Bombardement d'Alger (1816)

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Bombardement d'Alger
Bombardement d'Alger. Peinture de Martinus Schouman.
Bombardement d'Alger. Peinture de Martinus Schouman.
Informations générales
Date 27 août 1816
Lieu Alger (Régence d'Alger)
Issue Victoire anglo-hollandaise
Belligérants
Union flag 1606 (Kings Colors).svg Royaume de Grande-Bretagne
Flag of the Netherlands.svg Royaume des Pays-Bas
Flag of the Ottoman Empire (1453-1517).svg Régence d'Alger
Commandants
Union flag 1606 (Kings Colors).svg Edward Pellew
Flag of the Netherlands.svg Theodorus Frederik van Capellen
Omar Agha
Forces en présence
27 navires de ligne ~ 90 bateaux
batteries côtières
Pertes
887 morts ou blessés 500 morts[1]

Le bombardement d'Alger est un bombardement anglo-hollandais de la ville d'Alger ayant eu lieu le 27 août 1816.

Circonstances[modifier | modifier le code]

Le dey d'Alger, Hadj Ali, profita des années de guerre européennes (1802-1815) entre Napoléon et le reste de l'Europe pour piller bon nombre de navires européens et américains qui croisaient en Méditerranée, et asservir leurs équipages. Les Américains réagirent et envoyèrent en 1815 deux petites forces navales. La Sublime Porte, inquiète, ordonna au dey de cesser la piraterie, pratique profondément ancrée dans les mentalités. Le dey, représentant les ottomans occupant administrativement la région, fut assassiné en mars 1815. Omar Agha le remplaça. Ce dernier eut à faire face aux forces américaines, qui imposèrent aux barbaresques de respecter les navires de commerce américains. Les forces européennes ne furent en mesure d'envoyer une flotte qu'en 1816, après le règlement du conflit napoléonien. Une flotte anglaise commandée par Edward Pellew (Lord Exmouth) fut donc chargée de libérer les esclaves européens et de mettre un terme à la piraterie et aux razzias qui pouvaient toucher les côtes espagnoles et françaises. Les deys de Tunis et Tripoli acceptèrent sans résistance de libérer les esclaves estimés à 30.000. Le dey d'Alger fut plus retors, se trouvant dans la même situation que son prédécesseur : pour pouvoir payer ses troupes, il n'avait d'autre choix que de pratiquer la piraterie. Aussi, quand les Anglais se présentèrent à lui, il feignit d'accepter leurs doléances ; mais une fois les Anglais partis, il fit assassiner les 200 pêcheurs italiens et siciliens qu'il gardait prisonniers dans ses geôles. Lord Pellew apprit la nouvelle en rentrant à Londres. Il fut donc renvoyé devant Alger, cette fois pour punir le dey.

L'expédition punitive[modifier | modifier le code]

L'amiral est rejoint à Gibraltar par une escadre du Royaume des Pays-Bas qui propose son aide. Les exigences de l'expédition sont la libération sans rançon des esclaves chrétiens, la restitution des rançons payées par les États de Savoie et le royaume de Naples pour le rachat de leurs sujets, l'abolition de l'esclavage et la paix avec les Pays-Bas. Devant le refus, la canonnade entre la flotte anglo-hollandaise et l'artillerie côtière commence.

La bataille[modifier | modifier le code]

Disposition de la flotte anglo-hollandaise.

Le 27 août 1816, le bombardement de la rade d’Alger est effectué par une flotte de la Royal Navy et de la marine des Pays-Bas (lord Exmouth, navire amiral de premier rang trois-mâts carré armé de 104 canons HMS Queen Charlotte, 26 navires et Van Cappelen, 6 frégates) face à une garnison renforcée de 40 000 hommes[1].

L'écrivain Arsène Berteuil décrit la bataille ainsi : « Le bombardement commença. Une manœuvre hardie, au moyen de laquelle les Anglais parvinrent à tourner le môle pour prendre à revers toutes leurs batteries, eut lieu. L'amiral Exmouth fit embosser ses vaisseaux à demi portée de canon, sous le feu des batteries du port et de la rade. Lui-même se plaça à l'entrée du port, tellement près des quais, que son beaupré touchait les maisons et que ses batteries, prenant à revers toutes celles de l'intérieur du port, foudroyaient les canonnières d'Alger, qui restaient à découvert. Cette manœuvre, aussi habile qu'audacieuse, eut le plus effrayant succès.

Les Algériens, pleins de confiance dans leurs batteries, ainsi que dans la valeur des équipages de leurs navires, dont les commandants avaient ordre d'aborder les vaisseaux anglais, se croyaient tellement à l'abri d'une attaque de ce genre qu'une populace innombrable couvrait la partie du port appelée la Marine, dans l'intention d'être spectatrice de la défaite des chrétiens.

L'amiral anglais, éprouvant quelque répugnance à porter la mort au milieu de cette multitude imprudente, lui fit, de dessus le pont, signe de se retirer ; mais, soit que son intention humaine n'eût pas été comprise, soit que ces Maures s'obstinassent dans leur aveuglement, ils restèrent à la place qu'ils occupaient, et ce ne fut qu'après avoir vu l'épouvantable ravage produit par les premières bordées qu'ils se dispersèrent avec des cris affreux. Néanmoins les troupes turques, et surtout les canonniers, ne partagèrent point cette épouvante, et, quoique écrasés par l'artillerie des vaisseaux, ils ne cessèrent de diriger contre elle les pièces qu'ils avaient en batterie, et dont plusieurs étaient de soixante livres de balles.

Bombardement d'Alger (1816), par George Chambers

Le feu se soutenait depuis six heures et ne faisait qu'accroître la rage des Africains, quand deux officiers anglais demandèrent la permission d'aller, dans une embarcation, attacher une chemise soufrée à la première frégate algérienne qui barrait l'entrée du port. Cette détermination eut un plein succès. Un vent d'ouest assez frais mit bientôt le feu à toute l'escadre barbaresque : cinq frégates, quatre corvettes et trente chaloupes canonnières furent la proie des flammes. Le vaisseau amiral servit de deux bordées sans interruption pendant cinq heures et demie, de tribord sur la tête du môle, et de bâbord sur la flotte algérienne. Ce vaisseau était jonché de morts, lorsque, vers neuf heures et demie du soir, il faillit être incendié par le contact d'une frégate ennemie ; mais on parvint à éviter ce danger. Une demi-heure après, lord Exmouth, ayant achevé la destruction du môle, se retira dans la rade; il écrivit alors au dey qu'il continuerait le bombardement, si l'on ne se hâtait d'adhérer aux conditions déjà proposées.

Omar, qui, pendant le combat, avait déployé le plus grand courage, refusa d'abord de se soumettre; mais les officiers de la milice, voyant que la résistance devenait impossible, le déterminèrent à entrer en arrangement. »

Le combat dure de 8 à 11 heures 30 ; plus de 500 000 boulets et 960 obus sont tirés par la flotte. Au moins huit navires corsaires dans le port d'Alger brûlent et les fortifications sont détruites.

Les pertes humaines, selon le livre Esquisse de l’État d'Alger de William Shaller paru en 1830, sont de 500 à 600 Algériens tués et 833 Anglo-Hollandais tués ou blessés. Le commandant du port d'Alger, lors de son rapport au Sultan de l'Empire Ottoman Mahmoud II, évalua à trois cents le nombre de tués et blessés parmi les Algérois entre 2 000 et 3 000 celui des Anglais tandis qu'Arsène Berteuil écrit que les pertes algéroises furent de 6 000 morts[2].

Les fusées Congrève furent utilisées durant le bombardement. Les fusées furent inventées par William Congrève.

Le traité[modifier | modifier le code]

L'ultimatum est accepté : plus de 12,000 esclaves sont libérés et le traité définitif est signé le 30 août 1816 avec le dey Omar aux conditions suivantes :

  • l'abolition définitive de l'esclavage des chrétiens ;
  • la remise de tous les esclaves dans les États du dey, à quelque nation qu'ils appartiennent, le lendemain à midi ;
  • la restitution de toutes les rançons reçues par le dey, depuis le commencement de cette année ;
  • des indemnités au consul britannique, pour toutes les pertes qu'il avait subies à la suite de son arrestation ;
  • des excuses de la part du dey, en présence de ses ministres et officiers, destinées au consul en particulier, dans les termes dictés par le capitaine de la Queen Charlotte.

Celui-ci ne fut pas respecté et la piraterie recommença dès le 27 novembre.

Omar Agha est étranglé par ses janissaires qui l'accusent de lâcheté[3] le 8 septembre 1817 après ses défaites et des problèmes intérieurs[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Abdeljelil Temimi, « Documents turcs inédits sur le bombardement d'Alger en 1816 », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, vol. 5, no 5,‎ 1968, p. 111-113 (lire en ligne)
  2. Arsène Berteuil, L'Algérie française: histoire, mœurs, coutumes, industrie, agriculture, Paris, Dentu,‎ 1856 (présentation en ligne)
  3. Roland Courtinant, La piraterie barbaresque en Méditerranée: XVI-XIXe siècle, Éditions Gandini,‎ 1er septembre 2003, 140 p. (lire en ligne), p. 64-65
  4. Camille Rousset, La conquête d'Alger, Plon,‎ 1879, 291 p. (lire en ligne), p. 7

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

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