Bob Marshall

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Robert Bob Marshall

Description de cette image, également commentée ci-après

Bob Marshall (date inconnue)

Nom de naissance Robert Marshall
Naissance
New York, Drapeau des États-Unis États-Unis
Décès
New York, Drapeau des États-Unis États-Unis
Activité principale
Garde forestier, Écrivain, activiste écologique
Auteur
Langue d’écriture anglais

Œuvres principales

Robert "Bob" Marshall () est un auteur, garde forestier et activiste écologique américain. Fils du riche avocat de droit constitutionnel et défenseur de l'environnement Louis Marshall, Bob Marshall a développé dès son enfance une passion pour le plein air. Il a visité les monts Adirondacks de nombreuses fois. Il s'est également rendu dans la nature sauvage de l'Alaska et est l'auteur de nombreux articles et publications, dont le best-seller de 1933 Arctic Village.

Marshall est mort d'insuffisance cardiaque à 38 ans. 25 ans plus tard, en partie en raison de ses efforts, la Wilderness Society a été chargée de passer le Wilderness Act, qui définit juridiquement les zones sauvages de grandes richesses naturelles des États-Unis et protégés quelque neuf millions d'acres (36 000 km2) de terres fédérales. Aujourd'hui, Bob Marshall est considéré comme largement responsable de la préservation de la nature. Plusieurs sites et domaines, y compris le parc Bob Marshall Wilderness dans le Montana et le Mount Marshall dans le massif de l'Adirondacks ont été nommé en son honneur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Né à New York, Bob Marshall est le troisième d'une famille de quatre enfants dont les parents sont Louis Marshall (1956-1929) et Florence (née Lowenstein) Marshall (1873-1916)[1]. Son père, fils d'immigrant juif de Bavière, est un éminent spécialiste du droit constitutionnel et des droits des minorités[2]. Il est également actif dans la communauté juive de Syracuse et fondateur de l'American Jewish Committee[3] ; en 1891, il participe à une délégation nationale qui demande au président Benjamin Harrison d'intervenir en faveur des Juifs persécutés de Russie[4]. Il aide à fonder Le College of Forestry de l'Université de Syracuse, maintenant SUNY-ESF. Sa mère, Florence Marshall, quant à elle, se consacre à sa famille, l'éducation des jeunes femmes juives et les travaux de plusieurs organisations juives de bienfaisance[5].

Dès son jeune âge, Bob Marshall se sent concerné par la défense de la nature ; il compte parmi ses héros d'enfance Meriwether Lewis et William Clark[6]. Chaque été, de ses 6 mois à ses 25 ans, sa famille l'emmène visiter les monts Adirondacks, où il retournera par la suite fréquemment[7]. Son plus jeune frère, George, décrit plus tard les voyages familiaux à Knollwood et leurs camps d'été sur Lower Saranac Lake à proximité des monts Adirondacks comme l'époque où ils « se sont éloignés des formalités et sont entrés dans un monde de liberté, de plantes et d'espaces verts, de légumes frais et de ciel bleu exaltant. Un monde de géants, de sapins élancés et de délicates fleurs roses, de cerfs et de moustiques. Un monde de pêche, orientant bateaux et vagabonds dans les bois »[7].

Études[modifier | modifier le code]

Bob Marshall obtient, à New York, en 1919, un diplôme à la Ethical Culture School, l'école privée de Félix Adler[8]. Il passe ensuite une année à l'Université Columbia avant de suivre une formation de garde forestier à l'Université de Syracuse en 1920, un métier qu'il souhaite faire depuis son adolescence. Il écrit à ce propos qu'il aurait « détesté passer une grande partie de [sa] vie enfermé dans un bureau ou dans une ville surpeuplée »[9]. Il est dans un premier temps malheureux et en retrait à Syracuse, mais il reste connu pour sa réussite académique et marque par son individualité. Un ancien camarade de classe dit de lui qu'il « faisait toujours des choses que personne d'autre ne pensait à faire. Il prenait toujours des notes - à propos des monts Adirondacks, de ses meilleurs journées avec Georges et des douzaines d'autres évènements »[10].

"In the early morning when the first faint light
Cuts the murky blackness of the cool calm night,
While the gloomy forest, dismal, dark, and wild,
Seems to slowly soften and become more mild,

When the mists hang heavy, where the streams flow by
And reflects the rose-tints in the eastern sky,
When the brook trout leaps and the deer drinks slow,
While the distant mountains blend in one soft glow,

'Tis the precious moment, given once a day,
When the present fades to the far-away,
When the busy this-time for a moment's gone,
And the Earth turns backward into Nature's dawn."

— Bob Marshall, Empire Forester (1923), dans son album de promotion, p. 82[11]

Bob Marshall s'implique dans un second temps dans la vie de son école forestière. Il devient membre de la société honorifique Alpha Xi Sigma ; il s'inscrit dans l'équipe d'athlétisme des élèves de première année de l'Université de Syracuse ; il participe également aux championnats universitaire et international junior de crosse[12]. À la moitié de sa scolarité, il est élu délégué de classe et nommé rédacteur en chef adjoint de l'Empire Forester, l'Album de promotion de l'Université.

En 1924, il obtient son diplôme en foresterie, avec mention très bien[13], terminant 4e d'une promotion de 59 élèves[14]. Dans l'album de promotion universitaire de cette année-là, il est notamment décrit comme « un enfant passionné de statistiques et de sommets ensoleillés, un garçon capable de marcher des kilomètres pour trouver un endroit où patauger »[15]. En 1925, il devient titulaire d'une maîtrise en foresterie à l'Université Harvard[16].

Marshall valide sa thèse (intitulée Une étude expérimentale sur les conséquences de l'eau dans le flétrissement des semis conifères[17]) et reçoit son doctorat en 1930, sous la supervision du Dr Burton E. Livingston au Laboratoire de physiologie végétale Johns Hopkins[18],[19]. En Février 1930, il publie un essai (intitulé Le problème de l'état sauvage) sur la défense de la préservation de la nature, reprenant et élargissant des thèmes qu'il avait déjà développé dans un précédent article (intitulé L'état sauvage, un droit minoritaire)[20]. Son essai est d'abord rejeté par 4 revues scientifiques avant d'être publié par The Scientific Monthly. Il deviendra une des œuvres scientifiques les plus importantes de Marshall, fréquemment cité comme un appel à l'action et aujourd'hui considéré comme un texte précurseur dans son domaine[21].

Alpinisme[modifier | modifier le code]

Tout au long de sa vie, Bob Marshall gardera une série de carnets de randonnée qu'il illustre avec des photographies et complète de statistiques. En 1915, il escalade sa première montage dans les monts Adirondacks, l'Ampersand Mountain (1022 mètres d'altitude), avec son frère George et un ami de la famille, Herb Clark, également guide au Saranac Lake[14]. Ce dernier, qui accompagne les frères Marshall dans la plupart de leurs voyages, leur apprendra l'art du travail du bois et de la navigation de plaisance[7].

Whiteface Mountain, la 35e montagne la plus haute de New York et la 1re que Bob Marshall escalada dans les monts Adirondacks en 1918

En 1921, Bob et George Marshall, ainsi que Herb Clark, deviennent les premiers alpinistes à avoir escaladé 42 montagnes d'Adirondacks, dont certaines dépassent les 1 200 mètres d'altitudes. Plusieurs d'entre elles étaient connues pour n'avoir jamais été gravies[22]. Trois ans plus tard, en 1924, ils sont les premiers randonneurs à grimper au sommet des 46 montagnes d'Adirondacks (en anglais Adirondacks Forty-Sixters)[23].

En parallèle, Bob Marshall s'intéresse à la promotion de loisirs dans les monts Adirondacks. En 1922, il devient l'un des membres fondateurs de l'Adirondack Mountain Club (ADK), un organisme voué à la construction et l'entretien de sentiers dans la zone, ainsi qu'à l'enseignement de la randonnée dans le parc[24]. En 1922, il prépare un guide de 38 pages, intitulé The High Peaks of the Adirondacks (les hauts sommets d'Adirondacks en français), basé sur ses premières expériences dans ces sommets[25]. Dans son guide, il évoque son rejet de l'excès de civilisation, déclarant qu'il « est agréable en cette période de quitter la civilisation un moment et de retourner dans la nature »[26]. Il y décrit également chaque sommet du parc et les classe en fonction de la « beauté de la vue et du plaisir de grimper »[27].

En juillet 1930, Marshall et son frère George établissent un nouveau record dans les monts Adirondacks en escaladant 9 sommets en une journée[28].

Garde Forestier et expérimentations en Alaska[modifier | modifier le code]

Bob Marshall commence à travailler pour le Service public forestier en 1925[29]. Il se fait assigner dans la station expérimentale Northern Rocky Mountain à Missoula, dans le Montana[30],[31]. Ses recherches se concentrent alors sur les dynamiques de régénération forestière post-incendie alors qu'il a dû quelques temps auparavant combattre un incendie généralisé dans la forêt nationale de Kaniksu (Idaho)[32]. C'est en passant du temps avec des bûcherons et des pompiers et en observant leurs conditions de travail que Marshall déclare avoir appris des leçons essentielles concernant l'utilisation des ressources naturelles[33]. C'est à cette époque qu'il développe une philosophie libérales et socialistes. Désireux d'aller en Alaska, il quitte son poste de garde forestier en 1928[34].

Mont Doonerak, une des plus hautes montagnes de la chaîne Brooks

En 1929, Marshall a 28 ans et n'a plus qu'un an devant lui pour terminer son doctorat en pathologie végétale pour l'Université Johns Hopkins de Baltimore. Il fait alors son premier voyage en Alaska, passant par le cours supérieur du fleuve Koyukuk et la chaîne Brooks[22]. L'objectif scientifique de ce voyage est d'étudier la croissance des arbres à la limite nord des arbres, près de la fracture Arctique[35]. Il reste 15 mois dans la petite ville de Wiseman et y loue une cabane d'une seule pièce à côté du seul relais routier de la zone. Amoureux de la région, il est l'un des premier à l'exporer. Il nommera deux montagnes de la zone les Portes de l'Arctique.

Le 11 septembre 1929, son père meurt à Zurich, en Suisse, à l'âge de 73 ans. Sa mère étant déjà morte d'un cancer en 1916, ses 3 frères et lui se retrouvent avec un héritage d'une valeur de plusieurs millions de dollars. Alors indépendant financièrement, Bob Marshall continue tout de même à travailler[36].

Il retourne en Alaska en août 1930. Il prévoit d'explorer la chaîne Brooks et de poursuivre ses recherches sur les arbres[37]. Il décrit le village dans lequel il loge, Wiseman, à plus de 300 kilomètres au nord de Fairbanks, comme « la civilisation la plus heureuse [qu'il] ai vu »[38]. Tissant des liens d'amitié avec un certain nombre d'habitants de la ville, il enregistre méticuleusement des heures de conversation. Il convainc également un certain nombre d'habitants, dont la plupart sont des hommes célibataires, de passer des tests d'intelligence. Il développe alors des statistiques en fonction de tous les aspects de leur vie, de leurs ressources financières à leur régime alimentaire en passant par leurs habitudes sexuelles[39]. D'août 1930 à septembre 1931, il exploite et collecte des données. Il regroupe ses résultats dans un livre publié en 1933, Arctic Village, qui sera un best-seller de la sélection Literary Guild, et partage les bénéfices engrangés grâce à ce livre avec les habitants de Wiseman[1].

Activisme[modifier | modifier le code]

Bob Marshall retourne sur la côté Est en septembre 1931. Outre Arctic Village, il écrit et publie divers articles sur la foresterie américaine[40]. Il s'inquiète tout particulièrement de la déforestation et va jusqu'à écrire une lettre au président de l'Association de Foresterie Américaine, George D. Pratt.

Marshall avec un équipement de camping

Peu de temps après son retour, Earle Clapp, directeur de recherches du Service forestier, lui demande d'aider à la mise en place de réformes de l'Industrie forestière et à la création d'une vision plus large de la gestion forestière nationale[41]. Marshall déménage alors à Washington en septembre 1932 et commence à compiler une liste des zones dépourvues de routes aux États-Unis[42]. Il envoie ses données aux forestiers régionaux et leur demande de conserver des zones de nature sauvage ; ils répondent tous négativement. Les dossiers de Marshall constituent l'amorce du Rapport Copeland qu'il considère comme le meilleur travail qu'il ait effectué[43].

Bob Marshal se définit lui-même comme socialiste à partir de 1932-1933. Il déclare à cette époque à un de ses correspondants qu'il aimerait « sincèrement voir le socialisme mis en vigueur immédiatement et le système capitaliste éliminé »[44] . Il s'engage alors dans la ligue des locataires sans emploi de Columbia (the Tenants Unemployed League of the District of Columbia), un groupe qui aide les chômeurs avec des problèmes de logement. Plus tard, il rejoint la lutte contre la réduction de l'aide fédérale à la recherche scientifique. Il sert en parallèle en tant que Président de la filiale à Washington de l'Union américaine pour les libertés civiles. En mars 1933, il se fait arrêté brièvement pour avoir participé à une manifestation du Front unique[45]. Il n'oublie cependant pas ses principes environnementalistes et continue de réfléchir aux enjeux entourant les parcs nationaux et la nature sauvage. Au début des années 1930, il rejoint l'Association des parcs nationaux (National Parks Association), devenant par la suite membre de son conseil d'administration[46].

En août 1933, Marshall est nommé directeur de la Division forestière du Bureau des Affaires indiennes (BIA), un poste qu'il occupe pendant quatre ans[47]. Il assiège alors le Gouvernement avec des lettres, des appels téléphoniques et des visites personnelles au nom du respect de la nature sauvage. Il se fait rapidement remarqué à Washington[48]. L'une de ses dernières actions en tant que directeur de la Division forestière du BIA est de déclarer 4,8 millions d'acres (19 425km2) de terres indiennes comme étant des zones préservées de toutes constructions routières, devant ainsi rester à l'état sauvage[47].

Bob Marshall se dit de plus en plus préoccupé par l'empiètement de la civilisation sur les terres sauvages. Il déplore : « les sons de la forêt sont entièrement effacés par le rugissement des moteurs. L'odeur des aiguilles de pins, des fleurs, de l'herbe et de la terre fraichement retournée est noyée dans la puanteur de l'essence. La sensation du vent qui caresse son visage ou d'un sol qui s'affaisse sous le pied est perdue »[49].

La Wilderness Society[modifier | modifier le code]

Les quatre fondateurs de la Wilderness Society : de gauche à droite : Bernard Frank, Harvey Broome, Bob Marshall et Benton MacKaye. Photo prise en janvier 1936

En 1934, Bob Marshall a visité Knoxville et s'est entretenu avec Benton MacKaye, créateur du Sentier des Appalaches. Avec Harvey Broome, un avocat de Knoxville, ils ont discuté de la création d'une organisation dédiée à la préservation de la nature. Bernard Frank, un garde forestier et collègue, les a rejoint plus tard dans l'année.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Phil Brown, « Wilderness Advocate », sur dec.ny.gov,‎ (consulté le 4 mai 2015)
  2. Glover, p. 7
  3. Shabecoff, p. 80
  4. Glover, p. 9
  5. Glover, p. 11
  6. Nash, p. 201
  7. a, b et c Marshall, p. 44
  8. Sutter, p. 196
  9. Nash, p. 202
  10. Glover, p. 39
  11. Brown, p. 159
  12. Glover, pp. 41–42
  13. Graham, p. 191
  14. a et b Brown, p. xxiv
  15. Glover, p. 53
  16. Borneman, p. 305
  17. « An experimental study of the water relations of seedling conifers with special reference to wilting », sur WorldCat (consulté le 5 mai 2015)
  18. « Robert Marshall Photograph Collection, 1929 », sur Alaska State Library,‎ (consulté le 5 mai 2015)
  19. Glover, p. 100
  20. Glover, p. 115
  21. Glover, p. 116
  22. a et b Catton, p. 133
  23. « Robert Marshall: The Wilderness Society », The Wilderness Society (consulté le 9 septembre 2009)
  24. Sutter, p. 200
  25. Brown, p. 3
  26. Brown, p. 1
  27. Zeveloff, p. 140
  28. Brown, p. xxv
  29. Sutter, p. 202
  30. « Bob Marshall » (consulté le 5 mai 2015)
  31. Tribune staff, « 125 Montana Newsmakers: Bob Marshall », Great Falls Tribune (consulté le 5 mai 2015)
  32. Sutter, p. 204
  33. Sutter, p. 203
  34. Glover, p. 75
  35. Glover, p. 104
  36. Glover, p. 111
  37. Glover, p. 117
  38. Fox, p. 7
  39. Catton, p. 138
  40. Glover, p. 141
  41. Sutter, p. 221
  42. Glover, p. 145
  43. Glover, p. 146
  44. Glover, p. 149
  45. Glover, p. 152
  46. Sutter, p. 231
  47. a et b Catton, p. 142
  48. Nash, p. 204
  49. Fox, p. 8

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • The Problem of the Wilderness (1930)
  • Arctic Village (1933)
  • The People's Forests (1933)
  • Arctic Wilderness: Exploring the Central Brooks Range (1956)

Lien externe[modifier | modifier le code]