Bungalow U.K.100

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Bungalow U.K.100, "Britain House"
Notice de montage des UK 100(Archives de Fontainebleau)
Notice de montage des UK 100(Archives de Fontainebleau)
Présentation
Type Bâtiment provisoire
Date de construction À partir de 1942
Destination initiale Logement d’urgence provisoire
Propriétaire Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme
Géographie
Pays France
Localisation

Les bungalows « UK 100 » (UK pour United Kingdom, 100 pour le nombre de pièces dont le bungalow est constitué), appelés aussi « britain house », ou « baraque américaine », sont produits dès 1942 aux États-Unis en carton renforcé et bois par quatre usines dont « The city lumber company » située à Bridgeport, Connecticut. Ils sont proposés par le ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme (MRU) dès 1945, pour reloger les populations sinistrées dans le cadre de la reconstruction de la France à la suite de la Seconde Guerre mondiale.

Plan d'aménagement d'un UK100

Histoire et architecture[modifier | modifier le code]

Opérations de montage & aménagement intérieur des l'UK 100
Une famille recevant son UK100

Le modèle UK 100, maison préfabriquée, ou bungalow, pour le Royaume-Uni, est né de la collaboration entre le « Building Research Establishment », et « l’agence nationale de l'habitation » des États-Unis entre 1942 et 1945. 30 000 exemplaires étaient prévus afin d’atténuer la pénurie aiguë de logements en raison du « Blitz ». (Campagne de bombardements stratégiques durant la Seconde Guerre mondiale menée par l'aviation allemande, contre le Royaume-Uni. Elle toucha principalement Londres mais également Coventry, Plymouth, Birmingham et Liverpool. Près de 3,75 millions de Britanniques évacuèrent Londres et les principales villes). M. Seaver, commissaire adjoint fédéral américain de la régie du logement public, et WSchenker, directrice des refuges pour les réfugiés étrangers de l’agence Fédérale du logement public, sont désignés pour suivre la production, les détails de constructions ainsi que les conditions de production aux États-Unis et de construction au Royaume-Uni. Le programme fait partie des premières expériences internationales de « project management », technique ayant pour principal objectif de faciliter l’innovation et l’expérimentation ainsi que la tenue des délais dans la conception et la livraison et répondant au célèbre adage « Time is Money ». Les bungalows seront construits par quatre usines dont « City Lumber Compagny » à Bridgeport (Connecticut) et « Longfellow Buildings » à Portola (Californie), qui mettent en œuvre un procédé d’ossature bois remplie de matériaux isolants et plaquée d’Isorel, le tout ignifugé. Les panneaux de toit assez lourds et étanchéifiés grâce à des bandes bitumées permettent de garantir une stabilité à cet ensemble léger. Ses concepteurs ont montré une grande habileté et ingéniosité en élaborant le design d’une maison normalisée et usinée avec une triple problématique ; une restriction de matériaux imposée ; la mise au point d’un conditionnement adapté à l'économie des espaces maritimes (les maisons sont envoyées par bateaux) et enfin la possibilité de construire entièrement manuellement les maisons avec un minimum de main-d'œuvre (les grues sont nécessaires uniquement pour le déchargement sur le site).

Pensée comme une boîte claire, avec des plafonds bas, une surface vitrée représentant 1/3 des façades, orientée pour une gestion optimale de la température. Homogène et rationnelle, sans perte d’espace, les baies vitrées s’ouvrent à l’extérieur et sont protégées par une avancée du toit. Elles alternent avec des fenêtres hautes afin de pouvoir placer des meubles au-dessous. Une rationalisation complète jusqu’à son propre nom « UK » pour United-Kingdom et 100 pour le nombre de pièce dont le puzzle est constitué !Dotée de tout le confort moderne, d'une puissance visuelle démesurée, elle figure l'idéal américain et se place à la hauteur esthétique des luxueuses villas de la Côte Ouest des États-Unis.Une position idéale pour figurer dès mai 1945 dans les plus prestigieuses revues d’architecture anglo-saxonnes. Un lancement de produit réussi et accompagné d’une opération de communication hors normes ; le montage simultané de deux prototypes le 5 mars 1945. L’un à Scott Circle, non loin des pelouses de la Maison Blanche à Washington, l’autre dans les jardins de l’institut de recherche sur l’architecture, situé à Garston dans la banlieue de Liverpool, au Royaume-Uni.
Les maisons seront fournies sous prêt-bail, contracté auprès de l’administration économique étrangère des États-Unis et distribuées par « l’agence nationale de l'habitation » et des entrepreneurs privés. Des livraisons régulières doivent commencer au mois de mai 45 et s’étaleront jusqu’au début de 1946. En août 1945, alors qu’environ le ¾ des maisons ont été réservées, et que 8150 unités ont été produites, le programme rencontre des problèmes financiers. En effet, les estimations de coûts indexées sur le prix des matériaux et de production de maisons traditionnelles varient considérablement au moment où la guerre mondiale se termine. L’opération de prêts-bails devient caduque et est annulée. Dès lors les frais généraux encourus augmentent considérablement, environ +70% ! Un bungalow auraient dû être fourni à un coût de £ 800 par unité, un prix qui comprenait un droit de douane de 210 £. Après l’annulation du prêt-bail la totalité du coût est porté à £ 1330, y compris les droits de douane. Sur les 8150 unités déjà livrées ou prêtes à être expédiés, 165 unités déjà allouées aux autorités locales du Royaume-Uni sont acceptées, et l'ordre restant annulé. Les 7985 unités restantes sont vendues au Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme et expédiées en France.

Très différente des baraquements d’urgence de conception européens et de construction sommaire, la maison américaine impressionne avec sa ligne, son toit plat, ses grandes baies vitrées, alors qu’à l’époque le verre manque totalement en France ! Ses pièces séparées, deux chambres un séjour une salle de bain et WC intérieurs, une cuisine intégrée ou la théorisation du parcours idéal d’un ustensile de cuisine est reine. Du jamais vu ! Des surfaces lisses, du linoléum, pour un entretien facile, une hauteur certaine pour pouvoir passer l’aspirateur dans avoir à se pencher. Un objet futuriste et un idéal pour le Français car l'espoir du pavillon est déjà dans la majorité des têtes alors que se dessine un contraste saisissant avec les projets de reconstruction en immeubles collectifs. Si des expériences ponctuelles sont menées dans la cité expérimentale de Noisy-le-Sec, le pavillon rêvé par le plus grand nombre se réduit pourtant au baraquement provisoire équipé d'un simple point d'eau et d'un unique poêle à charbon… Dans la pratique, les infrastructures de villes détruites ne permettent pas de relier la maison au réseau d’eau, et la baignoire, objet de tous les fantasmes qui représentait à elle seule tout l’esprit novateur de cette maison, servait en priorité au lavage du linge,permettant d'éviter le lavoir public. Parfois et accessoirement pour le bain avec de l'eau tiédie en hiver par un serpentin qui passait dans le poêle de la salle à manger ou sur le fourneau de la cuisine. Mais également pour le stockage de pommes de terre, de lapins, ou de charbon… Quant aux WC, bien des sinistrés ont envié ceux installés dans les américaines ; ce qui n'était pas le cas pour d'autres constructions qui disposaient d'une cabane pour 4 baraques ou un bloc sanitaire pour toute la cité provisoire. De plus, peu adaptées au climat du nord-ouest de la France, avec leurs toitures plates et leurs grandes baies-fenêtres sans volets, les intempéries puis la chaleur disloquent rapidement les toitures et l’eau pénètre par les fentes. Elles font rapidement l’objet de critiques et demandent des adaptations constantes et coûteuses ; le percement de nouvelles évacuations correspondant aux diamètres des tuyaux français, l’adaptation des prises électriques, ou bien encore le recouvrement de l’Isorel par du coltard, suivi de plaques de fibro, ou de bardages, la création de sur-charpentes pour accentuer l’inclinaison des toitures… Cette maison pourtant fruit d’un idéal architectural montre un décalage tragique avec les réalités quotidiennes de la reconstruction de la France à la fin des années 1940…

Conservation[modifier | modifier le code]

En 2012-2013 l'association Ploemeuroise (Lorient) Mémoire de Soye, labellisée par la Fondation du Patrimoine, épaulée par l'Union REMPART et les collectivités locales, a démonté, déplacé, remonté et restauré un UK100 dans le but de sa conservation et de son ouverture au public en mai 2014.

UK100 situé 253bis cité de Soye, destiné à une ouverture au public en 2014

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean-Claude Duquenoy, Cartonville la Cité Lesieur, t. livre 1, Calais, Éd. Centre Social Espace Fort,‎ 2007, 1e éd.
  • Mickaël Sendra (préf. Roland Delalee (+), anc. habitant de la baraque 204, président du PLL), Mémoires de Soye : de château en baraques, Plœmeur, Éd. Mémoire de Soye,‎ juillet 2009, 2e éd. (1re éd. 2004) (ISBN 2-9525071-0-4)
  • (en) Brenda Vale, Prefabs: The history of the UK temporary housing programme, Taylor & Francis,‎ août 1995

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bungalow américain UK 100 Le Home s/Mer commune de VARAVILLE (Calvados)

Liens externes[modifier | modifier le code]