Bronzes de Riace

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Bronzes de Riace

Les guerriers ou bronzes de Riace sont deux sculptures grecques en bronze datées du Ve siècle av. J.-C. (vers 460 pour le guerrier A et vers 430 pour le guerrier B) et conservées au musée national de Reggio de Calabre. Un peu plus grands que nature (1,98 mètre de haut pour le guerrier A, 1,97 mètre pour le guerrier B), ils furent découverts en 1972 au large de Riace, en Calabre, probablement sur les lieux d'un naufrage dans l'Antiquité. Ils comptent parmi les très rares bronzes grecs de grande taille encore conservés dans leur intégralité, avec l'aurige de Delphes, et le dieu de l'Artémision.

Description et datation[modifier | modifier le code]

Les deux guerriers sont des hommes nus, debout et barbus. Ils sont dans une posture de contrapposto, et montrent bien son évolution : alors que le torse du guerrier A est encore vertical malgré son appui sur une seule jambe, celui du guerrier B se courbe, la ligne des épaules s'opposant à celle des hanches. Cette différence permet d'affirmer que les deux sculptures ne sont pas contemporaines : le guerrier A, qui peut être par exemple rapproché du petit Éphèbe de David-Weill (v. 470 av. J.-C., musée du Louvre), est datable de 460 av. J.-C., soit environ vingt ou trente ans avant le guerrier B, plus proche des œuvres de Polyclète (Diadumène, Doryphore).

Technique[modifier | modifier le code]

Les deux guerriers sont des témoins de l'évolution qui a lieu dans les techniques de bronze dès la fin du VIe siècle av. J.-C. : ils sont réalisés selon la technique de la fonte à la cire perdue sur négatif, technique qui permet de conserver le modèle et le moule, et d'obtenir une épaisseur de bronze plus régulière.

Le guerrier A[modifier | modifier le code]

Guerrier A
Guerrier B

Chez le guerrier A, on note des joints de soudure au niveau du cou, sous les épaules, aux poignets, à mi-pied et pour les orteils médians[1]. Le corps en lui-même a été fondu d'un seul jet.

La chevelure, extrêmement plastique et ample, n'est constituée que de mèches fondues à part (à la cire perdue sur positif) et rapportées par soudure. Il semble donc que le fondeur, qui devait également être le sculpteur, ait utilisé un modèle auxiliaire pour prendre l'empreinte du corps sans les cheveux, puis ait façonné les mèches et les ait ajustées au modèle principal avant de les découper pour les fondre[2].

Comme dans le cas du dieu de l'Artémision, les soudures, au niveau des poignets, des épaules et de l'orteil médian tout au moins, ont été réalisées en cuvette. Pour cela, le bronzier a creusé à la limite de chaque partie à assembler une demi-cuvette, où il a ensuite coulé du bronze. Cette technique, qui augmente la surface de contact, permet également de disposer avec les cuvettes d'un réservoir à chaleur et ainsi, de mieux chauffer les deux pièces à assembler.

L'armature en fer de la statue dépasse du pied, et servait à la fixer sur sa base en pierre. Du plomb a été introduit dans la cavité pour la maintenir.

Le traitement du visage du guerrier A dénote une recherche de polychromie et un grand raffinement technique. On trouve ainsi pour les lèvres des incrustations d'un alliage riche en cuivre, donc très rouge et laissé brut de coulée, sans polissage, tandis que sur les dents est déposée une feuille d'argent. Les lèvres sont elles-mêmes recouvertes des poils de la moustache en bronze. Il a donc fallu tout d'abord modeler la tête imberbe en cire, en ôter la bouche, la fondre puis la réinsérer dans le modèle, avant de disposer les poils de la moustache et la barbe au-dessus. Plusieurs exemples de couches, retrouvées à Olympie, montrent que cette pratique d'incrustation était relativement fréquente.

Les globes oculaires du guerrier A sont en ivoire, recreusé pour y introduire l'iris (disparu), qui disposait sans doute lui-même d'une cavité pour la pupille.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce détail des orteils fondus à part, sans doute motivé par des raisons techniques, se retrouve dans d'autres exemples, mais n'est pas encore expliqué.
  2. La Tête de Philosophe de Porticello (v. 460-450 av. J.-C., musée national de Reggio de Calabre) provenant de la cargaison d'un bateau, qui la transportait peut-être pour une refonte, a une chevelure réalisée selon le même principe, mais une partie de ses mèches ont disparu, laissant la soudure visible. On ne connaît pas d'exemple de cette technique avant le milieu du Ve siècle av. J.-C., mais les spécialistes s'interrogent sur sa date de naissance.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Holtzmann, « Le Monde grec », dans Bernard Holtzmann (dir.), L'Art de l'antiquité, t. 1 : Les Origines de l'Europe, Gallimard et RMN, coll. « Manuels d'histoire de l'art », Paris, 1995, p. 243.
  • Paolo Moreno, Les Bronzes de Riace, Gallimard, Paris, 2000.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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