Blowin' in the Wind

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Blowin' in the Wind est une chanson de Bob Dylan, écrite en avril 1962, enregistrée le 9 juillet et parue sur l'album The Freewheelin' Bob Dylan. Archétype de la chanson de protestation, sa portée humaine et poétique en fit l'hymne d'une génération, et contribua à ériger son jeune auteur de 21 ans en porte-parole, en guide spirituel du mouvement des droits civiques.

Écriture[modifier | modifier le code]

C'est dans un café, The Commons, appelé plus tard le Fat Black Pussycat, un après-midi d'avril 1962, que naît la chanson. Après une discussion d'ordre politique, quelques paroles sont rapidement posées sur le papier, puis quelques notes de musique.

Dylan se rend alors au Gerde's où se produisent notamment Gil Turner et les New World Singer. À l'entracte, Turner rejoint le coin des artistes, où Dylan joue sa chanson. Turner, enthousiaste, lui demande de la lui enseigner puis rejoint la scène où il annonce: « Mesdames et Messieurs, j'aimerais vous chanter maintenant une chanson de l'un de nos meilleurs auteurs-compositeurs. L'encre n'est même pas sèche et voilà à quoi ça ressemble. » Après que Turner l'a interprétée, le public est debout et l'ovationne; la chanson est un succès[1].

À propos de l'écriture de Blowin' in the Wind, Dylan dit au Los Angeles Times: « J'ai écrit cette chanson en 10 minutes, aligné les mots comme un chant religieux […]. C'est dans la tradition du folk. Tu prends ce qui a été transmis »[2].

Reprises[modifier | modifier le code]

La chanson, inspirée d'un air traditionnel des esclaves noirs[3] à la mélodie très simple, est, à peine quelques jours plus tard, reprise sur les pelouses universitaires, par les étudiants, les chanteurs de folk. Le texte de la chanson paraît au mois de mai dans la sixième édition de Broadside Magazine, un journal de musique folk. La chanteuse américaine Odetta, qui est l'une des influences de Janis Joplin, reprend la chanson en 1963 sur l'album Odetta Sings Folk Songs.

Les New World Singers sont les premiers à enregistrer Blowin' in the Wind, sur Broadside Ballads, Vol. 1. Dylan l'enregistre le 9 juillet 1962[4], lors des sessions de The Frewheelin', qui paraîtra en mars 1963. Elle est également enregistrée par le Chad Mitchell Trio sur l'album Chad Mitchell Trio in Action, en mars 1963[5].

Albert Grossman est le manager de Dylan, c'est aussi celui de Peter, Paul and Mary: c'est par son entremise que ces derniers découvrent Blowin' in the Wind : à l'été 1963, Peter, Paul and Mary enregistrent la chanson et leur version va alors faire connaître la chanson dans le monde entier[6]. C'est le 18 juin 1963 que Warner Bros sort le single. Dans les huit semaines, il s'écoule à 320 000 exemplaires et atteint la seconde position des charts, derrière Finger Tips (part II), de Stevie Wonder. Certaines radios à Cleveland, Washington et Philadelphie la passent toutes les heures, tandis que Bill Randle et Bill Gavin, des hommes de radio influents, la considèrent comme la chanson de l'année[7]. Le nombre d'exemplaires vendus dépasse les précédents hits de Peter, Paul And Mary et dans le monde, 2 millions d'exemplaires sont vendus.

La Columbia, surprise, lance le single chanté par Dylan, mais il n'entre pas dans les classements et il semble que Dylan soit plus célébré pour ses qualités d'auteur que d'interprète[8].

Blowin' in the Wind sera reprise de nombreuses fois, par des dizaines d'interprètes dont Joan Baez, Judy Collins, Elvis Presley, Janis Joplin, The Kingston Trio, Chet Atkins, Hugues Aufray, Richard Anthony, Sam Cooke, Neil Young, Stevie Wonder, Ziggy Marley, Ben Sidran, Me First and the Gimme Gimmes, ou Katie Melua (Taratata 2006[8]). Elle inspirera également de nombreuses chansons de liberté au Nord des États-Unis, où l'intégration est devenue un sujet brûlant: on peut citer Alma Ater du Chad Mitchell Trio, ou Dogs of Alabama de Tom Paxton, qui en sont deux exemples[7].

Étude[modifier | modifier le code]

Blowin' In The Wind est la première composition d'importance de Dylan, c'est également la plus célèbre des « protest songs »[9] . Située dans un contexte de tension au Viêt Nam, du mouvement pour les droits civiques, la chanson ne fait pourtant allusion à aucun évènement particulier, ce qui contribue à la rendre intemporelle.

La chanson est constituée de trois strophes, chacune composée de huit vers. Chaque vers comprend une question, dont la réponse, toujours identique, constitue le refrain:

« The answer, my friend, is blowin' in the wind
The answer is blowin' in the wind[10] »

La brièveté du texte, ajoutée à la tournure interrogative, naïve du style, tend à souligner l'apparente simplicité de la réponse, indépendamment de la complexité des questions. Cependant, la réponse, vague, ne répond pas aux questions posées, claires et tranchées, et à l'aspect quantitatif bien marqué: il est seulement dit à l'auditeur où il peut trouver la réponse.

Interprétations du refrain[modifier | modifier le code]

Gordon Friesen, rédacteur au Broadside Magazine, suggéra une référence elliptique au drapeau américain, en citant les « vieilles guenilles de pavillons que souffle le vent » de Ralph Waldo Emerson, qui dénonçait le patriotisme inconditionnel, symbolisé par le drapeau national[11].

L'image métaphorique du vent peut également être une allusion au contexte de l'époque, où la violence des conflits, les morts dénotaient un accroissement perceptible de la tension politique. D'autres voient dans le « silence » du vent la nécessité de trouver la réponse en soi-même[9].

« Je n'ai pas grand-chose à dire sur cette chanson sinon que les réponses sont dans le souffle du vent. Elles ne sont pas dans les livres, les films, la télé ou les discussions politiques. Mec, les gens branchés prétendent me dire où se trouve la vérité, mais je n'y crois pas. Je dis toujours qu'elle est dans le souffle du vent et que, comme une feuille de papier jetée en l'air, elle retombera un jour... Mais le problème en fait, c'est que personne n'attrape la réponse au moment où elle redescend du ciel, si bien qu'il n'y a pas grand-monde qui aille y voir, et savoir... et alors, elle reprend son envol à nouveau. »

— Bob Dylan pour Sing Out!, Anthony Scaduto, Bob Dylan, p. 205

Soupçon de plagiat[modifier | modifier le code]

Dylan fut soupçonné de ne pas avoir été l'auteur des paroles de Blowin' in the Wind : il aurait acheté les paroles à un garçon de Millburn dans le New Jersey, Lorre Wyatt. Plus précisément il les aurait obtenues en échange d'un don de 1 000 dollars américains à un organisme de charité, le CARE. La rumeur continua de circuler et réapparut dans Newsweek, à l'automne 1963.

Ce n'est qu'en 1974 que les soupçons se levèrent quand Wyatt écrivit pour New Times:

« Le manteau de trucage que j'avais confectionné il y a des années est usé jusqu'à la corde: il ne m'est jamais bien allé. Il est temps à présent de payer les violons. Bien des gens étant en colère contre ce qu'ils voient comme la métamorphose récente de Dylan, le Prophète-Poète, en prophète du Profit, la poussière des rumeurs recommence à voler. Il importe d'effacer le post-scriptum insidieux aux paroles de Dylan qui demeure encore dans bien des esprits. La seule façon responsable de détruire ce post-scriptum est de mettre à disposition toute l'histoire de mes paroles... Je suis seulement désolé d'avoir mis 11 ans à dire: Je suis désolé. »

— Lorre Wyatt, Robert Shelton, Bob Dylan sa vie et sa musique : Like a Rolling Stone, p. 172

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Anthony Scaduto, Bob Dylan, p. 203; Y. Delmas, C. Gancel, Protest Song, p. 23
  2. www.rollingstone.com
  3. d'après Gil Turner ( Robert Shelton, Bob Dylan sa vie et sa musique : Like a Rolling Stone, p. 172)
  4. www.rollingstone.com
  5. Y. Delmas, C. Gancel, Protest Song, p. 24 & 25
  6. Robert Shelton, Bob Dylan sa vie et sa musique : Like a Rolling Stone, p. 170 & 171
  7. a et b Robert Shelton, Bob Dylan sa vie et sa musique : Like a Rolling Stone, p. 171
  8. a et b Y. Delmas, C. Gancel, Protest Song, p. 25
  9. a et b Catherine Mason, A Commentary to Blowin’ in the Wind
  10. Littéralement : « La réponse, mon ami, est portée par le vent / La réponse est portée par le vent ». Dans la version française ("Dans le souffle du vent") de Hughes Aufray : "Pour toi, mon enfant, dans le souffle du vent / Pour toi, la réponse est dans le vent"
  11. Robert Shelton, Bob Dylan sa vie et sa musique : Like a Rolling Stone, p. 164

Liens externes[modifier | modifier le code]

Ressources[modifier | modifier le code]

  • Robert Shelton (trad. Jacques Vassal), No Direction Home : The Life And Music Of Bob Dylan [« Bob Dylan sa vie et sa musique : Like a Rolling Stone » ], Albin Michel, 12/03/1987, p. 170 à 173, (ISBN 2226028854);
  • Yves Delmas, Charles Gancel. Protest Song: la chanson contestataire dans l'Amérique des Sixties, Textuel Musik, 2005, p. 23 à 26, (ISBN 2845971346)
  • Anthony Scaduto, Hervé Muller (trad. Dashiell Hedayat), Bob Dylan, Christian Bourgois, 1983, p. 203 à 205, (ISBN 2267003503);
  • (en) Catherine Mason, A Commentary to « Blowin’ in the Wind », Université de Caen – Basse Normandie [lire en ligne];
  • « Blowin' in the Wind », www.rollingstone.com.