Cabane

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Une cabane est une construction immobilière destinée à servir d'abri temporaire, saisonnier ou provisoire à des personnes, des biens ou des activités, par opposition à la maison, laquelle sert d'abri permanent.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Selon le Trésor de la langue française, le terme est attesté en 1387 dans le sens de « petite habitation sommaire » et en 1462 dans celui d'« abri pour les animaux ». C'est un emprunt au provençal cabana, « cabane », « chaumière », attesté en 1253, issu du bas-latin capanna[1].

Définition[modifier | modifier le code]

La cabane se distingue, par un certain nombre de caractéristiques, de la maison, qui est un habitat familial fournissant une adresse.

  • Elle est destinée à abriter le plus souvent séparément, soit des hommes, soit des animaux, soit du matériel.
  • Elle est bâtie de manière rudimentaire, d'où sa fragilité et sa précarité éventuelle. Elle n'est en général pas divisée en pièces ou locaux. Elle ne fait pas l'objet des mêmes procédures administratives pour être construite que la « maison d'habitation ».
  • Elle ne représente qu'un faible investissement financier, voire aucun, d'où souvent sa valeur marchande faible ou inexistante.
  • Elle fait appel habituellement à un matériau local : le bois dans les zones forestières, la pierre dans les zones rocheuses, mais les matériaux de récupération ne sont pas à exclure, surtout dans les zones péri-urbaines (tissu, métal, plastique, carton, etc.).
  • Participant de l'autoconstruction, elle est en règle générale construite manuellement et avec les moyens du bord. Elle peut alors s'inscrire dans un choix de vie écologiste ou primitiviste.

Cabane et baraque[modifier | modifier le code]

Un autre nom courant de ce type de construction est baraque, terme apparu au XIIIe siècle et qui a donné baraquement pour l'habitat regroupé aussi bien rural qu'urbain, aussi bien permanent que saisonnier, aussi bien fixe que transportable. Les noms de cabane et baraque ont été utilisés l'un comme l'autre lors des colonisations, et ont servi à former des noms de lieux.

Dans le passé, baraque a eu le sens d'habitation rudimentaire à la disposition du berger transhumant, du muletier et du voyageur[2]. Dans son Dictionnaire du monde rural, Marcel Lachiver définit ainsi la baraque : « Auberge où les rouliers pouvaient renforcer leurs attelages sur les routes à très forte déclivité, ces auberges encadrent généralement les portions déclives. On pouvait y faire aussi des réparations sommaires, les aubergistes étant souvent charrons ou maréchaux. Le mot a donné de nombreux lieux-dits les baraques »[3].

Baraque, ses variantes et ses dérivés ont désigné également des cabanes en pierre sèche agricoles ou pastorales : ainsi baracou dans les causses de Blandas et de Campestre (Gard) et à Saint-Félix-de-l'Héras dans le Larzac héraultais ; baraquette au Mont-Saint-Clair près de Sète (Hérault) ; baraque dans le haut Vidourle (Gard) et dans le Châtillonnais (Côte-d’Or); barraca dans les Aspres (Pyrénées-Orientales), barraque (avec deux r) dans l'Aude[4].

En Europe[modifier | modifier le code]

Cabanes anciennes[modifier | modifier le code]

Cabane de résinier au Moulleau près d'Arcachon.
Cabane ambulante de berger beauceron au début du XXe siècle.

Cabanes à usage d'habitation temporaire ou saisonnière[modifier | modifier le code]

Cabanes d'ostréiculteurs sur pilotis au Château d'Oléron.

Autrefois, la cabane servait généralement d'habitation temporaire ou saisonnière (cabanes d'estive, de défricheurs, de cultivateurs, de bergers, de bûcherons, de charbonniers, de chaufourniers, de boisseliers, de sabotiers, de résiniers dans les Landes, de vanniers et de gardians en Camargue, de cantonniers, de gardes, etc.).

Cabane béarnaise[modifier | modifier le code]

Dans les anciens pâturages d'estive des hautes vallées béarnaises (Barétous, Aspe et Ossau), les bergers vivaient dans une cabane en pierres sèches, dite capane. Elle était édifiée non loin d'une source et à côté d'un enclos, lui aussi en pierres sèches, du nom de cuyala, coueila, cayolar selon le lieu, où le troupeau se regroupait la nuit ou par très mauvais temps. Ces capanes pouvaient être un abri contre un rocher en surplomb ou vertical, une cabane indépendante de petite taille, une cabane plus grande pour deux personnes. Elle avait son entrée orientée au sud ou au sud-est. Les cabanes à charpente à double pente sous couverture de lauses n'apparaissent qu'à la fin du XIXe siècle. Les années 1920 voient l'apparition de la tôle ondulée ou plate. Après la guerre de 1939-1945, les bâches tissées, provenant des surplus des armées, ont leur succès[5].

Cabane-roulotte de berger[modifier | modifier le code]

Au début du XXe siècle, dans divers départements ou régions de France (Oise, Beauce, Brie, Marne, Moselle, Ardennes, Pas-de-Calais, Somme, Vendée, Allier, Cantal, Puy-de-Dôme, Alpes-de-Haute-Provence, etc.), le berger logeait une partie de l'année dans une cabane-roulotte en bois plus ou moins grande, posée à côté du parc servant à rassembler pendant la nuit les moutons dont il avait la garde. Montées sur un essieu fixe à deux roues en bois ou en fer, avec parfois une troisième roue à l'arrière, ces roulottes étaient tirées par un cheval, un âne, ou par le berger lui-même pour les plus légères, à chaque déplacement du parc. Les chiens dormaient sous la roulotte. Une nouvelle de Guy de Maupassant, Le Saut du berger (1882), met en scène une de ces roulottes : abritant les ébats d'un couple, elle est poussée par un malfaisant en bas d'une pente où elle se fracasse, tuant les deux amants. Émile Zola, dans La terre (1887), évoque également ce dispositif : « Le berger, pour avoir un peu d'ombre, s'était assis contre la cabane à deux roues, qu'il poussait à chaque déplacement du parc, une étroite niche qui lui servait de lit, d'armoire et de garde-manger ».[6].

Cabane tout en roseaux d'un gardian en Camargue au début du XXe siècle.

Cabanes de la plèbe rurale ou urbaine au début du XXe siècle[modifier | modifier le code]

La cabane a également été l'habitation permanente de familles indigentes installées sur le domaine public ou tolérées en domaine privé au XXe siècle.

Cabane de gardian[modifier | modifier le code]

La cabane de gardian était le logement de l'ouvrier agricole dans la Camargue du XIXe siècle et du début du XXe. C'est un bâtiment à façade en pignon et à toiture à deux versants couverte en sagne. La partie exposée au mistral est en abside et à croupe de façon à donner le moins de prise possible à celui-ci[7].

Cabane de saunier[modifier | modifier le code]

Le village de Salin-de-Giraud dans les Bouches-du-Rhône, fondé en 1856, comportait, en 1914, une vingtaine de cabanes de sagne, habitées par des ouvriers sauniers (ou saliniers) travaillant pour la société Solvay[8]. Aujourd'hui, elles ont toutes disparu.

Cabanes à bord d'embarcation[modifier | modifier le code]

Le développement de la navigation a connu des phases de création de cabanes améliorant le confort des occupants. Ainsi, sur les gabarres de la Loire, les simples protections contre les intempéries ont été remplacées par des cabanes dans les années 1820[9].

Cabanes modernes[modifier | modifier le code]

Détail d'une ancienne cabane ostréicole rénovée au Château d'Oléron (Charente-Maritime)

Aujourd'hui, la construction de cabanes ne concerne plus qu'une infime partie de la population (scouts, auto-constructeurs amateurs, pêcheurs, chasseurs, et enfants).

Cabanes de pêcheurs et de chasseurs[modifier | modifier le code]

Les pêcheurs et les chasseurs ont une grande culture de la cabane. Celle-ci peut être leur lieu de travail ou simplement un entrepôt pour leur matériel. Ces cabanes sont dans la majorité des cas plus une obligation qu'un choix délibéré car il est difficile de construire avec peu de moyens dans des endroits peu accessibles. Celles des chasseurs ont la qualité d'être discrètes dans leur environnement pour ne pas effrayer les animaux.

La cabane tchanquée est une cabane en bois perchée sur pilotis, typique du Bassin d'Arcachon.

Dans la région de Marseille, le terme « cabane » désigne non seulement un édifice bâti en dur mais aussi un labyrinthe végétal aménagé au sommet d'un bois pour y déposer des gluaux ou baguettes engluées servant à capturer vivants des oiseaux destinés au rôle d'appelants. On parle, dans ce cas, de « chasse à la cabane » et la personne qui taille la cabane est le « cabanier ». En revanche, l'édifice bâti d'où les chasseurs à l'affût tirent sur des oiseaux, est qualifié de « poste ». On parle alors de « chasse au poste » et de « postier »[10].

Cabanes de scouts[modifier | modifier le code]

Les scouts sont amenés à fabriquer des cabanes soit pour s'abriter, soit pour ranger des outils, des vêtements, etc. Elles sont en général rudimentaires mais assez solides pour durer plusieurs semaines voire quelques mois. Cette tradition est liée à celle du froissartage.

À Grosrouvre, Yvelines, cabane perchée entre deux arbres, sur trois étages, avec chambre et séjour, escalier, table, banc, toit, électricité, vue panoramique.

Cabanes dans les arbres[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Maison dans les arbres.

La mode des cabanes dans les arbres est apparue avec le nouveau siècle. La France est le pays qui, de loin, en recense le plus. Ce type de construction, qui est destiné le plus souvent à l'hébergement touristique, a été développé généralement par des propriétaires de domaines, des « châtelains », afin de dynamiser ces terrains et infrastructures coûteux par un nouveau concept proche de la nature. Ces constructions nécessitent de permis de construire car le cadastre prend en considération la projection au sol de la surface de la cabane perchée. Aujourd'hui, l'offre est relativement très importante puisque l'investissement n'est pas très élevé avec un temps de construction très court.

Cabanes en pierre sèche[modifier | modifier le code]

Moderne imitation de « capitelle » sur un rond-point entre Méjannes-lès-Alès et Deaux (Gard). À noter la fenêtre au-dessus de l'entrée.

Par ailleurs, le regain qu'a connu l'autoconstruction à pierre sèche à partir de la fin des années 1970 en France, s'est traduit par l'édification de bâtisses en pierre sèche, plus ou moins conformes aux règles de l'art, sur des propriétés privées, des espaces publics (jardins publics, ronds-points, bords d'autoroute), des sites muséologiques, etc.[11]. Ces nouveaux édifices sont généralement baptisés par leur constructeur du nom donné actuellement aux cabanes en pierre sèche dans la commune ou dans la région afférente (capitelle, cadole, caselle, chibotte, borie, etc.)[4].

En Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

Cabane en rondins bruts et terre, réplique d'une des cabanes de Valley Forge où l'armée américaine hiverna en 1777-1778
Cabane en rondins taillés et assemblés en queue d'aronde.

La technique du « pièce sur pièce » ou empilement de tronc équarris suivant un plan rectangulaire rudimentaire et simple a été utilisée couramment par les colons qui avaient apporté cette technique d'Europe. (Le système du « colombage » pour constituer des murs (pans de bois) à la façon médiévale a été quelquefois utilisé mais à un niveau architectural un peu plus élevé que celui de cabane.)

Cabane de colons[modifier | modifier le code]

Les cabanes des colons étaient faites de rondins de différentes tailles et épaisseurs pour les murs et le toit

Édification d'une cabane de rondins empilés pièce sur pièce :

  1. Habituellement, on commençait par établir une fondation en pierre sèche (sans mortier).
  2. On retirait ensuite les branches d'un grand nombre de troncs pour obtenir des rondins.
  3. À quelques dizaines de cm du bout de chaque rondin, on faisait une entaille carrée ou en V sur les faces inférieure et supérieure.
  4. Deux rondins à encoches, posés l'un au-dessus de l'autre, venaient enserrer le bout d'un troisième posé à angle droit.
  5. L'opération était ensuite répétée, avec raccourcissement progressif des rondins dans les pignons de façon à obtenir un triangle.
  6. La cheminée, faite de baguettes enduites de terre ou sinon d'un galandage de pierres, montait en même temps que les murs.
  7. Le toit était construit en rondins de moindre section et couvert de bardeaux.
  8. Porte et fenêtres étaient découpées à la hache ou à la scie et munis d'un encadrement de planches.
  9. Les fentes entre les rondins étaient obturées avec des bouts de bois ou bouchées avec un mélange de terre et de paille ou d'argile et de chiffons.
  10. Si les pièces étaient sciées sur quatre faces, l'intérieur et l'extérieur étaient recouverts d'un enduit ou de planches à clin.

Autre solution : les rondins pouvaient être empilés sans entailles aux bouts, ce qui laissait des intervalles entre deux rondins consécutifs dans le même plan, intervalles qui étaient comblés avec de la terre ou du torchis. C'est le cas des cabanes de rondins où l'armée américaine passa l'hiver à Valley Forge pendant la Guerre d'indépendance. L'intérêt de ce type d'ossature mixte est de consommer moins de grumes.

Cabane à sucre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : cabane à sucre.

Au Québec et dans d'autres régions du Canada, on trouve des « cabanes à sucre ». Elles servent d'abri et de centre de production artisanale aux acériculteurs qui récoltent l'eau de leurs érables pour en faire du sirop.

En Amérique du Sud, Asie, Afrique, Océanie, dans l'Océan Indien[modifier | modifier le code]

Cabane en bambou et feuilles de palmier à Mindo.

Certaines communautés primitives[12], encore préservées de la civilisation industrielle et des technologies qu'elle met à la disposition des gens, vivent dans des cabanes en pleine nature.

On en trouve de l'Amérique à l'Asie en passant par l'Afrique. Elles se trouvent majoritairement dans des zones tropicales ou subtropicales et sont faites, pour beaucoup, de bambou, de feuilles de palmiers ou de divers bois exotiques.

Certaines tribus (à Bornéo par exemple) vivant dans une habitation commune, disposent par ailleurs de cabanes en forêt où les couples peuvent s'isoler.

De même à Mayotte, à proximité des maisons familiales, réside la tradition du banga, véritable cabane initiatique édifiée par l'adolescent qui doit ainsi montrer son aptitude à monter lui-même son logis. Une fois le banga réalisé, servira de garçonnière au jeune constructeur[13].

Cabanes de nomades[modifier | modifier le code]

Beaucoup de nomades fabriquent et utilisent des cabanes par nécessité. Comme ils n'occupent jamais longtemps un même lieu, dès qu'ils s'installent ailleurs, leur intérêt est de construire rapidement des habitations peu coûteuses et rudimentaires car ils savent qu'elles ne leur serviront pas longtemps. Ce sont donc des cabanes par définition.



Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-France Boyer, Le Génie des cabanes, Thames & Hudson,‎ 2004
  • Peter et Judy Nelson, David Larkin, Cabanes perchées, Hoëbeke,‎ 2002
  • Luis Espinassous, Le livre des cabanes, Milan,‎ 2006
  • Christian Lassure (texte et dessins), Dominique Repérant (photos), Cabanes en pierre sèche de France, Edisud,‎ 2004
  • J. Blanc, A. Rouzaud, in J.-C. Duclos et A. Pitte (dir.), Cabanes de bergers en terre des montagnes de l'Ariège, Grenoble, Glénat,‎ 1993, 91-99 p.
  • Georges Buisan, Des cabanes et des hommes. Vie pastorale dans les Pyrénées, Toulouse, Cairn,‎ 2000, 199 p.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Éloge de la cabane, film documentaire de création, réalisé par Robin Hunzinger, septembre 2004.
  • La Cabane, film de Phil Comeau.

Divers[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Trésor de la langue française.
  2. Jacques Astor, Dictionnaire des noms de lieux et noms de familles du Midi de la France, Éditions du Beffroi, 2002, p. 104.
  3. Marcel Lachiver, Dictionnaire du monde rural. Les mots du passé, Fayard, 1997.
  4. a et b Christian Lassure, Dominique Repérant, Cabanes en pierre sèche de France, Edisud, 2004, chap. III - Les noms des cabanes en pierre sèche, pp. 37-41.
  5. Jean-Jacques Cazaurang, A propos des constructions en pierre sèches des hautes vallées béarnaises (Barétous, Aspe et Ossau) (Pyrénées-Atlantiques), in L'Architecture rurale, CERAR (Paris), tome 3, 1979, p. 56-61.
  6. La roulotte de berger d'après des cartes postales et photographies anciennes, pierreseche.com, 21 janvier 2013.
  7. L'évolution de la cabane camarguaise au XXe siècle d'après des cartes postales et photos anciennes, I - Cabanes entièrement en roseau des années 1900, pierreseche.com, 6 juillet 2008.
  8. Cf. Jean-Luc Massot, Maisons rurales et vie paysanne en Provence, Serg, 1975, p. 83.
  9. Patrick Villiers, Une histoire de la marine de Loire, 1996, p. 158.
  10. Jean-Paul Fiorentino, L'Odyssée de la grive, Éditions Crépin-Leblond, 2011, 248 p., en part. chap. « La cabane ».
  11. Christian Lassure, La pierre sèche mode d'emploi, Eyrolles, 2008, p. 4-5 (La pierre sèche : vie, mort et renaissance).
  12. « Primitif » vient du latin primitivus, « qui naît le premier »; il est employé ici dans cette acception, qui est traditionnelle en ethnologie, et non dans celle, dérivée et récente, d'« attardé » dans le langage courant. Une caractéristique fondamentale des peuples primitifs est de ne pas avoir d'écriture et donc de moyen de conserver leur histoire, cf [1].
  13. Claude Chanudet, « Le banga : Forme emblématique de la culture mahoraise », in Études Océan indien, No 33-34, 2002, p. 213-220.