Bourse de commerce de Paris

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Bourse de Commerce de Paris et la Colonne Médicis.

48° 51′ 45.83″ N 2° 20′ 34″ E / 48.8627306, 2.34278 ()

La Bourse de commerce de Paris est un édifice de plan circulaire surmonté d'une coupole situé rue de Viarmes, dans le 1er arrondissement de Paris.

Ce site est desservi par la station de métro : Louvre - Rivoli (M)(1) et Les Halles (M)(4)

Histoire[modifier | modifier le code]

L'hôtel de Soissons au XVIIe siècle
Hôtel de Soissons en 1734, plan de Turgot

À l'emplacement approximatif où se trouve aujourd'hui la Bourse de commerce se trouvait l'hôtel de Soissons qui appartenait, au début du XIIIe siècle, à Jean II de Nesles. N'ayant pas d'héritiers, celui-ci en céda en 1232 la propriété à saint Louis, qui l'offrit à sa mère, Blanche de Castille, pour en faire sa résidence. Philippe le Bel, qui en hérita, l'offrit en 1296 à son frère, Charles de Valois. L'hôtel passa ensuite au fils de ce dernier, Philippe de Valois, qui le donna à Jean de Luxembourg, fils de l'empereur Henri VII du Saint-Empire et lui-même roi de Bohême.

Sa fille, Bonne de Luxembourg, héritière de l'hôtel en 1327, épousa le prince Jean de Normandie, futur roi de France sous le nom de Jean le Bon. Leur fils, Charles, le céda à Amédée VI de Savoie en 1354. Il appartint ensuite à Louis, duc d'Anjou et fils du roi Jean. Sa veuve, Marie de Blois, le vendit en 1388 à Charles VI, qui l'offrit à son frère Louis, duc de Touraine et d'Orléans.

Sur les instances du confesseur du roi Charles VIII, Jean Tisseran, celui-ci créa en 1498, dans une partie de l'hôtel, un « couvent des filles repenties » tandis que le reste des bâtiments fut partagé entre le Connétable et le Chancelier du duc d'Orléans.

À partir de 1572, Catherine de Médicis abandonna subitement le palais des Tuileries qu'elle faisait édifier et acquit un hôtel appelé d'Albret, constitué de diverses demeures qui voisinaient le couvent à l'est. Elle s'y installa et commença l'aménagement de ce qui allait devenir l'Hôtel de la Reine. L'hypothèse selon laquelle une prédiction[1] serait la cause de ce déménagement précipité est la plus couramment retenue. Il est cependant difficile d'en connaître avec précision les raisons.

La reine mère acheta donc dès 1572 les bâtiments entourant l'hôtel d'Albret pour les intégrer à sa résidence. La propriété ainsi obtenue ne suffisant pas à ses besoins, elle obtint le couvent des filles repenties en l'échangeant contre celui de Saint-Magloire, propriété qu'elle possédait rue Saint-Denis. L'espace ainsi dégagé devint le vaste jardin qui s'étendait jusqu'à la rue de Grenelle (aujourd'hui rue Jean-Jacques-Rousseau). L'ensemble du projet fut confié à l'architecte Jean Bullant qui s'y attela de 1572 à sa mort en 1578. De nombreuses améliorations y furent par la suite apportées au fil du temps, dont notamment en 1611 un magnifique portail élevé par Salomon de Brosse. La colonne astronomique cannelée, appelée également colonne Médicis, haute de 31 mètres, qui existe encore, est le seul vestige subsistant de cet hôtel. Elle fut élevée dès 1574 dans un des angles de la cour sud qui donnait sur la rue des Deux-Écus (rue Berger). Sa fonction exacte n’a jamais été déterminée mais elle aurait pu servir aux observations de l'astrologue personnel de la Reine, le florentin Côme Ruggieri qui serait l'auteur de la prédiction dont nous avons parlé.

En 1601, après de longs problèmes de succession liés aux dettes accumulées par Catherine de Médicis, les héritiers de la Reine cédèrent l'hôtel à Catherine de Bourbon (1559-1604), sœur d'Henri IV. À la mort de celle-ci, il fut acquis par Charles de Bourbon, comte de Soissons, qui lui donna son nom. Ce dernier mourut en 1612 et sa femme, Anne de Montafié, comtesse de Soissons, poursuivit l'acquisition de nombreuses propriétés autour de l'hôtel jusqu'en 1644 date de son décès. L'hôtel de Soissons présentait alors son apparence et sa taille définitive. Il passa ensuite à sa fille, Marie de France, épouse de Thomas de Savoie, prince de Carignan. Leur fils Emmanuel-Philibert en hérita, puis son successeur Victor Amédée de Savoie, prince de Carignan, en 1718.

Ce dernier établit dans l'hôtel, en 1720, la Bourse de Paris. Ruiné par la banqueroute de Law, il dut vendre la propriété en 1740. La prévôté de Paris racheta le terrain et détruisit les bâtiments en 1748. La colonne, vendue séparément, fut acquise par Louis Petit de Bachaumont qui en fit ensuite don à la Ville de Paris.

Construction de la halle aux blés[modifier | modifier le code]

Nicolas Le Camus de Mézières, Plan de la halle aux blés, 1763.

Philippe Auguste avait établi les Halles de Paris aux Champeaux : les blés de la plaine de Luzarches y arrivaient par la route, et ceux de la Brie dans des bateaux qui abordaient au Port au Blé, au pied de l'Hôtel de Ville. Mais le quartier était l'objet d'une cohue permanente qui compliquait l'acheminement des grains. Pour assurer une meilleure efficacité au commerce du blé – qui formait, au XVIIIe siècle, le principal objet d'étude des économistes – on envisagea de construire une nouvelle halle aux blés. Depuis longtemps, les terrains de l'ancien hôtel de Soissons, que guettaient les créanciers du prince de Carignan, avaient été identifiés comme particulièrement propices à cet usage en raison de leur proximité avec la Seine, par où circulaient les bateaux chargés de grains.

Une compagnie fut créée par les frères Bernard et Charles Oblin, avec l'appui du contrôleur général, Jean Moreau de Séchelles et du prévôt des marchands, Pontcarré de Viarmes, et malgré les objections du parlement de Paris. Les frères Oblin projetaient de construire une vaste halle, d'ouvrir des rues alentour et d'y construire des immeubles dont la location financerait l'opération. Ils prévoyaient également de créer une gare d'eau dans la plaine d'Ivry.

C'est l'architecte et théoricien Nicolas Le Camus de Mézières qui fut chargé de la construction de la halle et du quartier avoisinant entre 1763 et 1767. Le terrain dessinait un pentagone irrégulier. Les marchands étaient partagés sur la forme à donner à l'édifice : certains préféraient un « carreau » où la lumière du jour permettait de juger de la qualité des marchandises, tandis que d'autres soulignaient les avantages d'un édifice couvert pour les protéger des intempéries. Le Camus opta pour un bâtiment de plan annulaire, de 122 mètres de circonférence, percé de 25 arcades : la partie centrale restait ainsi à ciel ouvert, mais deux galeries concentriques, ouvertes sur l'extérieur par vingt-quatre arcades et couvertes de voûtes supportées par des colonnes d'ordre toscan, formaient un abri commode.

Grenier vouté de la Halle au blé avec son accès par l'escalier à double révolution.

Ces galeries renfermaient les locaux de la police, du contrôle des poids et mesures, des statistiques. Au premier étage, se trouvaient de vastes greniers couverts de voûtes ogivales en briques et accessibles par deux beaux escaliers tournants dont l'un était à double révolution, comme à Chambord, afin que le personnel administratif et les négociants n'aient pas à croiser les portefaix.

Le nouvel édifice fut très admiré. Il illustrait des conceptions qui commençaient alors à se dégager : la notion de monument public, isolé et dégagé par rapport au tissu urbain (ce qui, en l'espèce, présentait en outre l'avantage supplémentaire de réduire les risques d'incendie) ; l'adéquation entre la forme et la fonction. La sobriété, la transparence, le jeu des volumes rappelaient l'architecture gothique, qui recommençait à être admirée. Selon Michel Gallet, ce monument rationnel, élégant, « fut accueilli comme le symbole d'un gouvernement paternel et d'une administration prévoyante, comme un témoignage du zèle municipal pour le bien public. L'activité dont elle était le théâtre enseignait au peuple que l'abondance est la récompense du travail ».

On avait d'abord songé à déplacer la colonne astronomique de Ruggieri pour la placer au centre de l'édifice, mais on dut renoncer à ce projet. On se borna donc à réparer le monument, tout en lui ajoutant une fontaine et un cadran solaire, dessiné par l'astronome Alexandre Guy Pingré, et à le laisser en place, au abords du nouveau bâtiment.

Autour de la halle aux blés, on traça une rue circulaire – c'est l'actuelle rue de Viarmes – d'où rayonnaient cinq autres voies qui reçurent les noms d'échevins et celui d'Oblin. Au nord, une petite place circulaire devait assurer l'articulation avec le vaste parvis projeté devant l'église Saint-Eustache. Le quartier fut élevé d'un dense réseau d'habitations populaires autour de cours étroites.

Couverture de la cour intérieure[modifier | modifier le code]

La halle aux blés après les travaux de Bélanger et Brunet (1re moitié du XIXe siècle).
La Halle au blé en 1838

La cour intérieure fut primitivement laissée ouverte, mais cela nuisait à la conservation des grains.

La halle aux blés après les travaux de Bélanger et Brunet (1re moitié du XIXe siècle).

Entre septembre 1782 et janvier 1783, les architectes Jacques-Guillaume Legrand et Jacques Molinos la couvrirent d'une coupole en charpente, exécutée par le menuisier André-Jacob Roubo, qui démontrait les qualités de la charpente à petits bois conçue par Philibert Delorme au XVIe siècle (1782-1783). Cette charpente était constituée d'arêtes de planches de sapin, séparées par des châssis vitrés, couvertes de cuivre étamé et de lames de plomb. Elle culminait à 38 mètres au-dessus du sol et était surmontée d'une lanterne en fer, mentionnée dans les Mémoires secrets de Bachaumont (17 novembre 1783) comme « un des plus grands ouvrages de serrurerie en ce genre » et sommée d'une girouette et d'un paratonnerre.

Cette réalisation fut très admirée, notamment par Thomas Jefferson, alors ambassadeur des États-Unis à Paris. On n'hésitait pas à la comparer au dôme de la basilique Saint-Pierre de Rome[réf. nécessaire]. Selon Arthur Young, dans Voyages en France : « la plus belle chose que j'ai vue dans Paris c'est la halle aux blés […] [la coupole] est aussi légère que si elle avait été suspendue par la main des fées. Dans l'arène, que de pois, de fèves, de lentilles on y vend. Dans les divisions d'alentour il y a de la farine sur les bancs. On passe par des escaliers doubles tournant l'un sur l'autre dans des appartements spacieux pour mettre du seigle, de l'orge, de l'avoine, le tout si bien projeté et si bien exécuté que je ne connais aucun bâtiment public en France ou en Angleterre qui le surpasse. »

La coupole fut détruite par un incendie en 1802. Sa reconstruction, entre 1806 et 1811, fut confiée à l'architecte François-Joseph Bélanger et à l'ingénieur François Brunet. Elle était en fer et primitivement couverte de feuilles de cuivre, qui furent remplacées en 1838 par des vitres. L'usage du fer et du cuivre en faisait un ouvrage d'avant-garde, que Victor Hugo, qui la comparait à une casquette de jockey[2], n'appréciait guère.

La bourse de commerce[modifier | modifier le code]

La Halle au blé lors de sa réhabilitation en 1887

Le bâtiment fut à nouveau ravagé par un incendie en 1854. La halle aux blés, dont l'activité n'avait cessé de diminuer, fut fermée en 1873 et le bâtiment fut attribué en 1885 à la Chambre de commerce, qui le fit transformer en Bourse de commerce par l'architecte Henri Blondel (1821-1897). Celui-ci modifia la coupole en fer et verre, ferma la partie inférieure d'une maçonnerie en brique et rhabilla l'ensemble du bâtiment en pierre. Auparavant, la Bourse de commerce était hébergée dans les locaux du Palais Brongniart [3].

La Halle au blé dans son tissu urbain vers 1885 juste avant sa réhabilitation

L'ensemble fut inauguré le 24 septembre 1889. La ville de Paris a transféré la propriété du bâtiment à la Chambre de commerce, pour un franc symbolique, en 1949. La coupole et le décor sont classés monument historique depuis 1986. D'importants travaux de restauration ont été exécutés en 1989.

De nombreux marchés à terme fonctionnèrent à la Bourse de Commerce depuis ses débuts, d'abord sous le contrôle de syndicats professionnels. Il y eut ainsi ceux des blés, seigles et avoines, farines, huiles, sucres, alcools et caoutchoucs. L'effondrement des cours du blé en 1929 entraîna la réforme de 1935 qui créa la Compagnie des Commissionnaires confirmée par une loi en 1950.

Après la Seconde Guerre mondiale, les marchés à terme s'ouvrirent progressivement sur l'international et diverses marchandises, sucre blanc, cacao, café (conjointement avec Le Havre), pomme de terre (avec Tourcoing), tourteau de soja, colza y furent traitées par lots à la criée. Les négociations furent administrées et contrôlées successivement par la Compagnie des Commissionnaires Agréés, par la Banque Centrale de Compensation et par le MATIF (Marché à Terme International de France). Avec l'informatisation des marchés à terme, l'activité boursière de marchandises prit fin en 1998 à la Bourse de Commerce de Paris. Elle continue sous forme de marché électronique au sein d'Euronext.

La quasi-totalité du monument est aujourd'hui occupée par la Chambre de commerce et d'industrie de Paris qui le gère et y propose, notamment, des services à la création d'entreprises, le centre de formalité des entreprises et de nombreuses propositions d'appui aux PME. Des expositions se déroulent régulièrement dans l'espace sous la coupole.

Architecture[modifier | modifier le code]

Portique de la Bourse de Commerce
La Bourse de commerce en 2011.

Henri Blondel a conservé la structure de l'anneau conçu par Le Camus de Mézières et l'armature en fer de la charpente de Bélanger, qui étaient les deux dispositions les plus remarquables du bâtiment antérieur.

L'entrée monumentale s'ouvre par un portique, situé à l'ouest du bâtiment face à la rue du Colonel-Driant, sommé d'un fronton porté par quatre colonnes corinthiennes cannelées, que surmontent trois figures allégoriques, œuvres du sculpteur Aristide Croisy, représentant la Ville de Paris flanquée de l'Abondance et du Commerce.

L'intérieur est décoré de panneaux peints représentant des personnages symbolisant les quatre points cardinaux, par Alexis-Joseph Mazerolle, et de fresques monumentales évoquant l'Histoire du Commerce entre les Cinq continents par Évariste-Vital Luminais (L'Amérique), Désiré François Laugée (La Russie et le Nord), Victor Georges Clairin (L'Asie, L'Afrique) et Hippolyte Lucas (L'Europe).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L’astrologue Cosme Ruggieri aurait prédit à Catherine de Médicis qu'elle mourrait « près de Saint-Germain », ce qui aurait interrompu la construction du Palais des Tuileries sis près de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois à Paris. La reine mère décéda le 5 janvier 1589 au château de Blois ; le prêtre appelé pour lui porter l'extrême-onction se nommait Julien de Saint-Germain.
  2. Victor Hugo, dans Notre-Dame de Paris, volume 1, écrit : « le dôme de la Halle-au-Blé est une casquette de jockey anglais sur une grande échelle »
  3. Colling 1949, p. 301

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. Adhémar, « La coupole en charpente de la halle au blé et l'influence de Philibert de Lorme au XVIIIe siècle », L'Architecture, 1933
  • Françoise Boudon, « Urbanisme et spéculation à Paris au XVIIIe siècle : le terrain de l'hôtel de Soissons », Journal of the Society of Architectural Historians, 1973
  • M.K. Deming, La Halle au Blé de Paris, 1762-1813, « Cheval de Troie » de l'abondance dans la capitale des Lumières, Bruxelles, 1984
  • Michel Gallet, Les architectes parisiens du XVIIIe siècle, Paris, Éditions Mengès, 1995 – (ISBN 2856203701)
  • A.E. Isabelle, Les édifices circulaires, Paris, 1855
  • D. Wiebenson, « The Two Domes of the Halle au Blé in Paris », The Art Bulletin, 1973

Liens externes[modifier | modifier le code]

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