Buffet d'orgue
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Le buffet d'orgue est la structure de menuiserie dans laquelle sont renfermés, notamment, les tuyaux et les sommiers. Il constitue la partie visible de l'instrument.
Le buffet, dont les deux fonctions initiales sont de cacher et protéger, joue également un rôle essentiel de porte-voix et de résonateur ; il constitue souvent chez les anciens une œuvre d’ébénisterie très travaillée témoignant du style de son époque et de son lieu d'implantation, alternant parties de menuiserie richement sculptée et espaces occupés par les tuyaux de montre disposés en plate-faces et tourelles de nombre varié (2, 3, ou plus). Le buffet de l'orgue devient une œuvre à part entière; souvent dessinée par un architecte et effectuée par un ébéniste ou huchier différent du facteur d'orgue[1].
Pour de multiples raisons, historique, musicale et esthétique, lorsqu'on essaye de reconstituer l'histoire d'un orgue, on constate très souvent que, sauf destruction ou incendie, l'ébénisterie et à proprement parler le buffet lui-même, peut avoir une durée de vie bien supérieure à la partie instrumentale. En d'autres terme, un même buffet pourra traverser les siècles et contenir tour à tour une instrumentation baroque, puis classique, puis romantique, voire néoclassique, puis à nouveau baroque « reconstituée » au cours de la période du « retour à l'ancien ».
Aussi n'y a-t-il rien d'étonnant, même si l'on peut le déplorer, de trouver bon nombre d'instruments présentant de splendides buffets, richement décorés, agrémentés de sculptures parfois monumentales, en particulier s'ils ont été construits aux XVIIe et XVIIIe siècles, mais contenant un instrument complètement anachronique, sans rapport avec l'esthétique du buffet.
Dans la facture moderne, le buffet est souvent assez dépouillé et tend à mettre en valeur les tuyaux de montre comme principal élément décoratif. Il va même parfois jusqu’à disparaître durant quelques décennies, des années 1930 à 1960.
On retiendra néanmoins que la fin du XXe et le début du XXIe siècle marquent un renouveau dans la manière de concevoir le buffet d'orgue. On essaye de donner à l'orgue des formes en adéquation avec les tendances de l'architecture moderne, non plus dans le dépouillement mais dans le fonctionnel combiné à l'esthétisme. Oubliées les sculptures d'angelots et de guirlandes de fleurs, on prend désormais des libertés avec le symbole, à l'exemple du buffet en forme de main conçu par Kleuker en 1978 pour l'Alpe-d'Huez, et surtout, le buffet en forme de vaisseau spatial conçu et construit en 2006 par Bruno Decaris pour la cathédrale d'Évreux, ou bien le buffet « éclaté » dessiné par l'architecte Frank Gehry et construit en 2003 par Manuel Rosales et Glatter-Götz pour l'orgue du Walt Disney Concert Hall.
Sommaire |
Évolution historique[modifier]
Antiquité et Moyen Âge[modifier]
L'aspect décoratif de l'hydraule, ancêtre de nos orgues actuels, n'était pas négligé d'après les représentations qui nous sont parvenues. Les contemporains présents à la cour de Constantinople relatent également des orgues utilisés par les partis et recouverts de métal précieux: or, argent et pierres précieuses.
Après la réintroduction de l'orgue en Occident et son utilisation dans les monastères et paroisses, l'instrument est monté en tribune. La protection de la tuyauterie s'effectue alors pas une tenture abaissable ou courtine, comme le rapporte Théophile.
Buffets à la Renaissance[modifier]
Les premiers buffets en bois comprennent une simple plate-face que les tuyaux en métal animeront. Le bois peut être peint ou doré. les plus anciens exemplaires conservés datent du XVe siècle.
Au XVIe siècle vont apparaître les tourelles, d'abord sur le même plan que le reste de la façade, elles vont progressivement créer une avancée. Dans un premier temps leur forme sera celle dite en tiers-point.
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Église Saint-Jacques, 1504, Lübeck, Allemagne
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Demnark : Cathédrale de Roskilde, Hermean Raphaelis, 1554, Danemark
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Cathédrale Notre-Dame, 1489, Strasbourg, France
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Orgue du facteur Alexandre des Oliviers, 1526, Cézy, France
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Basilique de Valère, vers 1430, Sion, Suisse
Buffets au XVIIe siècle[modifier]
Les tourelles arrondies vont rythmer l'espace en alternant avec les plate-faces. Les buffets peuvent être composés de meubles distincts représentant les différents plans sonores de l'instrument. Par exemple, un meuble de taille plus réduite, le positif (de dos), se voit placé en bord de tribune tandis que le meuble principal est en retrait. La décoration joue sur l'alternance des formes, les sculptures et les encorbellements. La terminologie des buffets emprunte à celle de l'architecture.
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Église des Prédicateurs, Erfurt, Allemagne
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Église de Santo Tomás, Covarrubias, Espagne
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Église Notre-Dame de Saint-Thégonnec, France
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Église Saint-Miliau, facteur Thomas Dallam, Guimiliau, France
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Basilique Santa Maria Maggiore, facteur Antegnati, Bergame, Italie
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Basilique Saint-Jean-de-Latran, Rome, Italie
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Basilique de Leżajsk, Pologne, 1680
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1698, Copenhague, Danemark
Buffets au XVIIIe siècle[modifier]
Les styles rococo et classique se retrouvent dans les plans et décoration des buffets. Les possibilités techniques et l'étendue des claviers augmentée imposent également un agrandissement des buffets plus anciens, par exemple avec l'ajout de tourelles latérales.
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Cathédrale de la Sainte-Trinité, Johann Gottfried Silbermann, 1755, Dresde, Allemagne
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1732, Itzgrund, Allemagne
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Cathédrale Notre-Dame, le buffet contient un orgue du XIXe de Schyven, Anvers, Belgique
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Monastère royal de las Huelgas, 1706, Burgos, Espagne
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Église Santa María la Mayor, Montblanc, Espagne
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Cathédrale Sainte-Cécile, Christophe Moucherel, Albi, France
Buffets au XIXe siècle[modifier]
Les possibilités techniques (tractions pneumatiques, postages des basses, machine barker, alimentation en vent...) permettent d'unifier le meuble. Parfois le positif disparaît ou se voit vidé de sa tuyauterie. La facture régionale tend à s'éclipser au profit d'un style plus universel, souvent néogothique.
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Sydney Town Hall, William Hill, 1890, Sydney, Australie
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Église Saint-Eustache, 1849, Paris, France
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Cathédrale Saint-Étienne, 1848, Châlons-en-Champagne, France
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Eglise de Schijndel, Pays-Bas
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Église Saint Stanislas, Friedrich Ladegast, 1876, Poznań, Pologne
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Église Sainte Marie la Vierge, Middleton, Royaume-Uni
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Église Saint-Jean, 1879, Schaffhouse, Suisse
Buffets au XXe siècle[modifier]
Le buffet revient vers une certaine simplicité, durant quelques années (1930-1970 environ), il disparaît même complètement pour laisser l'aspect décoratif aux seuls tuyaux. En fin de ce siècle, le buffet réapparait plus dépouillé, mais reprenant souvent une architecture classique en plusieurs corps.
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Cathédrale Saint-Pierre, Klais, 1974, Trèves, Allemagne
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Église Sainte-Catherine, Rieger, 1990, Francfort, Allemagne
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Cathédrale de l'Almudena, Gerhard Grenzing, Madrid, Espagne
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Cathédrale de Turku, Finlande.
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Église Saint-Rémi de Forbach, France
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Cathédrale Saints Jean-Baptiste et Jean l'Évangéliste de Lublin, Pologne
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Kraków Philharmonic Hall, Cracovie, Pologne.
Buffets du XXIe siècle[modifier]
Les progrès techniques permettent des édification étonnantes comme l'orgue parasismique aux tuyaux courbés, ou l'orgue avec buffets modifiables de Tokyo. Un esprit classique, bien que non nécessaire du point de vue technique, est souvent conservé: le buffet servant d'interface visuelle entre l'instrument et son public.
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Basilique Saint-Remi, Bertrand Cattiaux, 2000, reims, France
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Cathédrale Notre-Dame, Pascal Quoirin, 2006, Évreux, France
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Orgue parasismique du Walt Disney Concert Hall, Los Angeles, USA
Terminologie[modifier]
La terminologie liée aux buffets d'orgues se retrouve dans celle utilisée pour l'architecture et l’ameublement.
Le corps est une partie unifiée d'un buffet. La façade est généralement composée de tourelles (en tiers-point, rondes ou rectangulaires) qui encadrent des plates-faces rythmées par les différents tuyaux. Ces tourelles et plates-faces reposent généralement en encorbellement sur un soubassement qu'on nomme aussi massif pour la partie antérieure cachant la mécanique et l'alimentation en vent (celle-ci prenant moins de place que la partie sonore située derrière les plates-faces). Une corniche sépare ces deux parties, avec parfois une frise et une architrave. Des cariatides ou des culs de lampes peuvent orner la composition.
Les tuyaux ne faisant pas la même hauteur, les parties vides au dessus des tuyaux de façade placés en montre sont obstruées par une claire-voie composée de motifs enchevêtrés en bois, plus ou moins travaillés, laissant passer le son.
Au dessus des tourelles, on pourra retrouver un entablement avec une ornementation au goût de l'époque: armoiries, angelots, croix, horloge ou autre motif décoratif en guise de couronnement.
A- Massif
B- Corniche
C- Frise
D- Architrave
E- Pilastre
F- Plate-face
G- Entablement
H- Tourelle
I- Claire-voie
J- Aileron
K- Couronnement du Grand Orgue
L- Fleuron armorié
M- Aile
N- Cariatide
O- Cul-de-lampe
P- Couronnement du Positif
Q- Montre avec bouche dite en écusson relevé
R- Montre avec bouche dite en ogive cintrée aplatie
Notes et références[modifier]
- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Buffet (orgue) » (voir la liste des auteurs).
Wikisource[modifier]
- Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle - Tome 2, Buffet (d’orgues) Eugène Viollet-le-Duc
Bibliographie[modifier]
- Le Monde Mystérieux de l'Orgue, Marcel Thomann, ISBN 978-2-87718-655-1
- L'orgue Français, Claude Noisette de Crauzat, ISBN 2-7312-0524-5
- Dictionnaire de l'Orgue, PRAET, Wilfried, éditions CEOS, 2000.