Blason de la Lorraine

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Blason de la Lorraine

Le blason de la Lorraine représente les armes de la Lorraine. Son blasonnement est : « d'or, à la bande de gueules, chargée de trois alérions d'argent ».

Origine[modifier | modifier le code]

Le premier à porter ce blason et à le transmettre est Ferry de Bitche[1], cadet du Duc Mathieu le Débonnaire qui reçoit en 1176 un apanage dans la Lorraine allemande, le futur bailliage d'Allemagne, et s'autoproclame Duc en 1205.

L' « or à la bande de gueules » partage le motif de la bande avec les blasons de l'Alsace voisine. Septième et sixième représentants de la maison d'Alsace, laquelle a succédé en 1047 aux Wigéricides dans le gouvernement de la Lorraine, Ferry et son frère aîné Simon n'ont pas de parenté prouvée avec les comtes d'Alsace mais celle-ci est plausible. Les uns et les autres prétendaient descendre d'Étichon, troisième Duc d'Alsace en 662 et père de Sainte Odile. Les comtes de Basse-Alsace portent « de gueules à la bande d'argent côtoyée de deux cotices fleuronnées du même » et ceux de Haute-Alsace, « de gueules à la bande d'or accompagnée de six couronnes du même, trois en chef et trois renversées en pointe ». On ne peut toutefois parler de brisure mais d'imitation, car, si les ducs de Lorraine ont une origine alsacienne, leur parenté avec les comtes de Sundgau ne peut pas remonter avant la fin du Xe siècle, époque où les armoiries n'existaient pas.

Les pièces ailées que sont les alérions s'inscrivent dans la logique des armes parlantes : le terme héraldique « alerion » est un anagramme de « Loreina », ancienne orthographe pour désigner la Lorraine.

Les alérions évoquent les liens de la Maison de Lorraine avec la maison de Hohenstaufen et le Saint Empire Germanique, symbolisé par l'aigle. C'est par un privilège accordé par Frédéric Barberousse que les Ducs de Lorraine arboreraient ce symbole impérial[3]. Toutefois, cette référence aquiline à l'Empire, en dehors des alérions de Ferry et de ses successeurs, ne se constate que deux siècles plus tard, sous la forme d'une aigle éployée[4] gravée sur les sceaux et monnaies du Duc Raoul et de ses descendants immédiats[5]. Le privilège impérial relève plus de la prétention ou de l'interprétation a posteriori que de la réalité historique.

Légendes[modifier | modifier le code]

A la Renaissance, l'humaniste Symphorien Champier, médecin et intime du Duc Antoine, rapporte les légendes qui se disent à la cour[6]. Il raconte que les trois alérions qui composent le blason des ducs de Lorraine seraient ceux que Godefroy de Bouillon, parent très lointain dont les ducs de Lorraine s'enorgueilliaient moyennant quelques entorses aux généalogies, aurait réussi, lors de la prise de Jérusalem, à embrocher en vol d'une seule flèche[7].

Le même Symphorien Champier assure avoir vu dans des chartiers que Lorraine ancien, soit les armes de Lorraine du temps des Wigéricides, étaient un cerf de gueules[8] mais, les armoiries n'existant pas à l'époque, il ne peut s'agir que d'une reconstruction a posteriori, peut être à partir d'une interprétation de sceaux. Edmond du Boulai, un contemporain de Champier, donne pour blason aux derniers Ducs de Lotharingie, donc à Godefroy de Bouillon avant qu'il ne devienne roi de Jérusalem, de gueules à la croix d'argent, sur le tout une escarboucle pommetée, fleuronnée et percée d'or[3].

Dès la génération précédant celle de Champier et du Duc Antoine, René II, par une surenchère dans la recherche de légitimité, revendique, en même temps que le territoire du Westrich[9], un second blason, sans renier les alérions, coticé d'or et d'azur de huit pièces[10]. C'est une brisure d'un blason imaginaire qui serait encore plus ancien que celui du Duc de Ferry, celui de l'Austrasie, bandé d'or et d'azur de huit pièces[11], dont Bourgogne ancien est une autre brisure.

Devise[modifier | modifier le code]

Durant les préparatifs de sa campagne du 5 janvier 1477 contre les Bourguignons de Charles le Téméraire, René II, pour conduire son corps d'armée, fait faire une bannière imitée de celle de l'évêché de Metz, un grand guidon de damas blanc peint d'un bras d'or armé, issant d'une nuée, tenant un rouleau sur lequel est écrit la devise du Duc[12], « Une pour toutes »[13]. Les devises étaient attachées à un événement, une campagne militaire, un exploit, un séjour de la cour, une fête, l'ordination d'un chevalier, mais celle-ci fut reprise par les successeurs de René II dans différentes versions, telle que « Un pour tout »[8]. « Une pour toutes » se voyaient encore au XVIIIe siècle sur les fontaines et les édifices publiques[8].

Cette devise ducale est souvent oubliée au profit de la devise civile de Nancy, Non inultus premor, littéralement On ne me saisit sans se blesser, approximativement traduite par l'adage Qui s'y frotte s'y pique. La ville honore par là le chardon lorrain, autre symbole adopté par le même René II.

Cri[modifier | modifier le code]

Ils crient « Priny! Priny! »,
L'enseigne au riche Duc Ferry,
Entre trois royaumes, marquis!
Tercet rapportant le slogan de la Lorraine au Duc Ferry[8].

Les Ducs de Lorraine criaient « Preny! Preny! »[8].

Les évolutions des armoiries des ducs de Lorraine[modifier | modifier le code]

Armoiries successives de René Ier d'Anjou

En 1420, Isabelle de Lorraine, la fille du dernier duc de la maison d'Alsace, épouse un prince capétien de la maison de Valois-Anjou, René Ier d'Anjou. Ce dernier est également l'héritier désigné du comte de Bar Louis. Il adopte donc un écu qui associe les armes d'Anjou et de Bar, sur lequel il pose l'écu de Lorraine.

En 1434, son frère cadet Louis III d'Anjou meurt, faisant de lui le chef de la maison de Valois-Anjou. En 1435, c'est la reine Jeanne II de Naples, qui meurt, après l'avoir désigné pour lui succéder. René devient alors roi de Naples, et reprend à son compte les prétentions sur les royaumes de Hongrie et de Jérusalem. Ses armes en sont modifiées et présentent en chef les trois royaumes (Hongrie, Naples et Jérusalem) et en pointe les trois duchés (Anjou, Bar et Lorraine).

En 1443, c'est sa mère Yolande d'Aragon qui meurt. Elle prétendait au trône d'Aragon, étant fille unique de Jean Ier d'Aragon, bien que les nobles aragonais aient donné la couronne à un fils cadet du roi de Castille. René Ier reprit à son compte cette prétention, en posant les armes d'Aragon sur ses armoiries. En 1453 meurt Isabelle de Lorraine, son fils Jean II deviendra duc de Lorraine et reprendra le même blason, tandis que René enlèvera le blason de la Lorraine de ses armoiries.

En 1473, la Lorraine passe à René II, fils d'une fille de René Ier. René Ier meurt en 1480, et René II n'hérite que du duché de Bar, tandis Louis XI s'empare du duché d'Anjou et du comté de Provence. Mais René II reprend à son compte les prétentions de son grand-père, en positionnant différemment les différents écus.

Il épouse Philippe de Gueldre, dont le frère, Charles, duc de Gueldre et de Juliers, meurt en 1538 sans descendants. Charles Quint s'empare de ces duchés, mais le duc Antoine, fils de René II et de Philippe de Gueldre, prétendra à ces deux duchés et ajoutera leurs armes aux siennes. Cela donnera l'écu aux quatre royaumes (Hongrie, Naples, Jérusalem et Aragon) et aux quatre duchés (Anjou, Gueldre, Juliers et Bar) avec la Lorraine en abîme.

La Croix de Lorraine[modifier | modifier le code]

À côté de ces armes personnelles, le duc Antoine arbore durant ses campagnes, sur un étendard de sinople une Croix d'Anjou de couleur or[14], dite depuis « de Lorraine ». La couleur verte de l'étendard est traditionnellement associée aux Flamands, dont le duc descend par sa mère. Cette association date de l'entrevue de Gisors organisée le 13 janvier 1188 par l'archevêque latin de Tyr et le pape Grégoire VIII appelant à la troisième croisade entre le roi de France Philippe II, le roi d'Angleterre Henri II et le comte de Flandre Philippe Ier. Ce dernier reçu alors pour la croisade une croix verte, celle là même, les Etats bourguignons étant devenus espagnols, que Christophe Colomb portera dans le Nouveau monde.

Utilisations hors de Lorraine[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. A. Calmet, Dissertation sur les sceaux, armoiries, couleurs, devises, cris de guerre, titres etc. des Ducs de Lorraine, p. LV, in A. Calmet, LHistoire de Lorraine, t. V, A. Leseure, Nancy 1745.
  2. « Les Emblèmes de la Région Lorraine », sur le site du conseil régional de Lorraine.
  3. a et b A. Calmet, Dissertation sur les sceaux, armoiries, couleurs, devises, cris de guerre, titres etc. des Ducs de Lorraine, p. LVIII, in A. Calmet, LHistoire de Lorraine, t. V, A. Leseure, Nancy 1745.
  4. A. Calmet, Dissertation sur les sceaux, armoiries, couleurs, devises, cris de guerre, titres etc. des Ducs de Lorraine, p. LXII, in A. Calmet, LHistoire de Lorraine, t. V, A. Leseure, Nancy 1745.
  5. A. Calmet, Dissertation sur les sceaux, armoiries, couleurs, devises, cris de guerre, titres etc. des Ducs de Lorraine, p. LIX, in A. Calmet, LHistoire de Lorraine, t. V, A. Leseure, Nancy 1745.
  6. [[Symphorien Champier|S. Champier], ]Le recueil des hystoires du Royaulme de Austrasie que mainctenant on dict Lorraine, 1510.
  7. A. Calmet, Dissertation sur les sceaux, armoiries, couleurs, devises, cris de guerre, titres etc. des Ducs de Lorraine, p. LVII, in A. Calmet, LHistoire de Lorraine, t. V, A. Leseure, Nancy 1745.
  8. a, b, c, d et e A. Calmet, Dissertation sur les sceaux, armoiries, couleurs, devises, cris de guerre, titres etc. des Ducs de Lorraine, p. LXVI, in A. Calmet, LHistoire de Lorraine, t. V, A. Leseure, Nancy 1745.
  9. L. Benoît, Notes sur la Lorraine allemande . Le Westrich in Mémoires de la Société d'archéologie lorraine II, v 3, p. 46 & 47, Nancy, 1861.
  10. M. Waldseemüller, Carte Vastum Regnum, in J. Schott, Geographia Ptolemai, Strasbourg, 1513, réed. in Catalogue de l'exposition "America, L'Amérique est née à Saint-Dié-des-Vosges en 1507", Bibliothèque municipale, Saint Dié, 1992.
  11. Ch. Segoing, Trésor héraldique ou Mercure armorial, p. 84, Clouzier Clouzier & Clément, Paris, 1657
  12. A. Calmet, Histoire de Lorraine, t. V, p. 376, A. Leseure, Nancy 1745.
  13. P. de Barante, Histoire des ducs de Bourgogne de la Maison de Valois 1364-1477, t. II, p. 538, Société Typographique Belge, Bruxelles, 1838.
  14. A. Calmet, Dissertation sur les sceaux, armoiries, couleurs, devises, cris de guerre, titres etc. des Ducs de Lorraine, p. LXVIII, in A. Calmet, LHistoire de Lorraine, t. V, A. Leseure, Nancy 1745.

Voir aussi[modifier | modifier le code]