CDU/CSU

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On appelle CDU/CSU la force politique formée en Allemagne au plan fédéral par les deux « partis-frères » de la droite démocrate-chrétienne et conservatrice, l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU), présente dans tous les Länder sauf en Bavière, et l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU), présente en Bavière seulement. En allemand, on l’appelle également « l’Union » (« die Union »).

La CDU et la CSU sont deux partis distincts, et ce qu’on appelle la CDU/CSU n’a pas d’existence juridique en tant que telle en dehors du groupe CDU/CSU au Bundestag, qui rassemble les parlementaires membres de deux partis. Depuis 1949, ceux-ci présentent un candidat à la chancellerie commun lors des élections fédérales, et agissent de concert lors de la formation des coalitions. Les deux partis ont également une organisation de jeunesse commune, la Junge Union.

Histoire[modifier | modifier le code]

Politique en Allemagne
Image illustrative de l'article CDU/CSU

Les années 1950 et 1960[modifier | modifier le code]

Les deux partis naissent dans les années d’après-guerre comme forces politiques fondées sur les valeurs chrétiennes. Ils se constituent à partir de groupes locaux, d’où l’emploi du terme union dans leurs désignations ; la CDU ne se réunit au plan fédéral qu’en 1950, après l’élection de Konrad Adenauer comme chancelier. Bien que la CSU ne soit présente qu’en Bavière, elle participe aux premières élections fédérales. Les parlementaires membres des deux partis forment à partir de 1949 un groupe parlementaire commun au Bundestag.

La crise des années 1970[modifier | modifier le code]

Le passage à gauche du Parti libéral-démocrate (FDP) et la formation de la coalition sociale-libérale en 1969 envoie la CDU/CSU dans l’opposition après deux décennies au pouvoir ; pour la première fois depuis 1949, le groupe SPD est le plus nombreux du Bundestag, le groupe CDU/CSU devenant deuxième. Les élections de 1972 renforcent encore la coalition, et les démocrates-chrétiens cherchent par quels moyens ils peuvent retrouver une majorité à moyen terme. L’idée naît que la CSU pourrait se transformer en parti présent dans toute la Fédération et réunir les électeurs attirés par un positionnement clairement conservateur, tandis que la CDU occuperait le centre-droit et récupérerait les voix de certains électeurs du FDP, ce qui permettrait à l’Union de redevenir majoritaire. On parle de la transformation de la CSU en « quatrième parti » (vierte Partei), ce qui est inexact dans la mesure où elle a toujours été un parti distinct de la CDU. L’idée est populaire dans les rangs de la CSU, qui y voit une occasion de gagner en importance, mais la CDU la rejette car elle craint que la concurrence entre les deux partis ne conduise à de nouvelles pertes.

Au milieu des années 1970 se créent dans les Länder hors de Bavière des « Cercles des amis de la CSU » (Freundeskreise der CSU), qui se fédèrent en octobre 1975 en une Communauté d’action pour un quatrième parti (Aktionsgemeinschaft Vierte Partei, AVP). Sous la pression de la CDU, la CSU s’abstient de tout soutien à l’AVP, qui retire sa candidature aux élections de 1976 trois semaines avant le vote.

La période est marquée par un conflit entre Helmut Kohl, président de la CDU et ministre-président de Rhénanie-Palatinat, et Franz Josef Strauß, président de la CSU, qui rivalisent pour la primauté personnelle au sein de l’Union. Ce conflit débouche sur un affrontement pour la candidature de la CDU/CSU à la chancellerie en vue des élections de 1976. Le 12 mai 1975, le bureau fédéral de la CDU désigne à l’unanimité Kohl comme candidat à la chancellerie. Le 8 juin, la CSU soutient au contraire la candidature de Strauß. Le 19 juin a lieu une rencontre des bureaux des deux partis afin de décider d’un candidat commun ; la candidature de Strauß est retirée et la CSU soutient Kohl comme candidat unitaire.

Aux élections du 3 octobre 1976, la CDU/CSU rate de peu la majorité absolue, mais ne peut gouverner du fait de l'alliance entre sociaux-démocrates et libéraux. Ceci décide Franz Josef Strauß à rompre l’union entre les deux partis. Le 19 novembre, avant le début de la nouvelle législature, les parlementaires membres de la CSU se réunissent au centre de formation de la fondation Hanns-Seidel, à Wildbad Kreuth. Au terme de près de douze heures de discussion, le retrait du groupe CDU/CSU (Kreuther Trennungsbeschluss) est décidé par 30 voix contre, 18 pour, une abstention et une voix nulle ; il est officiellement motivé par la volonté d’obtenir plus de temps de parole. Quelques jours plus tard, lors de la réunion du bureau provincial de la Junge Union au restaurant Wienerwald de Munich, Strauß attaque Kohl et déclare qu’il « ne sera jamais chancelier. Il est parfaitement incapable, il lui manque les qualités psychologiques, intellectuelles et politiques nécessaires. Tout lui manque pour cela. […] À quatre-vingt-dix ans, il écrira ses mémoires intitulés : J’ai été candidat à la chancellerie pendant quarante ans. Enseignements et expériences d’une époque amère. » Le « discours de Wienerwald » (Wienerwald-Rede) est publié le 29 novembre par Der Spiegel[1].

Kohl réagit en menaçant la CSU d’implanter la CDU en Bavière, ce qui compromettrait l’hégémonie de la CSU dans le Land. Après trois semaines de crise et de dures négociations entre Kohl et Strauß, la CSU annule le 12 décembre la décision de Kreuth, et le groupe CDU/CSU est maintenu dans la nouvelle législature, qui commence le 14 décembre. La CSU obtient cependant une plus grande autonomie au sein du groupe : elle est libre de prendre position de manière indépendante, et les décisions les plus importantes ne peuvent être prises qu’avec son accord[2].

L’idée d’un « quatrième parti » reste envisagée dans les années qui suivent ; Franz Josef Strauß y voit en particulier une solution pour revenir au pouvoir, tandis qu’Helmut Kohl et la CDU la rejettent. Les avis de Kohl et de Strauß diffèrent également en ce qui concerne le FDP : Strauß le voit comme un parti de gauche durablement associé au SPD, tandis que Kohl considère comme possible d’arriver au pouvoir en provoquant son rebasculement à droite. Kohl, d’orientation modérée, préfère également une coalition avec les libéraux-démocrates plutôt qu’avec la seule CSU renforcée par une implantation fédérale.

Badge de la campagne anti-Strauß de 1980 portant les inscriptions « Stoppez Strauß ! » et « Contre la réaction, le fascisme et la guerre »

Au printemps 1979, la désignation du candidat à la chancellerie pour les élections de l’année suivante suscite de nouvelles tensions. Le 24 mai, Strauß pose sa candidature, tandis que la CDU avance le 28 mai celle d’Ernst Albrecht, ministre-président de Basse-Saxe. Les deux candidatures ne pouvant être départagées ni par une commission ad hoc, ni par un collège d’électeurs, la décision doit être prise par le groupe CDU/CSU au Bundestag. En juin, Strauß renouvelle ses menaces de constitution d’un quatrième parti. Le 2 juillet, le groupe CDU/CSU le désigne comme candidat à la chancellerie par 135 voix contre 102 à Albrecht.

Dans son discours de Sonthofen, Strauß prédit l’entrée de la République fédérale dans une grande crise. Il attaque la coalition au pouvoir et le FDP, qu’il qualifie de parti de gauche. Il évoque également la question du terrorisme avec des accents alarmistes. Cette orientation radicale renforce la coalition sociale-libérale, qui répond par une campagne « Stoppez Strauß ».

La CDU/CSU essuie une défaite claire aux élections du 5 octobre 1980, une partie de ses électeurs étant passés au FDP. Strauß voit la fin de ses ambitions fédérales et se replie sur la Bavière en abandonnant l’idée d’un « quatrième parti ». Kohl voit au contraire sa position renforcée au sein de l’Union, qu’il entreprend de rapprocher du FDP. À l’automne 1982, ses efforts sont couronnés du succès : le FDP quitte la coalition sociale-libérale, forme avec la CDU/CSU une nouvelle coalition noire-jaune, et Kohl est élu chancelier fédéral le 1er octobre.

L’ère Kohl[modifier | modifier le code]

Sous la direction d’Helmut Kohl, la CDU/CSU remporte quatre élections successives en 1983, en 1987, en 1990 et en 1994, et gouverne avec le Parti libéral-démocrate au sein d’une coalition noire-jaune. Elle est renvoyée dans l’opposition après seize années au pouvoir lors des élections de 1998.

Les années 2000[modifier | modifier le code]

Élue au poste de président fédéral de la CDU en avril 2000, Angela Merkel connaît cependant des oppositions internes et se retrouve en position difficile pour une candidature à la chancellerie lors des élections prévues en septembre 2002. Friedrich Merz, président du groupe CDU/CSU et à ce titre chef de l’opposition au Bundestag, se déclare dès février 2001, et plusieurs dirigeants du parti commencent à envisager une candidature d’Edmund Stoiber, ministre-président de Bavière et président de la CSU.

Le 11 janvier 2002, Angela Merkel et Edmund Stoiber prennent ensemble ce qu’on appellera le « petit déjeuner de Wolfratshausen » (Wolfratshausener Frühstück), au domicile de Stoiber à Wolfratshausen. Ils décident à cette occasion que Stoiber sera le candidat de la CDU/CSU à la chancellerie.

Le SPD de Gerhard Schröder parvenant à rattraper son retard pendant la campagne, la droite perd de justesse les élections de 2002. L’issue de ces élections est comparable à celle des élections de 1980 en ce qui concerne la primauté au sein de l’Union : le président de la CSU, après un échec électoral, renonce à ses ambitions fédérales, tandis que celui de la CDU voit sa position renforcée pour la candidature suivante. Merkel peut écarter son rival Friedrich Merz et le remplace à la présidence du groupe CDU/CSU, et Stoiber lui laisse la candidature à la chancellerie pour les élections de 2005.

En 2005, la CDU/CSU revient au pouvoir en formant avec le SPD une grande coalition, Angela Merkel devenant chancelière. Il gagne par la suite les élections législatives de 2009 et de 2013.

Les élections fédérales de 2013 sont un succès pour le parti d'Angela Merkel, qui obtient 41,5 % des voix contre 25,7 % à son principal rival, le SPD. Bien que la CDU/CSU n'obtient pas la majorité absolue de cinq sièges, il est en position de force pour constituer le prochain gouvernement[3].

Candidature à la chancellerie[modifier | modifier le code]

La CDU/CSU désigne, depuis la fondation de la République fédérale, un candidat à la chancellerie (Kanzlerkandidat) commun à chaque élection législative fédérale. Il est généralement issu de la CDU, mais le président de la CSU l’a été deux fois.

Liste des candidats de la CDU/CSU à la chancellerie
Nom Parti Occasion Résultat
Konrad Adenauer CDU Élections de 1949 Succès Succès
Élections de 1953 Succès Succès
Élections de 1957 Succès Succès
Élections de 1961 Succès Succès
Ludwig Erhard Succession d’Adenauer en 1963 Succès Succès
Élections de 1965 Succès Succès
Kurt Georg Kiesinger Succession d’Erhard en 1966 Succès Succès
Élections de 1969 Échec Échec
Rainer Barzel Censure constructive en 1972 Échec Échec
Élections de 1972 Échec Échec
Helmut Kohl Élections de 1976 Échec Échec
Franz Josef Strauß CSU Élections de 1980 Échec Échec
Helmut Kohl CDU Censure constructive en 1982 Succès Succès
Élections de 1983 Succès Succès
Élections de 1987 Succès Succès
Élections de 1990 Succès Succès
Élections de 1994 Succès Succès
Élections de 1998 Échec Échec
Edmund Stoiber CSU Élections de 2002 Échec Échec
Angela Merkel CDU Élections de 2005 Succès Succès
Élections de 2009 Succès Succès
Élections de 2013 Succès Succès

Ressources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Saskia Richter, Die Kanzlerkandidaten der CSU: Franz Josef Strauß und Edmund Stoiber als Ausdruck christdemokratischer Schwäche?, Verlag Dr. Kovač, Hambourg, 2004, 171 p. (ISBN 3-8300-1304-3) [présentation en ligne]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Kohl ist total unfähig zum Kanzler », Der Spiegel (ISSN 0038-7452), nº1976/49, 29 novembre 1976
  2. Accord sur le maintien du groupe commun de la CDU et de la CSU pour la 8e législature du Deutscher Bundestag, 12 décembre 1976 [lire en ligne]
  3. Nicolas Barotte, « Angela Merkel en quête d'une coalition », in Le Figaro, mardi 24 septembre 2013, page 6.

Origine du texte[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]