Bucéphale

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Bucéphale
Image illustrative de l'article Bucéphale
Alexandre chevauchant Bucéphale à la bataille d'Issos, mosaïque de la Maison du Faune à Pompéi

Race Thessalien
Cavalier Alexandre le Grand

Bucéphale (en grec ancien Βουκέφαλας / Bouképhalas, forme macédonienne) est le cheval d’Alexandre le Grand. Il meurt lors de la bataille sur le fleuve Hydaspe ; Alexandre fonda une ville : Bucéphalie (Alexandria Boukephalous, aujourd'hui Phalia ( Mandi Bahauddin ) au Pakistan), sur la rive de ce fleuve, à l'endroit où le cheval fut enterré. Les principales sources sur Bucéphale sont le chapitre VI de la biographie d'Alexandre par Plutarque et un passage (V, 19) de l’Anabase d'Arrien.

Nom[modifier | modifier le code]

Son nom vient de βοῦς / boûs, le bœuf, et de κεφαλή / kephalê, la tête. Diverses explications ont été avancées :

  • Ce serait le nom d'une race de chevaux thessaliens réputés, qui se distinguent par une marque en forme de tête de bœuf sur l'épaule ou sur la hanche[1],[2],[3].
  • Bucéphale aurait porté une liste (marque(luced) blanche sur la tête) en forme de tête de bœuf[4],[5].
  • Le nom ferait allusion à l'aspect farouche du cheval[6],[7].
  • Le cheval porterait sur la tête une ou deux protubérances en forme de corne[8],[9].
  • La tête de Bucéphale aurait ressemblé à celle d'un bœuf[10],[2].

Apprentissage et dressage[modifier | modifier le code]

Alexandre domptant Bucéphale.
Le jeune Alexandre dressant Bucéphale. Monnaie d'époque romaine (photo Classical Numismatic Group)

Selon la tradition grecque, Bucéphale descend d'une des juments de Diomède. Un marchand thessalien, un certain Philonicos[11], le montre à Philippe II de Macédoine, mais le cheval se montre si rétif que Philippe refuse de l'acheter. Au moment où il ordonne qu'on emporte le cheval, Alexandre, fils de Philippe, exprime ses regrets, et son père conclut l'achat, à condition que ce soit Alexandre qui dompte la bête, faute de quoi il devra payer lui-même l’achat — pour la somme considérable de 13, voire 16 talents[12]. Alexandre remarque que le cheval a peur de son ombre (qu'il est ombrageux) et réussit à le dompter en le plaçant face au soleil. Après cela, Bucéphale n'accepte d'être monté que par Alexandre.

Plutarque donne à cette anecdote une portée prophétique. Voyant la réussite de son fils, Philippe lui aurait déclaré : « Mon enfant, cherche un royaume à ta mesure. La Macédoine n’est pas assez grande pour toi. Car c'est toi le nouveau roi. »

Alexandre et Bucéphale[modifier | modifier le code]

Depuis lors, Alexandre et Bucéphale font équipe. Devenu roi, c'est en montant Bucéphale qu'Alexandre conduit la cavalerie macédonienne, dans toutes les batailles qui les mèneront de la Grèce jusqu'à l'Inde.

Toujours selon Plutarque, Bucéphale meurt de ses blessures de combat après la bataille de l'Hydaspe en 326 av. J.-C. Selon une autre source, Bucéphale meurt de vieillesse à l'âge de 30 ans[13]. Alexandre en fait alors un dieu, et fonde sur son tombeau la ville de Bucéphalie (Alexandria Boukephalous), actuelle Phalia au Pakistan, sur la rive du Jhelum. On voit sur certaines monnaies des successeurs d'Alexandre le dieu Bucéphale comme un cheval cornu, les cornes étant un symbole de divinité dans l'Orient ancien.

Postérité[modifier | modifier le code]

Bucéphale est aussi le nom donné à l'un des chevaux du groupe ornant la fontaine de la place du Quirinal, à Rome et au cheval du baron du Münchhausen, aussi célèbre que le Rossinante de Don Quichotte.

Dans son troisième album, Le Jour du Poisson, le chanteur Thomas Fersen narre l'histoire d'un cheval de course nommé Bucéphale.

L'artiste catalan Salvador Dalí a fait une lithographie sur Bucéphale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arrien, V, 19, 5, Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne], VIII, 154, 1 et Solinus, XLV, 8 ; tous trois mentionnent également au moins une autre explication. Voir aussi le scholiaste du vers 23 des Nuées d'Aristophane ; Etymologicum Magnum, 207, 50 et suivantes ; Etymologicum Gudianum, 113, 41 et suivantes ; Souda à l'article κοππατίας ; Tzétzès, Chiliades, I, 810 et suivantes, etc.
  2. a et b Anderson, p. 7.
  3. Anderson, p. 3-5.
  4. Arrien, V, 19, 5 ; Excerpta Vaticana, 183.
  5. Anderson, p. 5-6.
  6. Pline, VIII, 154, 1 ; Solinus, XLV, 8.
  7. Anderson, p. 6.
  8. Solinus, XLV, 8. Hypothèse mentionnée mais rejetée par l’Etymologicum Magnum et l’Etymologicum Gudianum ; retenue par les romans d'Alexandre en prose français.
  9. Anderson, p. 6-7.
  10. Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne], XV, 698 ; Aulu-Gelle, V, 2 ; Festus, 32 M. Hypothèse mentionnée mais rejetée par le scholiaste des Nuées, 23 et par Tzétzès, Chiliades, I, 810 et suivantes.
  11. Plutarque, Vies parallèles [détail des éditions] [lire en ligne], Alexandre, VI. Arrien, Anabase (V, 19, 5) précise qu'il est originaire de Pharsale.
  12. 13 talents pour Plutarque, Vie d'Alexandre, VI ; 16 talents chez Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne], VIII, 49).
  13. Onésicrite, cité par Plutarque, Vie d'Alexandre, 61 et Arrien, V, 19.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Andrew R. Anderson, « Bucephalas and His Legend », The American Journal of Philology, vol. 51, no1 (1930), p. 1-21.
  • (en) A. D. Fraser, « The "Breaking" of Bucephalus », The Classical Weekly, vol. 47, no2 (16 novembre 1953), p. 22-23.
  • (en) Harry Thurston Peck, Harper's Dictionary of Classical Antiquities, Harper & Brothers, New York, 1898 [lire en ligne]