Bill Haydon

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Bill Haydon est un personnage de fiction créé par John le Carré qui apparaît dans le roman d'espionnage La Taupe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Avant la Seconde Guerre mondiale, Bill Haydon est un brillant étudiant à l'Université d'Oxford. Esthète, doté d'une grande intelligence et charmant, c'est aussi un «peintre amateur au style hardi encore qu'un peu trop ambitieux»[1]. Il semble alors fidèle aux idées politiques de son milieu: «Il appartenait à cette société d'avant-guerre dont on nous a dit qu'elle avait disparu pour de bon, et qui parvenait tout à la fois à avoir un comportement détestable et de nobles sentiments. Son père était un juge d'appel, deux de ses ravissantes sœurs avaient épousé des aristocrates; à Oxford il fréquentait plutôt les gens de droite qui n'étaient pas à la mode que ceux de gauche qui l'étaient, mais jamais de façon forcée»[1]. Remarqué par les services de renseignements britanniques, il est recruté en 1939: «[...] quand 39 arriva, le Cirque mit la main sur lui, cela faisait des années qu'on l'avait à l'œil»[1].

Bill Haydon fait connaître son ami Jim Prideaux, également étudiant à Oxford et athlète confirmé, aux chasseurs de talents du Cirque. Tous les deux gravissent rapidement les échelons du service pendant la Seconde Guerre mondiale, Prideaux devenant un agent de terrain reconnu tandis que Haydon se fait remarquer comme un remarquable officier traitant: «Il fit une guerre éblouissante. [...] le talent subtil de l'homme naturellement fait pour diriger des agents, son sens rare de l'équilibre quand il s'agissait de retourner des agents doubles et de monter de fausses opérations»[1].

Pour ce qui est des relations sentimentales, le roman contient de nombreuses allusions à la bisexualité de Bill Haydon: «Autrefois il aurait amené une fille à peine sortable [...] Et un jour, pour choquer, il amena un abominable jeune homme du nom de Steggie [...]»[2]; «[...] les rumeurs qui couraient au Cirque à propos de sa vie amoureuse n'avaient après tout rien de si risible : en un mot, on disait qu'il marchait à la voile et à la vapeur»[3].
Bill Haydon a en outre eu une relation sexuelle avec Ann Sercombe, qui est à la fois sa cousine et la femme de George Smiley:
«-Et que dit-on précisément?
-Que Bill Haydon était l'amant d'Ann Smiley»[4].
George Smiley pense enfin que Haydon et Prideaux ont été ensemble: «Cet homme était mon ami et l'amant d'Ann, l'ami de Jim, et pour autant que je sache, l'amant de Jim aussi [...]»[5].

Au début des années 1970, le chef anonyme du Cirque, Control, suspecte la présence d'un traitre («la taupe») à la solde des Soviétiques dans le service. Bien que gravement malade (il décède en décembre 1972), il étudie «les dossiers personnels des vieux héros du Cirque, reniflant toutes les saletés, qui était coco, qui était pédale»[6]. Comme il le confie à George Smiley, cette enquête le conduit à ramener le nombre des suspects à «Trois et Alleline»[7]: Roy Bland, Toby Esterhase, Bill Haydon et Percy Alleline. Control monte alors l'opération Témoin qui consiste à envoyer Jim Prideaux en Tchécoslovaquie pour obtenir d'un général tchécoslovaque anti-soviétique, Stevcek, «le nom de la taupe du centre de Moscou infiltrée au Cirque»[8]. Seulement l'opération est un échec retentissant, Jim Prideaux étant blessé, capturé puis torturé.

Suite à cet échec, Control cède la place à Percy Alleline; et Bill Haydon devient le patron de la Station de Londres: dans la nouvelle organisation du service, celle-ci contrôle toutes les autres stations britanniques et donne donc accès à tous les renseignements collectés par les agents.

L'enquête menée par George Smiley conduit à identifier Bill Haydon comme la taupe soviétique au sein du Cirque. Celui-ci révèle alors qu'il a rang de colonel dans les services secrets soviétiques. Bill explique également qu'il n'a couché avec Ann que sur ordre de son supérieur, Karla, afin que la crédibilité de Smiley soit affectée s'il venait à suspecter Haydon: «C'était une idée de Karla, expliqua-t-il. Karla estimait depuis longtemps que Smiley représentait la menace la plus redoutable pour la taupe Gerald. [...] Il estimait que si le bruit se répandait que j'étais l'amant d'Ann, vous n'y verriez plus très clair sur mon compte quand il s'agirait d'autres choses»[9].

Le Cirque envisage d'échanger Bill Haydon contre des agents britanniques retenus prisonniers de l'autre côté du rideau de fer. Seulement Jim Prideaux ne supporte pas la trahison de son meilleur ami et tue Bill Haydon.

Dans l'adaptation télévisée de La Taupe en 1979 par la BBC, Bill Haydon est interprété par l'acteur Ian Richardson. Au cinéma c'est l'acteur oscarisé Colin Firth qui reprend le rôle.

Références historiques[modifier | modifier le code]

Bill Haydon est le portrait romanesque de l'agent double Kim Philby, qui a compromis la sécurité de dizaines d'agents britanniques dont David Cornwell, lequel devient célèbre par la suite sous son pseudonyme littéraire: John le Carré[10].

Références cinématographiques[modifier | modifier le code]

Dans le film d'Éric Rochant, Les Patriotes, le personnage incarné par Bernard Le Coq est nommé Bill Haydon, en hommage au personnage de John Le Carré, dont les romans ont inspiré Éric Rochant dans l'écriture de son scénario.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d John le Carré, La Taupe, Editions du Seuil, Collection Points, P901, page 182.
  2. Idem, page 183.
  3. Idem, page 209.
  4. Idem, page 245.
  5. Idem, pages 386 et 387.
  6. Idem, page 186.
  7. Idem, page 172.
  8. Idem, page 320.
  9. Idem, page 407.
  10. «Sur les étagères, deux ou trois volumes racontent l'histoire du MI6, un autre retrace le destin de Kim Philby, cet espion passé à l'Est et dont la trahison précipita la fin de la carrière de David Cornwell. Ce dernier, démasqué mais tenaillé par le démon de l'écriture, n'avait plus qu'à devenir à plein temps John le Carré.» François Busnel, « John le Carré : la maison refuge » in Lire, 01/11/2008.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • John Le Carré, La taupe (Tinker, Tailor, Soldier, Spy, 1974), traduit de l'anglais par Jean Rosenthal, Editions du Seuil, Collection Points, P921, Paris, 2001 (1974 pour la traduction aux éditions Robert Laffont), 412 pages. (ISBN 2020479915)