Bouclier humain

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'usage de boucliers humains au cours d'un conflit armé, souvent asymétrique, consiste à placer des otages, consentants ou non, en des lieux jugés stratégiques afin d'éviter leur bombardement. Elle peut aussi consister à dissimuler des combattants dans des zones civiles ou à faire marcher des soldats en plaçant devant eux les boucliers humains.

Historique[modifier | modifier le code]

Dans les Caraïbes, le corsaire Henry Morgan et ses hommes utilisent des jésuites qu'ils venaient de capturer comme bouclier humain pour attaquer une place forte.

Lors de l'invasion britannique par le Lac Champlain, de la Nouvelle-France en 1760, les troupes américano-britanniques utilisèrent un bouclier humain pour prendre le Fort de Chambly, sur la rivière Richelieu. Ainsi nous pouvons lire à la page 95 de l'auteur Réal Fortin, le Fort de Chambly : "Le jeudi 4 septembre au matin… un détachement est parti vers Chambly ; ils étaient environ un millier d'hommes commandés par le colonel Derby… Sans perdre de temps, un détachement se rend dans chaque maison pour y chercher les femmes et leurs enfants. On les conduit devant le fort pour former une muraille humaine devant les assiégeants. Aussitôt, les défenseurs cessent leurs tirs et regardent avec effarement le déroulement des événements. Dès que tout est mis en place, le brave Derby… donne l'ordre à ses hommes de faire feu au-dessus des têtes des otages. Lusignan… envoie un émissaire… (Derby répond) que s'ils ne se rendent pas immédiatement, il les soumettra tous (la garnison) par les armes".

Quelques mois plus tard, toutes les troupes françaises de la Nouvelle-France quittent définitivement l'Amérique.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

  • Les 23 et 24 mai 1940, plusieurs centaines de civils sont utilisés comme boucliers humains dans le secteur de Beuvry les Béthune pour faire avancer les canons du 2e régiment d'artillerie SS Totenkopf sous le commandement du Stubaf Hermann Priess[1].
  • Le 25 mai 1940, plusieurs dizaines de prisonniers de guerre belges sont utilisés par l'armée allemande comme bouclier humain pour tenter de prendre le village de Vinkt, quelques jours avant "le massacre de Vinkt".
  • Au cours de l'insurrection de Varsovie, les forces allemandes utilisent les civils comme boucliers humains pour saper le moral des troupes polonaises.

Irak[modifier | modifier le code]

Bien que cette tactique ne soit pas nouvelle, elle a été utilisée de façon récente en Irak durant la première guerre du Golfe. Le 18 août 1990, Saddam Hussein déclare que seront utilisés comme boucliers humains les « ressortissants de nations agressives » .

Les boucliers humains traversant la frontière d'Irak sont accueillis par les Irakiens.

Au printemps 2003, Mohamed Ennacer Latrèche décide, pour montrer son soutien à l'Irak de se porter volontaire pour être bouclier humain.

Liban[modifier | modifier le code]

Au cours du Conflit israélo-libanais de 2006, Israël accuse le Hezbollah d'utiliser des boucliers humains pour dissimuler ses hommes et justifie ainsi ses larges opérations au Sud Liban contre des villages civils. Le Hezbollah nie se servir de bouclier humain et n'hésite pas à faire la comparaison avec les accusations américaines justifiant le massacre de civils vietnamiens lors de la guerre du Viêt Nam. Amnesty International et Human Rights Watch réfutent « l'utilisation de civils comme des boucliers humains par le Hezbollah » avancée par Israël ainsi que la présence de membres du Hezbollah ou la conduite d’activités militaires dans une zone civile[2],[3].

Israël[modifier | modifier le code]

La cour suprême israélienne a interdit l'usage de bouclier humain en 2002. Marwan Dalal, un militant de l'organisation arabe israélienne Adalah a déclaré que « l'armée n'a jamais vraiment cessé cette pratique ». Un jeune garçon de treize ans aurait été « utilisé comme bouclier humain » par des gardes frontière de la police israélienne contre des jets de pierres durant une manifestation dans le village de Bidou en Cisjordanie[4]afin de dissuader ses camarades de continuer de lancer des pierres sur leur véhicule[5].

Pendant la guerre de Gaza, l'armée israélienne a utilisé sous la menace des armes des Palestiniens aux mains menottées et aux yeux bandés lors de fouilles de maisons[6].

Bande de Gaza[modifier | modifier le code]

Les autorités israéliennes accusent le Hamas d'utiliser les civils comme boucliers humains en dissimulant son arsenal et ses centres opérationnels dans des hôpitaux, des mosquées ou des écoles et aussi en contraignant les populations à rester dans les secteurs qu'Israël informe préalablement qu'ils vont être attaqués. Durant la guerre de Gaza en 2014 l'UNRWA, l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, a découvert des roquettes dans deux des écoles qu'elle administre. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a déclaré que « les responsables transforment les écoles en cibles militaires potentielles ». Des journalistes ont constaté que le Hamas tire bien des roquettes « près des maisons, ou dans des terrains vagues adjacents ». Lors du conflit de 2009 Amnesty International avait affirmé n'avoir « trouvé aucune preuve que des roquettes avaient été tirées depuis des bâtiments civils alors que des civils s'y trouvaient »[7]. La Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Navi Pillay, a condamné en juillet 2014 les groupes palestiniens de Gaza les accusant de violations du droit humanitaire international « en plaçant des roquettes dans des écoles et des hôpitaux et même en tirant ces roquettes de zones densément peuplées »[8].

Références[modifier | modifier le code]

  • Le Fort de Chambly, par Réal Fortin, Éditions Les cahiers du Septentrion, 2007, 213p.

Statut légal[modifier | modifier le code]

L'usage de bouclier humain est devenu explicitement interdit depuis la quatrième convention de Genève du 12 août 1949.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]