Bonne ville

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher


Une bonne ville est dans la France de l'Ancien Régime une ville bénéficiant de privilèges et de protections octroyées par le roi de France, assorties de l'obligation de contribuer au ban royal en fournissant un contingent d'homme d'armes.

Les bonnes villes portaient des armoiries avec "un chef d'azur portant trois fleurs de lys d'or".

La bonne ville : point de vue institutionnel[modifier | modifier le code]

Les relations entre le roi et une bonne ville peuvent prendre plusieurs formes :

  • Dépendance administrative : le roi contrôle le gouvernement de la ville en vérifiant les magistrats et conseillers choisis. Il n’est pas dans son intérêt d’imposer un contrôle trop fort, et les bonnes villes sont trop nombreuses pour qu’il puisse le faire, mais il a intérêt à ce que les villes soient bien gouvernées et lui restent fidèles.
  • Fiscalité : En cas de besoin, la guerre par exemple, les bonnes villes sont tenues de contribuer à l’effort public.
  • Dépendance financière : Les finances urbaines étant souvent fragiles, le roi contrôle les comptes des villes pour éviter les crises et garantir une économie urbaine prospère.
  • Aides royales : En cas de besoin précis, le roi peut apporter son aide ; c’est notamment le cas pendant la guerre de Cent Ans, lorsque le roi finance les fortifications des villes les plus menacées par les combats.

Le statut prend une importance croissante à la fin du Moyen Âge, à tel point que les villes qui ne bénéficient pas de cette qualité se battent pour l’obtenir. Les bonnes villes sont très nombreuses, mais aucune liste officielle n’a été établie.

La bonne ville : un système de relations[modifier | modifier le code]

Il faut tenter d'approcher la bonne ville autrement que par une étude étroitement institutionnelle. G. Mauduech déclare que la bonne ville n'a jusqu'alors été envisagé que dans ses rapports avec la royauté ou d'un point de vue strictement institutionnel. Selon lui, "l'erreur de l'historien jusqu'à présent est d'avoir voulu considérer la bonne ville du point de vue du roi ou d'y plaquer coûte que coûte une définition juridique"[1].

Bernard Chevalier, quant à lui, caractérise la bonne ville à l'aide d'un modèle d'urbanisation très différent de la ville médiévale (qui, chronologiquement, la précède)[2]. De 1350 à 1550, l'histoire urbaine a connu des crises violentes, suivies d'une consolidation. Ceci s'est traduit par une rupture au sein de l'évolution du fait urbain qui a amené un progrès décisif de l'urbanité. La ville impose ses modèles éthiques à la société, s'affirme comme un état d'âme et non plus seulement comme un lieu d'échange et de production. Une nouvelle page de l'urbanisation a été tournée au cœur des crises du XIVe siècle. Il faut alors considérer la bonne ville qui ne se réduit ni à un fait topographique ou économique, ni à une institution (droit de s'assembler, de juger avec les échevins ou sans eux, de gérer les affaires communes) comme "un système de relations"[3].

Le concept de système suppose que tous les éléments le composant entretiennent des liens mutuels, et ces rapports sont justement ce qui structure le tout ; aussi il évoque l'idée de relation. Dans cette optique relationnelle, le conseil de ville, institution urbaine par excellence, est un reflet privilégié du fait urbain. En effet, il se définit par les interactions qui ont lieu en son sein entre les différentes composantes de la société. Il est une entité relationnelle. Né dans un contexte difficile de guerre (XIVe-XVe siècles), les conseils de ville furent souvent le résultat d'une volonté de défense unifiée chez les habitants comme ce fut le cas à Reims. Cette volonté révèle une prise de conscience d'appartenir à une même entité : la ville. Cette conscience d'appartenir à une même entité ne définit-elle pas d'une certaine façon la bonne ville ? Par exemple, à Reims, si la guerre est à l'origine du conseil de ville, c'est parce qu'elle a unifié l'espace urbain jusqu'alors éclaté en divers bans. Le conseil urbain est à l'image de la ville close, il est un organe politique urbain unifié. Avant lui, le pouvoir municipal était divisé entre plusieurs seigneurs. Bien sûr, ces derniers font sentir au conseil leurs anciens droits et prérogatives. Toutefois, le conseil reste une manifestation d'une nouvelle conception du pouvoir municipal. C'est en cela qu'il est le reflet privilégié du fait urbain. Si l'enceinte est venue contrecarrer l'organisation féodale de l'espace rémois, le conseil, lui, a remis en cause le pouvoir politique féodal. C'est là un fait nouveau qui caractérise la bonne ville. Cette dernière ayant une structure spatiale différente, elle se donne un pouvoir qui puisse la représenter en son entier. C'est peut-être ici qu'est effleuré l'essence de la bonne ville. Le conseil en effet manifeste la prise de conscience des citadins d'appartenir à un même ensemble, à une même entité : la bonne ville[4].

La bonne ville au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Un nouveau statut de « bonne ville », largement honorifique, sera recréé sous le Premier Empire.

Par une ordonnance du 23 avril 1821, cette dignité fut rendue ou octroyée à quarante cités, les vingt-huit bonnes villes de l'Empire situées en France, plus douze nouvelles : Abbeville, Aix-en-Provence, Amiens, Angers, Antibes, Avignon, Besançon, Bordeaux, Bourges, Caen, Cambrai, Carcassonne, Colmar, Cette, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Lille, Lyon, Marseille, Metz, Montauban, Montpellier, Nancy, Nantes, Nîmes, Orléans, Paris, Pau, Reims, Rennes, La Rochelle, Rouen, Strasbourg, Toulon, Toulouse, Tours, Troyes, Versailles, Vesoul[5]. Ces villes avaient le privilège d'envoyer leur maire au sacre du roi – ce qui se produisit effectivement au sacre de Charles X, le 29 mai 1825 – et de mettre un chef fleurdelisé dans leurs armoiries[6].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Chevalier, Les Bonnes villes de France du XIVe au XVIe siècle, Aubier-Montaigne, Paris, 1982
  • Albert Rigaudière, « Qu'est-ce qu'une bonne ville dans du Moyen Âge ? », dans Gouverner la ville au Moyen Âge, Paris, 1993, p. 1-51.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. MAUDECH, G., La "bonne ville" : origine et sens de l'expression., Annales E.S.C., 1972, p.1441.
  2. CHEVALIER, B., Histoire urbaine en France Xe-XVe siècle, L'histoire médiévale en France. Bilan et perspectives, Seuil, 1972, p.35.
  3. CHEVALIER, B., Histoire urbaine en France Xe-XVe siècle, L'histoire médiévale en France. Bilan et perspectives, Seuil, 1972, p. 38.
  4. Haramila Boufenghour, Le conseil de ville rémois dans la première partie du XVe siècle à travers son plus ancien registre de délibérations (1422-1436), mémoire de maîtrise dactylographié, Université de Reims, 1995, p.3.
  5. Histoire des armoiries des Villes de France par BOREL D'HAUTERIVE, consulté le 14-XI-2009.
  6. Michel François, « Les bonnes villes », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 119, 1975, pp. 558-559. Une quinzaine d'autres villes, comme Beauvais, Limoges et Poitiers demandèrent sans succès à être ajoutées à la liste.