Bretwalda

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Bretwalda (également Brytenwalda ou Bretenanwealda) est un terme anglo-saxon, dont la trace la plus ancienne remonte à la Chronique anglo-saxonne, compilée vers la fin du IXe siècle. Il désigne certains souverains anglo-saxons ayant régné à partir du Ve siècle et ayant dominé partie ou tout des autres royaumes anglo-saxons.

Il est difficile de dire si ce terme remonte effectivement au Ve siècle ou s'il s'agit d'une invention du IXe siècle. Les rois de Mercie, qui dominent l'Angleterre du VIIe au IXe siècle, ne se voient pas attribuer le titre de bretwalda par la Chronique, un fait communément expliqué par le biais anti-mercien de ses auteurs. Il est encore une fois difficile de dire s'ils l'utilisèrent eux-mêmes, alors que leur pouvoir était souvent supérieur aux rois listés dans la Chronique.

Ce terme apparaît également dans une charte d'Athelstan d'Angleterre. On le trouve sous diverses formes (brytenwalda, bretenanwealda, etc.), et signifie vraisemblablement « seigneur des Bretons » ou « seigneur de Bretagne » ; la dérivation du mot est incertaine, mais sa première syllabe semble liée aux noms « breton » et « Bretagne ». Toutefois, l'historien John Mitchell Kemble en fait un dérivé du terme breotan « distribuer », et le traduit par « régnant largement » (« widely ruling »)[1].

Les huit bretwaldas[modifier | modifier le code]

L'entrée de la Chronique anglo-saxonne pour l'année 827 liste huit bretwaldas.

L’Histoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable, terminée en 731, dénombre sept rois ayant détenu l'imperium (Bède n'emploie pas le terme de bretwalda) :

  1. Ælle de Sussex (mort vers 514 ?)
  2. Ceawlin de Wessex (mort vers 593)
  3. Æthelbert de Kent (mort en 616)
  4. Rædwald d'Est-Anglie (mort vers 624)
  5. Edwin de Deira (mort en 632/633)
  6. Oswald de Bernicie (mort en 641/642)
  7. Oswiu de Northumbrie (mort en 670)

Au IXe siècle, la Chronique anglo-saxonne reprend la liste de Bède et y ajoute un huitième roi :

  1. Egbert de Wessex (mort en 839)

Usage par les Anglo-Saxons[modifier | modifier le code]

La Chronique anglo-saxonne, compilée au Wessex à la fin du IXe siècle, présente la première apparition connue du terme bretwalda, dans son entrée pour l'année 827. Rien ne permet d'affirmer qu'il impliquait des conséquences concrètes, ou même qu'il ait seulement existé avant la compilation de la Chronique. Bède écrit en latin et n'emploie jamais ce terme ; il faut en outre considérer sa liste des rois qui exercèrent l'imperium avec prudence, ne serait-ce que parce qu'elle omet le puissant roi Penda de Mercie. Bède a probablement ignoré délibérément Penda pour deux raisons : c'était un ennemi de la Northumbrie, pays d'origine de Bède, et c'était un païen, donc un adversaire de la christianisation de l'Angleterre. De la même façon, dans sa liste des bretwaldas, le chroniqueur du Wessex, qui cherche probablement à asseoir la légitimité des rois du Wessex au détriment des autres souverains anglo-saxons, ignore des rois comme Offa de Mercie. Il est improbable que le titre ait impliqué une succession et des tâches définies, et il est douteux que ce terme soit autre chose qu'une simplification ultérieure d'une structure monarchique complexe.

Le terme de bretwalda est donc très problématique. Il ne constitue peut-être qu'une tentative d'attribuer la totalité de la Bretagne aux rois du Wessex, de la part d'un chroniqueur issu de ce même pays. Cela montre que le concept d'unité de la Bretagne était au moins reconnu à l'époque, quel que soit le sens exact du terme. Il s'agissait possiblement d'une simple survivance du concept romain de « Bretagne » ; il est significatif que, si les pièces et chartes présentent fréquemment le titre de rex Britanniae, celui qui était employé lorsque l'Angleterre était vraiment unifiée était rex Angulsaxonum, « roi des Anglo-Saxons ».

Interprétations par les historiens[modifier | modifier le code]

La présence du mot bretwalda dans la Chronique anglo-saxonne a longtemps incité les historiens à le considérer comme un « titre » effectif pris par les suzerains de l'Angleterre. Cette théorie s'avère particulièrement attirante, car elle pose les fondations d'une monarchie « anglaise ». L'historien Frank Stenton (mort en 1967) déclare, au sujet de l'auteur de la Chronique anglo-saxonne, que « son imprécision est largement compensée par sa préservation du titre anglais appliqué à ces rois exceptionnels[2] ». Il poursuit en affirmant que le terme bretwalda « s'accorde avec les autres preuves démontrant l'origine germanique des toutes premières institutions anglaises ».

Cette hypothèse est de plus en plus mise en doute à la fin du XXe siècle. En 1991, Steven Fanning affirme qu'« il est improbable que ce terme ait jamais existé comme titre, ou ait été d'usage commun dans l'Angleterre anglo-saxonne[3] ». Le fait que Bède n'ait jamais mentionné de titre particulier pour les rois de sa liste implique qu'il ignorait qu'il pût y en avoir un[4]. En 1995, Simon Keynes écrit : « considérer l'idée de Bède d'un suzerain southumbrien, et l'idée de "bretwalda" du chroniqueur, comme des constructions artificielles, sans existence concrète en dehors des textes où elles apparaissent, nous permet de nous affranchir des suppositions sur le système politique qu'elles semblent impliquer [...] l'on peut se demander si les rois des huitième et neuvième siècle étaient vraiment à ce point obsédés par l'établissement d'un état pan-southumbrien[5] ».

Les interprétations plus récentes considèrent ainsi le bretwalda comme un concept complexe, qui illustre la façon dont un chroniqueur du IXe siècle pouvait interpréter l'histoire de l'île et tenter d'y insérer les rois du Wessex.

Références[modifier | modifier le code]

  1. John Mitchell Kemble, The Saxons in England. A History of the English Commonwealth till the Period of the Norman Conquest, Londres, Bernard Quaritch
  2. F. M. Stenton, Anglo-Saxon England, Oxford University Press, Oxford, 1971 (troisième édition), p. 34-35
  3. Steven Fanning, « Bede, Imperium, and the Bretwaldas », Speculum, n° 1, 1991, p. 24
  4. Ibid., p. 23
  5. Simon Keynes, « England, 700–900 », in R. McKitterick (éd.), The New Cambridge Medieval History, II, c.700-c.900, Cambridge University Press, Cambridge, 1995, p. 39

Autres sources[modifier | modifier le code]

  • Simon Keynes, « Bretwalda », in Michael Lapidge et al., The Blackwell Encyclopaedia of Anglo-Saxon England, Oxford, 1999
  • D. P. Kirby, The Making of Early England, Londres, 1967
  • P. Wormald, « Bede, the Bretwaldas and the Origins of the Gens Anglorum », in P. Wormald et al., Ideal and Reality in Frankish and Anglo-Saxon Society, Oxford, 1983