Black Betty

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Black Betty

Chanson de Iron Head
Sortie 1933
Genre Chant de travail, marche

Black Betty est un chant de travail afro-américain du XXe siècle dont les premiers enregistrements datent de 1933. La paternité du titre fut attribuée à Lead Belly et il fit l'objet de nombreuses reprises, que ce soit a cappella, avec orchestration folk ou rock. C'est dans ce courant musical que s'inscrit la version la plus célèbre, celle de Ram Jam, datée de 1977.

Origine et signification[modifier | modifier le code]

L'origine et la signification des paroles font l'objet de débats. Historiquement, le « Black Betty » du titre peut faire référence au surnom donné à un certain nombre d'objets : un fusil, une bouteille de whisky, un fouet ou un wagon de transfert pénitentiaire.

Selon Charles Wolf et Kip Lornell[1], la chanson proviendrait d'une marche de cadence du 18e siècle avec un fusil à silex dont la crosse est peinte en noir, les paroles « bam-ba-lam » se référant à la détonation de l'arme. On disait des soldats sur le champ de bataille qu'ils « embrassaient Black Betty ». Dans cette interprétation, le fusil a été surpassé par son successeur, un fusil avec une crosse en noyer non peinte connu sous le nom de Brown Bess[2].

Dans le Caldwells's Illustrated Combination Centennial Atlas of Washington Co. Pennsylvania of 1876, il y a une courte section décrivant les cérémonies de mariage et les coutumes du mariage à la page 12. Caldwell décrit une tradition de mariage où les deux jeunes témoins des époux ont été mis au défi de courir pour une bouteille de whisky. Ce défi était généralement exécuté à environ un mile (1,6 kilomètre) de la destination où la cérémonie devait être célébrée. Afin de sécuriser le prix, dénommé « Black Betty », le vainqueur de la course devait apporter la bouteille à l'époux et à ses amis. Le whisky est offert à l'époux d'abord, puis successivement à chacun des amis du marié.

Le plus ancien sens de « Black Betty » aux États-Unis, attesté dès 1827, est celui de bouteille d'alcool[3],[4].

En janvier 1736, Benjamin Franklin publie le « Dictionnaire de l'alcoolique » dans la Gazette de Pennsylvanie : il énumère 228 façons d'exprimer l'idée d'être ivre. L'une de ces expressions est « Il a embrassé Black Betty »[5],[6].

David Hackett Fischer, dans son livre Albion's Seed: Four British Folkways in America[7], stipule que « Black Betty » est une expression commune pour désigner une bouteille de whisky dans les régions frontalières du nord de l'Angleterre et du sud de l’Écosse, puis plus tard dans les domaines de l'arrière-pays de l'Est des États-Unis.

Dans une interview[8] menée par Alan Lomax avec un ancien prisonnier d'une ferme pénale au Texas nommé Doc Reese (alias « Big Head »), Reese a déclaré que l'expression « Black Betty » était utilisée par les détenus pour nommer le « Black Maria », le wagon de transfert pénitentiaire.

En 1934, John A. et Alan Lomax dans leur livre, Ballades américaines et chansons folk décrivent ainsi les origines de « Black Betty » :

« Black Betty n'est pas une autre Frankie, ni encore une femme à deux temps dont l'homme peut gémir son blues. Elle est le fouet qui a été et est utilisé dans certaines prisons du Sud. Un condamné de la Ferme d'état Darrington du Texas, où, en passant, la pratique du fouet a été pratiquement abandonnée, se moqua de Black Betty et imita sa conversation dans la chanson suivante. »(Dans le texte, la musique et les paroles suivent)[9]

John Lomax a également interviewé le musicien de blues James Baker (mieux connu sous le nom de Iron Head) en 1934, près d'un an après l'enregistrement, le premier connu de la chanson[10].

Dans l'article qui en résulte pour le trimestriel musical intitulé Chanson des péchés des Noirs du Sud, Lomax mentionne de nouveau le surnom du coup de fouet comme étant « Black Betty »[11]. Steven Cornelius, dans son livre Musique de la guerre civile, déclare dans un article concernant la musique folk suivant la fin de la guerre que « (…) les prisonniers chantaient « Black Betty », le fouet du conducteur »[12]. Robert Vells, dans Life Flows On in Endless Song: Folk Songs and American History[13], écrit:

« Dans les années 1960, le véhicule qui a emporté les hommes à la prison a été connu sous le nom de Black Betty, si le même nom peut aussi avoir été utilisé pour le fouet qui si souvent a été mis sur le dos des prisonniers, "bam-ba-lam". »[14]

Dans les versions ultérieures, « Black Betty » a été dépeint comme divers véhicules, y compris une motocyclette et un hot rod.

Premiers enregistrements, 1933-39[modifier | modifier le code]

La chanson a été enregistrée une première fois par les musicologues américains John et Alan Lomax en 1933, exécutée a cappella par le condamné James Baker (également connu sous le nom de Iron Head) et un groupe à la ferme d'état centrale, Sugar Land, Texas (une ferme pénitentiaire de l'État)[15].

Les Lomax enregistraient pour la Bibliothèque du Congrès et les enregistrements suivants, en 1934, 1936 et 1939, incluent aussi des versions de Black Betty. Elle a été enregistrée et commercialisée à New York en 1939 pour le label Musicraft par Lead Belly, dans le cadre d'un medley comportant deux autres chansons de travaux : Looky Looky Yonder et Yellow Woman's Doorbells[16]. Lead Belly eut une longue association avec les Lomax et avait lui aussi purgé une peine dans les fermes prisons d’État.

Post-1939[modifier | modifier le code]

Alors que la version de Lead Belly, en 1939, est également exécutée a capella, la plupart des versions ultérieures sont accompagnées à la guitare : versions folk en 1964 par Odetta (medley avec "Looky Yonder"), Dave "Snaker" Ray[17], et Alan Lomax lui-même[18]. En 1976 un groupe de Cincinnati, Starstruck, enregistre une version rock de la chanson avec des paroles différentes, chez Truckstar, qui ne connait pas un grand succès.

En 1977, le groupe de rock Ram Jam — auquel appartient l'ancien guitariste de Starstruck et de The Lemon Pipers, Bill Bartlett — ré-édite la version de Starstruck avec les producteurs Jerry Kasenetz et Jeff Katz chez Epic Records. La chanson remporte un succès immédiat auprès du public, atteint le dix-huitième rang des ventes de singles aux États-Unis et est classée parmi les dix premiers titres au Royaume-Uni et en Australie. À la même époque, les paroles sont l'objet d'un boycott de la part des organisations américaines de défense des droits civiques NAACP et Congress of Racial Equality.[citation nécessaire]

En 1990 le remix dance de la version de Ram Jam rentre dans le top 20 des titres dance aux États-Unis et dans les charts britanniques, au top 30 en Australie. D'autres artistes notables, comme Nick Cave and the Bad Seeds (1986) ou Tom Jones (2002) ont repris cette chanson.

En 1992 le remixer Hank Shocklee de The Bomb Squad utilise un riff du single de Ram Jam comme sample dans un remix de "Pain Lies on the Riverside" de Live. Le remix n'est pas disponible dans le commerce avant 1997.

En 2004, la version de Ram Jam retravaillée par Spiderbait fait un carton en Australie. La chanson, tirée de l'album Tonight Alright, est utilisée dans le film Without A Paddle et dans le jeu paru chez Electronic Arts en 2004 Need for Speed: Underground 2.

En 2006 l'administration de l'Université du New Hampshire provoque la controverse en interdisant de jouer la version de Ram Jam au tournoi de Hockey UNH. Le Directeur Sportif d'UNH Marty Scarano expliquera la raison de cette décision : "UNH refuse de soutenir quoi que ce soit qui puisse être considéré comme insultant pour un quelconque groupe social."[19].

En 2006 les étudiants de l'Université du New Hampshire entament une campagne "Save Black Betty" ("sauvons Black Betty"). Ils manifestent leur désaccord pendant le tournoi de hockey, en brandissant des pancartes et en chantant la "Black Betty" de Ram Jam, vêtus de t-shirts bleus portant, en blanc, les inscriptions "Save Black Betty" sur la poitrine et "Bam-A-Lam" dans le dos.

En 2008 une chaîne de bars nommée "Black Betty's Saloon" ouvre son premier établissement dans le New Jersey. La franchise implique entre autres que les serveurs dansent sur cette chanson diffusée dans différentes versions.[citation nécessaire]

Le 15 mai 2011, une nouvelle version intitulée "Black Betty (she gets me high)" est proposée par Darryl "DMC" McDaniels, Travis Barker, Mick Mars et Sebastian Bach. Elle est diffusée pour la première fois dans l'émission "Anything Anything with Rich Russo" sur WRXP-FM à New York. Sa sortie commerciale est prévue à l'automne 2011.

Dans les médias[modifier | modifier le code]

Film[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Jeux vidéos[modifier | modifier le code]

  • La chanson est utilisée dans un niveau musical du jeu Rayman Legends.

Liste sélectives d'enregistrements[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. The Life and Legend of Leadbelly, de Charles Wolf & Kip Lornell, paru chez Harper Collins, NY, 1992
  2. « The Brown Bess » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-22
  3. Thorton, An American Glossary, p. 66: "Black Betty. A spirit-bottle. Obs. The N.E.D. has Betty, 1725. They became enamored of blue ruin itself. The hug the "black Betty," that contains it, to their bosoms.—Mass. Spy, octobre 31 [1827]: from the Berkshire American."
  4. Collins, Historical Sketches of Kentucky, p. 163: "Pretty late in the night some one would remind the company that the new couple must stand in need of some refreshment; Black Betty, which was the name of the bottle, was called for and sent up the ladder."
  5. (en) Benjamin Franklin, William Temple Franklin et William Duane, Memoirs of Benjamin Franklin, vol. 2, Derby & Jackson,‎ 1859 (lire en ligne), p. 496
  6. From the Writings of Benjamin Franklin in the Pennsylvania Gazette 1736 - 1737
  7. Oxford University Press, 1989
  8. The Land Where the Blues Began, 1st Edition, Alan Lomax, Pantheon Books, 1993
  9. Lomax, John A. and Alan Lomax. American Ballads and Folk Songs. (1934; reprint, New York: Dover, 1994), 60-1.
  10. Record from the Library of Congress, Traditional Music and Spoken Word Catalog, http://lcweb2.loc.gov/diglib/ihas/loc.afc.afc9999005.638/default.html
  11. Lomax, John. « "Sinful Songs" of the Southern Negro », The Musical Quarterly, Vol. 20, Issue 2. (Oxford: Oxford University Press, 1934) 177-87, cité in William G. Roy, Reds, Whites, and Blues: Social Movements, Folk Music, and Race in the United States.(Princeton, New Jersey: Princeton University Press, 2010) 110-1.
  12. Cornelius, Steven. Music of the Civil War Era. (Westport, Conn.: Greenwood Press, 2004) 216.
  13. La vie se passe dans une chanson sans fin : chansons folk et histoire de l'Amérique
  14. Wells, Robert V. Life Flows On in Endless Song: Folk Songs and American History. (Board of Trustees of the University of Illinois, 2009) 156.
  15. allmusic (((Deep River of Song: Big Brazos > Overview)))
  16. Document Records Vintage Blues and Jazz
  17. avec"Spider" John Koerner et Tony "Little Sun" Glover sur Lots More Blues, Rags, and Hollers (Elektra - EKL 267)
  18. allmusic (Texas Folk Songs > Overview)
  19. Kristen Melamed, « This "Betty" won't play anymore », sur tnhonline.com (consulté le 19 mars 2008)
  20. Shanty Tramp (1967)
  21. http://lcweb2.loc.gov/diglib/ihas/loc.afc.afc9999005.638/default.html
  22. http://lcweb2.loc.gov/diglib/ihas/loc.afc.afc9999005.8350/default.html
  23. http://www.youtube.com/watch?v=8ulbjaKmKG0