Burgfrieden

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Le Burgfrieden (littéralement paix des forteresses) est un concept utilisé pour caractériser la mise en arrière-plan des conflits de politique intérieure et des confrontations économiques en Allemagne pendant la Première Guerre mondiale. En France, c'est le concept d'Union sacrée qui est utilisé.

Naissance[modifier | modifier le code]

Le chancelier Bethmann-Hollweg (1917)

Le 4 août 1914 à Berlin, l'empereur Guillaume II réunit les représentants de tous les partis siégeant au Reichstag et proclame dans un discours :

« "Je ne connais plus de partis, je ne connais que des Allemands ! Comme preuve du fait qu'ils sont fermement décidés, sans différence de parti, d'origine ou de confession à tenir avec moi jusqu'au bout, à marcher à travers la détresse et la mort, j'engage les chefs des partis à avancer d'un pas et de me le promettre dans la main »"[1].

Ces phrases formulées par Bethmann Hollweg remportent un franc succès chez les parlementaires, même au sein de la majorité du parti d'opposition qu'est le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD). Et la plupart des députés vont y adhérer. Une des raisons centrales en est le fait que le gouvernement est parvenu pendant la crise de juillet à convaincre l'opinion que l'Empire allemand se trouvait face à une guerre défensive contre la Russie. Il en va de même pour une grande partie de la SPD et des syndicats. Le Reichstag vote alors pour les crédits de guerre nécessaires[2].

La Commission générale des syndicats allemands avait déjà proclamé le 2 août qu'elle renoncerait pendant la guerre aux grèves et aux hausses de salaire. Il en va de même pour les Gewerkvereine et les syndicats chrétiens. Le Reichstag décide le 4 août de renoncer à de nouvelles élections après la fin de la législature et même à des élections complémentaires. Pendant la guerre, il renonce même à des séances plénières publiques. Même la presse cesse les attaques publiques contre le gouvernement et met en place une auto-censure. Toutefois, la proclamation de l'état de guerre mène à des mesures de censure contre la presse.

Effet du Burgfrieden au sein du SPD[modifier | modifier le code]

Si le SPD avait organisé des manifestations de masses pour la paix quelques jours auparavant, sa position change fortement après le déclenchement du conflit. Les pacifistes et les hommes politiques engagés pour la lutte des classes et l'internationalisme comme Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont alors isolés. Les réformistes convaincus comme Eduard David, Wolfgang Heine et Ludwig Frank parviennent à imposer le vote des crédits de guerre dans le court moment entre le début de la guerre le 1er août et la décision du Reichstag le 4 août 1914. Le SPD et avant tout son aile droite utilisent l'occasion pour faire cesser l'accusation selon laquelle les sociaux-démocrates sont sans patrie.

Ce n'est que peu à peu que s'impose une position différenciée. Ainsi, Karl Liebknecht vote contre les crédits de guerre lors de la deuxième séance et porte ainsi le premier coup contre le SPD. Le peu d'opposants à la guerre au sein du SPD se regroupent le 5 août au sein du Gruppe Internationale d'où naîtra le groupe Spartacus en 1915 puis la Ligue spartakiste en 1918. Ils aspirent à une révolution socialiste qui doit également éviter les guerres futures de manière efficace.

Le Parti social-démocrate indépendant d'Allemagne (USPD) est fondé peu de temps après. En décembre 1914 Karl Liebknecht refuse de voter les crédits de guerre, Otto Rühle fait de même en janvier 1915. Le 30 mars 1915, Otto Rühle vote à nouveau, en commun avec Liebknecht, contre les crédits de guerre lors de la troisième séance. Au cours de la guerre, le nombre des membres du SPD se prononçant contre la guerre devient de plus en plus important.

Quelques mois plus tard, les socialistes qui ne se reconnaissent plus dans l'action de leur parti se réunissent à Zimmerwald.

Perte de vitesse du Burgfrieden[modifier | modifier le code]

Avec l'allongement de la guerre et la victoire qui se fait attendre, le Burgfrieden s'effrite. Depuis 1915 déjà, la situation alimentaire et la lassitude font éclater les premières grèves et manifestations. La fin du Burgfrieden politique se situe en 1916 où la question des buts de guerre est discuté aussi dans l'opinion publique. Parallèlement aux représentants d'une paix de conciliation apparaissent les partisans des annexions comme le Deutsche Vaterlandspartei. Les troubles sociaux en particulier au sein du monde ouvrier se renforce à mesure que la guerre se prolonge. Les syndicats ont beaucoup de difficultés à garder le mouvement sous contrôle.

Scission du SPD et création des spartakistes[modifier | modifier le code]

La résistance des opposants au Burgfrieden contre la guerre comme Rosa Luxemburg et Clara Zetkin mène à leur exclusion du parti, de Liebknecht et d'autres membres[3]. Beaucoup d'opposants au Burgfrieden dont Liebknecht et Luxemburg sont condamnés en 1916 à des peines de prison et cette même année se forme le "Gruppe Internationale", qui donnera naissance à la Ligue spartakiste. Avec d'autres groupes révolutionnaires de gauche, le Parti communiste d'Allemagne est fondé à partir du groupe spartakiste au cours de la Révolution allemande de 1918-1919. C'est ainsi que la social-démocratie s'est trouvée définitivement divisée entre un groupe orienté vers les réformes et un autre vers la révolution. Jusqu'en 1922, l'USPD est déchirée entre ces deux pôles et ne joue par la suite aucun rôle important au sein de la République de Weimar.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de)« Ich kenne keine Parteien mehr, ich kenne nur noch Deutsche! Zum Zeichen dessen, dass Sie fest entschlossen sind, ohne Parteiunterschied, ohne Stammesunterschied, ohne Konfessionsunterschied durchzuhalten mit mir durch dick und dünn, durch Not und Tod zu gehen, fordere ich die Vorstände der Parteien auf, vorzutreten und mir das in die Hand zu geloben. » Cité dans : Ernst Reventlow, Von Potsdam nach Doorn, Klieber, 1940, p.449.
  2. (de) Wilhelm Loth, Das Deutsche Kaiserreich. Obrigkeitsstaat und politische Mobilisierung, München, 1997.
  3. (de) Volker Depkat, Lebenswenden und Zeitenwenden : Deutsche Politiker und die Erfahrungen des 20. Jahrhunderts, München, 2007, p.270.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Susanne Miller, Burgfrieden und Klassenkampf. Die deutsche Sozialdemokratie im Ersten Weltkrieg (Beiträge zur Geschichte des Parlamentarismus und der politischen Parteien, Bd. 53), Düsseldorf, 1974.
  • (en) Wolfgang Kruse, Krieg und nationale Integration: eine Neuinterpretation des sozialdemokratischen Burgfriedensschlusses 1914/15, Essen, 1993.