Bruit graphique

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Exemple d'un graphique plein de bruit. Une grande zone verte avec des barres rouges (trop d'encre) pour montrer seulement cinq nombres qui deviennent difficiles à lire.

Un bruit graphique (en anglais chartjunk, mot-valise de composé de « tableau » et « déchet », ou Ornementation en architecture) est un élément visuel d'un graphique, tableau qui n'est pas porteur de sens, ou un élément décoratif d'un objet qui n'est pas porteur de fonction utile, et donc non nécessaire à la compréhension de l'information à transmettre, ou à l'utilisateur. Ces éléments sont des distractions non nécessaires réduisant l'attention du spectateur/lecteur[1],[2], ou augmentant le coût de l'objet. Dans certains cas, ce bruit peut-être utile et est volontairement utilisé pour mettre en avant une information ou pour la rendre plus attrayante[3].

Loos et l'architecture du dépouillement intégral[modifier | modifier le code]

L'architecte autrichien Adolf Loos (1870-1933) défend déjà l'idée d'une architecture du dépouillement intégral dans son livre « Ornement et crime »[4].

Tufte et l'illustration sémantique[modifier | modifier le code]

Certains mots et éléments visuels peuvent être qualifiés de bruit graphique s'ils ne font pas partie du minimum nécessaire à la transmission du message compréhensible. Par exemple, l'ajout des noms des fleuves sur une carte des "Départements de [Pays]", de grosse taille, et en police d'écriture artisitique. Ou l'ajout de couleurs, d'icones, d'un quadrillage particulièrement gras, les ornements et décorations complexes, effets d'ombres et lumières, animations, données non significatives sont autant de bruits graphiques.

Le bruit graphique perturbe la représentation et peut en rendre le réel contenu difficilement compréhensible. On peut trouver des exemples de ce type dans la représentation d'objets dont les échelles respectives ne sont pas respectées, dans l'emploi de fond chargés nuisant à la comparaison des éléments d'un graphique, ou l'utilisation d'effets de 3D dans les graphiques en ligne ou en barres.

Carte avec bruit graphique : le bleu, et les dégradés de bleu à l'intérieur des provinces.

Le term anglais chartjunk fut d'abord cité par Edward Tufte (1983) dans The Visual Display of Quantitative Information[1]. Tufte écrit ainsi :

« Les décorations intérieures aux graphiques sont autant d'encre qui ne dit rien de nouveau au lecteur. La raison d'être de la décoration varie — faire apparaitre le graphique comme plus scientifique et précis [expert], vivifier le style, donner la possibilité à l'illustrateur de faire la preuve de ses talents artistiques. Quelle qu'en soit la raison, c'est autant d'encre-sans-information ou d'encre-répétant l'information, et donc souvent du chartjunk [bruit graphique inutile]. »

Le terme étant encore relativement récent, il est encore souvent associé au nom de Tufte[2],[5].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Edward R. Tufte, The Visual Display of Quantitative Information, Cheshire, CT: Graphics Press,‎ 1983
  2. a et b (en) Robert L. Harris, Information Graphics: A Comprehensive Illustrated Reference, États-Unis, Oxford University Press,‎ 1999, poche (ISBN 978-0-19-513532-9, lien LCCN?), p. 72
  3. Bateman, S. ; Mandryk, R.L. ; Gutwin, C. ; Genest, A.M. ; McDine, D. ; Brooks, C., 2010, Useful Junk? The Effects of Visual Embellishment on Comprehension and Memorability of Charts, in ACM Conference on Human Factors in Computing Systems (CHI 2010), Atlanta, GA, USA. 2573-2582. Best paper award. DOI:10.1145/1753326.1753716.
  4. Adolf Loos, Ornement et crime (Ornament und Verbrechen), Paris, Éditions Payot et Rivages,‎ 2003 (ISBN 978-2-7436-1076-0)
  5. (en) William S. Cleveland, The Elements of Graphing Data, Pacific Grove, CA, Wadsworth & Advanced Book Program,‎ 1985, 10e éd., poche (ISBN 978-0-534-03730-7, lien LCCN?), p. 25