Bulgarie ottomane

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La Bulgarie ottomane est la période de l'histoire de la Bulgarie marquée par la domination ottomane. Cette période s'étend de la conquête du deuxième État bulgare en 1396 jusqu'à la guerre russo-turque de 1877-1878.

Histoire[modifier | modifier le code]

La conquête et le joug ottoman[modifier | modifier le code]

Empire ottoman en 1801.

Comme dans le reste des Balkans, la Bulgarie subit une longue et douloureuse période d'occupation pendant laquelle les libertés furent le plus souvent bafouées alors que les populations subissaient le joug de l'occupant. Pour les Bulgares, cette période est certainement la plus sombre de leur histoire.

Incapables de résister à l'Empire ottoman, les cinq royaumes slavo-bulgares tombent les uns après les autres aux mains des Ottomans. Derniers à tomber, Trnovo est conquise en 1393, Vidin en 1396 et la Dobrogée (en bulgare Dobroudja) en 1421. La position géographique de la Bulgarie, l'importance relative de sa population ainsi que le peu d'intérêt que lui portaient les puissances occidentales en ont fait une province de l'Empire ottoman pendant près de cinq siècles, de 1396 à 1878. La Bulgarie, annexée à l'Empire ottoman, n'est alors qu'une province administrée par les sultans d'Istanbul sous la tutelle religieuse du Patriarcat de Constantinople. Le pays perd son indépendance mais aussi son nom et sa capitale : les Ottomans n'emploient que le mot Roumélie (en turc Rumeli qui signifie "pays des Romains", c'est-à-dire pris aux latinophones). Un système féodal strict y fut établi, afin de contrôler de près cette région proche d'Istanbul et donc stratégiquement essentielle. Mosquées et minarets se multiplient au fil de la colonisation ottomane et de l'islamisation d'une partie des Slaves (Pomaques). Sur les côtes, les Grecs demeurent à Nessebar, Obzor et Varna.

Pur sang arabe du haras Kabyuks près de Choumen. Créé par les Ottomans pour les besoins de l'armée, cet élevage fournissait 1300 chevaux par an.

Quelques églises sont rasées[1] et c'est autour de la religion chrétienne, dans les montagnes, que la résistance[2] s'organisa, le plus souvent grâce aux monastères qui vivaient repliés sur eux-mêmes pour éviter les représailles, mais qui entretenaient le culte de la nation bulgare. La période ottomane permit aussi l'accès à l'indépendance de l'Église Bulgare. Échappant à la tutelle du Patriarcat œcuménique de Constantinople, dominé par les Grecs, les religieux orthodoxes bulgares ont instauré l'exarchat Bulgare en 1870 avec le consentement de la Sublime Porte et sous les pressions russes. Le siège de l'exarchat demeura à İstanbul jusqu'en 1913 dans le quartier de Şişli.

« Le Pays que les Bulgares habitent serait un jardin délicieux si l'oppression aveugle et stupide de l'administration turque les laissait cultiver avec un peu plus de sécurité : ils ont la passion de la terre »

— Lamartine Voyage en Orient (écrit à Plovdiv)

La renaissance bulgare[modifier | modifier le code]

Vers la deuxième moitié du XVIIIe siècle, avec le développement de l'économie et le commerce et le déclin de la force militaire turco-ottomane, une nouvelle génération de Bulgares surgit. Les plus éminents personnages de cette véritable Renaissance tardive "à la bulgare" sont le moine Païssii, Petar Beron, Kolio Ficheto (le plus grand architecte de l'époque), Gueorgui Rakovski, le poète Hristo Botev (tué en 1876), Georgi Benkovski, Liuben Karavelov et Stefan Stambolov. Isolés dans leurs montagnes, les monastères deviennent de vrais foyers de résistance contre les Ottomans. De nombreux nationalistes y trouveront refuge. Parmi eux, le plus célèbre des héros révolutionnaires, Vassil Levski, sera pendu à Sofia. D'autres tels le diplomate et journaliste Aleksandăr Eksarh tentent une voie pacifique vers l'indépendance, par une politique d'influence en direction de la Sublime Porte et des grandes puissances. Une importante presse bulgare se développe dans les milieux de l'émigration, notamment à Bucarest et Constantinople (Carigradski vestnik, Le Courrier d'Orient), qui réclame principalement une église bulgare indépendante du patriarcat de Constantinople.

Les révoltes au XIXe siècle et la guerre de libération russo-turque de 1877-1878[modifier | modifier le code]

La grande révolte éclatera en avril 1876. Vouée à l'échec malgré plus de 30 000 morts, elle provoqua une réaction très vive dans toute l'Europe et jusqu'aux États-Unis.

« On massacre un peuple. Où ? En Europe. Ce fait a-t-il des témoins ? Rien qu'un témoin, le monde entier. Les gouvernements l'aperçoivent-ils ? Non ! Aura-t-il une fin, le martyre de ce peuple héroïque ? Il est grand temps que la civilisation l'interdise »

— Victor Hugo devant le Parlement français en août 1876

En 1877-1878, la Russie et la Roumanie mènent à bien une nouvelle guerre contre les Turcs qui se terminera par la libération de la Bulgarie. Le Traité de San Stefano en 1878 crée la Grande Bulgarie du Danube à la mer Égée et assure à la Russie la mainmise sur les détroits du Bosphore et des Dardanelles.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Selon l'expression consacrée, à cette période les églises ne devaient pas dépasser la hauteur d'« un Turc sur son cheval »
  2. La légende des combattants de la liberté, les haïdouks, est encore louée dans les chansons populaires bulgares