Blanche D'Antigny

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La Madeleine pénitente, tableau de Paul Baudry (modèle : Blanche Dantigny)

Marie Ernestine Antigny, dite Blanche D'Antigny (née à Martizay où son père est menuisier et sacristain, le 9 mai 1840, morte à Paris le 27 juin 1874) est une actrice française. Elle passe toutefois, à l'inverse de Sarah Bernhardt, pour une médiocre interprète[1]. Fameuse demi-mondaine et courtisane de haute-volée du Second Empire, elle inspire à Émile Zola son personnage de Nana.

En 1849, elle rejoint ses parents à Paris où sa mère est lingère chez la marquise de Gallifet qui la fait entrer au Couvent des Oiseaux. Au décès de la marquise en 1853, Marie Antigny devient demoiselle de magasin rue du Bac à Paris; elle y attire l'attention d'un valaque qu'elle suit à Bucarest. Avant son retour à Paris début 1856, elle côtoie des bohémiens qui lui apprennent à monter à cheval; c'est ainsi qu'elle trouve un emploi d'écuyère au Cirque Napoléon (devenu Cirque d'Hiver).

Au Bal Mabille, elle rencontre Marie Anne (dite Jeanne) Detourbay dont le protecteur, Marc Fournier, est alors directeur du Théâtre de la Porte Saint Martin. Il la fait débuter le 27 septembre 1856 comme statue vivante dans le personnage de la Belle Hélène. "Pour être muette, elle n'en parlait pas moins aux sens" écrivit Jules Janin. En 1857, elle posera pour Paul Baudry. Puis, elle s'intègre dans la vie des boulevards.

En 1862, au Bal Mabille, elle fait la connaissance du prince Alexandre Gortschakoff, chancelier de l'Empire Russe, diplomate de 65 ans, qui la convainc de partir à Saint Petersbourg. Il l'introduit auprès d'hommes riches et puissants qu'elle séduit par son charme et son dynamisme. Parmi eux, le général Nicolas Mesentsoff, directeur du Cabinet noir du Tsar, préfet de police de l'Empire et épicurien qui en fait la femme la mieux entretenue de Russie. Trois années de fêtes au cours desquelles Marie Ernestine devient Blanche et gagne une particule. A l'été 1865, elle rencontre Caroline Letessier, comédienne à succès, avec laquelle elle partage le goût du luxe et de la vie de plaisirs des demi-mondaines. Peu de temps après, la Tsarine fait expulser Blanche d'Antigny pour sa conduite peu orthodoxe. Couverte de fourrures, de roubles et de diamants, elle arrive à Paris vers la fin de l'automne 1865.

Après quelques jours, elle se rend chez Henry de Pène, journaliste émérite et vieux routier du Boulevard, mandaté pour lancer au théâtre quelqu'en soit le coût, cette jolie blonde venue de Russie avec charmes et bijoux. On trouva rapidement un théâtre, on paya des comédiens pour la former, on prépara un plan presse, on orchestra un plan relations publiques avec le Tout-Boulevard, le Tout-Paris, le monde et le demi-monde. Blanche d'Antigny circulait sur les Boulevards et au Bois dans une voiture à quatre roues attelée à deux trotteurs, conduite par un moujik en blouse de soie écarlate. Elle habitait alors un appartement loué par Nicolas Mesentsoff, très attentif à ces préparatifs et à sa réussite. Elle y fit la connaissance du banquier Raphaël Bischoffsheim qui devint son protecteur régulier. Dix ans après Paul Baudry, Gustave Courbet apprécia la plastique de Blanche d'Antigny qui fut le modèle de "La Dame aux Bijoux" en 1867.

Le 3 juillet 1868, Blanche d'Antigny fit ses débuts au Théâtre du Palais Royal. Les costumes, un public choisi des premiers rangs, la claque, les attentions personnalisées assurèrent de bonnes critiques. Seul Jules Barbey d'Aurevilly n'est pas dupe ni complice: "Blanche d'Antigny n'est pas une artiste...quelques souffleurs d'omelettes de la publicité ont soufflé celle-là... Elle, la fille, je ne la plains pas d'être heureuse de toute sa joaillerie".

Le 29 juillet 1868, Blanche d'Antigny remplace Hortense Schneider dans "Les Mémoires de Mimi-Bamboche". Puis, elle obtient le rôle de Frédégonde dans "Chilpéric" d'Hervé qu'elle créé le 23 octobre 1868; la pièce fera plus de 100 représentations.

Le 23 avril 1869, elle sera la Marguerite du "Petit Faust" d'Hervé. Actrice de la Vie Parisienne, elle continuera à jouer juqu'à la guerre de 1870. Elle a acquis la célébrité, fait de la publicité pour les vélos Michaut, donné son nom à la "Coupe de glace Antigny", tient salon Rue Lord Byron, conserve sa liaison avec Nicolas Mesentsoff, reste fidèle à son protecteur Raphaël Bischoffsheim et développe parallèlement une carrière de demi-mondaine aux services fort onéreux... ou gratuits.

Au début de la guerre, des journaux la montrent en infirmière au chevet de blessés. Mais, rapidement, son train de vie déplait aux Autorités; elle se réfugie alors à Saint-Germain-en-Laye où ses fêtes, bombances et chants avec d'autres demi-mondaines scandalise le voisinage.

L'armistice signé, Blanche d'Antigny réapparait sur scène le 17 mars 1781 dans le rôle de "La Femme à Barbe", représentation arrêtée par la proclamation de la Commune. Vers la mi-juillet 1871, elle reprend avec succès "Le Petit Faust" aux Folies dramatiques; le 17 octobre 1871, Blanche d'Antigny se présente cuirassée en Minerve dans "La Boîte de Pandore". Suivent créations et reprises jusqu'en juin 1872 où la Troupe des Folies Dramatiques va sa produire à Londres.

Depuis une année, Blanche d'Antigny entretenait une relation intermittente avec un comédien partenaire, Léopold Luce, qui mourra le 28 janvier 1873 d'une phtisie galopante. Au même moment, Raphaël Bischoffsheim la quitte.

Poursuivie par des créanciers, Blanche d'Antigny est saisie, continue à jouer et part, pleine d'espoir, le 15 octobre 1873 pour Alexandrie où elle débute le 13 novembre. A cette Première, on doit baisser le rideau devant le charivari et les sifflets d'une partie du public. Après un séjour au Caire et une dernière représentation à Alexandrie, elle quitte, déçue et malade, l'Egypte le 2 mai 1874, arrive à Marseille le 28 mai (jour où sa mère décède) et à Paris le 31 mai. Elle s'installe à l'Hotel du Louvre, méconnaissable, semi-comateuse.

L'agonie de Blanche d'Antigny inspirera Emile Zola pour mettre en scène la mort de Nana. Si elle n'a pas été atteinte par la tuberculose dont Léopold Luce est mort, elle a contracté la variole noire (ou plus vraisemblablement la fièvre typhoïde[2]).

Toujours en contact avec Nicolas Mesentsoff, Caroline Letessier vient à son secours, la fait conduire chez elle au 93 boulevard Haussmann où Blanche d'Antigny meurt le 27 juin 1874. Une foule de célébrités et curieux se presseront à ses obséques.

Elle repose au cimetière du Père-Lachaise (36e division) dans une chapelle que Caroline Le Tessier, décédée en 1903, a fait construire à son nom. Le prince Narichkine, ami de caroline Letessier, décédé en 1897, reposa quelques années dans cette chapelle avant d'être inhumé définitivement dans la 90edivision.

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  1. Gabrielle Houbre, Courtisanes sous surveillance in Dans les secrets de la police
  2. D'après Juliette Vion-Dury, Destinées féminines dans le contexte du naturalisme européen, Editions Sedes,‎ 2008, 240 p., « II - Zola : Nana ».

Sources[modifier | modifier le code]

  • Domenico Gabrielli, Dictionnaire historique du cimetière du Père-Lachaise XVIIIe et XIXe siècles, Paris, éd. de l'Amateur,‎ 2002, 334 p. (ISBN 978-2-85917-346-3, OCLC 49647223, notice BnF no FRBNF38808177)
  • Henry Lyonnet, Dictionnaire des comédiens français, Paris-Genève, 1902-1908, p. 429-430.
  • Gabrielle Houbre, « Courtisanes sous surveillance », in Dans les secrets de la police, éditions l'Iconoclaste 2008 (ISBN 9782913366206)