Binge drinking

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Binge drinking
Classification et ressources externes
Carte de vœux américaine datant de 1912.
CIM-10 F10
CIM-9 305
Wikipédia ne donne pas de conseils médicaux Mise en garde médicale
Scène d'hyperalcoolisation en 1730

Le binge drinking, biture express[1],[2] ou la beuverie effrénée[3] est un mode de consommation excessif de grandes quantités de boissons alcoolisées sur une courte période de temps, par épisodes ponctuels ou répétés. Ce type de comportement où l'état d'ivresse est recherché rapidement, est considéré comme une addiction ou une dipsomanie, dès lors que la dépendance à l'alcool sous forme épisodique est établie.

On trouve d'autres expressions variées renvoyant à la même pratique : « alcoolisation massive » selon le Ministère de la Santé français[4],[5], « intoxication alcoolique aiguë » selon le rapport sur le sujet par les sénateurs Reichardt et Bouchoux[6]. L'Académie nationale de médecine (France) emploie le terme d'« hyperalcoolisation » ou, pour être précise, d'« intoxication alcoolique aiguë »[7], d'autres médecins parlant d'« alcoolisation paroxystique intermittente »[8]. Le grand dictionnaire terminologique (Québec) parle d'« alcoolisme périodique »[9]. L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies parle d'« alcoolisation ponctuelle importante » (API)[10].

En France, des reportages ont défini le binge drinking comme « biture expresse »[1],[2], « chaos éthylique » ou encore « alcool défonce » et ont tenté de cerner le phénomène en décrivant les comportements sociaux associés (fêtes d'étudiants, regroupements de jeunes avec beuveries sur la voie publique, etc.).

Pratiquée par des jeunes qui jouent à tester leurs limites et dans la mesure où cette conduite peut entraîner un coma éthylique mortel[11], le binge drinking est un comportement ordalique.

Nature et origine du phénomène[modifier | modifier le code]

Au Royaume-Uni et en Irlande, le binge drinking est considéré comme un problème majeur de santé publique[12]. Aux États-Unis, près de 25 % des américains ont déjà pratiqué le binge drinking[13],[14]. En France, il est en augmentation rapide chez les adolescents depuis 2003. Le département de Loire-Atlantique est particulièrement touché par le phénomène[15]. Fin août 2008, un « plan alcool » a été mis en place par la préfecture pour prendre des mesures[16]. Selon le Docteur Anne Tallec, le phénomène est avant tout culturel : « L’alcool est ancré dans les familles et ne fait pas peur aux parents[17]. » Pour le Dr Georges Picherot du centre hospitalier universitaire de Nantes, il correspond plutôt à une situation de détresse chez les adolescents[18]. Selon un animateur de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie, le caractère ludique du phénomène attire les jeunes dans le milieu étudiant sans se soucier des conséquences physiques.

Définition des seuils[modifier | modifier le code]

Le nombre de boissons nécessaires pour atteindre l'état hyperalcoolique, ou l'« orgie » d'alcool (le « binge »), ne fait pas encore consensus au niveau international[19]. Le National Institute on Alcohol Abuse and Alcoholism (NIAAA) des États-Unis propose la définition suivante du binge drinking, la « 5/4 definition » : « L'hyperalcoolisation est un modèle de consommation d'alcool avec une alcoolémie égale ou supérieure à 0,8 g d'alcool par litre de sang[20]. Pour l'adulte commun, il correspond à la consommation de cinq verres ou plus (hommes) ou de quatre verres ou plus (femmes), sur une durée de 2 heures environ. L'intoxication alcoolique aiguë est clairement dangereuse pour le consommateur d'alcool et pour la société[21],[22]. » Il s'agit ici de « verres standards » dont la contenance exacte varie significativement suivant les pays[23]. Ainsi, l'Organisation mondiale de la santé recommande une base de 10 grammes d’alcool pur pour définir l'unité d'alcool ou le verre standard comme instrument de mesure[24],[25].

Selon une étude, boire deux à trois fois les quantités définies par la NIAAA en une seule occasion, est considéré comme de l’extreme drinking. Aux États-Unis, ce phénomène n'est pas isolé : 20 % d'étudiants américains ont déclaré boire plus de 10 verres standards pendant au moins une journée (8 verres pour 10 % des étudiantes), ce qui représente le double du standard. Pour ce qui est de tripler celui-ci : 8 % d'étudiants ont déclaré 15 verres et 2 % d'étudiantes, 12 verres[26]. Selon un sondage de 2004 de l'American Medical Association, 91 % des parents américains pensent qu'il est temps de mettre un terme aux pratiques marketing qui promeuvent les beuveries durant le spring break[27]. L'étudiant typique déclare boire à cette occasion 18 verres par jour (10 pour les femmes). Plus de la moitié des hommes et 40 % des femmes boivent jusqu'à se rendre malade ou s'évanouir au moins une fois[28].

Le rapport détaillé « Vital Signs » des « Centers for Disease Control and Prevention » concernant la consommation d’alcool aux États-Unis révèle qu’un adulte américain sur 6, soit plus de 38 millions d’Américains se livrent au binge drinking en moyenne 4 fois par mois et qu’ils peuvent boire jusqu’à 8 verres[29].

Risques et conséquences[modifier | modifier le code]

Troubles de l'ordre public à Stonehenge au cours d'une beuverie.
Intoxication alcoolique aiguë : prise de pouls sur la voie publique.
Article détaillé : Alcoolisme.

En ingérant une grande quantité d'alcool en un court laps de temps afin d'atteindre l'état d'ivresse le plus rapidement possible, l'adepte du binge drinking, qui peut mélanger plusieurs types d'alcools plus ou moins forts (prémix, cocktailsetc.), met sa santé et celle des autres en danger. Outre qu'elle peut déboucher sur la dépendance à l'alcool, cette pratique peut impliquer des complications sociales et sanitaires : conduite en état d'ivresse, violences urbaines, pugilats, violences verbales, viols, rapports sexuels non-protégés avec risque de grossesse et de transmission d'ISTs, rupture de la vessie sous-péritonéale, urémie élevée. À propos des viols et contacts sexuels non-désirés, une récente étude montre un taux de 60 % de risque chez des adolescentes dans le comté de New York, États-Unis[30].

La conséquence la plus grave sur un plan médical est l'intoxication alcoolique aiguë qui peut mener aux risques mortels du coma éthylique, soit entre 2 et 4 g d'alcool par litre de sang selon les individus[31].

Selon une étude scientifique du Pr Tapert de l’université de Californie, des lésions de la substance blanche dans le cerveau ont été observées par IRM chez 18 volontaires (dont la moitié d'adolescents) adeptes du binge drinking[32].

Législation française[modifier | modifier le code]

Fin 2008, l'avant-projet de loi Hôpital, patients, santé et territoire de Roselyne Bachelot comporte de nouvelles dispositions dans l'article 22 qui légifèrent par une interdiction de la vente d'alcool au forfait (comme dans les open-bar), l'interdiction de la vente dans les stations-services[33], sur la règlementation de la vente d’alcool réfrigéré et de la vente à domicile, ainsi que des contrôles associés[34].

L'interdiction de vente d'alcool aux mineurs est simplifiée : la majorité est désormais requise (dix-huit ans) : actuellement, suivant les établissements et le type de produit, l'âge minimum pouvait descendre jusqu'à seize ans. De même, la fourniture d'alcool à titre gratuit aux mineurs dans des établissements devient prohibée[35]. Selon le quotidien Les Échos, ces interdictions faites aux mineurs font l'objet d'un accueil favorable par les cafetiers par l'intermédiaire du président de l'UMIH, André Daguin, la principale organisation patronale de l'hôtellerie-restauration[36].

Dans un rapport remis en octobre 2012, les sénateurs André Reichardt et Corinne Bouchoux préconisent d'interdire les débits de boissons dans l’enceinte des établissements d'enseignement supérieur et de retirer la licence de débit de boissons aux associations d'élèves, comme le souhaitait Jeannette Bougrab début 2012, lorsqu'elle était Secrétaire d'État à la Jeunesse et à la Vie associative. Ils dénoncent le fait que les soirées étudiantes "soient incitées à être externalisées hors de l'enceinte universitaire" afin de décharger les autorités des écoles et universités. Le rapport propose de travailler sur la prévention auprès des étudiants plutôt que d’accroître les sanctions[6].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Rapport de recherche de Jefferis BJ et al. Adolescent drinking level and adult binge drinking in a national birth cohort. Addiction 2005;100:543-49 [37].
  • Monique Dagnaud, La teuf : essai sur le désordre des générations, Seuil, coll. « H.C. ESSAIS »,‎ 17 janvier 2008, 200 p. (ISBN 978-2020967372, lien OCLC?)
    Ouvrage fondé sur une enquête de terrain, fait par une sociologue, spécialiste des médias et directrice de recherche au CNRS
  • Rapport d'information des sénateurs André Reichardt et Corinne Bouchoux sur l'hyperalcoolisation des jeunes lors de rassemblements festifs, les dispositions juridiques en vigueur en 2012, et les actions de prévention à mener, 31 octobre 2012, 65 p[6].

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Isabelle Audigé, « Alcool : Lancement d'une grande campagne de prévention », Le Rennais, no 387,‎ octobre 2007, p. 12-13 (lire en ligne).
  2. a et b «Bitures expresse» : le cerveau des adolescents trinque, Le Figaro, 6 juin 2010
  3. Grand Dictionnaire Terminologique
  4. http://www.sante.gouv.fr/ouverture-de-la-conference-de-presse-prevention-alcool-des-jeunes.html Dans un discours de 2008 du ministre de la Santé, le ministre de la Santé emploie le terme.
  5. http://www.inpes.sante.fr/SLH/articles/398/06.htm
  6. a, b et c Le texte intégral du rapport est disponible sur le site du Sénat.
  7. Rapport adopté le 5 juin 2007 - Évolution des conduites d’alcoolisation des jeunes : motifs d’inquiétude et propositions d’action, Académie de Médecine
  8. Alcool - Jeunes - Binge drinking, Doctissimo
  9. « forme d'alcoolisme se caractérisant par des accès de forte consommation alternant avec de longues périodes d'abstinence ou de modération », grand dictionnaire terminologique québécois
  10. Alcool, tabac et cannabis durant les années lycée, Tendances, novembre 2013, OFDT
  11. Dijon : mort au bout d'une soirée d'alcool : « L'autopsie a révélé une très forte alcoolisation de la victime, plus de 5 litres de bière dans la journée, en attendant la fête du soir, où il aurait pratiqué un jeu à boire… il aurait consommé de nouveau de la bière, du whisky et de la vodka…jusqu'à en mourir ».
  12. Cf. les anglais boivent trop et risquent la démence ! dans le Dossier Binge Drinking, source : Le Post.
  13. (en) NSDUH survey shows almost one quarter of americans report binge-drinking in the past month
  14. (en) National Survey on Drug Use and Health (NSDUH)
  15. la consommation excessive d'alcool des jeunes de la Loire-Atlantique, Dr Anne Tallec, Observatoire régional de la santé et du haut conseil de la santé publique : 42 % des jeunes de 18-25 ans ont déclaré au moins 3 ivresses au cours des 12 derniers mois.
  16. Préfecture de la Loire-Atlantique : Santé et consommation - plan alcool
  17. [1] Journal 20 minutes du 6 octobre 2008
  18. Chez les jeunes ados, le binge drinking correspond à une situation de détresse, Libération
  19. (en) Key Facts and Issues, International Center for Alcohol Policies
  20. Soit le taux légal pour les États-Unis et le Canada ; en France, il est de 0,5 g.
  21. Le conseil consultatif national du NIAAA a approuvé cette définition de l'hyperalcoolisation le 5 février 2004
  22. (en) NIAAA Publications - The Scope of the Problem
  23. (en) Voir Standard_drink (en)
  24. International guide for monitoring alcohol consumption and related harm : (en) Consideration of the use of 10g ‘units’ or standard drinks as a means of reporting drinking data is also recommended as an aid to international communication of epidemiological and other scientific research.
  25. 2340.fr - Évaluer sa consommation d'alcool, campagne d'information des alcooliers. En France, l'unité d'alcool est indiquée sur les bouteilles de bière.
  26. FOXNews.com - Extreme Drinking, Alcohol Abuse Common Among College Students - Health News | Current Health News | Medical News, From Binge Drinking to Extreme Drinking : étude en 2003, portant sur plus de 10 000 étudiants de 14 universités américaines, publiée en juin 2006 dans le journal Alcoholism: Clinical and Experimental Research
  27. (en) Spring Break Dangers - Spring Break is Potentially Life Threatening
  28. Binge Drinking Fact Sheet : selon une publication de l'American College Health de mai 1998
  29. http://cdc.gov/media/releases/2012/p0110_binge_drinking.html
  30. (en)http://www.upi.com/Health_News/2011/12/08/Binge-drinking-linked-to-sex-assault/UPI-64691323327625/
  31. Les jeunes face au risque alcool : États généraux de l'alcool, selon le Baromètre Santé 2000. Cf. aussi les conséquences sanitaires
  32. (en) Wiley InterScience - Altered White Matter Integrity in Adolescent Binge Drinkers
  33. Cette disposition est plébiscitée par les Français d'après un rapport de l'INPES de décembre 2006 : « 59 % des Français trouvent choquant que l’on puisse acheter de l’alcool dans les stations-service dont 41 % jugent même cela tout à fait choquant ».
  34. texte de l'avant projet Patients, santé et territoires
  35. Roselyne Bachelot part en guerre contre le « binge drinking », 20 minutes
  36. Accueil favorable pour l'interdiction de vente d'alcools aux mineurs
  37. (en) Wiley InterScience Conclusion : chez les hommes et les femmes britanniques, le Binge drinking est courant tout au long de leur jeunesse avec une continuité entre 20 et 40 ans. La consommation d'alcool des adolescents a un lien de relation moyen à important avec le chaos éthylique d'un adulte.