Brahmājālasutta

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Page d'aide sur l'homonymie Ne doit pas être confondu avec Brahmājālasūtra.

Le Brahmājālasutta ( « Sūtra du filet de Brahman » en pāli) est un texte, comme tous les sūtras, attribué à Gautama Bouddha.

Il est le premier sutta[1] du Dīgha Nikāya, la collection des sūtras longs, faisant partie du Sutta Pitaka (la « Corbeille des suttas ») du Tipitaka.

Le Brahmājālasutta ne doit pas être confondu avec le Brahmājālasūtra, lequel est un sūtra du bouddhisme mahâyâna.

Analyse du contenu[modifier | modifier le code]

Le Brahmājālasutta interroge comment les individus s'égarent dans des opinions irraisonnées. Il analyse ces opinions en en répertoriant 62, qu'elles concernent la finitude ou l'infinitude de l'univers, la causalité, le Soi après la mort… Tant le nihilisme que l'éternalisme sont condamnés.

Gautama Bouddha donne ensuite l'image d'un filet : les défenseurs de ces vues sont comme retenus prisonniers, à l'instar de poissons dans le filet d'un pêcheur… Puis, il nomme le sutta : « filet de Brahman », « filet des fausses doctrines », « incomparable victoire après le combat ».

Liste des 62 vues fausses[modifier | modifier le code]

Les vues 1 à 4 sont éternalistes, 5 à 8 semi-éternalistes. Les vues 9 à 12 sont une spéculation sur la nature de l'univers. Les vues 13 à 16 sont celles de l'agnosticisme irrationnel. Les vues 17 et 18 nient la causalité. Les vues 19 à 50 affirment que le soi continue à exister après la mort, avec les différences que : la perception continue après la mort (vues 19 à 34), elle disparaît après la mort (vues 35 à 42), après la mort il n'y a ni perception ni non-perception (vues 43 à 50). Les vues 51 à 57 sont nihilistes. Les vues 58 à 62 correspondent à des façons erronées d'atteindre l'Absolu dans cette vie.

  • 1 à 4 : le soi et le monde sont éternels.
  • 5 : il y a un créateur, « permanent, stable, éternel », « père de tout ce qui a été et qui sera », mais ses créatures sont mortelles.
  • 6 et 7 : il y a des dieux (« dévas ») « permanents, stables, éternels » mais les hommes sont mortels.
  • 8 : le corps est « impermanent, instable, non éternel » mais la pensée, ou l'esprit, ou la conscience, est « un soi qui est permanent, stable, éternel ».
  • 9 : « ce monde est fini et contenu dans un cercle ».
  • 10 : « le monde est infini et sans aucune limite ».
  • 11 : « le monde est à la fois fini et infini ».
  • 12 : « le monde n'est ni fini, ni infini ».
  • 13 à 16 : quand on ne sait pas si une chose est bonne ou mauvaise, on s'en tire « à l'aide d'arguments évasifs » pour ne pas prendre parti.
  • 17 et 18 : « le soi et le monde viennent à l'existence par hasard ». On peut passer de l'état de non-existence à l'état d'existence. « Le soi et le monde viennent à l'existence par hasard, sans cause ».
  • 19 à 34 : le soi après la mort est conscient, non-sujet au déclin, et : matériel, immatériel, à la fois matériel et immatériel, ni matériel ni immatériel, fini, infini, les deux, aucun des deux, expérimentant un état de conscience unique, plusieurs états de conscience, des états de conscience limités, des états de conscience illimités, totalement heureux, totalement malheureux, les deux, aucun des deux.
  • 35 à 42 : le soi après la mort est inconscient, non sujet au déclin, et : matériel, immatériel, à la fois matériel et immatériel, ni matériel ni immatériel, fini, infini, les deux, aucun des deux.
  • 43 à 50 : le soi après la mort est ni conscient ni inconscient, non sujet au déclin, et : matériel, immatériel, à la fois matériel et immatériel, ni matériel ni immatériel, fini, infini, les deux, aucun des deux.
  • 51 à 57 : le soi est détruit à la dissolution du corps.
  • 58 à 62 : le soi a réalisé le nirvāna « ici et maintenant » ou le réalise dans un des 4 dhyānas.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Le point de vue du Bouddha, qui n'est ni éternaliste, ni nihiliste, ni fataliste, ni agnostique, ni théiste, s'oppose dans ce sutta à celui des « grands maîtres » philosophiques rivaux de l'époque, qu'un autre sutta, le Samaññaphala Sutta (« Les fruits de la vie contemplative »), répertorie, et contre lesquels le Brahmājālasutta est dirigé :

  • Purana Kassapa : théorie de la contingence qui nie la rétribution des actes, tout se produisant de façon accidentelle (adhiccasamuppana-vāda)
  • Makkhali Gosala : fatalisme, la moralité des actes ne compte pas, les êtres s'améliorent automatiquement jusqu'à être libérés (niyati-vāda)
  • Ajita Kesakambalin : nihilisme (ou matérialisme), la valeur des actes est niée, l'existence de l'individu se termine avec sa mort (ucceda-vāda)
  • Pakudha Kaccayana : éternalisme, l'être humain est composé de sept éléments qui existent éternellement (sassata-vāda)
  • Sañjaya Belatthaputta : agnosticisme, les questions ultimes ne trouvent pas d'explication définitive (ajñeya-vāda)
  • Nigantha Nataputta (qui est le Mahāvīra du jaïnisme) : théorie d'un principe vital éternel, le jîva.

Le théisme (issara-nimmana-vada), selon lequel le monde est la création d'un être suprême, était également professé par plusieurs maîtres brahmanes (Pokkarasati, Tarukkha), qui enseignaient l'union avec Brahma. Le Tevijja Sutta réfute ce point de vue en qualifiant ces maîtres d'aveugles qui mènent des aveugles, « capables de montrer la voie de l'union avec quelqu'un dont ils ne savent rien et qu'ils n'ont pas vu ». Le Tittha Sutta affirme de même que « le fait de croire en la création du monde par un être suprême » conduit à un manque d’effort dans la pratique et à l’inaction.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  • J.Bloch, J.Filliozat, L.Renou, Canon bouddhique pāli, Maisonneuve, 1989

Liens externes[modifier | modifier le code]