Bois des Moutiers

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Bois des Moutiers
Image illustrative de l'article Bois des Moutiers
Les Rhododendrons géants de l'himalaya au Bois des Moutiers
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Subdivision administrative Seine-Maritime
Commune Varengeville-sur-Mer
Superficie 12 ha
Caractéristiques
Création 1898
Personnalité(s) Gertrude Jekyll, Edwin Lutyens, William Morris
Type Jardin botanique
Gestion
Propriétaire Famille Mallet
Protection Logo monument historique Classé MH (2009, ensemble)
Lien Internet boisdesmoutiers.com
Localisation
Coordonnées 49° 54′ 42″ N 0° 58′ 59″ E / 49.911636, 0.98316749° 54′ 42″ Nord 0° 58′ 59″ Est / 49.911636, 0.983167  

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Bois des Moutiers

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Bois des Moutiers

Le bois des Moutiers se situe en France dans la localité de Varengeville-sur-Mer (76119), dans le département de la Seine-Maritime (76) et la région Haute-Normandie. Ce domaine de 12 hectares fut aménagé de façon à ce que la nature organisée et la végétation sauvage se côtoient. Rhododendrons, azalées et magnolias, pour lesquels le Bois des Moutiers est entre autres réputé, furent importés et naturalisés au milieu de la flore locale.

Le Bois des Moutiers est composé de trois parties : des jardins aménagés de style anglais, un vaste parc qui donne sur la mer et un manoir, toujours habité par la famille. Le domaine est classé Jardin remarquable.

Après une inscription à l'Inventaire Supplémentaire des Monuments historiques en 1975, l'ensemble du domaine fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 11 décembre 2008[1].

Le Bois des Moutiers est préservé depuis seize ans par l'arrière-petit-fils de Guillaume Mallet, Antoine Bouchayer-Mallet, qui, architecte DPLG, artiste et gestionnaire du site, souhaite le sauvegarder pour les générations futures.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'ambition de Guillaume Mallet[modifier | modifier le code]

En 1898, Guillaume Mallet et Adelaïde Grunelius deviennent propriétaires d'une vaste vallée donnant sur la mer. Il acquiert le site encore à l'état sauvage et, pendant plus de quarante ans, il s’attache à créer un grand parc.

Il confie l’aménagement des jardins à Gertrude Jekyll, la très célèbre paysagiste anglaise, et la construction de la demeure à un jeune architecte britannique de 25 ans, Edwin Lutyens qui est devenu par la suite l'un des plus célèbres architectes britanniques de tous les temps (Palais du Vice Roi et plans de la ville de New Dehli...). Les deux artistes vont travailler ensemble pour élaborer une seule et même œuvre.

La maison, d'un modernisme incroyable, opère une forme de magie en marquant le visiteur d’une empreinte indélébile. Grâce à de fines recherches sur la lumière et des rapports architecturaux très subtils, des fenêtres s’ouvrant sur le vaste panorama du parc et de la mer, des jardins clos prolongeant à l’extérieur l’intimité de la maison, grâce à l’équilibre entre des espaces fluides et d’autres plus cloisonnés, au raffinement dans la simplicité. La vie dans ce lieu aux dimensions humaines s’organise alors autour de l'étude, de réunions philosophiques ou botaniques, de la musique ou des arts en général, dans une ambiance amicale et familiale, très à l’écart d’une vie mondaine.

Le Bois des Moutiers est aussi un instrument au service d’une cause, la cause des théosophes (théosophie) dont les Mallet étaient membres :

  • Former un noyau de la fraternité universelle,
  • Encourager l'étude comparée et transversale des sciences, des religions, des philosophies ou des arts,
  • S’apprêter à accueillir de nouvelles découvertes qui aideraient l’homme à accepter des facultés latentes utiles à son épanouissement.

L’écrivain britannique John Ruskin, décrit cet art d’habiter idéal : Une 'totalité d’être au monde'. « Je pense que si les hommes vivaient vraiment en hommes, leurs demeures seraient des temples à l’intérieur desquels nous oserions à peine entrer et où nous deviendrions des saints par le seul fait d’avoir la permission d’y vivre ».

Les Mallet étaient amis du grand philosophe Indien Jiddu Krishnamurti considéré par les théosophes comme le futur « enseignant du monde ». Dans le même cercle théosophique, ils étaient également proches d'Émilie et de Mary Lutyens, épouse et fille de Sir Edwin Lutyens.

La célèbre Rukmini Devi Arundale, amie de Ghandi fréquenta également le Bois des Moutiers.

Alliant l’âme, l’esprit et la forme, le Bois des Moutiers a été créé comme un tout cohérent. Les notions d’appartenance religieuse, ethnique, sociale sont ici transcendées. Au travers des choix subtils des couleurs, des textures et des formes émergent une partition architecturale et paysagère d’une sensibilité inouïe. La présence du Nombre d'or, de la géométrie sacrée, des chiffres 2, 3, 7 (nombre)… utilisés comme une trame, un canevas ne laisse que peu de places au hasard… Le Bois des Moutiers est simplement un lieu d'harmonie.

« Ce monde est chacun de nous ; le sentir, être véritablement imprégné de cette compréhension, à l’exclusion de toute autre, entraîne un sentiment de grande responsabilité et une action qui doit être non pas fragmentaire mais globale »

Jiddu Krishnamurti.

Aménagement du domaine[modifier | modifier le code]

Le manoir est construit selon les plans d'Edwin Lutyens dans le style Arts & Crafts. Ce style se caractérise par la volonté de redonner aux matériaux leur primauté, par un désir de créer des œuvres simples et uniques. William Morris, qui était l'un des initiateurs de ce mouvement, disait : « J'ai essayé de faire de chacun de mes ouvriers un artiste, et quand je dis un artiste, je veux dire un Homme[réf. nécessaire]. »

La maison est conçue comme une œuvre à part entière où chaque détail de ferronnerie ou d’ébénisterie a fait l'objet d'attention lors de sa réalisation. La maison et les jardins font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 28 septembre 2010[1]. (extension du classement de 1975)

C’est dans le village de Varengeville-sur-Mer, près de Dieppe, qu’ils décident de l’implanter.

Ancré en équilibre aux bords des falaises blanches de la Côte d’Albâtre, ce lieu compte parmi ses visiteurs réguliers un grand nombre d’hommes et de femmes particulièrement célèbres : Joseph Mallord William Turner, Claude Monet, Georges Braque, Joan Miró, Pablo Ruiz Picasso, Fernand Léger, Auguste Rodin, Claude Debussy, Maurice Ravel, Eric Satie, Albert Roussel, Jacques Prévert, André Breton, Jean Cocteau, André Gide, Virginia Woolf et de Jean Francis Auburtin.

Il faut noter que parmi cette liste impressionnante d'artistes, certain étaient particulièrement proches de G. Mallet : Marcel Proust[2], Jacques-Émile Blanche[3] et Apel·les Fenosa[4].

Les sept niveaux de jardins réalisés par Gertrude Jekyll sont des espaces clos entourant la demeure. Lors de leur création, Gertrude Jekyll travailla à une harmonisation des formes, des couleurs et des parfums afin de créer une atmosphère différente dans chacune des chambres de verdure.
À l’arrière de la maison, le parc descend vers la mer dans un vallon argileux. La nature acide du sol est propice à l’introduction de nombreuses espèces rares comme les rhododendrons de l’Himalaya, des azalées de Chine ou des eucryphias du Chili.

La conception du parc est le fruit de de Guillaume et d’Adélaïde. Il s'agit d'un exemple fondateur de ce nouvel art des jardins né dans le Surrey en Angleterre à la fin du siècle dernier. Conçu comme un tableau vivant aux effets de broderies et de tapisseries, les influences de Turner, et des artistes du Préraphaélisme, Dante Gabriel Rossetti, Edward Burne-Jones(l'Adoration-des-mages commandé pour le Bois des Moutiers)-, Arthur Rackham, Robert Anning Bell et de Aubrey Beardsley sont partout présentes. Le but de ces artistes était de s’adresser à toutes les facultés de l’Homme au travers de son esprit, de son intelligence, de sa mémoire, de sa conscience, de son cœur… et non pas seulement à ce que l’œil voit[réf. nécessaire].

Quatre cloitres

Une des féeries de ce jardin réside sans doute dans les rencontres que l’on y fait, et parfois, avec un peu de chance, dans la rencontre avec « soi-même ».
Jean Cocteau, alors âgé de 24 ans, évoque dans le Potomak sa visite au Bois des Moutiers avec ses amis André Gide et Jacques-Emile Blanche :

« C’était, Persicaire (Gide), un vaste domaine, au crépuscule : une aube de la nuit. On n’entendait pas la mer. On traversait, si je m’y retrouve, quatre petites cours de cloître à l’italienne. Attendez, on tournait à droite… un autre jeune Indien s’est enfui à toutes jambes… une cour de volubilis et d’héliotropes… je compte sept marches. Nous entendîmes jouer du piano »

Le jeune indien en question de 18 ans était Jiddu Krishnamurti.

Les compositions naturelles soignent les effets de masses, de contrastes, le choix des teintes, des pigments parfois aux tons pastel sont en parfaite harmonie avec la mer toute proche et ses couleurs laiteuses. Tout est dialogue, poésie, rencontres extraordinaires, la lumière sans cesse changeante est utilisée comme liant, insufflant la vie par petite touches ou grands effets. De multiples essences provenant du monde entier y sont présentes : les cèdres de l’Atlas, les rhododendrons de l’Himalaya, les azalées de Chine et de Turquie, les eucryphias du Chili, les érables du Japon…

Selon Mary Mallet « c’est le jardin même qui nous inspire, il n’est jamais statique, il vit, meurt et se transforme sous nos yeux. Il ne nous appartient pas, c’est plutôt nous qui lui appartenons[réf. nécessaire] ».

Ouverture au public[modifier | modifier le code]

En 1946, Guillaume Mallet et son épouse décèdent. Le Bois des Moutiers a subi de nombreux dommages pendant la guerre. La famille se mobilise pour remettre le domaine en état. En 1970, la famille Mallet ouvre les portes de leur propriété au public. Le Bois des Moutiers est le premier jardin privé de France accessible à la visite. Il est très vite considéré comme un des plus beaux jardins de France et se voit classer Monument historique en 1975 avant d’obtenir le label Jardin remarquable. Depuis son ouverture, près de deux millions de personnes ont visité le parc[5].

Galerie d'images[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les Jardins du Bois des Moutiers, E. Sander, A. Bouchayer-Mallet, éd. Ulmer, 2011, 96 p. (en français et anglais) éditions-ulmer
  • Le Bois des Moutiers, Erik Orsenna (éd. Le Bois des Moutiers, 2007, 63 p. - en français) ; Le bois des moutiers.pdf
  • Le Bois des Moutiers, E. Ducamps, J.B. Leroux (éd. La Maison Rustique, 1998, 156 p. - en français)
  • Le Potomak, Jean Cocteau (Stock, 1924 - en français);
  • Les Variations normandes: Jean Francis Auburtin (1866-1930), A. Rufenacht, G. Lefebvre, JP. Mélot, éd. Musée Malraux, 2006, 119 p.- en français)
  • Mémoires de Varengeville, Jacques de Givry, Solange Louvet (éd. Jacques de Givry, 1994, 2 volumes de 110 p. - en français)
  • Escales d'Artistes, De Dieppe à St Valery en Caux, Solange Louvet, Arnaud d'Aunay (Gallimard, 2003, 125 p. - en français et anglais)
  • (en) Edwin Lutyens, Country Life: From the Archives of Country Life, Gaving Stamp (éd. Country Life, 2001, 192 p.)
  • Jardins du Monde, A. Le Tonquin, M.Baridon, J. Bosser, éd. De la Martinière, 2004, 257 p. (en français)
  • (en) French Garden Style, G. Lévêque, M.F. Valery, ed. France lincoln Limited, 1990, 339 p.
  • Lutyens : The work of the English Architect Sir Edwin Lutyens, C. Amery, M. Lutyens, J. Cornforth (ed. Art Council of Great Britain, 1981, 200 pp. - en français et anglais)
  • (en) Krishnamurti: The Years of Awakening (London, John Murray, 1975 ; Shambhala reprint édition 1997 (ISBN 1-57062-288-4) First)

Article[modifier | modifier le code]

  • Philippe Seulliet, « La saga du bord de mer », Vogue Décoration, no 10,‎ mai 1987, p. 144 à 153

Liens externes[modifier | modifier le code]