Bistre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le coucher des ouvrières, lavis de bistre de Fragonard.

Le bistre est un pigment goudronneux issu du traitement de la suie de bois. Sa couleur varie du jaune safran au brun foncé (PRV).

Par dérivation, bistre est un nom de couleur, d'après la couleur brun foncé la plus fréquente du pigment. Il s'utilise notamment en cartographie et en philatélie et qualifie parfois le teint de peau d'une personne.

Au XIXe siècle le mot bistre désigne aussi la suie détrempée qui coule des conduits de cheminée mal jointoyés[1].

La couleur bistre[modifier | modifier le code]

Le bistre désigne également une couleur[2], qui n'est pas nécessairement obtenue avec le pigment de bistre. Dès 1855, Lefort note qu'on vend comme bistre de la terre d'ombre (Lefort 1855, p. 202).

Dans les nuanciers de marchands de couleurs, on trouve 047 bistre[3], bistre[4], bistre[5] ; en fil à broder 3032 lin bistre[6].

Le Répertoire de couleurs de la Société des chrysanthémistes, publié en 1905, connaît une teinte Suie, avec quatre nuances, synonyme du Teinte bistre du marchand de couleurs Lorilleux et du Bistre foncé de Bourgeois et aussi de Bure du marchand de laine Poiret frères et Neveu, tandis que le synonyme anglais est « warm sepia » (Sépia chaud). Les quatre tons du Bistre retenu par les experts coloristes sont beaucoup moins foncés, le plus clair étant presque orangé. Ils définissent Bistre comme une dénomination commerciale[7].

Fabrication du pigment[modifier | modifier le code]

Le terme bistre est à rapprocher de bis, signifiant « entre noir et blanc ». Furetière indique : « terme de dessinateur (...) de la suie cuite, et ensuite détrempée, qui leur sert à laver leurs dessins[8] ».

Le bistre est de la suie détrempée[9] anciennement utilisée pour peindre au lavis. Son odeur est piquante et désagréable.

L’origine du mot est inconnue[10]. Le bistre a servi dès le Moyen Âge ; décrit comme caligo ou fuligo, il était utilisé pour « dorer » des métaux comme l'étain, aussi bien que pour l'enluminure.

L'essor de l'aquarelle au XVIIIe siècle a causé un raffinement dans la fabrication des bistres, avec utilisation préférentielle des bois de hêtre ou de bouleau[11].

André Béguin explique sa fabrication traditionnelle : « Cette couleur très résistante, de tonalité chaude était obtenue en faisant bouillir de la suie dans l'eau ; la peinture pour aquarelle est préparée de la même manière, mais le colorant obtenu est séché, puis broyé avec de l'eau de gomme additionnée d'un peu de vinaigre [12] ».

Le bistre naturel (NBr11) est aujourd'hui remplacé par des mélanges d'oxydes de fer transparents avec du noir.

Usage[modifier | modifier le code]

Jules Laurens - Crayon et aquarelle sur papier bistré

Beaux-arts[modifier | modifier le code]

Le bistre sert exclusivement dans l'aquarelle et les autres procédés à l'eau (PRV).

Il est un des pigments utilisés pour les lavis par de grands dessinateurs comme Rembrandt. On le confond parfois avec le sépia ou l'encre de noix de galle.

On fait également des dessins sur papier bistre, ce qui permet des rehauts à la craie blanche.

Cartographie[modifier | modifier le code]

La couleur bistre est utilisée pour la délimitation des sections F des Plans cadastraux Napoléoniens[réf. souhaitée].

C'est la couleur des courbes de niveaux des cartes IGN[réf. souhaitée].

Philatélie[modifier | modifier le code]

Timbres de France 1870, type Cérès, France, émission de Bordeaux, 1871.

Bistre est un nom de couleur d'usage fréquent en philatélie pour les timbres anciens d'impression monochrome. Les nuanciers des philatélistes en distinguent souvent plusieurs nuances, jaunâtre, foncé, 'vineuxetc.

Plusieurs timbres français et étrangers sont de couleur bistre, par exemple plusieurs 10 centimes du type Napoléon III et du type Cérès.

Littérature[modifier | modifier le code]

« Ce fut vers cette époque que la société tulipière de Harlem proposa un prix pour la découverte, nous n’osons pas dire pour la fabrication de la grande tulipe noire et sans tache, problème non résolu et regardé comme insoluble, si l’on considère qu’à cette époque l’espèce n’existait pas même à l’état de bistre dans la nature. »

— La Tulipe noire, Chapitre VI[13], Alexandre Dumas

Peuple à la peau bistre est l'expression poétique par laquelle plusieurs auteurs africains ou africanistes désignent le peuple noir[réf. souhaitée].

Dans la littérature et dans les journaux, le mot bistre décrit souvent le teint de gens originaires du pourtour de la Méditerranée, et « le cercle de bistre qui entourait les paupières » est à la fin du XIXe siècle un cliché pour décrire une personne fatiguée ou malade.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jules Lefort, Chimie des couleurs pour la peinture à l'eau et à l'huile : comprenant l'historique, la synonymie, les propriétés physiques et chimiques, la préparation, les variétés, les falsifications, l'action toxique et l'emploi des couleurs anciennes et nouvelles, Paris, Masson,‎ 1855 (lire en ligne), p. 207
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 1, Puteaux, EREC,‎ 1999, p. 339-340

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Bistre », sur CNRTL (consulté le 23 mars 2015) citant L. Ser, Traité de physyque industrielle, t. 2, Paris,‎ 1890 (lire en ligne), p. 812, 814.
  2. Attesté dans Traité de Mignature, Paris,‎ 1696 (lire en ligne).
  3. « Toutes les couleurs de Caran d'Ache », sur carandache.com (consulté le 22 décembre 2014).
  4. « Nuancier encres Sennelier », sur sennelier.fr (consulté le 22 décembre 2014).
  5. « Nuancier crayons pastel Conté », sur conteaparis.com (consulté le 22 décembre 2014).
  6. « Nuancier DMC », sur club-point-de-croix.com (consulté le 22 décembre 2014).
  7. Henri Dauthenay, Répertoire de couleurs pour aider à la détermination des couleurs des fleurs, des feuillages et des fruits : publié par la Société française des chrysanthémistes et René Oberthür ; avec la collaboration principale de Henri Dauthenay, et celle de MM. Julien Mouillefert, C. Harman Payne, Max Leichtlin, N. Severi et Miguel Cortès, vol. 2, Paris, Librairie horticole,‎ 1905 (lire en ligne), p. 305, 328
  8. Antoine Furetière, Dictionnaire universel, La Haye,‎ 1690 (lire en ligne).
  9. Article SUIE sur le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, Pierre Larousse
  10. Définitions lexicographiques et étymologiques de « bistre » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  11. Philip Ball (trad. Jacques Bonnet), Histoire vivante des couleurs : 5000 ans de peinture racontée par les pigments [« Bright Earth: The Invention of Colour »], Paris, Hazan,‎ 2010, p. 202 ; aussi RC2, p. 328.
  12. André Béguin, Dictionnaire de la Peinture, T.I, p 120.
  13. Texte du chapitre VI sur Wikisource