Bryophyllum pinnatum

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Kalanchoe pinnata

Kalanchoe pinnata, le Kalanchoé penné[1], est une plante succulente de la famille des Crassulaceae, se propageant par rejet et bulbilles. Originaire de Madagascar[2], elle a été introduite dans de nombreuses régions tropicales où elle s'est souvent naturalisée et est devenue parfois invasive. Elle est utilisée comme plante médicinale et est cultivée comme plante ornementale.

Elle possède de multiples synonymes, comme Bryophyllum calycinum, Bryophyllum pinnatum.

La plante est connue à La Réunion et à l'île Maurice sous le nom de Herbe tortue ou Chou de faffe, Soudefaf[3] (dérivé du nom malgache Sodifafa). En Polynésie française, elle s'appelle aussi herbe tortue. Assez commune aux Antilles françaises où elle a été introduite[4], elle y est connue en créole sous le nom de Zèb maltèt (herbe mal tête) ou chans (chance)

Étymologie : l'épithète spécifique pinnata est la déclinaison du latin pinnatus « ailé, penné ».

Description[modifier | modifier le code]

Kalanchoe pinnata est une plante succulente, pérenne, d'environ 1 m de haut, avec une tige cylindrique charnue et creuse, d'une couleur rougeâtre pour les plus jeunes.

Les feuilles sont opposées, décussées, épaisses, charnues. Elles sont simples, de forme elliptique, incurvées, avec une marge crénelée ou dentée en scie, souvent rougeâtre. Simples à la base de la tige, les feuilles sont imparipennées au sommet, longues de 10-30 cm, à 3-5 paires de lobes à limbe charnu[3].

Les feuilles sont remarquable par leur capacité à produire des bulbilles. À leur marge, entre les dents, apparaissent des bourgeons adventifs, qui en se développant produisent des racines, tiges et feuilles. Lorsque les plantules formées tombent à terre, elles racinent et donnent rapidement de nouvelles plantes[n 1]. C'est un trait assez commun chez le sous-genre Bryophyllum. Toutefois la formation des bulbilles est induite par des conditions spéciales (stress...) alors que chez Kalanchoe daigremontiana, elle est constitutive.

L'inflorescence terminale est une panicule[4], portant de nombreuse fleurs pendantes, rouge-orange. Le calice est formé d'un long tube, rouge à la base, veiné de vert jaunâtre (ou vert tacheté de rouge brun), avec 4 lobes triangulaires très réduits à l'extrémité. La corolle tubuleuse, avec un étranglement prononcé séparant la partie subsphérique de la partie ovoïde, est terminée par 4 lobes. Elle atteint 5 cm de longueur[3]. Elle est de couleur jaunâtre striée de rouge-pourpre. Les 8 étamines (longues de 4 cm) sont en deux verticilles, soudées sur la corolle. L'ovaire comporte 4 carpelles peu soudés entre-eux au centre, à styles grêles.

K. pinnata fleurit presque toute l'année.

Les fruits sont des follicules (de 10-15 mm) inclus dans le calice et la corolle persistants.

Starr 070308-5339 Kalanchoe pinnata.jpg Kalanchoe-pinnata veg reprod.jpg Starr 070308-5338 Kalanchoe pinnata.jpg
Fleur pendante : long calice
rougeâtre strié de vert d'où
émerge l'extrémité de la corolle
Bulbilles au bord d'une feuille Feuille imparipennée à 5 folioles,
à marge crénelée

Répartition et introduction[modifier | modifier le code]

Envahissante à Hawaï (Maui, Kula)

Le Kalanchoe pinnata est originaire de Madagascar[2], contrairement à ce qui est parfois affirmé.

Il a été introduit dans de nombreuse autres régions du monde[5] :

  • Afrique (Mascareignes, Macronésie, Togo, Congo, Angola, Zambie[6]...),
  • Asie (Chine, Japon, Bhoutan, Népal, Inde, Sri Lanka, Indonésie, Malaisie, Papouasie, Philippines),
  • Australie, Nouvelle Zélande,
  • Amérique (États-Unis, Mexique, Guyane, Venezuela, Suriname, Brésil, Équateur, Pérou, Argentine, Caraïbes),
  • Pacifique (Hawaï, Micronésie, Polynésie française, Samoa, Fidji, Nouvelle Calédonie etc.).

Il croît dans les sous-bois littoraux sur sable, dans les zones rocheuses sèches ombragées[4].

Il s'est naturalisé dans plusieurs régions tropicales et subtropicales. Il est même devenu une espèce invasive à Hawaï, dans le Queensland en Australie[7], à La Réunion (Étang-Salé), à l'île Maurice[3], en Polynésie française[8] (Australes, Gambier, Marquises, Tuamotu) et en Nouvelle-Calédonie[9].

Nomenclature[modifier | modifier le code]

Le genre Kalanchoë fut créé en 1763 par Michel Adanson avec pour espèce type Cotyledon laciniata L. devenu Kalanchoë laciniata (L.) DC. Comme Adanson pensait que la plante était d'origine chinoise, on a supposé que le terme Kalanchoe pouvait venir du chinois jialancai[10].

La plante Kalanchoe pinnata fut récoltée[3] par Pierre Sonnerat dans l'Isle de France (île Maurice) et communiquée à Lamarck qui la décrivit en 1786 sous le nom de Cotyledon pinnata[11]. Par la suite, le naturaliste parisien C.H. Persoon[12] la reclassa dans les Kalanchoe (il la nomme Calanchoe pinnata 1805-1807, avec une variante orthographique). À la même époque, à Londres, le botaniste Salisbury décrivait la même plante à partir d'un spécimen reçu du Bengale, sous le nom de Bryophyllum calycinum et créait par la même occasion le nouveau genre Bryophyllum[13].

Depuis cette époque, les botanistes ont été très partagés pour savoir s'il fallait garder un seul genre Kalanchoe sensu lato (au sens large) incluant les Bryophyllum comme section ou sous-genre, ou bien s'il fallait garder deux genres distincts Kalanchoe sensu stricto et Bryophyllum[n 2]. Les travaux très poussés[2] de Bernard Descoings (2006) semblent faire pencher la balance en faveur d'un genre unique Kalanchoe sensu lato.

Les synonymes retenus par GRIN sont

  • (=) Bryophyllum calycinum Salisb.
  • (≡) Bryophyllum pinnatum (Lam.) Oken
  • (≡) Cotyledon pinnata Lam. (basionyme)
  • (=) Crassula pinnata L. f.
  • (=) Kalanchoe pinnata var. calcicola H. Perrier

Culture[modifier | modifier le code]

Dans les régions tempérées, le Kalanchoe pinnata est cultivé comme plante ornementale d'intérieur. Comme la plupart des plantes succulentes, celle-ci ne supporte pas le gel. Il est conseillé de la laisser dans un environnement ne descendant pas à moins de 10°. Elle préférera une terre bien drainante, ce qui évitera à ses racines de pourrir.

Pour faire des boutures de Pinnata deux méthodes sont possibles :

- Bouturage classique de plante succulente : couper un bout de branche ou de tige, couper en deux les feuilles pour stopper leurs développements (et ainsi réduire l’énergie consommée par la plante) et laisser sécher cela quelques jours, le temps que la plante développe des racines. Il sera ensuite possible de la planter.

- Bouturage par feuille : La plante peut spontanément produire des plantules sur ses feuilles, surtout si celle-ci est séparée de la plante. Il est donc tout simplement possible de prendre une feuille et de la poser sur le substrat désiré pour voir se former plusieurs nouvelles plantes.

Dans les régions tropicales, Kalanchoe pinnata est cultivé en extérieur dans les jardins. C'est en général, en s'échappant des jardins qu'il se naturalise.

Usage médicinal[modifier | modifier le code]

  • Usages traditionnels

Le Kalanchoe pinnata a été utilisé comme plante médicinale par presque toutes les médecines traditionnelles des régions tropicales[14] d'Afrique, d'Asie (Inde, Chine...), d'Australie, d'Amérique, de Madagascar et d'Hawaï.

Aux Antilles françaises, Kalanchoe pinnata, dite zèb maltèt, est utilisée en application locale contre les maux de tête[4]. Pour les peuples de l'Amazone, le kalanchoé a de multiples usages[15] : les Créoles l'emploient rôties contre les inflammations et le cancer et en infusion, elle constitue un remède populaire contre les fièvres. Contre les maux de tête, les Palikur se frictionnent le front avec un mélange de jus de la feuille de kalanchoé avec de l'huile de noix de coco, etc.

  • Composition chimique

Les études phytochimiques de Kalanchoe pinnata ont permis d'identifier la présence de[16],[17]  :

  • Activités pharmacologiques[14] :

De très nombreuses études in vitro ou sur l'animal ont montré des activités antimicrobiennes, anticancéreuses, anti-inflammatoires etc.

  • Toxicité

Les bufadiénolides et les phénanthrènes sont des composés toxiques. Il a été rapporté que deux veaux nourris pendant 48 h avec des K. pinnata sont morts suite une ataxie et une arythmie cardiaque sévère[19].

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. en chinois (voir Wikipedia chinois ci-contre), K. pinnata se dit luodishenggen 落地生根 ce qui se traduit caractère par caractère « tomber-sol-pousser-racine »
  2. Pour plus de détails voir la section Kalanchoe#Nomenclature et systématique

Références[modifier | modifier le code]

  1. Référence INPN : Klanchoe pinnata (+ statut + description) (fr)
  2. a, b et c Bernard Descoings, « Le genre Kalanchoe structure et définition », Le Journal de Botanique (Société Botanique de France), vol. 33,‎ 2006, p. 3-28 (lire en ligne)
  3. a, b, c, d et e J. Bosser, Th. Cadet, J. Guého, W. Marais, Flore des Mascareignes, La Réunion, Maurice, Rodrigues, 81. Rosacées à 89. Callitrichacées, SIRI, ORSTOM, KEW,‎ 1997
  4. a, b, c et d Jacques Fournet, Flore illustrée des phanérogames de Guadeloupe et de Martinique, Gondwana editions, Cirad,‎ 2002
    Tome 1 : ISBN 2-87614-489-1 ; Tome 2 : ISBN 2-87614-492-1
  5. Référence GRIN : espèce Kalanchoe pinnata (en)
  6. Référence Biodiversity Heritage Library (Biodiversity Heritage Library) : 33632735#page/36
  7. K. pinnata
  8. JY. Meyer, JF. Butaud, V. Wan, « Les plantes envahissantes en Polynésie française, Guide illustré d'identification », Direction de l'environnement, vol. nov,‎ 2007 (lire en ligne)
  9. V. Hequet, M. Le Corre, F. Rigault, V. Blanfort, « Les espèces exotiques envahissantes de Nouvelle-Calédonie », Convention Province Sud, vol. C153-08,‎ 2009
  10. Familles des Plantes, Adanson
  11. Jean-Baptiste de Monet de Lamarck, Jean Louis Marie Poiret, Encyclopédie méthodique: Botanique, Volume 2,Partie 1, Panckoucke,‎ 1786 (lire en ligne)
  12. Référence Biodiversity Heritage Library (Biodiversity Heritage Library) : 235231#page/458
  13. Richard Anthony Salisbury, The Paradisus Londinensis: Or Coloured Figures of Plants Cultivated in the Vicinity of the Metropolis, Vol 2, William Hooker,‎ 1805 (lire en ligne)
  14. a et b Muhammad Afzal, Imran Kazmi, Ruqaiyah Khan, Rajbala Singh, Mohit Chauhan, Tanvi Bisht, Firoz Anwar, « Bryophyllum pinnatum: a review », International Journal of Research in Biological Sciences, vol. 2, no 4,‎ 2012, p. 143-149 (lire en ligne)
  15. Leslie Taylor, The Healing Power of Rainforest Herbs: A Guide to Understanding and Using Herbal Medicinals, Square One Publishers,‎ 2004, 268 p.
  16. Kamboj Anjoo, Saluja Ajay Kumar, « Microscopical and Preliminary Phytochemical Studies on Aerial Part (Leaves and Stem) of Bryophyllum Pinnatum Kurz. », PHCOG J., vol. 2, no 9,‎ 2010, p. 254-59
  17. Ali Esmail Al-Snafi, « The Chemical Constituents and Pharmacological Effects of Bryophyllum calycinum. A review », International Journal of Pharma Sciences and Research (IJPSR), vol. 4, no 12,‎ 2013
  18. Pierre Boiteau, Lucile Allorge-Boiteau, Kalanchoe (Crassulacées) de Madagascar: systématique, écophysiologie, Karthala,‎ 1995
  19. GP. Reppas, « Bryophyllum pinnatum poisoning of cattle. », Aust Vet J, vol. 72, no 11,‎ 1995


Liens Externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • (en) R. Arvigo, Rainforest Home Remedies: The Maya Way to Heal Your Body and Replenish Your Soul, New York, Harper Collins,‎ 2001 (ISBN 0-06-251637-X), p. 48–49, 114–15