénéen, entre le XIIIe siècle et les temps modernes. La réputation des cagots est associée à la peur de la lèpre.

Localisation et désignation[modifier | modifier le code]

Les cagots sont présents en Gascogne, des portes de Toulouse[1], jusqu'au Pays basque, en Chalosse, dans le Béarn, en Bigorre et dans les vallées pyrénéennes, mais aussi dans le Nord de l'Espagne (Aragon, Navarre sud et nord, Pays basque et Asturies) où ils sont désignés par le terme Agots.

Selon les lieux et les époques, les cagots s'appellent crestians ou chrestiaas (avant le XVIe siècle), gézitains (en Chalosse, à partir du XIVe siècle), gahets, gahetz, gafets, gaffets ou agotas (à Bordeaux, dans l'Agenais, et les Landes) agotz (Pays basque), capots (Armagnac). Ils sont également nommés en Bigorre grauèrs ou cascarròts. On trouve aussi leur trace en Anjou sous les noms de capots, ou gens des marais, en Vendée où on les appelle « coquets »[2], et peut-être en Bretagne : caqueux, caquins ou caquous. Présents aussi en Espagne, ils y étaient nommés agotes. Ils sont peut-être à rapprocher de ces parias qu'étaient les marrones ou marruci d'Auvergne et des Alpes ainsi que des colliberts du Bas-Poitou. On les appelait aussi canards, parce qu'ils devaient porter sur leurs habits une patte de canard pour se faire reconnaître.

Étymologie de cagot[modifier | modifier le code]

De nombreuses hypothèses formulées sur l'origine du mot cagot sont fantaisistes. Le terme n'ayant reçu jusqu'à présent aucune explication réellement satisfaisante.

L'hypothèse d'une origine gotique a été proposée : elle affirme que cagot s'est formé par contraction de caas-goths et, sous les derniers Mérovingiens, acculés aux pieds des Pyrénées, ils reçurent des habitants le nom injurieux — y compris dans les documents en latin — de canes gothi (c'est-à-dire « chiens de Goths » [3]), dénomination injurieuse usitée dès 507 pour désigner les Goths à cause de leur attachement à l'arianisme, objet de scandale pour les catholiques. Selon cette hypothèse, cette race, vouée à la persécution des Francs après leur victoire à la bataille de Vouillé, en 507, où Clovis tua Alaric II, roi des Wisigoths, aurait été obligée de se cacher dans les plus secrets réduits des montagnes pour conserver ses habitudes religieuses. Elle y aurait, outre la consanguinité, contracté la lèpre et l'hypothyroïdie, maladies endémiques qui, conjuguées entre elles, auraient réduit cette race à un état pareil à celui des crétins (à rapprocher du « crétin des Alpes »). Lorsque, dans la suite, elle aurait abjuré l'arianisme pour se réunir à la communion romaine, la communauté des cagots aurait alors été regardée comme un ensemble de ladres et infects. Mais le terme de cagot n'apparaît — sous la forme cacor — qu'autour de 1300. En outre que signifie *caas ? Terme non identifié et inconnu en gotique. Quant à canes gothi, il ne peut rendre compte des plus anciennes attestations du nom du type cacor, cagot, où il n'existe aucune trace d'un [s], ni d'un [n].

Rabelais utilise dès 1535 le terme cagot en français et cela, dans un passage de Gargantua au sujet de l'abbaye de Thélème : une inscription sur la porte en interdit l'entrée aux « hypocrites, bigots, cagots ». Ces terme de bigots et de cagots liés dans une même phrase ne sont pas anodins : Got et Gode dans les langues germaniques désignant en effet Dieu, certains y voient un rapprochement à un jugement religieux basé sur une foi exagérée et hypocrite telle l’Académie Française qui dans son édition 1932-1935 donne comme définition à ce mot : « Celui, celle qui a une dévotion fausse ou mal entendue. » ou « Got », en langue germanique, signifiait Dieu ; et delà nous tirons les mots de bigot et cagot, pour dénoter ceux qui avec une trop grande superstition s’adonnent au service de Dieu. » au XVIe siècle pour Étienne Pasquier.[Quoi ?] Dans son édition de 1986, l'Académie lui accorde les deux sens : 1. Anciennement. Lépreux ; descendant de lépreux. 2. Personne qui a une dévotion hypocrite ou mal comprise. P. M. Quitard propose une autre hypothèse[4] : Court de Gebelin qui dérive ce mot de caco-deus, rapporté par Ducange. Caco, signifiant faux, serait devenu cagot, hypocrite ; et comme l'hypocrite a toujours le nom de Dieu à la bouche, et l'emploie à tout, il aurait été surnommé, chez les peuples qui appellent Dieu God, kakle-God, caquette-Dieu, et insensiblement cak-god et cagot.

Malgré la ressemblance avec les mot grec cacos « mauvais » et breton kakou qui signifie « lépreux, ladre », il faut sans doute préférer l'origine béarnaise cagot « lépreux blanc »[5]Le béarnais cagot représenterait en réalité la première personne de l'indicatif présent du verbe bas-latin cacare qui a évolué vers l'occitan cagar, (chier) ; « cagot » est effectivement une appellation dépréciative occasionnelle, celle plus neutre de crestian étant plus répandue, par exemple dans la toponymie. La prononciation n'est pas [ca'go] mais [ca'gòt] : comme le -òt est un diminutif occitan, cagòt peut se traduire littéralement par « crotte » ou « petit merdeux ».[réf. nécessaire] En fin de compte, le rapprochement avec le terme cacare > cagar n'est pas sûr. En tout cas, sur le plan sémantique, le mot désignait bien à l'origine des populations reculées des vallées pyrénéennes (peut-être affectées de la lèpre ou d'une autre maladie) et a été appliqué par dérision aux bigots[6]. Le mot cagot est peut-être le même que le mot cagou, dont la première mention littéraire date d'entre 1285 et 1323 sous la forme cacor « lépreux blanc » (archives de la Seine-Maritime, Chronique ms. anonyme de 1285 à 1323, no5 des Cartul., fo142 roet vods Mém. de la Société d'histoire de Paris, XI, 57 [1884]) ; 1321 cacos, pluriel (Chronique parisienne anonyme, ibidem), formes isolées. B. 1. 1426 cagou « idem » (Plouzané, Bretagne d'après Esn.)[7]. Son étymologie est tout autant obscure, peut-être un hypothétique *cacōsus « breneux », qui serait dérivé du latin cacare au moyen du suffixe -ōsus (-eux en français, -oux dans l'ouest)[7].

Crestians et gésitains, des désignations liées à la lèpre[modifier | modifier le code]

Dans la toponymie, les termes les plus usités sont « crestians », « chrestiaà » ou « christianus » ; il apparaît dès l'an 1000 sur le cartulaire de l'abbaye de Lucq et dans les textes vers l'an 1300 et a pu être synonyme en gascon de « lépreux blancs » (on parle des « fontaines des crestians » pour les sources réservées aux léproseries). Les lépreux étaient désignés sous le nom de pauperes Christi. Nombreux à Bordeaux, ils y sont appelés ladres qui signifiait lèpre en ancien français, terme aussi à rapprocher de ladrón signifiant voleur ou pillard en espagnol et donc synonyme de bagaude, duquel cagot pourrait être issu. Les chroniques les désignent souvent encore par les dénominations de caqueux, cacous, capos, gaffos, tous termes de mépris qui signifiaient aussi lépreux. D'ailleurs, dans certains textes du XVIe siècle, le terme cagot et ses équivalents sont employés comme des synonymes de « lépreux ». En béarnais, ce terme signifiait « lépreux blanc » selon le dictionnaire Larousse[réf. incomplète].

Les cagots sont aussi appelés « gézitains », « giésitains », « gésites » en référence au personnage biblique Guéhazi (dont le nom hébreu rappelle Géhenne), serviteur d'Élisée, lépreux à cause de sa cupidité[8]. Élisée condamne son serviteur Guéhazi à une peste « lui et toute sa descendance ».

Lèpre désigne au Moyen Âge différentes maladies de peau mal définies : la lèpre rouge est presque toujours mortelle ; la lèpre blanche ou lèpre tuberculeuse présente des signes semblables, mais peut se stabiliser. Toutes les maladies de peau, donc visibles, étaient assimilées à une lèpre, une ladrerie, d'un mot hébreu rattaché à Lazare. Tous ces malades inspirent la peur de la contagion et sont isolés hors des villages. La seule et mauvaise connaissance des maladies de peau visibles, sous le terme générique de lèpre, induisait faussement que toutes ces maladies étaient transmissibles par le contact et se transmettaient dans les générations.

Le terme employé pour lèpre en Gascogne était lo mau de sent Lop (« le mal de saint Loup »), ou plus souvent lo malandrèr, (litt., « le mal-aller », lat. malandria, avoir des pustules au cou), cf l'italien malandato, « mal fichu », et les mots français « malandrin » et « maladrerie » qui en découlent aussi. Le terme ladre (du nom Lazarus) est aussi employé[9]. On voit que l'assimilation de termes injurieux aux noms de la lèpre a été d'usage courant, et demeure.

On pensait donc à l'époque à un principe de précaution dicté par Dieu, d'où le terme de crestian, analogue au terme de crétin d'origine valaisanne (Suisse romande). Bien qu'ils fussent châtiés par une lèpre, ces êtres demeuraient des chrétiens et, sous-entendu, avaient donc leur place — quand même — dans la société. Plusieurs cathédrales vont même jusqu'à leur réserver une porte[10] et leur propre bénitier. Jusqu'au milieu du XXe siècle, cagot, utilisé comme une insulte, signifiait aussi bien « crétin » ou « idiot du village », « bigot » ou « goitreux ».

Sens dérivé[modifier | modifier le code]

Le terme « cagot » a pris, à la suite de bigot et sans doute sous l'influence de sonorités communes, le sens de « personne dévote à l'excès » ; ceci proviendrait des efforts désespérés des cagots pour s'intégrer dans les communautés locales.

Attesté chez Rabelais, le mot a également eu la nuance d'hypocrisie, de religiosité affecté, préfiguration de « tartuffe ».

« Quoi ? je souffrirai, moi, qu'un cagot de critique
Vienne usurper céans un pouvoir tyrannique ? »

Molière, Le Tartuffe I, 1.

« Sénécal se rembrunit, comme les cagots amenés dans les réunions de plaisir. »

Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale.

Une population réprouvée[modifier | modifier le code]

Les cagots vivant comme des proscrits et frappés de tabou, un nombre considérable d’interdictions dictées par la superstition pesaient sur eux : certaines sont orales, mais d’autres sont transcrites dans les « fors » (lois) de Navarre et du Béarn des XIIIe et XIVe siècles. Aucune humiliation ne leur était épargnée, jusqu'au moindre détail[pas clair].

Interdits[modifier | modifier le code]

Porte des cagots (depuis murée) de l'église Saint-Martin de Moustey

On peut faire une liste des interdits recensés à leur sujet, qui ne se cumulent pas toujours car il faut tenir compte des différences locales et des évolutions dans le temps de la réalité des cagots.

Mis à l'écart, victimes d'une sorte de racisme populaire, fortement ancré localement, il leur était défendu, selon les lieux, sous les peines les plus sévères, d'habiter dans les villes et les villages ou d'être chaussés et habillés autrement que de rouge. Ils vivaient dans des quartiers spéciaux, dans des hameaux ou villages isolés, souvent d’anciennes léproseries (ainsi Lambézellec, désormais annexée par Brest qui signifie mot-à-mot en breton village de lépreux). Ils ne devaient pas marcher pieds nus (ce qui était courant pour les pauvres) et dans certaines régions devaient signaler leur approche par une crécelle. Ils étaient tenus de porter un signe distinctif, généralement une patte de canard, coupée dans du drap rouge et cousue sur leurs vêtements. À Marmande, en 1396, le règlement [Lequel ?] précise que les gahets devront porter, cousu sur leur vêtement de dessus, du côté gauche, un signe de tissu rouge, long d’une main et large de trois doigts. [réf. souhaitée]

Ils ne se rendaient au village que pour leurs besoins les plus pressants et pour aller à l'église. Dans de nombreux cas, ils n'entraient que par une porte de taille, un bénitier spécial leur était réservé et ils étaient relégués au fond, avec des sièges séparés du reste des fidèles, c'est le cas par exemple en Bretagne à Gouesnou et au Faou dans le Finistère. Les sacrements même leur étaient interdits en certains endroits pour la même raison qu'aux animaux non humains. On ne recevait point leur témoignage en justice, et c'était par grâce que la coutume de Béarn avait établi que les dépositions de sept d'entre eux équivaudraient à une déposition légale…

Ils n’avaient pas de nom de famille ; seul un prénom suivi de la mention « crestians » ou « cagot » figurait sur leurs actes de baptême, et les cérémonies religieuses qui les concernaient se déroulaient généralement à la nuit tombée[réf. souhaitée]. À leur mort, ils étaient enterrés à l’écart dans un endroit du cimetière ou dans un cimetière à part. Ils n’étaient autorisés à se marier qu’entre eux.

À Saint-Léger-de-Balson (Gironde), la source Saint-Clair est « double », l'une pour les pèlerins, l'autre pour les cagots. (Fév. 2010.)

Certains métiers leur étaient interdits, généralement ceux considérés comme susceptibles de transmettre la lèpre, comme ceux liés à la terre, au feu et à l’eau ; ils devaient prendre celle-ci à des fontaines qui leur étaient réservées. Ils n'étaient donc jamais cultivateurs. Les métiers en rapport avec l’alimentation leur étaient également interdits. Ils ne devaient porter aucun objet tranchant, donc ni arme ni couteau, mais on les retrouve curieusement exerçant des professions telles que chirurgiens et on leur prête volontiers des dons de guérisseurs. Les femmes étaient souvent sages-femmes ; jusqu’au XVe siècle, les cagotes eurent même la totale exclusivité de cette activité.

Ils étaient en revanche autorisés à toucher le bois ; aussi étaient-ils souvent charpentiers ou maçons, bûcherons ou tonneliers. Dans les cas où les instruments de torture étaient en bois, ce qui était fréquent dans les bourgs et villages, il arrivait qu'ils fussent bourreaux, constructeurs de cercueils et fossoyeurs, fonctions n’améliorant pas leur image auprès des populations locales ni, de ce fait, leur sort. Les autres professions qu'ils exercèrent le plus souvent furent celles de menuisier, vannier, de cordier et de tisserand. Payés en nature, ils ne percevaient pas de salaire et constituaient donc une main-d’œuvre à bon marché[réf. nécessaire]. De telles conditions de vie les faisaient souvent dépendre de la solidarité de proximité, alors plus répandue, en particulier celle de l’Église et de fondations destinées à subvenir aux besoins des lépreux revenus des Croisades.

Le clergé comme l’aristocratie justifient ces discriminations, parfois jusqu'en plein XVIIIe siècle, en dépit du fait que les cagots étaient chrétiens ; ils condamnent cependant les excès commis sur ces populations par les manants sur lesquels pesaient corvées et impôts dont les cagots étaient exempts, car la taille et même la corvée étaient le plus souvent liées au travail de la terre. Cette exemption dura jusqu’au règne de Louis XIV date à laquelle on comptait encore 2500 cagots en Béarn. Ceux-ci rachetèrent alors, moyennant finance compensant les impôts dont ils étaient dispensés, leur « affranchissement » par ordonnance royale.

Préjugés populaires[modifier | modifier le code]

Être ou non porteur de la lèpre joue un rôle mineur dans la condition de cagot, car le plus souvent, la naissance dans une famille de cagots suffisait à établir pour le reste de la vie la condition de cagot, que l'individu soit atteint de symptômes visibles ou non.

Cette population, considérée comme physiquement différente, garda un statut spécifique dans la société médiévale d’abord et moderne ensuite, faisant parfois fonction de bouc émissaire pour conjurer la peur de la lèpre, maladie dont on ignorait l’origine et que l’on ne savait pas soigner. On accusait les cagots de risquer de polluer les puits[réf. nécessaire] ; on les disait nuisibles et maléfiques, les prétendant parfois sorciers, les accablant de nombre de maux et vices, les affublant de tares telles que l’absence de lobe aux oreilles (caractère génétique récessif dans l'espèce humaine, ce qui confirmerait la présomption de consanguinité), les pieds et les mains palmés, ou d’être goitreux. Certains de ces traits fantasmatiques sont relatifs aux séquelles physiques de la lèpre, tandis que le goitre était une maladie typique des populations montagnardes privées de nourriture iodée. L’isolement et la consanguinité enfin expliquent des cas d’arriération mentale dans cette population, même s'il n'est pas établi que leur pourcentage ait différé du reste de la population locale. Les populations du Moyen Âge, contrairement aux nôtres, ne discriminaient de toute façon pas sur ce critère, l'« idiot du village » en étant un personnage à part entière au même titre que le bedeau ou le forgeron.

Réputés dégager une odeur désagréable, les cagots sont décrits par certains[réf. souhaitée] documents comme tantôt petits et bruns au teint olivâtre, tantôt grands aux yeux bleus. Aucune origine ethnique homogène ou particulière n'apparaît clairement, et rien ne les distingue vraiment du reste de la population. Des médecins nommés par le Parlement de Toulouse, après expertise de 22 d’entre eux le 13 juin 1600, ne purent que conclure qu’ils étaient exempts de toute pathologie.

Historique du phénomène des cagots[modifier | modifier le code]

Chronologie[modifier | modifier le code]

Le phénomène n'est pas attesté avant le XIe siècle ; ce fut une ordonnance de Louis XIV qui y mit fin ; le clergé persista à employer le terme durant une grande partie du XVIIIe siècle, mais dès ce moment, la distinction avait presque partout disparu. Le terme continua d'être utilisé, mais pour désigner tout autre chose. En revanche, en Navarre, et en Espagne, le phénomène survécut jusqu'en 1819, avec même des traces au XXe siècle.

Dates connues 
  • 1000 : mention de « chrestiaas » dans le cartulaire de l'abbaye de Lucq.
  • 1070 : ils sont mentionnés comme « gafos » dans le fuero de Navarre rédigé pour Sancho Remíriz.
  • 1288 : première mention du terme « cagot ».
  • 1514 : les agots en Navarre sont les premiers à se plaindre de leur sort au pape Léon X.
  • 1580 : les cagots, avec l'accord des Consuls et du Recteur, construisent eux-mêmes leur propre chapelle dédiée à Saint Sébastien dans la vallée de Campan.
  • 1691 : violent incendie dans la vallée de Campan. L'église est détruite et sera remise en état, comme en 1597, par les cagots.
  • 1642 : dernier acte de baptême de la paroisse de Doazit (Landes) faisant état du terme de « gesitaing ».
  • Dernière inhumation mentionnée dans le cimetière des chrestians de la paroisse : Doazit 1692, Brassempouy 1694.
  • 1764 : dernier emploi du terme « charpentier » dans les registres paroissiaux de Saint-Savin, terme à peine voilé utilisé par le clergé de Saint-Savin pour désigner les cagots.
  • 1819 : loi abolissant la discrimination en Navarre. Un quartier de Madrid reste toutefois un ghetto cagot (Nuevo Baztán) d'où émigrent vers les États-Unis certains de leurs descendants. À Arizkun (Navarre), le quartier de Bozate serait resté habité par les descendants de cagots au début du XXe siècle ; on y disait « Al agote garrotazo en el cogote » .

Origines du phénomène[modifier | modifier le code]

Les raisons les plus diverses ont été données pour expliquer le phénomène. La documentation écrite concernant l'Aquitaine avant le XIe siècle étant presque inexistante, chacun y est allé de son hypothèse, en fonction des conceptions de chaque époque et de chaque auteur.

L'explication traditionnelle est qu'il s'agissait de familles lépreuses ou de descendants de lépreux. Mais le docteur Yves Guy du CNRS (France), auteur notamment du rapport « Sur les origines possibles de la ségrégation des Cagots », ayant eu à soigner des lépreux, nota le premier que la notion (encore acceptée à la fin du XIXe siècle) de « lèpre blanche » (héréditaire) est invalidée par l'étude contemporaine de cette maladie[11]. La caractérisation des cagots comme lépreux héréditaires est donc un fantasme collectif localisé à la région. Pour expliquer le maintien à l'écart, après la maladie, de familles vivant dans les léproseries du sud-ouest, certains [réf. souhaitée] évoquent la proximité des cols des Pyrénées, au-delà desquels se trouvait un territoire menacé par l'Islam. Comme certaines figures lubriques de l'art roman étaient censées faire de l'étranger une menace divine, cette situation aurait fait localement assimiler les porteurs de lèpre à des porteurs du mal étranger (d'où leur mise définitive à l'écart).

D'autres origines leur ont été prêtées : on les a ainsi fait descendre des Goths [12], des Sarrasins[13], des descendants des Normands[14] installés à la période de leur première mention, et dans lesquels les templiers auraient pu trouver des charpentiers pour les constructions de certaines cathédrales[15] ou de Cathares.

L'hypothèse cathare est appuyée sur la supplique adressée en 1514 au pape Léon X par les cagots et agots issus de très nombreux villages situés au nord comme au sud des Pyrénées et qui, lassés des brimades dont ils continuaient à souffrir, firent appel à lui ; les requérants se plaignaient d'être encore et toujours l'objet de différentes exclusions et vexations « (…) parce que l'on dit que leurs ancêtres avaient prêté main forte au comte Raymond de Toulouse dans sa révolte contre la sainte Église romaine (…) »[16]. Les demandeurs se gardent bien de nier les faits imputés, se contentant de poursuivre ainsi : « (…) Ils supplient le Saint Père d'ordonner que, puisqu'ils n'ont trempé en rien dans la conduite de leurs aïeux, ils soient remis en possession de tout ce qu'on leur dénie (…) Car ils sont bons catholiques et fils soumis de sainte mère l'Église (…) ». De plus, le nom de « crestians », évoque assez précisément le nom que se donnaient les Cathares eux-mêmes : « bons crestians »[17]. En général, cette thèse est repoussée par les historiens (par exemple De Marca[réf. souhaitée] et Lardizábal[réf. souhaitée]) qui notent que les premiers cathares n'apparaissent en Languedoc qu'en 1170 et qu'il n'y a jamais eu en Gascogne d'Église cathare. Le catharisme organisé n'a en effet guère dépassé la rive droite de la Garonne, tandis que les cagots sont essentiellement présents dans les régions situées en rive gauche, en Bigorre, Béarn, Gascogne, Pays basque et même Navarre, au-delà des Pyrénées. Toutefois, pour expliquer leur présence sur la rive gauche de la Garonne, rien ne s'oppose à ce qu'un certain nombre de cathares [réf. souhaitée], chassés de Languedoc par les massacres et la répression, s'y soient réfugiés. Englobés ensuite sous le terme générique de « cagots », ils se seraient dit bons disciples de l'Église de Rome, à seule fin d'échapper à la vindicte ecclésiastique[18].

Une hypothèse sociale en fait par ailleurs des réprouvés pour cause de leur métier (charpentiers)[réf. souhaitée]. Mais les sources [réf. souhaitée] semblent indiquer que ce n'est pas l'association corporative qui a provoqué l'ostracisme et que ce sont au contraire les restrictions qui leur étaient imposées qui les ont conduit à adopter certains métiers : la toponymie et la topographie indiquent que les endroits où se trouvaient les cagots présentent des caractéristiques constantes ; ce sont des écarts, en dehors des murs, nommés « crestian » (et dérivés) ou « place » (les noms Laplace sont fréquents) à côté de points d'eau, lieux attribués pour vivre et surtout pratiquer leurs métiers liés au bois mais aussi au feu comme la briqueterie. Cette relégation professionnelle a pu générer le compagnonnage, comme le suggère René Descazeaux[réf. nécessaire], mais ultérieurement à la mise à l'écart, et principalement pour les métiers du bois.

Alain Guerreau, directeur de recherche au CNRS, a analysé les conditions qui ont permis qu'un groupe se trouve stigmatisé de cette manière[19]. Pour lui, c'est la réorganisation de la société féodale dans le sud-ouest de la France aux XIIe-XIIIe siècles, qui a créé, dans un contexte économique et politique figé, une catégorie d'exclus (fils cadets, sans terre) vivant à la marge. Les lépreux étant eux aussi rejetés de la société à la même époque, l'assimilation se serait maintenue par la suite, lorsque fut oubliée leur origine.

La lente lutte des cagots vers l'intégration[modifier | modifier le code]

La trace la plus ancienne de la lutte des cagots pour la liberté et la dignité apparut en Navarre. En 1514, les cagots s'adressent au pape Léon X, se plaignant de discriminations dans les églises. Léon X répondit par une bulle enjoignant de « les traiter avec bienveillance sur le même pied que les autres fidèles » et confia l'application de cette bulle au chanoine de Pampelune, Don Juan de Santa Maria. Mais la mise en pratique de ces dispositions à leur égard provoqua d'interminables procès, en dépit de l'appui de l'empereur Charles Quint, en 1524.

Pendant plus de trois siècles, le scénario fut le même : brimades se succédant à leur égard, procès gagnés par eux de plus en plus souvent, appui du haut clergé et des princes, mais résistance des autorités locales et du peuple.

Au XVIe siècle, on estime qu’ils représentaient environ dix pour cent de la population locale. À partir de cette époque, si les interdits demeuraient, l’isolement se relâcha, et au fil des siècles qui suivirent ils commencèrent peu à peu à s’intégrer dans la population de sorte que leurs noms de familles, désormais inscrits sur les registres paroissiaux, ne les distinguaient plus, puisque, avec un même patronyme dans une même paroisse certaines familles étaient cagotes et d’autres non. En fait, il est certain que la plupart des familles du sud-ouest de la France et de l’autre versant des Pyrénées en Espagne comptent au moins un ascendant cagot.

C’est la Révolution française qui leur permit de devenir définitivement citoyens à part entière, à la suite des Juifs et des Protestants qui l'étaient devenus grâce à l'édit de Versailles pris par Louis XVI en 1787 et enregistré en 1788. Au XIXe siècle, subsistaient essentiellement les injures, le terme « cagot » en constituant une, encore utilisée dans le sud-ouest de la France, sans qu’on ne sache plus aujourd’hui quelle en est l'origine.

La localité de Bozate dans la commune d'Arizkun, située dans la vallée du Baztan en Navarre est célèbre pour avoir été la dernière enclave connue des Cagots et un Musée Ethnographique des Cagots s'y trouve[20].

Un exemple de discrimination fondée sur la peur du malade impur[modifier | modifier le code]

L'histoire des cagots témoigne de la peur viscérale qu'éprouvaient les populations vis-à-vis de la lèpre, de la terreur que cette maladie inspirait, mais aussi et surtout des ravages que la peur opère, des fantasmes qu'elle suscite et des réactions qu'elle inspire, du rôle qu'elle joue dans la ségrégation d'une partie de la population.

Si leur sort peut être comparé à celui de groupes exclus dans de nombreuses sociétés (parias et poulichis en Inde ou burakumin du Japon), la particularité des cagots dans l'histoire des discriminations est d'être une relégation héréditaire et socio-économique vernaculaire, non justifiée par une structure religieuse ou politique à la différence des systèmes de caste, des ghettos juifs ou bannis. Elle ne vise ni à la disparition ni à la conversion : on n'a pas de trace de pogromes ou de bûchers destinés aux cagots pour leur seule qualité de faire partie de cette communauté. C'est un processus discriminant autour de la peur de la maladie impure et/ou généalogiquement transmise, dans une structure socio-économique d'exclusion sur le terroir villageois.

Ce n'est qu'avec la progression du pouvoir central normalisateur que le phénomène disparaît pour le cas des cagots à la fin du XVIIe siècle. Mais la discrimination de sous-classes pour des motifs souvent artificiels, toujours tentée, reste pratiquée, même dans les sociétés les plus évoluées : ainsi notamment les gens du voyage sont localisés et traités parfois dans des conditions assez proches de celles des cagots. Il existe actuellement une léproserie en Roumanie dans laquelle se trouvent des lépreux qui y logent avec leur descendance, on « les laisse » rendre de menus services (Tichilesti).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un toponyme Chrestias existe à Colomiers.
  2. Patois de Luçon où ce mot désigne également les « Gens du voyage »
  3. Michel, Histoire des races maudites, I, p. 284
  4. p. 1182-1183, Dictionnaire Étymologique, Historique et Anecdotique des Proverbes et des Locutions Proverbiales de la Langue Française. Paris, 1842, P. Bertrand, Libraire-éditeur.
  5. CNRTL (France) : étymologie de « cagot »
  6. CNRTL (France), ibidem
  7. a et b http://www.cnrtl.fr/definition/cagou
  8. 2 Rois, chapitre 5
  9. Cf la hont deus Ladres, la « fontaine des lépreux » à Saint-Christau, vallée d'Aspe
  10. Photographies sur ce site : http://forum.hardware.fr/hfr/Discussions/Societe/cagots-population-francais-sujet_101742_1.htm
  11. http://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1983x017x001/HSMx1983x017x001x0085.pdf
  12. Par exemple le germaniste Pierre Bertaux
  13. L'historien Claude Larronde, comme Pierre de Marca, pense qu'« Il s'agit de descendants de Sarrasins qui restèrent en Gascogne après que Charles Martel eut défait Abdel-Rahman. Ils se convertirent et devinrent chrétiens. » ; Claude Larronde, Vic-Bigorre et son patrimoine, Société académique des Hautes-Pyrénées, 1998, p. 120.
  14. Joël Supéry, Le Secret de Vikings
  15. Michel Lamy, Les Templiers, 2001
  16. Loubès 1998, p. 26.
  17. Lafont, R., Duvernoy, J., Roquebert, M., Labal, P., Les Cathares en Occitanie, Fayard, 1982, p. 7.
  18. voir ci-dessus le passage cité de la supplique à Léon X [réf. incomplète]
  19. Les Cagots du Béarn. Recherches sur le développement inégal au sein du système féodal européen de Alain Guerreau et Yves Guy, éditions Minerve, Paris, 1988
  20. (es) « Los Agotes, ethnia marginadas », de M. Garcia Piñuela