Boris Fraenkel

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Boris Fraenkel (né en 1921 dans la Ville libre de Dantzig et mort par suicide le 23 avril 2006 à Paris) était un homme politique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Boris Fraenkel naît en 1921 à Dantzig, alors territoire indépendant, ce qui permet à l'intéressé de conserver longtemps un statut d'apatride : aujourd'hui la ville s'appelle Gdańsk et se trouve en Pologne. Juif, il commence par militer dans le sionisme d’extrême-gauche, à l’Hachomer Hatzaïr, où se mêlent la doxa marxiste et l’affirmation de la nation juive. Arrivé en France en 1938 d'abord à Nancy pour suivre des études d'agronomie, il entreprend des études de chimie et rejoint en 1940 sa mère à Grenoble, où il manque d'être raflé par la Gestapo. Il passe alors en Suisse et est interné dans le camp de Girenbad à Zurich où il rencontre le romancier et philosophe Manes Sperber, le futur spécialiste de Racine, Lucien Goldmann, ou Aby Wieviorka, grand traducteur de yiddish à Paris[1]. Malgré des conditions très difficiles, il parvient à suivre des cours d'économie politique. C'est en Suisse qu'il milite pour la première fois dans la cellule clandestine d'un parti trotskiste, conjointement avec Jost von Steiger dont l'oncle est le conseiller fédéral Eduard von Steiger, alors chef du département de Justice et Police. Expulsé de Suisse en 1949 pour avoir participé à une conférence sur le marxisme et le judaïsme, il est assigné à Grenoble par la police française. Il exerce diverses professions comme secrétaire de la peintre Sonia Delaunay ou animateur aux CEMEA, où il rencontre son épouse Denise Salomon.

« Intellectuel sans œuvre », Fraenkel a passé sa vie à lire, à traduire, à vulgariser les thèses d’auteurs tels que Reich, Marcuse (Eros et Civilisation), Lukàcs, et Léon Trotski. Il rencontre le philosophe Herbert Marcuse avec lequel il entretient longtemps une conversation intellectuelle empreinte de respect réciproque. Animateur de la revue Partisans éditée par François Maspero, il est l'un des fondateurs de l’OCI (Organisation communiste internationaliste) en 1958 lors d’une énième scission trotskiste. Il en est chassé en 1966 par Pierre Boussel alias Lambert, pour avoir publié des textes de Wilhelm Reich sans en avoir obtenu les droits.

En 1966, il traduit La Lutte sexuelle des jeunes avec Jean-Marie Brohm, annonçant une des thématiques phares de mai 68. Le 22 mars 1967 à Nanterre, il anime, au sein de l’université, une conférence intitulée Jeunesse et sexualité qui annonce par son succès les événements de mai 68. Le 9 juin 1968, la police essaie de l'expulser vers la RFA (République fédérale d'Allemagne), qui le refuse et lui dénie la nationalité allemande, au motif qu'il est né dans un État disparu, la Ville libre de Dantzig. Il se retrouve assigné à résidence à Sarlat, en Dordogne (il est libéré grâce à une campagne de protestation lancée par François Maspero). Pour accélérer sa sortie, Denise l'épouse le 25 décembre 1969. Au cours des années 1970, il commence à se mettre en retrait. En 2002, il décide d'adhérer à la LCR (Ligue communiste révolutionnaire) « pour rompre son isolement », mais, déçu, n'y reste pas.

Lionel Jospin[modifier | modifier le code]

Boris Fraenkel croise au cours des années 1960 et 1970 nombre de personnalités devenues publiques : des hommes politiques comme Alain Krivine, ou encore Lionel Jospin, des universitaires comme Jean-Marie Brohm ou Georges Vigarello, des journalistes, etc. Il apparaît dans l'actualité en 2001, alors que la campagne présidentielle française bat son plein, en révélant le passé trotskiste de Lionel Jospin[2], qu'il avait déjà signalé en 1997.

Jospin lui avait été signalé par un de ses camarades de la cellule de Dugny, Robert Lacondemine, où il milite avec Denise et l'historien Pierre Broué, qui l'avait repéré lors d'un mariage en Bourgogne. « J'ai rencontré un jeune intello qui m'a l'air bien et qui rentre à l'ENA », explique-t-il à Fraenkel.

Fraenkel avait déclaré au Nouvel Observateur : « C’était un peu ma spécialité : repérer des jeunes gens de gauche, et les faire tomber dans mes filets, comme disaient mes camarades. Jospin était alors élève à l’ENA. Je le formais clandestinement. Nous n’avions pas d’énarque alors, dans le mouvement. C’était une chance extraordinaire de pénétrer la haute fonction publique ». « Lorsque je recrute Jospin, seuls Lambert et moi le connaissons dans l'organisation. Je pense même que tant que j'ai été dans le circuit il n'a pas vu Lambert[3]. »

Il se suicide le 23 avril 2006 en se jetant dans la Seine. Son corps a été retrouvé deux jours plus tard au niveau du 8e arrondissement de Paris.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le Monde, 6 juin 2001
  2. Cet étrange Monsieur Blondel
  3. idem note 1