Binot Paulmier de Gonneville

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Binot Paulmier de Gonneville

Binot Paulmier, Sieur de Gonneville, connu comme Binot Paulmier de Gonneville, fut pour certains un fantasme de salon aux XVIIe et XVIIIe siècle et qui firent de ce personnage un des plus célèbres navigateur français du début du XVIe siècle. Il était considéré aux XVIIe et XVIIIe siècles comme le découvreur des Terra Australis, continent imaginaire à ne pas confondre avec l'Australie ou encore le Brésil, qui remplaça le premier terme dans les éditions de la fin du XVIIIe siècle. Toutefois, il fut considéré jusqu'à très récemment comme un personnage réel.

Origine[modifier | modifier le code]

Son récit n'apparaît qu'en 1663, époque où Jean Paulmier de Courtonne, apparenté à Binot, chanoine de la cathédrale saint-Pierre de Lisieux, a publié un ouvrage intitulé Mémoires touchant l'établissement d'une mission chrestienne dans le troisième monde : autrement appelé, la terre australe, méridionale, antarctique & inconnuë dans lequel il se déclare être l'arrière-petit-fils d'un indien ramené en France par Binot Paulmier en 1505. Jean Paulmier de Courtonne affirme que le patriotisme français avait alors été touché par les découvertes hollandaises et anglaises dans le Pacifique sud, et utilise le récit du voyage pour justifier l'installation des Français, et en revendiquer l'antériorité. Ce grief prit de l'ampleur au XVIIIe siècle et justifia les expéditions françaises de Bougainville et de Bouvet.

Le récit contesté[modifier | modifier le code]

Il serait né au XVe siècle à Gonneville-sur-Honfleur. Pendant sa jeunesse, Binot Paulmier de Gonneville aurait navigué jusqu'à Lisbonne où il se serait lié avec des marins portugais[1]. Devenu capitaine, il aurait quitté Honfleur le 24 juin 1503[2] à bord de l’Espoir, navire de 120 tonneaux, et 60 membres d'équipage, pour les Indes Orientales mais, peut-être après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, et après avoir manqué la « boucle », il aurait été poussé vers une terre inconnue et se retrouve le 6 janvier 1504 en Terres Australes (renommé Brésil), où il passa six mois en radoub.

Le 3 juillet, il serait reparti pour la France avec Essomeric (ou Essemeric, Essomericq), le fils du chef de la tribu autochtone, et « des peaux, plumes, racines à teindre contre des quaincailleries, et autres besongnes à petit prix ». Après une odyssée cauchemardesque[1], le 7 mai 1505, son bateau se serait échoue à Guernesey où il aurait été pillé. Arrivé à pied à Honfleur le 20 mai, Il n'y aurait eu alors que vingt-sept survivants, dont l'Indien Essemeric, baptisé pendant la traversée. Ruiné, il ne sera jamais en mesure de ramener Essomeric à son père comme il le lui avait promis[3]. À la place, il l’adoptera, le mariera à une de ses nièces, Marie Moulin, qui lui donnera quatorze enfants. Après la mort de sa femme, Essemeric Paulmier se remariera avec une autre jeune fille de Honfleur, qui lui donnera sept filles.

Remise en cause de la « légende »[modifier | modifier le code]

Si l'aventure de Paulmier de Gonneville était citée par les écrivains et historiens normands les plus sérieux de la fin du XXe siècle, une controverse, apparue en 2000, tente de remettre en cause son existence historique ainsi que celle de ses voyages[4]. La relation de la première rencontre des Français avec les Amérindiens qu’il a laissée en faisait le précurseur des récits de Thevet, Léry, Claude d'Abbeville et Yves d'Évreux.

En 1993, à la suite d'une étude poussée de Jacques Lévêque de Pontharouart, l'histoire de Binot Paulmier de Gonneville serait selon cet auteur une invention de Jean Paulmier de Courtonne, arrière-petit-fils dudit Essomeric, chanoine de Lisieux qui cherchait à monter une expédition d'évangélisation dans les imaginaires Indes Australes. D'après monsieur Lévêque, le chanoine fit aussi de son ancêtre cet indien austral afin de masquer ses actions particulièrement violentes en tant que huguenot à l'époque où il aurait dû être ramené du "Brésil"[5].

Les conséquences de cette supercherie furent importantes :

Tout d'abord, pendant plus d'un siècle et demi, des marins français ont cherché ces Terres Australes.

Puis à partir de la fin du XIXe siècle, l'historiographie se nourrit de ce texte pour affirmer que des français avaient mis les pieds au Brésil dès 1503, et on affirme que le pilote de Paulmier de Gonneville, un certain Jean Cousin, aurait découvert le fleuve Amazone dès 1488, faisant de celui-ci le prédécesseur de Colomb...

Dispute[modifier | modifier le code]

La professeur Leyla Perrone-Moisés[6] n'est pas complètement convaincue par les arguments avancé par l'historien Lévêque. Les affirmations de M. de Pontharouart ont été contestées, dès le 18 mai 1993, dans une lettre adressée au journal Paris Normandie, par M. Jean-Pierre Chaline, Professeur à la Sorbonne et Président de la Société de l’Histoire de la Normandie. Après avoir souligné l’aspect sensationnaliste donné à la question par le journal, et le parti pris pour l’hypothèse de M. de Pontharouart, M. Chaline observe : « La seule question est de savoir si le contradicteur est compétent et s’il apporte une preuve de ce qu’il avance ». Or, les « preuves » fournies à l’occasion n’ont convaincu ni le Professeur Chaline, ni le Professeur Michel Mollat du Jourdin, Membre de l’Institut et grand spécialiste des navigations du XVIe siècle, lequel déclarait : « En définitive, Monsieur Lévêque de Pontharouart agit avec légèreté et il me semble bon de l’inviter à expliciter son opinion s’il veut être pris au sérieux ».

Pour Leyla Perrone-Moisés, les recherches de M. de Pontharouart méritent l’attention des historiens, puisque certains de ces arguments s’appuient sur des documents jusqu’alors inédits, surtout ceux qui se réfèrent à la personne et aux ambitions de l’abbé Paulmier. « Mais l’empressement avec lequel il transforme ses opinions en “preuves” a de quoi étonner un lecteur attentif. »

Ce qui semble acquis c'est le refus unanime d'une « hypothèse brésilienne » dans les propos de l’abbé Paulmier. Personne n’a jamais affirmé que l’abbé Paulmier se référait, de près ou de loin, au Brésil. Il est plus qu’évident que l’abbé Paulmier convoitait une « grande terre » encore inexplorée ; inutile, donc, d’insister sur ce point. L’« hypothèse brésilienne » sont l’œuvre de d’Avezac au XIXe siècle. Pour ce qui des explorateurs français au Brésil avant Pedro Álvares Cabral, ni d’Avezac ni aucun historien sérieux ne prétend qu’ils aient jamais existé, par manque de preuves plus solides qu'une simple allusion dans la relation de Gonneville.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean Mabire et Jean-Robert Ragache, Histoire de la Normandie, éditions France-Empire, Paris, 1986, p. 214 à 215
  2. Collectif, Histoire de la Normandie, Privat, Toulouse, 1970, p. 295
  3. Jean Mabire, Grands marins normands, p. 49
  4. « Le voyage de Gonneville a-t-il vraiment eu lieu ? » (consulté le 15 juillet 2010)
  5. Paulmier de Gonneville son voyage imaginaire, Jacques Lévêque de Pantharouart, 2000
  6. Le voyage de Gonneville a-t-il vraiment eu lieu ? http://editions-villegagnons.com/GONNEVILLE.pdf

Bibliographie[modifier | modifier le code]