Bouqui et Malice

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Bouqui et Malice ou "Bouki et Ti Malice", sont les deux personnages inséparables des contes traditionnels et populaires d'Haïti. Ces contes constituent un patrimoine culturel oral sous le nom de "Histoire de Bouqui et Malice" et en créole haïtien "Istwa Bouki ak Malis". Ces deux compères tirent leur origine des traditions orales rapportées par les esclaves venus d'Afrique à l'époque du commerce triangulaire. Ces deux héros ont leurs pendants dans la littérature antillaise, sous d'autres appellations, notamment en Guadeloupe et en Martinique.

L'écrivain haïtien et conteur, Alibée Féry fut le premier à écrire et publier les contes et récits de Bouqui et Malice. Par la suite, d'autres écrivains ont repris les contes de Bouqui et Malice qui font partie du folklore populaire d'Haïti.

Un grand nombre des dialogues de Bouqui et Malice furent publiés de semaine en semaine dans le journal Le Nouvelliste, à Port-au-Prince, entre mai 1991 et mai 1992.

Historique[modifier | modifier le code]

Bouqui et Malice tirent leur origine des traditions orales africaines. Au Sénégal et dans les pays voisins, ces deux personnages apparaissent sous une forme animalière. Bouqui est représenté sous l'aspect de la hyène qui se dit "Bouki" en langues Peul et Wolof alors que Malice est un lièvre appelé "Leuk" au Sénégal. À partir de là, se développent des traits de caractères qui identifient les deux compères. Bouki, la hyène affamée et maigre et Leuk, le lièvre au caractère malicieux et à la ruse légendaire.

Autres liens entre l'Afrique et les Caraïbes, les mêmes principes et tabous vaudou entourant le conte. Tout comme les Sénégalais, les Haïtiens se doivent de raconter ces contes après le crépuscule, car conter ces récits de personnages apparentés aux esprits des Lwas vaudous, durant la journée risquerait d'attirer le mauvais sort sur la famille et notamment la perte de la maman. La tradition orale haïtienne dit "Si ou tiré kont lajounen wa va pédi Manman’w"[1].

Bouqui et Malice n'apparaissent pas sous un aspect animalier comme en Afrique. Ils s'apparentent davantage à des personnages indéfinissables aux caractéristiques néanmoins assez proches de l'humain.

En Guadeloupe et en Martinique, Bouqui apparait sous les traits d'un félin ou sous le nom de Zamba, alors que Malice revêt les traits du lapin, rappelant ainsi le lièvre africain. Ces caractéristiques ne sont pas sans rappeler le bestiaire des contes français, le loup (ou Grand-Loup) s'apparentant à Bouqui et le renard (ou Maître Renard) reconnaissable dans le personnage de Malice.

Ces contes oraux traditionnels sont centrés sur les deux personnages principaux, Bouqui et Malice, et commencent toujours par les onomatopées "Krik?" "Krak!" Cette tradition est héritée de l'Afrique[2].

Bouqui et Malice sont régulièrement, mais pas systématiquement, associés, d'une façon allusive, dans des liens familiaux de neveu et oncle, d'où l'appellation récurrente de "Tonton Bouqui" ou "Oncle Bouqui"[3].

Personnages[modifier | modifier le code]

Bouqui[modifier | modifier le code]

Bouqui, appelé également "Oncle Bouqui" ou "Tonton Bouqui" et parfois "Bouki" est le souffre-douleur continuel de son compère et neveu Malice. Face à la ruse de Malice, Bouqui développe une certaine forme de résistance, malgré ses mésaventures, il renaît tel le Phénix, de ses cendres et repart toujours pour de nouvelles "més-aventures".

Le personnage de Bouqui cumule de nombreux défauts et quelques qualités.

  • Défauts

Bouqui est crédule, impatient, paresseux, maladroit, vorace, sot, mauvais parleur, mauvais chanteur.

  • Qualité

Bouqui est fidèle à sa compagne (surnommée parfois Bouquinette) et aime ses enfants.

Malice[modifier | modifier le code]

Malice, appelé également "Ti Malice", toujours prêt à jouer des tours à son entourage, le plus souvent pour tirer profit d’une situation qui n’est pas à son avantage. Il concocte des projets diaboliques vis-à-vis des autres et de son oncle Bouqui. Malice passe ainsi le plus clair de son temps à taquiner Bouqui. Le personnage de Malice accumule également de nombreux défauts et quelques qualités.

  • Défauts

Malice est naturellement malicieux, espiègle, farceur, taquin, rusé, menteur, voleur, égoïste, lâche, gourmand, orgueilleux et bonimenteur.

  • Qualités

Malice est audacieux, intelligent, débrouillard, musicien, bon chanteur, charmeur, et beau parleur.

Extraits[modifier | modifier le code]

  • Dans une de ces histoires typiques, Malice arrivait à convaincre Bouqui de ne pas porter ses nouvelles chaussures pendant un long voyage à travers des chemins semés de pierres tranchantes. Quand Bouqui revenait de son voyage, les pieds ensanglantés, Malice le complimentait sur sa décision de voyager les pieds nus, ajoutant : « Tu vois ce qui serait arrivé à tes souliers neufs si tu les avais portés ! »[4].
  • Bouki avait un bœuf. Mais ce bœuf, il l’avait caché à cause de son compère Malice. Ainsi Bouki engraissait son bœuf à l’insu de son ami et compère… Malice se mit à l’épier pour découvrir le secret qu’il lui cachait. Au bout d’une semaine de patience, la curiosité de Malice fut satisfaite. Il connaissait et le secret et sa cachette… Un jour Bouki dut s'absenter… Malice, de son côté, allait profiter de cette occasion pour manger le bœuf de Bouki[5].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Suzanne Comhaire-Sylvain, Le roman de Bouqui, Éditions Caravelle, Port-au-Prince : 1940, Rééditions Leméac, Montréal : 1973
  • Jacques Stéphen Alexis, "Romancero aux étoiles", Éditions Gallimard, Collection L'Imaginaire, Paris : 1960
  • Jean André Victor, Bouqui et Malice ainsi parla l'autre : 50 dialogues choisis, L'Imprimeur II, Port-au-Prince : 1993
  • Colette Rouzier, Bouqui, Malice et Zanmi, Éditions Hachette-Deschamps, collection Jeunesse, Paris : 2002

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Les contes dans l’affirmation de la culture
  2. Créole et termes africains
  3. Le bestiaire dans le conte africain
  4. une fin de conte de fée
  5. Conte de Malice et le bœuf de Bouki par Déita (Mercedes Guignard)