Céramique de la période Jōmon

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Poterie du Jōmon Ancien à décor cordé (5000/4000 avant l'ère commune). Musée national de Tokyo
Poterie du Jōmon moyen (3000-2000 avant l'ère commune) à décor de « flammes » modelées, incisées et excisées. Site de Sasayama[1]. Musée national de Tokyo
Ornement d'oreille (distendue), D. 5 cm. Terre cuite. Jōmon Final, 1000-300. Musée d'Edo-Tokyo
Dogū aux yeux exorbités.. Terre cuite noire, H. 34,3 cm. Jōmon final. Kamegaoka, Préfecture d'Aomori. Musée national de Tokyo [2]
Masque domen. Terre cuite noire, D. 11,5 cm. Jōmon final. Musée national de Tokyo [3]

La céramique Jōmon (縄文式土器, Jōmon-shiki Doki?) est un type de céramique réalisée durant la période Jōmon (approximativement de 17000 jusqu'en 300 avant l'ère commune) de l'histoire du Japon. Le terme « Jōmon » (縄文) caractérise cette période par un type de céramique typique à décor (, mon?) par impression de cordes (, ?), qui a été découvert en 1877 par l'archéologue américain Edward Sylvester Morse.

Chronologie de la période Jōmon[modifier | modifier le code]

La période Jōmon dure jusqu'à environ 300 avant l'ère commune. Elle est divisée en fonction des caractéristiques de la poterie et cela induit certaines variations selon les auteurs. Les subdivisions de cette période, selon des datations approchées, se répartissent ainsi [4]:

  • Proto-Jōmon, 17 000 - 8 000
  • Jōmon Initial, 8 000 - 5 000
  • Jōmon Ancien, 5 000 - 3 000
  • Jōmon Moyen, 3 000 - 2 000
  • Jōmon Récent, 2 000 - 1 000
  • Jōmon Final, 1 000 - 300

La poterie[modifier | modifier le code]

Les plus anciennes poteries au Japon... et dans le monde ?[modifier | modifier le code]

Les poteries fabriquées dans l'ancien Japon au cours de la période Jōmon sont les plus anciennes poteries au Japon mais aussi parmi les plus anciennes au monde. Certaines poteries de la période Proto-Jōmon remontent ainsi à environ 16500 ans, et sont quasi-contemporaines ou de peu postérieures aux premiers essais de poterie en Chine. Les sites chinois de Yuchanyan (Hunan), Zengpiyan (Guangxi) et de Xianrendong (Jiangxi), vers 17000/16000 avant l'ère commune, sont dans l'état actuel de nos connaissances (en 2011), les sites les plus anciens de poterie dans le monde; sensiblement à égalité -voire plus anciens de quelques millénaires[5]- avec des sites correspondants au Japon de la période Jōmon, sur les sites de Simomouchi et d'Odai Yamamoto datés 17000 et 15000 avant l'ère commune[6]. Il existe plus de 80 sites au Japon où des poteries du Proto-Jōmon ont été découvertes[7].

Ces toutes premières poteries sont réalisées sans aucun décor. Le décors cordé qui a donné son nom à la période apparait ensuite. En l'absence de tour, les poteries d'usage quotidien étaient réalisées selon la technique du colombin, à partir d’un cordon de glaise enroulé en spirale, ou bien de plusieurs cordons en anneaux superposés. La poterie est ensuite simplement séchée puis cuite dans les cendres d'un foyer (le four n'existant pas encore).

Caractéristiques des poteries[modifier | modifier le code]

La majorité des poteries Jōmon ont des fonds arrondis et les vaisselles sont généralement petites. Ces poteries sont probablement utilisées pour la cuisson des aliments et sont peut-être placées au sein même du foyer[9].

  • À l'époque du Proto-Jōmon les potiers parviennent à monter au colombin des formes simples, équilibrées, utilitaires à la surface plus ou moins régulière. Les sites, souvent dans des grottes, n'ont livré que de rares exemplaires. La température de cuisson n'atteint pas les 600 °C. À l'époque du Proto-Jōmon les poteries sont réservées à la cuisson des aliments. En l'absence de tour, on peut monter une poterie au colombin à partir d’un cordon de glaise enroulé en spirale, ou bien de plusieurs cordons en anneaux superposés. La poterie est ensuite simplement séchée puis cuite dans les cendres d'un foyer (le four n'existant pas encore).
  • Au Jōmon Initial les potiers savent atteindre ces 600 °C. Les premiers décors apparaissent. D'ailleurs la dénomination « Jōmon » (縄文) signifie précisément « impression de corde », principale méthode décorative des poteries que le premier archéologue, américain, Edward Morse, a découvert en 1877 sur l'amas coquillier d'Omori, un village situé à proximité de Tokyo à cette époque[10]. Le motif décoratif est produit en imprimant une corde dans l'argile avant qu'elle ne soit portée à environ 600-900 degrés Celsius[11]. Cette pratique peut être comparée à celle de la Culture de la céramique cordée, culture européenne préhistorique également caractérisée par des poteries avec impression de corde, ou plus exactement de cordelette, mais où celle-ci est enroulée autour de la poterie fraîche et pressée, tandis que dans le cas de la céramique Jōmon il s'agit d'une corde tressée (comme un « scoubidou ») que l'on fait rouler sur la surface de la poterie. Cette technique est dite « à la roulette »[12] pour les spécialistes de poteries traditionnelles africaines[13].
Au Jōmon Initial elles servent toujours à la cuisson mais souvent, aussi, au stockage de nourriture. Les plus grandes mesuraient 1 m de haut et près de 70 cm de diamètre.
  • Au Jōmon Moyen elles sont déposées dans les sépultures. Ces poteries sont bien plus élaborées, atteignent même des sommets en tant que créations artistiques au Jōmon Récent. Les bords des pots deviennent beaucoup plus complexes et décorés d'ornements graphiques[11]. Les ornements totalement exubérants des récipients du Jōmon Récent, avec leurs motifs de « fammèches » en haut relief, les rendaient non fonctionnels, en tout cas pour un usage utilitaire [14], mais cela les qualifiait pour une fonction autre, probablement. Ce sont les objets du Jōmon les plus célèbres et les plus souvent reproduits, mais ils restent néanmoins tout à fait énigmatiques.
  • Au Jōmon Récent et Final (2000-300) si les décors incisées et imprimés restent prédominants dans le centre et le nord, on voit apparaitre un style nouveau et sans décor dans l'île de Kyushu, au sud, avec une poterie noire et brillante[14]. La poterie ayant été soigneusement polie elle est ensuite cuite en réduction, et on ne peut s'empêcher de faire la comparaison avec la poterie de la culture de Longshan du Shandong (2600-1900), elle aussi noire par sa cuisson en réduction et soigneusement polie au point d'atteindre l'épaisseur d'une coquille d'œuf! C'est d'ailleurs aussi la période qui voit l'introduction de la riziculture humide, précisément dans l'île de Kyushu, en provenance probable de la Chine, selon un trajet qui serait passé par la Corée[15]. Certaines formes introduites dans la poterie de cette époque annoncent celles de la période Yayoi.

La plastique céramique : statuettes et masques[modifier | modifier le code]

Distinct de la poterie, l'art céramique du Jōmon moyen et surtout final se distingue par d'innombrables variantes sur des motifs de figurines essentiellement féminines (dogū) et des masques (domen) de terre cuite[16]. Les petites statuettes, d'une vingtaine de centimètres de hauteur, sont considérées comme des trésors nationaux au Japon. La stylisation très poussée de ces figurines donne lieu à des jeux formels complexes mais chaque fois parfaitement cohérents du point de vue plastique : jeux de formes aux courbes tendues et couvertes de zones striées, aux grands yeux ronds; jeux de formes rondes et couvertes d'arabesques proliférantes, contrastant avec de grands yeux immaculés, clos d'un unique trait horizontal[17] .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Paul Demoule 2004, p. 187
  2. Shimizu 1997, p. 20-21 Cette figurine est une icône de l'archéologie japonaise depuis sa découverte en 1886 et elle est restée probablement la plus célèbre de toutes. : The Power of DOGU 2009, p. 124
  3. Shimizu 1997, p. 18-19
  4. Jean-Paul Demoule 2004, p. 182. Les dates les plus anciennes des céramiques découvertes depuis 2004 ont été intégrées au Proto-Jōmon en en repoussant la date initiale vers 17000. Publication antérieure: Hall, M. E. Pottery Styles during the Early Jomon Period: Geochemical Perspectives on the Moroiso and Ukishima Pottery Styles. Archaeometry 43, no 1 (2001): 59-75. Database on-line. Academic Search Complete, EBSCOhost; consulté le 5 octobre 2007.
  5. Alain Testart, Avant l'histoire : L'évolution des sociétés de Lascaux à Carnac, NRF-Gallimard 2012, p.38, note 1
  6. Jean Guilaine, Caïn, Abel, Ötzi : L'héritage néolithique, Gallimard, 2011. Page 149. Ainsi que Li Liu, pour plus de précision, dans La révolution néolithique dans le monde, sous la direction de Jean-Paul Demoule, Inrap, 2009, page 67.
  7. Kuzmin, Yaroslav V. “Chronology of the earliest pottery in East Asia: progress and pitfalls.” Antiquity 80, (2006): 362-371. Database on-line. EBSCOhost; consulté le 3 octobre 2007. Recherches conduites de 1988 à 2005 sur les datations les plus anciennes alors. Mais des découvertes ultérieures ont donné lieu à des publications auxquelles font référence Li Liu 2009, Jean Guilaine 2011 et Alain Testard 2012, op. cit..
  8. Notice du musée
  9. Pearson, Richard, Debating Jomon Social Complexity, Asian Perspectives 46, no 2 (2007): 361-388. Database on-line. Project Muse; consulté le 5 octobre 2007.
  10. Jean-Paul Demoule 2004, p. 180
  11. a et b Rice, Prudence M. On the Origins of Pottery. Journal of Archaeological Method and Theory 6, no 1 (1999) : 1-54. Database on-line. Springerlink; consulté le 3 octobre 2007.
  12. [1] CNRS : Motif-Impression roulée avec une roulette cordelette entrelacée à entrelacs unilinéaires autour de plusieurs éléments passifs : plateau de Bandiagara (Mali), Deuxième millénaire avant l'ère commune, Néolithique récent.
  13. Jean-Paul Demoule 2004, p. 182 : « Les premières poteries Jomon et le contexte continental ».
  14. a et b Jean-Paul Demoule 2004, p. 186
  15. Jean-Paul Demoule 2004, p. 197
  16. Shimizu 1997, p. 19-21
  17. Jean-Paul Demoule 2004, p. 192-193
  18. Site : Minamihatori Nakanogoki I, Préfecture de Chiba. Conservation: Narita City Board of Education. : The Power of DOGU 2009, p. 156
  19. Argile de bonne qualité, soigneusement polie, contenant des paillettes de mica. Trésor National. : The Power of DOGU 2009, p. 92-93
  20. Similaire à l'exemplaire Musée national de Tokyo reproduit dans The Power of DOGU 2009, p. 114
  21. Terre modelée, avec appliqués (nez, bouche, yeux et sourcils), piqueté (bouche) comme si la figure portait un masque. Trouvé brisé sur le sol d'une habitation semi-souterraine. Reproduite avec notice dans: The Power of DOGU 2009, p. 90-91
  22. Conservation: Agency for Cultural Affairs. Bien culturel important. « Rituel funéraire » in: The Power of DOGU 2009, p. 161

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christine Shimizu, L'art japonais, Paris, Flammarion,‎ 1997, 495 p. (ISBN 2-08-012251-7) : L'époque Jōmon : Les premières céramiques : p. 14-22
  • Jean Guilaine (dir.), Aux marges des grands foyers du Néolithiques : Périphérie débitrices ou créatrices ? : Séminaire du Collège de France, Paris, Errance,‎ 2004, 294 p. (ISBN 2-87772-294-5). Avec la participation de Jean-Paul Demoule : Aux marges de l'Eurasie: Le Japon préhistorique et le paradoxe Jomon  : p. 177-202
  • (en) Simon Kaner (dir.), The Power of DOGU : Ceramic Figures from Ancient Japan, London, The Trustees of the British Museum,‎ 2009, 175 p. (ISBN 978 0 7141 2464[à vérifier : ISBN invalide]).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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