Brigade Piron

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La Brigade Piron est une unité belgo-luxembourgeoise qui participa à la bataille de Normandie et à la libération de la Belgique et des Pays-Bas aux côtés des armées alliées pendant la Seconde Guerre mondiale.

Origines[modifier | modifier le code]

Les origines de la brigade Piron se trouvent dès 1940, parmi les militaires belges qui sont parvenus à se réfugier en Grande-Bretagne en compagnie du gouvernement belge d'Hubert Pierlot et Paul-Henri Spaak en exil à Londres. Un commandement du Camp Militaire Belge de regroupement, sous la direction du lieutenant-général Baron van Strydonk de Burkel, est créé en Grande-Bretagne, à Tenby, le 25 mai 1940, trois jours avant la capitulation de la Belgique. Le lieutenant général van Strydonk devient commandant des Forces Belges de Grande-Bretagne en juin 1940 et, le même mois, le ministre Jaspar appelle tous les Belges à le rejoindre en Grande-Bretagne pour continuer le combat.

Fin juillet 1940, on trouve 462 hommes dans les Forces Belges de Grande-Bretagne. L’arrivée de nombreux Belges permet la création de plusieurs unités militaires terrestres. Les troupes sont entraînées en Grande Bretagne et au Canada, et l’année 1942 voit l’arrivée en Écosse du major Jean-Baptiste Piron, qui entre rapidement dans l’état-major des forces terrestres, et reçoit la mission de parfaire l’entraînement de ces troupes. Les Forces Belges de Grande-Bretagne sont officiellement mises à la disposition des Alliés le 4 juin 1942, et la fin de l’année voit la restructuration des forces terrestres avec la création du Premier Groupement Belge, placé sous le commandement du major Piron. L’entraînement des troupes se poursuit en 1943 et des exercices de débarquement sont effectués début 1944.

Une unité luxembourgeoise de 70 volontaires est affectée en mars à la brigade qui devient donc belgo-luxembourgeoise sous le nom de 1st Belgian Group (43 nouveaux volontaires luxembourgeois rejoignent la brigade en septembre 1944)[1]. En raison de l’appel aux Belges du monde entier, on parle trente-trois langues dans la brigade qui compte 4 950 hommes (comme en atteste le site de la brigade), Piron étant promu au grade de colonel. Une force plus importante aurait pu être formée avec les milliers de Belges qui combattaient au sein des armées alliées et dans la Légion étrangère française. Plusieurs des officiers belges de la campagne victorieuse d'Abyssinie ont d'ailleurs rejoint l'Angleterre pour pouvoir continuer la lutte en Europe. D'autre part, des commandos et des parachutistes composés de belges et d'anglais ont opéré en Yougoslavie, en Belgique et aux Pays-Bas (et plus d'une centaine d'aviateurs belges ont participé aux opérations de la R.A.F. depuis 1940).

La brigade Piron en Normandie[modifier | modifier le code]

Le débarquement du 6 juin 1944 se déroule sans le Groupement Belge, à la grande déception des 2 200 hommes qui le composent, mais les Britanniques préfèrent les réserver pour la libération de la Belgique. Le major Piron fait pression sur le gouvernement belge en exil, qui lui-même sollicite le gouvernement britannique pour faire envoyer les troupes belges au front, le moral de ces troupes déclinant sérieusement.

Le 29 juillet 1944, le Groupement Belge reçoit l’ordre de se tenir prêt à faire mouvement. Les premières unités arrivent le 30 juillet en Normandie, mais le gros de la troupe arrive à Arromanches et Courseulles le 8 août avant la fin de la bataille de Normandie. Le groupement est placé sous le commandement de la 6e division aéroportée britannique du général-major Gale, qui dépend de la 1re Armée Canadienne. Jean-Baptiste Piron, promu entre temps colonel, prend contact avec l’état-major britannique, et le Groupement Belge, qui va gagner en Normandie son surnom de "brigade Piron", reçoit son baptême du feu le 9 août.

Les troupes belges passent à l’attaque le 17 août, dans le cadre de l’opération Paddle, en compagnie des troupes britanniques et néerlandaises. Franceville est occupée dans la soirée et officiellement libérée le lendemain[2],[3] ; Varaville est à son tour libérée le 20 août. Les blindés se séparent du reste de la brigade et partent avec les Britanniques. Dives-sur-Mer et Cabourg sont prises le matin du 21 août, puis Houlgate dans l’après-midi. La brigade prend Villers-sur-Mer et Deauville le 22 août, puis Trouville-sur-Mer et Honfleur le 24.

Les blindés rejoignent le reste de la brigade le 26 août à Foulbec, jour où la Brigade Piron passe sous le commandement de la 49e division britannique.

Le 29 août, la brigade traverse la Seine et marche sur Le Havre le surlendemain. L’attaque est sur le point de commencer quand la brigade est subitement retirée du front.

Le 2 septembre, la brigade reçoit l’ordre d’arriver le plus vite possible à Bruxelles, l’état-major britannique ayant l’intention de prendre la capitale le lendemain. La brigade passe la frontière le 3 septembre après avoir roulé toute la nuit, et entre dans Bruxelles le lendemain.

Le passage de la Brigade Piron en Normandie, sur la Côte Fleurie, a laissé de nombreuses traces (stèles commémoratives, noms de voiries[4], tombes) et une mémoire encore vivante.

La Brigade Piron en Belgique et aux Pays-Bas[modifier | modifier le code]

La Brigade Piron entre en Belgique le 3 septembre par Rongy et entre à Bruxelles le 4 septembre. Au cours de leur progression en Belgique, la population, incrédule à l'idée d'êtres libérée par des compatriotes, les prend parfois pour des Canadiens francophones.

Une anecdote : des caméramans belges qui accompagnaient les troupes alliées se trouvèrent soudain en pointe (imprudemment, car la Wehrmacht n'était pas loin), alors qu'ils roulaient sur la chaussée de Mons. Passant en face du laboratoire cinématographique Labor Ciné situé à l'entrée de la commune bruxelloise d'Anderlecht, que certains d'entre eux connaissaient pour en avoir été les clients avant la guerre, l'idée leur vint d'y entrer. Or, le laboratoire avait été réquisitionné par l'armée allemande qui, peu auparavant, y avait encore fait développer des négatifs. Et c'est dans les bains de développement qui avaient reçu les dernières images allemandes de l'occupation de la Belgique que furent développées quelques-unes des premières images de la libération du pays tournées par des caméramans belges.

La brigade belge libère d'autres villes et entre aux Pays-Bas le 22 septembre, pendant que des éléments motorisés de l'armée belge en voie de reconstitution libèrent une partie du Limbourg et Maaseik. La campagne de Hollande de la brigade dure jusqu'au 17 novembre, date à laquelle elle est relevée du front et part au repos à Louvain. Ensuite, c'est le retour aux Pays-Bas entre le 11 avril 1945 et juin 1945, l'effectif ayant été gonflé par des volontaires qui font passer la brigade au rang de régiment.

Dans la petite ville néerlandaise de Thorn, un pont porte son nom en honneur de sa libération le 25 septembre 1944.

La Brigade Piron en Allemagne occupée[modifier | modifier le code]

La Brigade Piron occupe un secteur de la zone britannique jusqu'au 15 décembre 1945.

Après-Guerre[modifier | modifier le code]

La Brigade Piron est à la base de la nouvelle armée belge qui occupa, durant toute la guerre froide, un créneau de l'O.T.A.N. s'étendant de la frontière belge au rideau de fer. La brigade a été renommée Première Brigade Libération et fut stationnée finalement à la caserne de Bourg-Leopold.

Documentation[modifier | modifier le code]

Vidéo[modifier | modifier le code]

  • La Brigade Piron, Bruxelles, SID, DEFENS (Bibliothèque Défense), 40 minutes.
  • Actualité, Bruxelles, Televox, 1994, DEFENS (Bibliothèque Défense), 40 minutes, DEFENS: XXVI.1495 [100003713]

Presse[modifier | modifier le code]

  • Anonyme, Vers l’Avenir - I. L'entraînement en Angleterre et la campagne de Normandie. - II. La campagne de Belgique, 10-11 juin 1976.
  • A., H., La Dernière Heure, Ce que nous dit le général de Brigade sir Alexander B.G. Stanier (Trente ans après. "Ca m'est arrivé à la libération..."), 3 septembre 1974
  • Henri Demaret, La brigade Piron, 39-45 Magazine, N° 71, 1992, p. 38-46
  • Yves Aublet, La Brigade Piron, l’Athéna sur la Toucques, numéro spécial Juin/septembre 1994, numéro 120/121, Association des amis du musée de Trouville et du Passé Régional. Occupation et Libération de Trouville-Deauville et alentours. P. 100-105.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Roland Breyne, La Brigade Piron, Louvain-la-Neuve, Université Catholique de Louvain, Séminaires d'histoire contemporaine consacrés à la vie quotidienne pendant la Seconde Guerre mondiale en Brabant wallon, Hainaut et Namurois, 1985, 78 pages.
  • (nl) Inge Huygebaert, Jean-Baptiste Piron, de man achter de Brigade, Koninklijke Militaire School Brussel. Alle Wapens Afdeling, 2004, 123 feuilles.
  • Michael Demarets, (dessins), Carnet de Campagne. La Brigade Piron en Normandie, Ostende, Editions Erel, 1946, 56 pages.
  • Pierre Musschoot, l’unité de ravitaillement de la « Brigade Piron. Un essai historique, Hamois-en-Condroz, Editions Vezham, 1999, 35 pages.
  • Guy Weber, Maurice Poncelet (1904-1985), le cerveau de la Brigade Piron, S.N.S.1., date inconnue, 97 feuilles.
  • (nl) Louis Wuyts, De ontscheping in Normandië. Een hel van tachtig eindeloze dagen. Frans Jacobs uit Peutie bevocht de Duitsers als soldaat van Brigade Piron, Zondagnieuws, 11 juin 1984.
  • (fr) André Charlier, Brigade Piron : 1944 d'un jour à l'autre, Édité à compte d'auteur, Relate la campagne de la brigade en Normandie au jour le jour,.
  • (fr) René Didisheim, Histoire de le Brigade Piron,Editions PIM, Liège, 1946, 174 pages.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les Luxembourgeois de la brigade Piron
  2. www.mairie-mervillefranceville.fr Site officiel de Merville-Franceville-Plage : Batterie de Merville.
  3. /www.memorial-genweb.org Merville-Franceville-Plage : Stèle commémorative (Relevé n° 991127) , Soldats belges.
  4. Par exemple, l'odonyme Rue Brigade Piron 21-22-Août-1944, à Auberville, Calvados, Basse-Normandie, France (Google Maps)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :