Le Bon Marché

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Premier grand magasin « Au Bon Marché » de 1886.

Le Bon Marché est un grand magasin français, situé au 24 rue de Sèvres dans le 7e arrondissement de Paris, à l'angle de la rue de Babylone et de la rue du Bac.

En 1989, après 151 ans d'existence, le magasin Au Bon Marché change de nom et devient Le Bon Marché.

Historique[modifier | modifier le code]

À gauche, le deuxième magasin de 1913.
Aristide Boucicaut (1810-1877).
Intérieur du magasin en 2008

« La cathédrale du commerce moderne (...), faite pour un peuple de clientes. »

— Émile Zola, Au Bonheur des Dames

Le premier magasin Au Bon Marché fut fondé en 1838 par les frères Paul et Justin Videau sous la forme d'une grande boutique (douze employés et quatre rayons) de mercerie vendant aussi des draps, matelas et des parapluies. Ils s'associent en 1852 avec Aristide et Marguerite Boucicaut qui se lancent dans la transformation du magasin, développant alors le nouveau concept de grand magasin avec un vaste assortiment large et profond, des prix fixés à faible marge et indiqués sur une étiquette, un accès direct, le principe du satisfait ou remboursé et une mise en scène de la marchandise dans un espace de vente : ce type de magasin ne vend plus simplement des marchandises mais le désir d'acheter lui-même. En 1863, les Boucicaut rachètent les parts sociales des frères Videau, lesquels étaient effrayés par les idées commerciales du couple.

En 1869, grâce à leur succès commercial, les Boucicaut se lancent dans l'agrandissement du magasin. L'architecte Louis-Charles Boileau, succédant à Alexandre Laplanche, fait appel à l'ingénieur Armand Moisant pour la construction de la structure du bâtiment (1870-1887); Gustave Eiffel, qui est couramment considéré comme étant le constructeur du Bon Marché, n'interviendra qu'en 1879 pour réaliser un agrandissement qualifié de peu considérable. Le Bon Marché passe d'un chiffre d’affaires de 500 000 francs, d'une surface de 300 m2 et de 12 employés en 1852 à 72 millions de francs, une surface de 50 000 m2 et 1 788 employés en 1877. Cette expansion marque l'apparition d'une nouvelle classe sociale, les employés, classe moyenne qui constituera la future clientèle des grands magasins[1].

Pour attirer sa clientèle féminine, Boucicaut crée également les premières toilettes pour femmes, un salon de lecture pour leurs maris le temps qu'elles fassent leurs emplettes, poste plus de 6 millions de catalogues de mode (accompagnés d'échantillons de tissus découpés par 150 jeunes femmes uniquement affectées à ce travail) dans le monde entier au début du XXe siècle, parallèlement au développement du service de livraison à domicile et de la vente par correspondance franco de port. Il développe la publicité (affiches, calendriers, réclames, agendas annonçant des évènements quotidiens). Après les épouses, il cible les mères en distribuant des boissons, ballons rouges ou des séries d'images pédagogiques en « Chromos » pour leurs enfants, organisant aussi des promenades à dos d'âne. Les bourgeoises peuvent s'échapper du logis où la société les cloître et passer plus de douze heures dans le magasin à essayer les produits, notamment des vêtements, avant faits sur mesure, et désormais aux tailles standardisées. Certaines d'entre elles s'endettent ou deviennent cleptomanes, d'autres sont troublées à l'idée de se faire effleurer par des vendeurs qui leur enfilent gants ou chapeaux. La respectabilité du magasin étant remise en cause, Aristide Boucicaut fait engager des vendeuses qu'il fait loger dans les étages supérieurs du magasin et qui représentent la moitié du personnel dans les années 1880. En uniforme noir strict, elles peuvent être renvoyées pour n'importe quelle faute et sont à la merci des clientes. Mais elles peuvent bénéficier de la promotion interne (second, chef de comptoir puis gérant selon une progression non plus à l’ancienneté mais au mérite). Avec une gestion paternaliste inspirée par le socialisme chrétien de Lamennais, Aristide Boucicaut crée notamment pour ses salariés une caisse de prévoyance et une caisse de retraite, un réfectoire gratuit, un jour de congé payé hebdomadaire[1].

Une salle de mille places est installée au sommet de l'immeuble pour accueillir des soirées.

En 1910, à l'initiative de Mme Boucicaut, afin de loger ses clients à proximité, est créé l'hôtel Lutetia qui reste le seul palace de la rive gauche. Le développement du chemin de fer et des expositions universelles attire à Paris les femmes de province et Mme Boucicaut cherche désormais à toucher une clientèle ouvrière par des prix toujours plus bas.

En 1911-1913, à l'angle de la Rue de Sèvres et de la rue du Bac, un deuxième bâtiment de style art déco, est construit par les Ateliers Moisant-Lauren-Savey, successeurs d'Armand Moisant. Il abrite jusqu'en 2012 La Grande Épicerie

Le groupe LVMH de Bernard Arnault rachète Le Bon Marché en 1984 pour en faire le grand magasin du luxe de la rive gauche. Au premier semestre 2012, des travaux débutent pour un agrandissement de la surface de vente[2],[3].
Un autre grand magasin, La Samaritaine, sera rachetée[4] à la famille Renan en 2001, rue du Pont-Neuf dans le 1er arrondissement, pour rejoindre également le giron de LVMH Distribution Services, puis sera fermé en 2005.


Homologues[modifier | modifier le code]

Un autre Bon Marché a été ouvert en 1860 en Belgique par François Vaxelaire. Il n'a toutefois rien à voir avec son homologue français[5].

Un autre magasin, Au Bon Marché, où l'on offrait essentiellement des stores et des articles de décoration, a existé à Montréal. Il s'est fait connaître dans les années 1980-1990 notamment grâce à ses publicités qui mettaient en vedette le propriétaire et ses deux fils, des juifs anglophones qui, avec leur fort accent et leur slogan « Oui, papa ! », devinrent rapidement la risée des humoristes québécois.

En Suisse Romande, l'enseigne ABM (Au Bon Marché) était une chaine de magasins à vocation universelle avec un nombre important de produits et connus pour ses prix peu élevés. L'enseigne, propriété du groupe Globus acquis par Migros, a été restructurée plusieurs fois avant de disparaître définitivement, une relance étant trop complexe en regard du concurrent du moment : « Uni-prix /Unip », repris par Coop puis intégré au concept de grand magasin « Coop City ».

Une chaine de magasins nommés The Bon Marché (avec l'accent) a également existé dans le nord-ouest des États-Unis. Sans lien avec Le Bon Marché, sa création en 1890 par Edward Nordhoff à Seattle a toutefois été directement inspirée par l'enseigne parisienne.
Le nom a disparu en 2006 suite à l'acquisition en 2003 de la chaine par Macy's.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Chritine Le Goff et Sally Aitken, Au bonheur des dames, l'invention du grand magasin, Arte, 2011
  2. Florent Gilles « Le Bon Marché prêt pour cinq ans de travaux » Fashion Dailynews.com, 9 décembre 2011
  3. « LVMH lance le Bon Marché dans un chantier titanesque » La Tribune, 8 décembre 2011
  4. La Samaritaine se réveille avec V
  5. Histoire de Carrefour en Belgique

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michael B. Miller, Au Bon Marché (1869-1920) : Le Consommateur apprivoisé, Armand Colin, 1987 (ISBN 978-2200371210)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

48° 51′ 04″ N 2° 19′ 28″ E / 48.8511, 2.324361111 ()